Vous êtes ici : Accueil > Blogs

BLOGS


Ma-ter-ni-té ! Fra-ter-ni-té !


Des blogs littéraires, j’en lis, j’en lis ! Mais je m’intéresse de plus en plus aux interstices entre les livres. A ces petites confidences qui fait que V met son blog en pause pendant sa semaine de vacances en Bretagne, que W a attrapé la grippe après son mari et ses enfants, que X se plaint des douleurs que lui inflige une maladie inflammatoire. Y a disparu depuis longtemps de la blogosphère après une longue déprime et une déception amoureuse, que Z a perdu un enfant.

            Voyeurisme à la Mireille Dumas ? Pas vraiment. Ce qui me frappe dans ces confidences sous X (l’anonymat des blogs aide à la confidence), c’est la chaleur des commentaires qui soutiennent ces inconnus, leur tendent la main. Parfois il n’y a pas que des peines à soulager, il y a aussi des bonheurs à partager.

            Elisa est née ! Et le cercle des bloggeurs (« ses », serait plus exact) applaudi à grands cris. C’est vrai qu’avec bien d’autres je l’attendais le pitchoun du « Chat » aux faux airs de Marylin (http://lechat14.canalblog.com/ ) et d’ « Arthur Miller ». Car ce couple qui s’est rencontré sur internet, un couple technologiquement compatible donc, ainsi que le Chat l’a raconté, a longtemps attendu cette grossesse tant désirée. Nous avons partagé au cours des ans ses combats avec la technique médicale, les espoirs, les chagrins, les « et, si ? » et les « à quoi bon ? » Et puis il y a neuf mois la bonne nouvelle est arrivée. Cette fois, cela allait être la bonne. Enfin si tout se passe bien, entre échographie et amiosynthèse. Ce petit haricot s’est d’abord appelé « Malabarette », bien collé qu’il était enfin à sa future maman. On a eu peur, on a sourit, on a même bien rit parfois car les chats, savez-vous, ont de l’humour.

Chacun de ceux qui suivaient cette belle odyssée a donné ses conseils, raconté ses expériences, confié ses espérances. On a même compatit aux histoires de famille, chaque famille est un nid de problèmes après avoir été, dans le meilleur des cas, un nid de tendresse. La vie, quoi. Et puis le 9 janvier  dernier le Chat a cédé le clavier à son Arthur Miller préféré pour annoncer la grande nouvelle. Un bébé venait de naître, il s’appelle Elisa (Malabarette, ça le fait pas) et il est né entouré d’amour, celui de ses parents mais aussi de centaines d’amis virtuels. Un bel album de souvenirs pour plus tard.

Je vois bien les grognons, les revêches, les cyniques, ceux qui répètent bêtement qu’on ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments, mais que voulez-vous cette histoire –parce que j’aime les blogs littéraires et que c’est grâce à eux que j’ai fait toutes ces belles rencontres- me touche et me rassure un peu sur notre société qui se durcit de jour en jour. Tiens, au hasard, le gouvernement vient de réduire les crédits au Planning familial de 41%. Que vont devenir ces jeunes femmes, et hommes, que l’on peut voir dans Les bureaux de Dieu de Claire Denis ? Tous ceux et celles qui n’ont pas la chance d’Elisa ? Et cette amie qui veut adopter et qui vient de comprendre qu’avec la nouvelle réglementation, ne pas être mariée, ne pas vivre en couple, risque de l’empêcher de pouvoir donner tout l’amour qui déborde d’elle à un enfant perdu ?

 

***

Repères comiques

 

* Le Président Obama vient de rétablir les crédits au Planning américain que son prédécesseur avait supprimé. A relier à cet article d’un journaliste américain : « La France a élu son premier président de style américain  juste au moment où l’Amérique s’apprêtait à s’unir à son premier président de style français. Après tout Obama est un technocrate élégant et éloquent, formé aux meilleures écoles, époux d’une femme soignée et sophistiquée et il promeut un plus grand contrôle de l’Etat sur l’économie… » C’est méchant pour Carla !


* « On n’est pas des variables d’ajustements. » Autocollant repéré avant la manifestation du 29 janvier et qui résume bien l’angoisse de milliers de gens face à la crise.


* « Le Roi, il est comme le nombril : au-dessus des parti(e)s. » Slogan lancé devant l’église Saint-Germain-des-Prés par de jeunes vendeurs de l’Action française. Royalistes mais pas  dépourvus d’humour ! Réveille-toi Maurras, ils ont fumé la moquette…

 

 

30/01/2009




Prix, médailles et diplôumes


Un cylindre de carton en provenance du ministère de l’Intérieur. Quand je l’ai reçu au JDD, je me suis interrogé. Quand j’en ai extrait le contenu je suis tombé de ma chaise. Une sorte de parchemin d’un pays où je n’avais jamais mis les pieds et qui me faisait chevalier de l’Ordre national, mon nom étant calligraphié en grosses lettres gothiques. J’ai d’abord cru à un gag. Puis j’ai appelé l’attaché de presse du ministre de l’Intérieur à l’accent pastissé qui me l’avait envoyé.

-         C’est quoi ce truc ?

-         Je l’ai retrouvé en faisant mes cartons (le ministre quittait le gouvernement).

-         Mais pourquoi cette médaille d’un pays que je ne connais même pas ?

-         Tu te souviens pas que tu devais venir avec nous pour une tournée sur ce « continent ami de la France » et que tu t’es décommandé la veille du départ ?

-         Oui, peut être…

-         Eh bien quand nous sommes arrivés là-bas le ministre a été fait commandeur de l’Ordre national, les membres du cabinet officiers et les journalistes chevaliers. Je t’avais rapporté ton « diplôume ». Voilà.

            Depuis, mon « diplôume » trône dans mes toilettes avec la signature d’un dictateur qui me jugeait digne d’être son chevalier servant… Je confesse que pendant mes études j’ai reçu quelques prix de bonne camaraderie, et un ou deux accessits en éducation physique. La seule médaille que j’aurais pu demander, celle du travail, j’ai préféré la décliner. Comme me le fit observer un ami : « 37 ans sans un jour de chômage, à cette époque, y a pas de quoi se vanter ! » J’ai renoncé donc à la seule médaille que mon père a jamais portée. Dommage j’aurais pu refiler la prime à une association de chômeurs.

            Pourquoi ces considérations médaillères ? Parce que deux des mes anciennes consœurs journalistes viennent de refuser la Légion d’honneur. Affaire d’indépendance ? Leur geste a fait en tout cas quelque bruit. Quand Didier Barbelivien, Pascal Nègre, la juge qui a procédé au divorce de Nicolas et Cécilia l’ont accepté, les deux journalistes ont sans doute considéré que leurs mérites n’égalaient pas ceux d’aussi nobles personnages. Dans le passé La Fayette, Maupassant, Nerval, Camus, Prévert, mon cher Bernard Clavel, les Curie et Courbet (le peintre pas l’animateur de France 2) en avaient fait autant, alors … Ce dernier, rappelait Edwy Plenel dans Mediapart, l’a refusé avec fracas : « Si le hasard vous appelait à la foire d'Ornans, vous observeriez que tous les plus beaux moutons de la foire sont marqués d'un coup de craie rouge sur le dos. Les gens naïfs et bien intentionnés qui ignorent les lois de l'agriculture et des arts s'imaginent, dans leur simplicité et leur candeur pastorale, que c'est un hommage qu'on rend à leur beauté. Mais, hélas! Ils ne savent pas que le boucher les a marqués pour les tuer!!!! »

 

            Gracq a refusé le Goncourt en 1951, Sartre le Nobel en 1964 en affirmant : « Aucun homme ne mérite d’être consacré de son vivant. » Chacun fait comme il veut, bien sûr, mais comment peut-on s’estimer digne d’honneur, fut-on journaliste politique, au point de rejoindre cette Légion ? Un ami, journaliste, saluait chaque nomination d’un confrère dans cet ordre d’un sonnant : « Encore un confrère perdu pour la profession ! »

15/01/2009




Lettre au Père Noël


« Petit papa Noël,

excuse-moi de t’écrire si tard surtout qu’avec la crise tu n’auras pas de cadeaux pour tout le monde (tant mieux pour ton dos, parce qu’avec l’âge)…. Alors, si j’peux me permettre, je voudrais...


D’abord un golden boy ! (golden girl si ça existe, on pourrait s’amuser davantage). Il y en a plein et ça ne coûte plus très cher. J’en voudrais un avec une cravate rose qui irait avec ma poupée Barbie. Il passerait l’aspirateur, laverait la vaisselle mais surtout il ferait les courses parce que tout augmente et que je n’ai pas le temps de suivre les cours de la pomme de terre et de la baguette. Pas besoin d’y ajouter un parachute doré: j’habite au rez-de-chaussée.

