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LES GENS

Disparition de l'académicienne Jacqueline de Romilly

Publié le 19 décembre 2010 par vt, avec afp

(Photo : Jacqueline de Romilly)

La grande helléniste, mondialement reconnue, est décédée à l'âge de 97 ans. Elle est l'auteure d'une œuvre abondante, mêlant pédagogie, recherche et histoire.

L'académicienne et helléniste Jacqueline de Romilly, décédée samedi 18 décembre à l'âge de 97 ans, a été la première femme professeur au Collège de France (1973), puis la première femme élue à l'Académie des inscriptions et belles lettres (1975). En 1988, elle a été la deuxième femme, après Marguerite Yourcenar, a être élue à l'Académie française, dont elle était la doyenne après la mort de Claude Lévi-Strauss. “Avoir été juive sous l'Occupation, finir seule, presque aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie de professeur a été, d'un bout à l'autre, celle que je souhaitais”, avait-elle dit récemment.
 
"Depuis longtemps elle était très malade, mais pour tous ses amis, c'est quand même un très grand choc", a déclaré son éditeur et ami Bernard de Fallois. "Elle désarmait par son espèce d'autorité naturelle. Elle avait ce mélange de simplicité, de sérieux et de gaîté des grands professeurs", a-t-il ajouté.

"C'est une perte pour notre pays", a réagi sur France Info Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française.  "C'est une femme qui a porté toute sa vie la langue et la culture grecques parce qu'elle considérait (...) que c'était une éducation (...) à la compréhension de la liberté de l'individu, de l'attachement à la démocratie", a-t-elle souligné.


Une époque qui l'émerveillait

Spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, elle est l'auteur de très nombreux ouvrages sur cette période, notamment sur l'historien Thucydide, le théâtre d'Eschyle et d'Euripide et la guerre du Péloponnèse. Ses derniers ouvrages parus ont été publiés aux éditions de Fallois : L'élan démocratique dans l'Athènes ancienne (2005), Les roses de la solitude (2006), Dans le jardin des mots (2007), Le sourire innombrable (2008), Les révélations de la mémoire (2009) et La grandeur de l'homme au siècle de Périclès cette année. Elle avait aussi écrit Petites leçons sur le grec ancien, édité par Stock en 2008.

La modernité des Grecs anciens l'intéressait plus que la mythologie à proprement parler. Elle admirait cette démocratie qui a eu le mérite d'avoir été inventée là, même si elle excluait nombre de catégories, notamment les femmes et les esclaves. "On veut que les enfants sachent ce qui se passe autour d'eux. Mais quelle merveille de découvrir un monde autre pendant une heure. Pourquoi tirerait-on davantage d'une rencontre avec n'importe qui que d'un tête-à-tête avec Andromaque ou Hector ?", demandait-elle. On lui doit d'ailleurs la préface de la seconde édition de l'Assimil du grec ancien, qui fut un inattendu best-seller.

 

Une ardente militante pour l'enseignement par la culture


Née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir) d'un père professeur de philosophie et d'une mère romancière, Jacqueline David a très vite été première: deux fois lauréate du Concours général, ouvert pour la première fois aux femmes en 1930, elle sera la première femme reçue à l'Ecole normale supérieure en 1933, puis à l'agrégation de lettres en 1936.

Professeur de lycée à partir de 1939, elle est nommée maître de conférences (1949), puis professeur titulaire (1951) à la faculté des lettres de Lille, avant d'être professeur de langue et littérature grecques à la faculté des lettres de Paris (1957-1973).

Elle est ensuite titulaire au Collège de France de la chaire "La Grèce et la formation de la pensée morale et politique" (1973-1984).

L'universitaire a défendu ardemment l'enseignement littéraire et celui des langues dites "mortes". Après son plaidoyer L'enseignement en détresse (1984, Julliard), elle fonde en 1992 une Association pour la sauvegarde des enseignements littéraires. "Je regrette que l'on n'œuvre pas suffisamment pour ce qui développe la formation de l'esprit par la culture, par les textes et l'intimité avec les grands auteurs, perdant ainsi un contact précieux avec ce que les autres ont pensé avant nous", estimait-elle.