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REVUE DE PRESSE

L'été des éditeurs dans Le Figaro

Publié le 27 août 2007 par nt

(Photo : Kiosque à journaux)

Durant tout l’été, des grandes personnalités de l’édition française et internationale ont été interviewées par différents journaux. C’est l’occasion pour chacun de souligner ce qui fait la particularité de leur maison. L’inquiétude, qu’on sent latente, face aux bouleversements entraînés par le numérique et surtout face aux évolutions du marché du livre, n’est cependant pas partagée par tous.

Dans une série intitulée « Les Grands Editeurs », Le Figaro a rencontré chaque samedi un patron de maison : Denis Jeambar (Le Seuil), Antoine Gallimard, Teresa Cremisi (Flammarion), Olivier Nora (Grasset), Claude Durand (Fayard), Francis Esménard (Albin Michel) et Jean-Marc Roberts (Stock).

Au Seuil , les difficultés semblent passées, Denis Jeambar, à sa tête depuis un an, veut unifier et innover, tout en restant dans la tradition particulière de la maison. « J'espère avoir ramené une certaine sérénité à l'intérieur du Seuil. Je me sens comme un rassembleur, un fédérateur (…) Aujourd'hui, je pense que Le Seuil est revenu sur ses rails. » Si certaines nouvelles collections (policier, enfance) sont en plein essor et connaissent des succès immédiats, il souhaite que Le Seuil demeure ce qu’il est devenu patiemment au fil du temps. « Le poids de l'histoire de la maison a façonné une identité intellectuelle forte (…) Le Seuil s'est imposé comme l'éditeur de référence pour les sciences humaines »

Antoine Gallimard pense que les qualités d’un bon éditeur sont les mêmes aujourd’hui qu’à l’époque où son grand-père a fondé la maison Gallimard en 1911. Ce qui a changé la donne, c’est l’attitude des lecteurs et l’américanisation du marché : la concentration a créé d’énormes groupes qui se focalisent sur les best-sellers au détriment de la littérature. « La « best-sellerisation » à l'américaine a bouleversé notre métier. » Gallimard entend rester indépendant et maintenir des collections prestigieuses telles que La Pléiade bien que « l’esprit de collection » disparaisse chez les lecteurs. « Je n'ai pas d'interdits. Je veux perpétuer une exigence éditoriale sans que cela m'empêche de concilier entreprise et littérature »

Si elle est aussi inquiète à propos les évolutions actuelles, Teresa Cremisi, PDG du groupe Flammarion , se montre néanmoins très optimiste : sa confiance dans le monde de la littérature française est restée entière. « Je n'ai pas une goutte de sang français, mais je crois à la richesse de la littérature de ce pays. » La France demeure un pays particulier qui échappe encore au règne du best-seller et qui donne un statut unique à l’écrivain. Transfuge de Gallimard, à la tête de Flammarion depuis 2005, Teresa Cremesi pense que chaque maison a une âme spécifique. « Les gènes de Flammarion sont du côté du savoir. C'est-à-dire du côté des sciences, des sciences humaines et de l'histoire, notamment. »

D’après Olivier Nora, actuel patron des Editions Grasset , s’il y a toujours eu des fortes personnalités à la tête de la maison, elle demeure aux mains des écrivains eux-mêmes. « Notre devoir quotidien, c'est de faire en sorte que nos auteurs soient lus par le maximum de lecteurs (…) c'est ici la maison des auteurs et nous sommes à leur service » Ce qui fait la culture spécifique de la maison, d’après lui, c’est le dialogue littéraire passionné, l’échange intellectuel, le soin apporté à la lecture des manuscrits. « Cet écosystème de folie douce est notre tour de magie le plus indescriptible, le moins reproductible... et le plus jalousé. »

Passionné par l’univers du livre depuis sa jeunesse, Claude Durand a choisi de renforcer les domaines où Fayard avait des points forts : en histoire et en musicologie par exemple. Il refuse de « faire la fine bouche » devant les manuscrits populaires qu’il reçoit. Cela se traduit par des publications extrêmement diversifiées qui entraînent souvent des polémiques. « En arrivant chez Fayard (…) j'ai apporté ce que j'avais appris en militant, tout jeune, auprès de Pierre Mendès France et à la Ligue des droits de l'homme, puis en travaillant au Seuil, qui était plutôt considéré à l'époque comme une maison de gauche.

Francis Esménard rappelle que la maison qu’il dirige, Albin Michel, est une maison sans tache : c’est l’une des rares à ne pas avoir été blâmé pour son comportement pendant l’Occupation. En arrivant à la tête de la maison, il y a juste quarante ans, Francis Esménard a voulu la tirer de son image « vieillotte » en publiant des livres de fiction sulfureux et provocateurs. Il rappelle auss que l’année dernière, Livres Hebdo a classé Albin Michel numéro un des éditeurs en ce qui concerne la fiction. Francis Esménard est également inquiet des évolutions actuelles, notamment du « côté moutonnier » des lecteurs se fournissant dans les grandes surfaces. « Le métier n’a plus rien à voir avec celui que j’ai connu il y a trente ans. »

Stock repose sur deux piliers depuis toujours, d’après son directeur, Jean-Marc Roberts : la littérature étrangère (avec la collection « Cosmopolite ») et les débats de société (c’est l’éditeur du J’accuse de Zola). Le travail de l’éditeur a donc été d’imposer un véritable catalogue d’auteurs français. Toutefois il ne veut pas travailler avec tout le monde : « j’aime infiniment le travail de Michel Houellebecq, mais je ne pourrais l’accueillir chez Stock ». D’après Jean-Marc Roberts, l’éditeur est aussi un entrepreneur car « une maison d’édition ne peut pas vivre sans un succès plus de deux ans ». L’éditeur doit savoir « parler argent ».

Série Les Grands editeurs dans le Figaro