 

            Et puis aussi un plombier polonais. Ils sont tous rentrés chez eux pour Noël. Pendant ce temps, nous on patauge dans l’eau depuis que ma femme n’a rien trouvé de mieux que de planter un clou dans un mur qui cachait… un tuyau d’eau. Si tu tardes pense au masque et aux palmes.

 

Je voudrais aussi un Prix Goncourt (le Nobel, tu l’as offert très en avance à JMG, même que ça a fait plein de jaloux). Tu choisis la couleur comme tu veux. T’as vu que depuis l’Afghan a demandé qu’on n’expulse pas ses compatriotes, Boutefeu a reculé. Je sais qu’on a l’habitude de virer les étrangers à Noël, mais tu vois pas qu’on rate le prochain p’tit Jésus, on aurait l’air malin.

 

Tiens à propos, il ne te reste pas une grotte ou une crèche ? Tu pourrais l’offrir au DAL qui a eu une grosse amende pour avoir planté des tantes rue de la Banque l’an dernier. « Rue de la Banque », si on avait un peu réfléchi peut-être qu’on aurait évité un krach, m’enfin…

 

            Ne m’envoie pas de TV HD, j’en ai déjà une TV « ready HD » et c’est une escroquerie ; pas davantage de mini ordinateur, déjà que je perds mon parapluie ouvert sur mon bureau, pas plus d’ultra compact (on n’a que des emmerdes avec les ultras, dit MAM), ni de WII, je croyais que c’était pour les mômes et voilà que je découvre dans le Parisien que les pensionnaires des maisons de retraite se battent pour y jouer, alors…

 

            Des livres (l’un en particulier, mais tu sais déjà lequel), des films, des voyages,  même si j’en ai déjà plein, tu peux toujours en envoyer. Des amis, aussi. On ne remplace pas ceux qui sont partis, mais tant qu’on est en vie, on peut faire des rencontres. Me voilà, contraint par mes enfants sur Face Book (Fesse bouc, rigole une blogueuse). Pour quoi faire ? Je ne sais pas encore. Peut-être que je te le rendrai l’an prochain

 

            A propos si tu reprends des vieux cadeaux, je te refilerai bien Zemmour et Naulleau, les deux vieux du Bébête Show à Ruquier, quelques blondes journalistes dont on a fait le tour, un gouvernement déjà usé. A propos, j’échangerai bien aussi un petit Président agité contre un grand Président noir. Ce serait plus gai.

 

Ah, une dernière chose ! Je sais que tu te fais vieux et que le temps est au froid mais tu vas devoir quitter ton Pôle nord pour remplir mes petits souliers, mais rassure-toi. Tu trouveras ton verre de cognac habituel et je dormirai. Même si tu n’as pas tout ce que je t’ai demandé, je ne te jetterais pas la première grolle.

24/12/2008




Je cède la place, je ne fuis pas!


J’avoue, à ma plus grande honte, n’avoir jamais lu de livres d’Anne-Marie Garat. Elle a sorti cette semaine un nouveau roman intitulé Dans la main du diable (Actes-sud). Je reconnais, sans m’en faire particulièrement gloire, lire parfois Télérama. Ce magazine bonne culture- bonne conscience  publie, comme d’autres des blogs de ses collaborateurs. Je viens de recevoir par des amis celui de Martine Laval, « Lectures buissonnières ». La journaliste cède sa place à l’écrivaine. A défaut de lire le blog de Martine Laval, vous lirez donc le texte envoyé par Anne-Marie Garat.

 

Je ferai de même cette semaine : plutôt que de me lire, lisez-là. Sans doute ce cri de colère vous fera, comme à moi, du bien. Un coup de pied au cul salutaire. Certains la trouveront excessive, je n’aime pas personnellement le recours permanent au nazisme pour jauger le niveau de nos malheurs mais je citerais pourtant ce poème attribué au Pasteur Martin Niemöller arrêté en 1937 et libéré du camp de  Dachau en 1945 :

« Quand ils sont venus chercher les communistes,

je n’ai pas protesté car je ne suis pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,

Je n’ai pas protesté car je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,

Je n’ai pas protesté car je ne suis pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,

Je n’ai pas protesté car je ne suis pas catholique.

Et quand ils sont venus me chercher,

Il n’y avait personne pour protester.»

 

Ces dernières semaines, je me suis dit que je n’étais plus jeune, que je ne suis plus journaliste, je n’ai jamais été immigré, ni prisonnier, ni fou, à vrai dire je ne plus grand chose. Mais une chose est sure : je ne suis pas fier de ce que je vois. Autant vous l’avouer, j’ai même un peu honte de rester les bras ballants. Alors, merci à Anne-Marie Garat de protester pour nous. Lisez…  http://www.telerama.fr/livre/coup-de-colere-de-anne-marie-garat,36525.php

12/12/2008




L'Inde des livres et du sang


Au moment des sanglants attentats de Bombay je lisais le roman de Raj Kamal Jha, Et les morts nous abandonnent (Actes-Sud). Etonnante coïncidence. A la fenêtre d’un grand hôtel de Bombay, la silhouette d’un homme, bras écartés, semblant appeler à l’aide. A la fenêtre d’un hôpital d’Ahmedabad, la silhouette furtive d’une femme qui écrit sur la buée de sa chambre « Help me !» La première scène, je l’ai aperçue aux infos, la deuxième je l’ai vue, de mes yeux vue, dans le livre de Raj Kamal Jha publié en Inde en 2006 et sortie récemment en France.

 

L’Inde de Gandhi n’est pas non-violente. Si le père de la « plus grande démocratie au monde » a tellement prêché la non-violence c’est justement parce qu’il savait son pays travaillé par la soif de vengeances. L’occupation anglaise pleine de morgue, l’opposition qu’elle joua, en bon colonisateur cynique, entre hindous et musulmans ne pouvaient que provoquer des explosions terribles que le Mahatma essaya d’empêcher avant d’être assassiné. A l’indépendance, ce pays-continent se cassa en deux pays et demi, l’Inde et le Pakistan séparé entre l’Ouest et l’Est jusqu’à la naissance du Bangladesh. Et l’Inde d’aujourd’hui compte entre 12 et 14% de musulmans (82% d’hindouistes). Mais cela n’intéresse guère notre presse et les Français en sont restés aux Lanciers du Bengale et à Gandhi. Dans le contexte actuel il n’est pas nécessaire d’y ajouter un cliché supplémentaire, celui des méchants musulmans terroristes. Et c’est là que le roman de Raj Kamal Jha est éclairant.


Des massacres à répétition. En 2002 dans l’état du Gujarat un attentat contre un train avait fait 59 morts hindous. Poussé par les haines qu’entretenaient les fondamentalistes hindous (le BJP, parti extrémiste dénoncé par plusieurs auteurs dont Salman Rushdie, avait pris le pouvoir) la réplique fut terrible. On évalue le bilan à 1.000 morts (à 70% des musulmans) et 12.000 maisons détruites. C’est cette histoire que Raj Kamal Jha raconte, non en grand journaliste qu’il est mais en romancier au talent éblouissant à travers des personnages étonnants, un père et sont fils sans bras ni jambe qui traverse une ville en feu, soumise aux vols, aux viols, aux coups, aux incendies, et les récits que les morts qu’il croise lui font. Au-delà des analyses que vous lirez ici ou là et qui mettent une fois de plus en lumière le nombrilisme occidental –le mouvement qui revendique les attentats de Bombay est-il lié à Al Qaeda ? Les terroristes ont-ils ciblés plus spécifiquement les touristes occidentaux, américains, britanniques ?- il faut lire Et les morts nous abandonnent. Et d’abord parce que c’est un grand livre. Pour ceux qui veulent s’en faire une idée plus précise, je vous propose d’aller voir un blog français, les Mille et un livres de Naina qui s’intéresse notamment à la littérature indienne, une critique belge du Soir (les Français l’ont raté…) et une interview en anglais de l’auteur (voir blog Notes de lecture, journal Le soir, et blog Jaiarjun).

 

Rendez-vous manqué. Par les hasards d’un métier commun, le journalisme, et d’un goût commun pour les livres, nos routes se sont croisées. Nous avons en commun, Jha et moi, le goût pour Don DeLillo, l’Amérique des universités. Nous nous sommes ratés de peu à Yaddo, une résidence d’écrivains du nord de New York, nous nous sommes parlés au téléphone mais jamais nous ne nous sommes rencontrés. Et pourtant…
Il y a quelques années j’avais lancé au JDD un feuilleton littéraire d’été. A tour de rôle des écrivains prenaient la plume pour raconter la suite d’une histoire que Colum McCann avait inventée à New-York, celle d’un couple improbable, un photographe et une jeune algérienne, qui faisait le tour du monde toujours menacé par des tueurs mystérieux. Laurent Sagalovitsch, qui vivait alors à Vancouver, avait suivi, puis Fiona Capp en Australie, un ami écrivain néozélandais, John Crana à Auckland, et puis, et puis… J’étais sec après plusieurs tentatives pour trouver un auteur-escale avant de rejoindre l’Afrique. Totalement sec.
Jusqu’à ce qu’on m’indique un jeune écrivain indien dont Gallimard allait publier un roman qui avait connu un beau succès en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Le temps de me plonger dans Le couvre-lit bleu et j’étais sûr que c’était mon homme. Mais lui qu’en penserait-il ? J’envoyai un mail à l’adresse que son éditeur m’avait indiquée et –magie d’Internet- je recevai quelques minutes après « OK ! Combien de pages ? Pour quand ? » Ce fut l’un des plus beaux textes que j’ai publiés. L’histoire d’une femme de ménage de l’hôtel qui vivait dans un bidonville et regardait avec envie les affaires des deux héros de cette histoire en leur absence. Help me !

 

28/11/2008




Chroniques new yorkaises (4) : The (happy?) End


Je n’oublierai jamais cet enterrement. Encore adolescent, j’avais rejoint ma famille en Corrèze, terre qui n’incite pas à la gaîté avec ses ardoises bleues-nuit et ses prés verts. On enterrait une cousine que j’aimais bien. L’église était pleine de femmes en noir, les hommes attendant au bistrot dans cette terre particulièrement déchristianisé. Le curé ânonnait son latin, les vieilles chantaient comme des crécelles, et la pelletée de terre au cimetière m’était restée sur l’estomac. C’est alors que nous sommes passés à table. L’horreur. Triste comme un ado, ce qui n’est pas loin d’un pléonasme, j’ai assisté à une sorte de noce paillarde qui m’a beaucoup choqué alors. Ca buvait, ça riait, ça s’engueulait. A n’y rien comprendre.

Enterrement chic dans l’Upper east side. Samedi je me suis retrouvé dans une réception comme Saint-Germain des Prés n’est pas capable d’en organiser. Là aussi nous avons bu, mangé, rit. Mon ami John n’était plus là avec nous (voir chronique précédente) Et pourtant la porte de son bureau restait ouverte comme depuis 50 ans, avec ses dégueulis d’enveloppes de service de presse, son ordinateur allumé, sans doute avec des notes pour ses prochains articles pour Harper’s, New York Magazine, la New York Review of Books, The Nation, etc. Plus que les invités, tous les livres qui remplissent les étagères de sa maison parlaient de lui. Le romancier Colum McCann (1), un autre ami que j’avais présenté au premier, s’était éloigné de la foule. Après avoir tâté les dictionnaires qui entourait l’Apple de son critique favori, il caressait le premier Garcia Marquez que John chroniqua pour le New York Times, le deuxième Don DeLillo qu’il imposa à la Une de son supplément littéraire, les œuvres complètes de Toni Morrison, de Doctorow, Le Capital, les œuvres complètes de Trotski, Huckleberry Finn qu’il chérissait plus que tout, etc.

Dans la cuisine, où nous avons eu des centaines d’heures de conversation autour du café qu’il était seul à savoir faire si bien, se pressaient ses amis journalistes, écrivains, hommes de cinéma ou de télévision un verre et une assiette en carton à la main. Dans le salon trônait Toni Morrison, majestueuse comme le Prix Nobel de littérature qu’elle est. Sous son chignon de dread locks grises comme la neige à New York, elle racontait des histoires et nous rions. Comme quand John Leonard racontait les siennes. Toni Morrison s’est lancé dans la dernière : sa rencontre avec Franck McCourt, l’auteur des Cendres d’Angela : « Je lui ai tendu la main, il m’a regardé et il est parti !… » Un silence souligné par des yeux en bille de loto. « Un mois plus tard je reçois une lettre de lui : ‘Si vous saviez comme je suis honteux. Sans mes lunettes maintenant je fais des gaffes tout le temps. Avec l’âge, les Irlandais oublient tout sauf la rancune et, moi, je vous aime ». Alors j’ai pris ma plus belle plume et je lui ai répondu : « Cher Franck, qui êtes vous ?… » Eclat de rire général. Plus tard elle racontera qu’elle vient de changer d’ordinateur : « L’installateur m’a demandé si je voulais transférer des documents de l’ancien sur le nouveau. Je lui demandé à conserver mes manuscrits. ‘Et vos mails ?’ Je lui ai dit que je ne m’en étais servi que deux fois en cinq ans et que je n’avais pas eu de réponses. En cherchant, il en a trouvé… 8000 !!! »

On rit avec Obama. Avec John, après John, aux funérailles de John on ne parle que de l’élection de Barack Obama. Comme me le dit un journaliste de RFI en année sabbatique à Harlem, « peut être les Français vont-ils commencer à comprendre ce pays, loin des caricatures qu’on en fait, où le meilleur joueur de golf est un Noir, Tiger Woods, et le meilleur rappeur un Blanc, Eminem. » A voir la blogosphère française ça commence à entrer plus vite que chez les journalistes. Je vous conseille d’écouter Miss Zen («Ce merveilleux esprit cartésien ») qui se plaint des plaintes de la presse française qui n’a pas attendu d’apporter des informations pour faire la fine bouche sur l’ « Obamania » A lire en date du 7 novembre : http://zenacroquer.blogspot.com/

Et pour revoir une dernière fois « Bam » comme le surnomme déjà la presse populaire américaine, cette vidéo que m’a envoyée Barbara Constantine qui montre un homme qu’on n’a pas vu. Le dernier jour de sa campagne en Virginie Obama se lâche, on le découvre drôle, plein d’humour. Pour ceux qui ne comprennent pas bien l’anglais, le leitmotiv « Fired up ! Ready to go ! », signifie en gros: “A vos marques, prêt, partez!” Regardez : http://www.youtube.com/watch?v=BjA2nUUsGxw&feature=bz301


___________
(1) Il publiera en juin (septembre en France) son nouveau roman consacré au jour –le 17 août 1974- où le funambule français Philippe Petit avait franchi sur un câble le vide séparant les Twin towers.

14/11/2008




Chroniques new-yorkaises (3) : Good bye John


Il faisait si bon mardi soir à Harlem! Il pleut à verses en ce jeudi matin. Obama est élu. John Leonard vient de mourir. Et dieu sait si le second espérait la victoire du premier : « Ce sera le plus grand événement de l’histoire des Etats-Unis » me disait-il lundi soir. John était mon ami, il avait récemment été élu par ses pairs le plus grand critique littéraire de son pays devant John Updike. Il m’a appris à lire et à vivre.

 

Des jumelles et Braudel. Nous nous sommes rencontrés il y a 26 ans lors d’un de nos premiers voyages à New York. Nos filles sont venues le saluer dans son petit jardin où il lisait la Méditerranée de Braudel d’un « Hello John ! » qui l’avait touché. Moi, ce sont les sacs postaux de livres qu’il recevait chaque jour qui m’avaient impressionné. J’ai rêvé de sa vie de critique, d’homme de lettres et de mots. J’ai suivi son chemin, ses conseils. Nos routes n’ont pas fini de se croiser à Paris ou à New York, à Prague ou à Udaipur, à St Petersbourg (comme il respirait mal déjà alors !) ou à Monument Valley. Des voyages toujours accompagnés de livres. Il m’a fait rencontrer Toni Morrison un matin dans sa cuisine, je lui ai présenté Colum McCann un après-midi dans son jardin. C’était mon ami et mon grand frère.

 

Au bout de ses idées. John était un intellectuel libéral (en France on dirait « de gauche »). Un vrai. Du genre à refuser de serrer la main à Henry Kissinger après la Guerre du Vietnam ; à faire, semaine après semaine, des chroniques anti-Guerre du Golfe pendant l’offensive en direction de Koweit City sur CBS Sunday Morning (dont son contrat –il avait tenu à ce que cela y figure en toutes lettres- précisait qu’il dirait toujours ce qu’il voudrait), à s’en prendre aux jurés du National Book Award pour racisme quand ils n’avaient pas donné leur prix à Beloved de Toni Morrison lui préférant un mauvais livre. C’était un homme qui disait qu’en lisant cinq livres par semaine pendant 50 ans, il devrait en avoir lu 13.000 avant de mourir (« soit la production d’un mois aux Etats-Unis… ») Un homme qui avait révélé Garcia Marquez aux Américains, défendu Foucault, Cioran, Wiesel, Delillo, Gloria Steinem et les féministes, avait découvert un jeune chanteur de 17 ans à Greenwich Village, un certain Bob Dylan, etc, etc, etc. Il avait « chaussé les lunettes » de Freud, de Marx et de Weber pour mieux comprendre la littérature. Avant de s’abandonner à son seul plaisir pour mieux le faire partager.

           

Jusqu’aux urnes, jusqu’au bout de ses forces. Malgré le cancer qui le rongeait depuis des années, malgré les étouffements qui le saisissaient depuis des semaines, malgré ses jambes qui ne le supportaient plus depuis quelques jours, il a tenu à aller voter mardi. Il aimait l’idée de l’arrivée d’un Noir à la Maison Blanche même s’il ne le trouvait pas très radical. « Nous avons tout essayé jusqu’à l’imbécillité avec Bush, raillait-il à Bush, et si nous essayons l’intelligence. » Pour lui Barack Obama était d’abord « a smart guy », un type cultivé, intelligent.

Nous avons accompagné John avec une chaise pour lui permettre de s’asseoir autant que nécessaire. Il a rempli son bulletin et l’a glissé dans le carton en forme d’urne. Puis il est rentré, épuisé, chez lui, à trois blocks du bureau de vote. Le soir nous nous sommes serrés devant l’écran de la télévision. Il ne parlait plus, changeant simplement de chaine avec la télécommande, éteignant le son pendant les publicités, toussant de plus en plus. Et puis à 22h, il est parti se coucher sans attendre d’être sûr qu’Obama était bien élu. Là, nous avons su que c’était la fin.

***

PS : Toutes mes pensées vont à Sue, Amy, Andrew et Jennifer.

PPS : Et si un éditeur français publiait un des livres de John Leonard en France ?

07/11/2008




Chroniques new-yorkaises (2) : Black & white


Ce mardi soir nous sommes tous Américains. Blancs et noirs, hommes et femmes, jeunes et vieux, Sénégalais, Maliens, Ethiopiens, Portoricains, Coréens, Français (en pagaille) et – évidemment - américains. A deux pas du fameux Apollo Theatre, au pied de la Fondation Clinton, en plein Harlem, nous pleurons, nous rions, nous nous embrassons et nous chantons à tue-tête devant le grand écran qui retransmet le discours d’Obama depuis Chicago : « Yes we can ! Yes we can ! » Tout est possible.


Electeurs lecteurs.  Après les œufs sunny-side-up et les pommes de terre sautées du petit déjeuner, il fallait faire la queue plus de deux heures dans le bureau de l’Upper East Side où nos amis américains devaient voter. La foule reste calme même quand on lui apprend que les machines à voter viennent de rendre l’âme. Dans les files qui s’entrecroisent sur ce terrain de basket beaucoup d’hommes et de femmes patientent en lisant. Des journaux, bien sûr, mais surtout des livres. Eh oui, les cow-boys descendent de leurs chevaux pour entrer chez Barnes & Nobles. Les étudiants potassent leurs manuels, des femmes s’abiment dans l’Alchimiste de Paulo Coelho ou Barefoot d’Elin Hilderbrand, un journaliste est plongé dans les épreuves de A Mercy, le dernier Toni Morrisson. Et (c’est Daniel Garcia va être content) j’ai même trouvé un jeune homme serrant dans sa main droite son livre électronique qui contenait, m’a-t-il expliqué, vingt titres. Même si son choix de candidat était fait, savez-vous ce qu’il lisait ? The audace of hope d’un certain Barack Obama!


Les esclaves et les pauvres. C’est pourtant d’un autre livre, que j’ai fini à New York, dont je voudrai vous parler : Pourquoi êtes-vous pauvres ? de William T. Vollmann. Un grand, un très grand livre qui reprend à sa façon, aujourd’hui, un autre très grand livre Louons maintenant les grands hommes de James Agee et Walker Evans. Son tour du monde de la pauvreté est plus qu’un exploit, c’est un livre décent, incroyablement fort. Fort par son sujet, décent par son auteur qui ne cache rien de ce qu’il est, un auteur de romans et d’essais, un auteur de gauche. Mais aussi un auteur américain, blanc et donc « riche ». Et lorsqu’il parle des pauvres aux Etats-Unis, il parle bien sûr des Noirs. Il avoue qu’il lui « arrive d’avoir peur des hommes noirs grands et pauvres ». La responsabilité des blancs dans l’esclavage des noirs lui paraît évidente. Mais individuellement le problème se complique : ce n’est pas «la couleur de leur peau (qui me fait peur) mais parce que les Noirs pauvres sont souvent très pauvres ; leur pauvreté de Noir est une difformité non désirée, douloureuse, qui leur colle à la peau et dont ils essaient d’oublier l’existence non par l’hébétude, mais par la colère. »
Dans le débat sur la repentance de la France pour la déportation des Juifs pendant la guerre certains se sont émus de cette démarche pour de mauvaises raisons. D’autres, tout en reconnaissant la nécessité d’un geste, ont rappelé que cela ne suffisait pas. Le pardon ne peut venir que des victimes, des victimes qui dans ce cas effroyable sont parties en fumée.
Obama n’a pas pardonné aux Blancs le crime de l’esclavage, il leur a proposé un « vivre ensemble » où les Blancs seraient les égaux des Noirs (1). Laissant de côté la colère, permettant à la peur de reculer.
Le plus bouleversant des slogans lancés mardi soir à Harlem et repris par tous ? « No more hate ! No more hate ! » Plus de haine. Ce n’est qu’un cri. Mais rien que pour cela cette élection restera dans l’histoire.

(1) Lire De la race en Amérique, extraordinaire discours de Barack Obama à Philadelphie
05/11/2008




Chroniques new-yorkaises (1) : The show must go on!


e n’aurais pas refusé cette invitation pour un empire (fut-il américain). Nos meilleurs amis (made in USA) nous avaient invité à une soirée déguisée pour Halloween. L’économie US s’effondre, l’élection présidentielle est à son paroxysme mais la fête continue !

Squelettes et sorcières. Incroyable, partout des pierres tombales ensanglantées, des têtes de mort, des toiles d’araignées qui montent jusqu’au troisième étage, les belles maisons de l’Upper east side prennent des allures de capharnaüm macabre. « Treat or trick », les enfants déguisés demandent des bonbons selon la tradition. Des femmes respectables coiffées de chapeaux noirs se promènent assises sur des balais, on croise des vaches et toutes sortes de personnages extravagants. Puisqu’il faut faire peur j’ai opté pour un très sobre masque de Sarkozy et des ray-ban. Au top de l’horreur cette année des femmes en chignon, lunettes, et chemisiers bleus jouent à Sarah Palin.

"Yes you can !" Dimanche, c’est marathon. Sur la 1ère avenue à 8h30 (charme du décalage horaire) pointe le premier participant à la fameuse course. C’est un handicapé en fauteuil roulant futuriste. Les spectateurs frigorifiés lui font un triomphe. Une femme déforme le slogan obamien (Yes we can !) en un très approprié « Yes you can !»

Beau et intelligent. Le plus laid, le plus méchant, Dick Cheney, le vice-président de Bush, a attendu qu’Halloween soit passé –on aurait pu le prendre pour un plaisantin- pour annoncer son soutien à John McCain. Barrack Obama n’a pas pu cacher sa joie : « Quelle bonne nouvelle ! »

A New York on est démocrate et obamien. A court d’arguments nos amis expliquent les raisons de leur soutien. John : « Obama est vraiment intelligent. Nous avons essayé la bêtise avec Bush. Et si nous essayions l’intelligence ? » Sue : « Et puis il est si beau » Que voulez vous ajouter ? John l’athée, toujours inquiet à quelques heures du scrutin: « Il ne nous reste plus qu’à prier… »

03/11/2008




La crise en rose


ENFIN ! Wall street dans l’impasse, le CAC (40) au bord du krach, les banques font la manche, tous les indicateurs sont au noir. Super, on va bien s’amuser !...

Dansons, chantons, rions ! Si les dépressions disparaissent en temps de guerre, je parie que la crise qui s’ouvre va être fraîche et joyeuse. Une raison ? Une seule : Ma-m-Mia. Je vois vos yeux en bille de loto qui se demandent ce qui me prend. Eh bien je le répète haut et fort : allez voir Mamma Mia, film en pastelcolor, avec toutes les chansons d’Abba et une Merryl Streep déchaînée. Un chef d’œuvre marketing : ce film tombe à pic. Comme d’autres tristes sires, sans la crise, je n’aurais pas osé entrer dans un cinéma affichant une telle bluette, limite daube. Mais mes copines bloggeuses s’enflammaient, grimpant sur leurs fauteuils comme autant de Dancing queen. Alors le col de l’imperméable haut relevé, la casquette bien enfoncée et les lunettes noires, j’ai acheté ma place en marmonnant le titre du film au guichet. Je ne l’ai pas regretté. Un tourbillon d’images de vacances grecques, de plaisirs simples, de joie acidulée. Aussitôt vos pieds reprennent leur liberté, vous susucrez les chansons du groupe suédois (qui a déjà été à l’origine de deux super films australiens, Muriel et Priscilla folle du désert). Un tel film qui fait un tabac actuellement annonce d’autres bonnes nouvelles.

Petites robes moulées. J’aime bien lire le Monde au lendemain des défilés de mode. Beuve-Méry doit sourire là-haut sur Sirius quand il voit en « une » de son quotidien une photo couleur d’Alexander McQueen (Dancing Alexander !) déguisé en Bugs Bunny au milieu de ses modèles arborant « ses petites robes moulées plutôt gaies ». Le défilé de Karl pour Chanel ? « Pêchu ! » Et les robes Mickey de Castelbajac, l’ami des Papes. Moulées, pêchu, Mickey, « La mode, comme antidote à la crise ».

Médaillés ! A Pékin, l’or avait manqué. Mais la France se rattrape. Jeudi - c’est Livres Hebdo qui le dit - le Nobel de littérature pourrait échoir à JMG Le Clézio. Deux Français avaient déjà été couronnés lundi par un Nobel de médecine. Mais surtout la semaine dernière trois de nos brillants chercheurs recevaient l’IgNobel de biologie. Attribué à Harvard par de très sérieux profs qui aiment aussi rire en célébrant les recherches les plus stupides de l’année. Les trois Français ont démontré que les puces de chien sautaient plus haut que les puces de chat ! Il y a quelques années l’IgNobel d’archéologie avait été attribué à des scouts français qui, chargés de nettoyer une grotte des papiers gras laissés par les visiteurs, avaient poussé le zèle de leur BA jusqu’à nettoyer les murs de leurs dessins préhistoriques…

Le boom Barbara. Samedi Barbara Constantine signait A Mélie sans mélo à L’Amandier, librairie géniale de Puteaux dont elle fut la première invitée pour Allumer le chat. Elle saute comme une puce de chien et moi aussi. Mélie s’est vendue en un mois autant que le Chat en un an ! Des libraires conquis par ce mélange de rire et d’humanité, des lecteurs qui préfère son regard malicieux sur les petits, les humbles, loin du cynisme des puissants. Voilà un autre syndrome de cette crise joyeuse.


J’aime les escrocs. Même s’il m’est arrivé parfois d’être leur victime, j’aime les manières de ces aristocrates de la délinquance. A l’origine de toutes les grandes fortunes, il y a un escroc, un malin qui a sauté les étapes. Dommage que ce soit pour s’acheter une respectabilité et quelques breloques à la boutonnière. Je préfère, là encore, les petits aux grands. L’autre jour sur la passerelle qui mène au musée du Quai Branly, une jeune femme élégante, jolie, se penche devant moi - mazette quelle silhouette ! - et ramasse une alliance en or. « Is it yours ?” Non ce n’est pas à moi. Je lui propose de l’apporter à un commissariat. Elle me donne l’alliance, avec un sourire enjôleur : « You, go to the police ! » OK, je reprends mon chemin quand j’entends derrière moi : « Give me some money for a sandwich ! » Déçu, je lui rends sa bague et me hâte pour retrouver un couple d’amis. En racontant mon histoire je les vois s’ébahir. « Il nous est arrivé la même chose sur le pont d’Austerlitz ! » Faites attention aux belles étrangères qui vous offrent leurs alliances à défaut de leurs cœurs…


Je n’aime pas les sucreries
. Qu’est-ce que cette histoire a à voir avec la littérature ? Un instant ! Un instant ! Rencontrant un as de la grivèlerie (consommer dans un restaurant sans payer), je lui ai demandé sa méthode. « Très simple », m’a-t-il expliqué. « Il faut réserver une bonne table. Le jour-dit tu arrive en costume avec un livre. Il faut un livre avec une belle reliure. Tu commandes le meilleur, raconte au serveur que tu es venu dans ce grand restaurant pour signer une très bonne affaire dix ans, plus tôt, discute avec le sommelier de tes vins préférés. Ensuite tu savoure en lisant ton livre. Après le fromage tu commandes ton dessert en demandant où sont les toilettes ? Là, tu te lèves en posant ostensiblement ton livre ouvert. Avec sa belle reliure. Et puis tu t’en vas. Je n’aime pas les sucreries. Ni les livres reliés…» Moi c’est le contraire, je ferais un piètre escroc.

Quand tout s’écroule autour de vous dansez, chantez, riez, mangez, lisez. C’est si bon la crise !

13/10/2008




Ce que le jour doit à la nuit


Emballé. J’ai été tellement emballé par le dernier Yasmina Khadra, que je lui emprunte ici son magnifique titre tellement  adapté à nos vies minuscules.

LymphoMan, le retour ! Je reviens de quelques jours en Bretagne, une Bretagne éclatante de soleil et de bonheur. Après plusieurs mois d’angoisse, de chimio, de chambre stérile, mon ami est vivant. Pas guéri statistiquement, il faut attendre cinq ans, mais bien vivant. Les semaines d’épuisement s’estompent même déjà. Nous avons parcouru la plage dans tous les sens, emprunté le chemin des douaniers. Mais surtout, chose promise chose due, nous avons bouffé son crabe ensemble. Délicieux. (1)

***

En rire grossièrement. Il m’arrive de m’échauffer la rate  pour pas grand chose. Ainsi ai-je titré un de mes blogs, le 25 septembre 2007 : « les économistes sont des cons », ajoutant hypocritement un point d’interrogation. A quoi bon s’énerver. Regardez ce qui se passe un an plus tard. Difficile de parler aujourd’hui d’« économistes distingués » tant ils paraissent ridicules. Qui avait prévu le tsunami financier qui parcourt la planète avant, peut-être, de la ravager? Personne. Il a même fallu attendre de longues semaines pour qu’un début d’explication –les fameuses subprimes- vienne  éclairer les peuples, simples spectateurs de leurs propres vies. On a aperçu les golden boys quittant leur job, leur carton sous le bras, en ravalant leur arrogance (l’un d’entre eux expliquait encore : « J’ai perdu la moitié de ce que j’avais gagné en un mois » Un milliard !). A quoi bon se fâcher, mieux vaut en rire ! Ou attendre que les socialistes réforment le capitalisme. Not’ OmniPrésident, lui, a déjà commencé à en parler.

***

Lire et vivre. A force de lire de mauvais manuscrits, j’ai de plus en plus de mal à lire de bons livres. Paradoxe de l’éditeur (qui se réjouit de voir la première traduction d’un de ses livres : Les aventures de ce fabuleux vagin en Italie). Pour passer le temps, j’ai beaucoup lu de polars. Certains m’ont détendu, d’autres m’ont bien plu. Et puis j’ai découvert quelques grands livres dont un chef d’œuvre. Oui, un « chef d’œuvre », terme que l’on réserve le plus souvent aux livres à nobles couvertures blanches. Je parle ici de Cotton Point de Pete Dexter (L’Olivier). Un usurier dans une petite ville de Georgie au milieu des années 50, le racisme ordinaire des petits blancs, la justice quand règne l’injustice. Magnifique ! Grand livre : Les feuilles mortes de Thomas H. Cook (Série Noire). Une petite ville de la cote Est des Etats-Unis bouleversée par la disparition d’une fillette. Peu à peu l’adolescent qui la gardait ce soir-là est soupçonné. Un ado refermé sur lui-même et que son propre père se met à  épier. Trouble et envoutant. Je pourrais ajouter tous les James Crumley, mort la semaine dernière. J’avais rencontré le Texan bourru à Missoula (Montana). Etrange bonhomme plein de finesse (ami du très distingué écrivain indien, James Welsh, son voisin) et plein d’alcool (pote de tous les piliers de bars de l’Etat) qui jouait les mauvais jours à la roulette russe. Ogre qui imposait à ses hôtes à Paris la fenêtre ouverte quelle que soit la température. A lire ou à relire tous ses livres (ils ne sont pas si nombreux) du premier Un pour marquer la cadence à son dernier, La dernière contrée.

***

L’écrivain n’est pas vain. Auteur de polar, Mohamed Moulssehoul le fut avec son commissaire Llob. Mais ce militaire algérien dut prendre ensuite un pseudonyme pour continuer à écrire librement. Il choisit les prénoms de sa femme, Yasmina Khadra ce qui lui valut d’autres ennuis. Quand il quitta l’armée et révéla qui il était, il fit des déçus, ceux qui avaient cru découvrir une grande auteure algérienne, et des suspicieux, ceux pour qui militaire algérien signifiait tortionnaire dans la sale guerre avec les islamistes. Yasmina Khadra est un homme et un homme digne. Mais c’est surtout un auteur majeur. Il a publié une trilogie qui a connu un très grand succès (Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les sirènes de Bagdad). Il revient avec un grand livre, un drame antique inscrit dans notre entre-siècle, dans l’Algérie partagée entre France et Algérie, écrit dans langue classique, un roman qu’on ne doit pas rater. Ce n’est pas l’ancien critique qui le dit c’est l’homme, j’oserai dire l’ami. Je me souviens qu’à la veille de la sortie de L’Attentat j’avais rencontré quelqu’un de désespéré, quelqu’un en colère. Khadra en voulait à la terre entière, à l’Occident qui ne comprenait pas les risques que des gens comme lui prenait en luttant contre l’intégrisme, à son éditeur qui ne le reconnaissait pas à sa juste valeur, à ses lecteurs qui ne le méritaient pas, etc, etc. J’avais beau lui dire qu’il avait écrit un livre formidable qui allait connaître un grand succès, rien n’y faisait. Alors, en désespoir de cause, je lui expliquais que son livre figurant dans la liste des meilleurs livres de la rentrée que le JDD avait établi avec France Inter, le mieux serait qu’il  ne tienne pas ces propos à l’antenne. Quelques semaines plus tard je recevais une lettre de remerciements signé par lui et son épouse. Avec Ce que le jour doit à la nuit j’ai reçu les meilleures nouvelles qu’il pouvait m’envoyer.

___________

(1) Pour ceux qui s’intéressent à cette maladie, qu’elle rôde autour d’eux ou qu’elle touche un de leurs proches je vous renvoie sur le blog de Caro[line] en date du 13 septembre dernier :  Journée mondiale du lymphome

 

03/10/2008




Amis lecteurs, amis bloggeurs


A FORCE de lire mes bêtises, certains d'entre vous doivent se demander : mais c'est qui ce type (je n'écris pas « mec » de peur d'être confondu avec Bigard, l'homme qui regarde trop internet)? Eh bien je veux vous rassurer, chers lecteurs, ce blog est suivi de près par les plus hautes institutions de ce pays. Récemment je proposais, avec un brin d'ironie fort peu patriotique je dois l'avouer, d'organiser des Jeux Olympiques réservés aux seuls Français pour que nous obtenions enfin quelques médailles d'or. Voilà, c'est fait ! Le ministre de l'Education, Xavier Darcos, a décidé de distribuer des médailles d'or, d'argent et de bronze aux meilleurs bacheliers. Excellent. Je propose un amendement : que l'on fixe des minimas scolaires pour se présenter au bac afin d'éviter aux professeurs de corriger toutes ces copies. Boutefeu, ministre de l'Identité française, y ajoutera que parmi les Français seuls les Martin, Dupont et Durand pourront recevoir une médaille. C'était notre rubrique : restons entre nous, on est quand même mieux.

S'cuz'-moi Princesse. Je vous entends dire : ce type (parce que Bigard…) n'est pas objectif à se moquer ainsi de ministres du Président. Bon, je vais essayer de défendre le Président, enfin presque. Pour une raison qui restait jusqu'alors assez mystérieuse cet homme estimable puisque élu par une majorité de Français, a lancé une croisade contre La princesse de Clèves de Madame de Lafayette. Vous pourriez me dire en quoi cela le concerne-t-il ? A reprendre l'excellent blog du Bibliomane ( http://lebibliomane.blogspot.com/ )

voici l'historique des faits. Le 23 février 2006 devant un parterre de militants UMP, l'Omniprésident s'en prend au programme de concours d'entrée d'attaché d'administration : « Un sadique ou un imbécile, choisissez, a mis dans le programme : interrogez les concurrents surLa Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle… » Il remettait ça en deux fois cette année. Là on voit poindre une explication au courroux présidentiel : « Je n'ai rien contre, je n'ai rien contre, mais enfin… j'avais beaucoup souffert sur elle. » Vengeance contre un professeur ? Ou bien, selon une explication psychanalytique (« sadique », « guichet », « souffrir sur elle »…), frustration d'un cheval fougueux ?

Avec mon mauvais esprit, je me suis donc précipité sur Arte qui présentait en avant-première La Belle personne de l'écrivain-metteur en scène Christophe Honoré, inspiré de la Princesse de Clèves. Avec mon honnêteté, je dois avouer que cette défense de la Princesse est pour le moins mal illustrée dans ce film. D'abord j'ai fait beaucoup souffrir mes voisins. J'ai dû en effet monter le son de mon téléviseur au maximum pour comprendre ce que disaient les comédiens. Je suis bien placé pour savoir que l'adolescence est le deuxième âge des borborygmes (j'approche du troisième) mais ils demeuraient totalement incompréhensibles. Ajoutez une jolie brochette de fils et petit-fils (filles) à papa et de têtes à claques, tous blancs, et Mme de Lafayette subissait les derniers outrages dans les ruelles malfamées du 16e arrondissement. L'Omniprésident, grand téléspectateur devant l'Eternel, a dû reconnaître des quartiers qu'il connaît bien et se convaincre que décidément ces princesses de Neuilly ou de Clèves... Vous oyez que je sais être objectif. Ah si un détail : quand je vais à la Poste chercher un livre nous échangeons avec ma postière quelques titres de romans que nous avons aimés. Au guichet !

Bon et difficile à la fois. J'aime François Bon. L'homme et ses livres. Son blog aussi (http://www.tierslivre.net/spip/ ). Il lui arrive de travailler avec des prisonniers, des ouvrières. C'est un écrivain dans la vie. Rien ne lui semble indifférent jusqu'aux dernières technologies. Il va jusqu'à offrir des possibilités de publications sur Internet de textes d'auteurs originaux ( http://www.publie.net/ ). Pour toutes ces raisons, on lit avec un intérêt tout particulier son appel aux bloggeurs littéraires. Il se plaint de ces rentrées où l'on parle toujours des même livres, des mêmes auteurs et des prix qu'on leur promet : « Même le monde des blogs, qui devrait être le contre-pouvoir, s'embarque à chaque fois dans ces casseroles comme s'il s'agissait de la littérature elle-même (…) D'où mon invite, amis bloggeurs : ne vous contentez pas d'être les médiateurs de la chose écrite intervenez dans la vie littéraire elle-même. » Quelques réactions montrent que répondre à l'invite de François Bon n'est pas aisé. Il y a celle des « wanabe », ces « écrivains » qui voudraient être « publiés » et se cognent à des murs de refus. Je vous renvoie à la réponse de Wrath qui perd un peu de sa virulence en même temps qu'on la voit grandir dans son écriture ( http://wrath.typepad.com/ ). Il y a celle de bloggeurs en voie de professionnalisation, de presque-journaliste comme Anne-Sophie Demonchy ( http://www.lalettrine.com/ ). Toutes deux disent que les lecteurs les attendent sur les « auteurs hype du moment » ou « les livres qui font l'actualité. »

Et puis il y a la masse des bloggeuses qui ne répondent pas au Bon appel, gourmandes de livres, des classiques aux plus contemporains, qui mêlent critiques littéraires et recettes de cuisine car les livres font tout simplement partie de leur vie. Il leur arrive d'être un peu naïves, mais elles ont défendu, souvent avant les professionnels, Millenium ou le célèbre Hérisson de Muriel Barbery. Elles remercient les éditeurs qui leur offrent des livres ce qui vaut à Denoël après un envoi massif de faire un carton avec La fausse veuve de Florence Ben Sadoun. Sauf que le premier enthousiasme passé, les réserves commencent à monter. Cela ne s'appellerait-il pas : l'indépendance ?

17/09/2008




Rentrez ! Mais par où ?


RENTRER, bien sûr mais pas si facile que ça. C’est la réflexion que je me faisais en revenant de Bourgogne après quelques jours maussades, pluvieux, frelonneux (c’était visiblement une année à frelons). Il y a quelques années encore tout était simple : on cherchait un panneau « Paris » et il n’y avait qu’à suivre. Là, les propositions d’autoroutes se multipliaient : prendre à gauche, à droite, tout droit, le temps de voir le nom de la porte de Paris proposée que l’embranchement était déjà passé. Comme un symbole de la rentrée. Ou plutôt les rentrée. Si je ne connais plus la rentrée scolaire (ouf !), il y a la rentrée littéraire, la rentrée sociale (à l’inverse du réchauffement climatique elle est de plus en plus froide), politique, etc. Rentrez ? Oui mais par où ?

« Ne te trompe pas de trou.» A lire mes ex-confrères qui reçoivent -eux, encore- les services de presse, la rentrée littéraire se limiterait à cette phrase de six mots du Marché des amants de Christine Angot. Ajoutez, pour la route, Jour de souffrance de Catherine Millet où nombre de critiques crient d’autant plus au génie qu’ils gardent bien au fond d’eux (je n’ai pas dit : fondement) une méchante pensée qui pourrait se résumer ainsi : Bien fait ! On ne craint plus les foudres d’Angot dont on se moque. Mais devant les yeux clairs de Millet-la-libertine on a peur de paraître ringard. Comme la première a quitté Flammarion pour le Seuil et la seconde le Seuil pour Flammarion cette rentrée éditoriale se limiterait donc à une simple histoire d’échangisme ? Allez, fermez les bans ! Moi j’attends pour me faire mon opinion mais je laisse un avantage à la musique qui s’élève des livres de la première.

« L’enterrement du fossoyeur ». Pourquoi les partis politiques s’obstinent-ils à organiser des universités d’été quand l’automne approche à grand pas ? Façon de nous narguer, nous qui sommes rentrés de vacances. Alors attaquons-nous aux plus faibles. Ah c’était la fête aux grenouilles et aux socialos à La Rochelle! Mon journal (plutôt mon ancien journal) s’en donne à cœur joie. Et ce pauvre Hollande se fait assassiner avant qu’il ait prononcé son discours avec ce titre : « l’enterrement du fossoyeur ». Mazette ! Le JDD, le journal qui rit dans les cimetières ! Dans le cimetière des éléphants, évidemment. Relisons plutôt Machiavel, Kipling ou le petit Sarkozy illustré.

Le jour de mon retour j’ai feuilleté la presse. Edifiant quand on retombe soudain dans les journaux.

Foufounes et gamelles. Le Monde se lâche à propos de la sortie du nouveau CD de Madonna et de son spectacle à Nice. A l’occasion du clip de la madone qui mélange Hitler, Ben Laden et McCain, le « journal de référence » écrit : « Tant qu’à provoquer, Madonna était plus rigolote et parfois plus pertinente quand, autrefois, elle se tripotait la foufoune, roulait des gamelles à ses copines ou mimait les rites sado-maos. » Relisez les œuvres complètes Hubert Beuve-Méry !

Bismes, bam, boum ! Le président de la Fédération française de tennis a des ennuis avec la justice. Christian Bismes est envoyé en correctionnelle pour abus de biens sociaux et un certain nombre d’autres choses qu’on lui reproche. Un grand président ! Comment imaginer qu’il puisse s’être fait rembourser 150€ par mois de pourboires dans des restaurants ? Relisez Zola !

Sports divers, restons entre nous ! A Pékin, la France a raté nombre de médaille d’or. Pourquoi ? Mais parce qu’il y avait plein d’étrangers ! Regardez les prix littéraires, réservés pour la plupart aux auteurs français (parfois un Belge –heureusement pas Nothomb !- ou une Québécoise mais rien de plus) et nous collectionnons les Goncourt, Médicis, Femina, Interallié, etc. Lisons Beigbeder, Musso, Lolita Pille, Marc Lévy et boycottons Jim Harrison, Philip Roth, Salman Rushdie! Prenons exemple sur Hortefeux. Peut-être faut-il faire une exception pour Ma Jian qui, avec Beijing Coma, nous en apprendra sans doute plus que des centaines d’heures de télévisions en direct des JO où « l’accueil fut tellement souriant ».

Allez Tou-lon ! Ne me dites pas que les lecteurs détestent le sport. Je regardais l’autre jour la magnifique victoire du promu Toulon contre Toulouse, l’équipe championne de France 2008 de rugby. Superbe. L’angoisse du propriétaire de l’équipe, Mourad Boudjellall, P-DG des éditions de BD, Soleil-Productions, le calme olympien de l’entraineur All-Black Tana Umaga, et les cris répétés d’un Marcel Ruffo déchaîné dans les tribunes : « Allez Tou-lon ! Allez Tou-lon ! » Lisez de la BD et les livres de Ruffo ! Et ne dites rien à Bri-bri, il risque encore d’expulser toute cette équipe de rastaquouères.

Les éditeurs de Livres-Hebdo, c’est-à-dire moi. Allez abusons : j’ai le plaisir de vous faire part de la sortie du deuxième roman de Barbara Constantine A Mélie sans mélo (Calmann-Lévy) et celle en poche du premier, Allumer le chat en poche (Points-Seuil). La blogosphère en bruit déjà. Merci à Cathulu, Martine, Paperblog, Zabilou, Marion, Tournemonde, Zincdelivres, amis inconnus, miracle de l’Internet.

03/09/2008




Cahier de vacances pour les fainéants


Vacances ou école ? J'ai toujours su choisir. Je haïssais tellement les cahiers de vacances que j'ai vite découragé mes parents de faire une dépense inutile. C'était il y a longtemps. Et voila pourtant que les plages se re-couvrent à nouveau de ces fascicules malfaisants. Les Français en sont fous. Pour leurs enfants ? Non, pour eux-mêmes ! Masos !!! Passe encore le cahier de vacances de l'érotisme, avec cours du soir ou cours particuliers, mais les cahiers de vacances et autres cours de rattrapages, non-merci, vraiment.

Premier au classement des « essais et documents » de Livres Hebdo le Cahier de vacances pour adultes de 17 à 117 ans, rafraîchissez vos neurones en révisant tout ce que vous avez oublié (ouf !) suivi un peu plus loin de Passeport adultes et autres Cahier de culture générale pour les nuls. Pourriez pas nous laisser le neurone tranquille, non ? Si l'on ajoute les cahiers pour les vieux, les adultes, les ados, les tout petits (pourquoi pas les mères enceintes ?) on arrive au chiffre effrayant de 9 cahiers de torture sur les 20 livres les plus vendus!

Puisque visiblement vous aimez ça et que certains –ici- sont d'anciens cancres (anciens, anciens…), je vous concocterai donc MON « Cahier de vacances pour les fainéants ». Rappel de quelques mots remis à la mode par des pervers polymorphes avec exemples tirés de notre quotidien pour ne pas finir neuneu. Attention : interro écrite le 1er septembre ! C'est gratuit mais ceux qui n'auront pas la moyenne n'auront plus accès à ce blog très cultivé. Révisez plus, baignez vous moins !…


Définitions


Bulle : « Figuratif. Espace où on se sent protégé, sécurisé, où l'on peut s'épanouir ». Après plusieurs mois de chimio, mon ami est entré dans sa bulle stérile ce matin. Il est en rémission totale, ne lui reste plus qu'à guérir avec une autogreffe. Zy-va, achève-le ton crabe, on va le bouffer en septembre face à une plage bretonne en coinçant la bulle ! 


Casser : « Mettre en morceaux, sous l'action d'un choc, d'un coup, briser ». Un magasin près de chez moi affiche en caractères qui gueulent : « Arrivée massive de tapis afghans à prix CASSES ! » Dans d'autres quartiers de Paris on trouve de l'héroïne à prix cassé. Merci qui ? Les Talibans, l'OTAN ?

 

Chômer : « Ne pas travailler, en particulier par manque d'ouvrage, d'emploi ». Serge Dassault avionneur et élu UMP a déclaré: « C'est quand même anormal de vouloir donner de l'argent de l'Etat, qui n'en a pas beaucoup, à des gens qui ne veulent pas travailler ! » C'est vrai, remettez donc un paquet fiscal à ceux qui fabriquent des avions invendables !

 

Ecrivaine : « Personne qui compose des ouvrages littéraires (au Canada, le féminin est écrivaine) » Eh oui le Larousse se met au féminisme (faut dire que depuis le temps). Nancy Huston (d'origine canadienne…) est la première « écrivaine » à faire ainsi son entrée dans le dictionnaire de référence! Bon alors l'année prochaine on rectifie pour Colette, Duras, et quelques autres ? Pour l'heure elles sont curieusement qualifiées de « femmes de lettres » quand Proust et Zola sont honorés du terme d'« écrivain français ». Etrange, non ?

 

Expulsion : « Action d'expulser, d'exclure ». C'est aussi le titre du dernier livre d'Alain Genestar qui raconte comment il s'est fait virer de Paris-Match par son patron et le meilleur ami de ce dernier, un certain Nicolas S. Dans la même rubrique saluons l'augmentation de 80% du nombre d'immigrés expulsés de France au cours des quatre premiers mois de 2008. Allez Nico, allez Bribri, bientôt il n'y aura plus d'étrangers, plus de journalistes, si vous expulsez aussi les sondeurs, je suis sûr que les Français vous aimeront plus.

 

Faillite : « Echec complet d'une entreprise, d'un système ». Sur la route de Montargis nous avons croisé un magasin, genre Machin-Center, avec affiches criardes, super promos, etc. Son nom : « la Failliterie ». C'est pas beau ça ? Enfin les pauvres servent à quelque chose !

 

Irlande : « La plus occidentale des îles britanniques », 84000 km², 4,3 millions d'habitants. Jean Daniel écrit dans le Nouvel Obs : « L'un des plus petits pays des Vingt sept (1% des 500 millions de citoyens de l'Union européenne), celui qui a su le mieux profiter des avantages procurés par l'Europe, réussit à paralyser une institution qui n'a cessé depuis qu'elle existe de susciter l'admiration de la part de ceux qui n'en font pas partie. » Comment dit-on en gaélique « nain ingrat » ?

 

Jusque : « Suivi des prep. à, en, vers, dans, indique une limite spatiale ou temporelle, un point limite, un degré extrême ». Pendant les soldes quand vous voyez –70%, vérifiez, écrit en tout petit dans un coin de la vitrine ou caché dans le – ce mot : « jusqu'à »...

11/07/2008




Chili, la nostalgia n’est plus…


Signoret l’a dit bien avant moi : la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Pour elle, et bien d’autres, il s’agissait d’une époque où les intellectuels de gauche tournaient la page de leur jeunesse perdue où, compagnons de route de l’URSS et autres partis communistes pour lendemains qui n’ont jamais chanté, ils se découvraient les cocus de l’Histoire. Vaguement honteux de leur romantisme passé.

Aujourd’hui il pleut sur Santiago et j’ai le coeur serré. Le Chili de ma jeunesse est mort. Mort heureusement comme son dictateur, Pinochet, le général aux mains couvertes de sang et aux poches cousues d’or. Mort tristement aussi comme Allende, président élu au suffrage universel, qui a préféré se suicider face au soulèvement de l’armée de son pays, un certain 11-Septembre déjà (mais en 1973), plutôt que se résoudre à l’exil. Tout est donc bien qui finit bien avec aujourd’hui une Présidente de gauche, laïque, élue elle aussi au suffrage universel. Alors pourquoi cette démocratie heureusement retrouvée a-t-elle ce goût amer ? S’agit-il de la honte du romantisme passé d’une génération qui fit la révolution sur le dos des peuples du tiers-monde ?

C’est mon troisième voyage au Chili. J’y suis déjà allé en 1976 avec couvre-feu angoissant, enlèvement d’“opposants” à tout va et tortures à la Villa Grimaldi. J’y étais revenu en 1980 avec toujours le même général mais dans un autre temps où le fascisme des rues était passé dans les têtes. Qu’allais-je retrouver cette fois ? Dans le centre ville, une foire commerciale bruyante où chaque galerie commerciale hurle ses promotions à plein haut-parleurs pour supplanter la musique des groupes de rocks planants, les clochettes des moines d’Hare Krishna, les sourires des ravis qui offrent “abrazos gratis” (traduisez “free hugs”, c’est-à-dire des baisers gratuits) et l'ambiance crade des “cafe piernas” (traduisez cafés cuisses) où des hommes viennent siroter leur expresso en reluquant les cuisses largement découvertes des serveuses. Ajoutez le dimanche des gamines qui font une espèce de chemin de croix à base de fleurs et de sables de différentes couleurs devant la cathédrale pendant qu’un curé et une bonne soeur hissés sur des tréteaux crachent leur chapelet à plein haut-parleurs pour recouvrir les chants débiles des sectes protestantes arrivées dans les fourgons de la CIA.

Qu’ont-ils chanté les Chiliens du Chili et de l’exil El pueblo unido jamas sera vincido (*), et nous avec ! Et pourtant ils ont été (mais nous aussi sans doute) vaincus. Et ils sont aujourd’hui divisés. Moins entre la gauche et la droite qu’entre ceux qui sont restés sous la dictature et ceux qui se sont exilés. Chacun reprochant à l’autre son attitude. Ceux qui sont restés s’en prennent aux exilés, qu'ils aient fait souche à l'étranger ou qu'ils soient revenus avec la démocratie, de leur avoir donné des leçons. Et ceux qui ont fait le choix (volontaire ou pas) de l’exil reprochant a ceux qui sont restés de s’être accommodés plus ou moins de la dictature.

Les riches sont aujourd’hui plus riches, les pauvres ne le sont pas moins et la classe moyenne, elle, a progressé dans ce laboratoire de l’ultralibéralisme dirigé par les “Chicago boys” qui ne juraient que par le marché, le Super marché. On en est revenu à Santiago quand à Paris certains en rêvent (gag : les leaders de la droite chilienne qui veulent revenir au pouvoir sans uniformes s’apprêtent à rendre visite à leur chouchou, le Président français…). Mais à quoi servent les expériences des autres ? Et j’espère bien que ma nostalgie n’empêchera pas mes enfants de rêver un monde plus juste.

Alors oui, la démocratie a repris ses droits au Chili. Oui, on peut réciter à nouveau l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : “Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.” Les étudiants se remettent à manifester au Chili comme en France. La presse est libre. Les artistes créent. Bien sûr la seule vraie loi qui régit la vie des Chiliens est celle de l’argent, du dollar, même si leur monnaie s’appelle le peso. Les jeunes se bourrent le jour à la bière et sniffent le soir dans des fêtes qui peuvent nous paraître tristes. Les filles se dénudent pour un café. C’est ainsi.

Comme disait Winston Churchill: “La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement à l’exception de tous ceux qui ont pu être expérimentés dans l’Histoire.”

Et Vive la Liberté !

 

(*) Le peuple uni ne sera jamais vaincu

 

04/06/2008




Ballades irlandaises pour Nuala O’Faolain


Eh ! Y a quelqu’un ? Depuis deux semaines mes camarades bloggeurs de livreshebdo.fr et moi guettons vos maigres commentaires. Alors, fâchés ? En panne d’ordinateurs ? Victimes du « travailler moins pour gagner plus » (de tranquillité) ? Est-ce à dire que la blogosphère est soluble sous les ponts et les viaducs ? Toute honte bue, je ne peux m’empêcher de m’en réjouir. Constater que la paresse l’emporte sur la technologie, quel bonheur ! Enfin un signe d’humanité. Un peu comme un salon du livre où la foule ne serait faite que de connaisseurs, où les auteurs auraient oublié leurs egos à Paris et les éditeurs leur retour sur investissements pour préférer bronzer intelligent. Ce lieu existe, il s’appelle St-Malo et j’en reviens.

Reportage, cela fait si longtemps que je ne m’étais plus senti journaliste, avec cette envie de raconter, de partager quelques événements de la grande ou la petite histoire. Soit un vendredi, disons plutôt un samedi tôt, il est 2h du matin, avec une joyeuse troupe qui vide ses derniers verres (précédés de beaucoup d’autres, suivis aussi…) au mythique Bar de l’Univers. Il y a là des auteurs, des éditeurs, des attachées de presse, des journalistes, j’en passe et des meilleurs. Il y a des Bretons, des Français (amis malouins, c’était pour rire), des Irlandais, des Ukrainiens, des Russes, des Américains, des Israéliens. Tout ce beau monde parle la même langue, celle de l’amour de la littérature et de l’amitié partagée. Et puis d’un coup c’est parti. L’ancien journaliste de Libération (*) spécialiste de l’Irlande, Sorj Chalandon (Mon traître, prix Kessel), a lancé la première note, c’était sa façon de dire bonjour à l’écrivain irlandais Colum McCann, qui a enchaîné. Entre les deux, radieuse, une franco-irlandaise, une certaine Moïra, a repris avec sa voix d’alto. Et une longue nuit a commencé. Pas loin d’une demi-heure de ballades irlandaises à faire frissonner les plus endurcis sous les remparts de St-Malo. Suivies ensuite d’un choix un peu désordonné, surtout dans ma mémoire, de chansons russes, israéliennes, palestiniennes.

Ces ballades irlandaises que j’aime tant, je ne suis pas près de les oublier. Parce qu’elle était pleine de joie. De larmes aussi. Sans doute parce que, sans le savoir alors, mourait à Dublin Nuala O’Faolain accompagnée de ses amis et sa famille qui chantaient les mêmes chants. Journaliste, écrivaine, romancière, cette femme qui avait connu le succès en France en étant publiée par une toute nouvelle éditrice alors, Sabine Wespieser (On s’est déjà vu quelque part ?, 2002). Ces chants qui retentissaient dans la cité malouine presque en même temps que dans la vieille city of Dublin m’ont brisé le cœur.
Comme d’autres j’ignorais que Nuala O’Faolain souffrait d’un cancer. Découvert il y a quelques mois dans un hôpital de New York où Nuala vivait, le crabe infâme était « inopérable ». Après des séances de rayons, elle avait refusé la chimiothérapie qu’on lui proposait car elle n’aurait pu que prolonger sa vie. Elle n’en avait pas envie. Même Proust qu’elle avait tant aimé avait « perdu sa magie » quand elle a essayé de le relire ainsi qu’elle l’a expliqué dans une dernière interview il y a quelques semaines à une de ses amies au micro de la radio irlandaise. Sa fin de vie qui ne lui paraissait guère importante « à côté des massacres d’Auschwitz, du Rwanda, des viols au Congo », elle a décidé de la passer avec quelques proches en voyages. Les meilleurs hôtels à Paris (Crillon, Ritz ?), Madrid, Berlin, la Sicile et New York. Elle s’est offerte des tartines beurrées à la terrasse d’un café parisien, Don Carlos de Verdi à l’Opéra de Berlin, elle a revu ses tableaux favoris au Prado, ressenti une dernière fois l’énergie de New York où elle a vécu ces dernières années. Et elle est rentrée mourir à Dublin. Au milieu des chants de son pays.
Ma famille, qui est d’origine rurale sans la moindre particule, s’est choisi une devise : le réconfort avant l’effort ! Traduisant sans le savoir le très anglo-saxon : « Life is short, eat dessert first ! ». Eh bien non, avec Nuala et le souvenir de cette soirée magique de Saint-Malo je dirais plutôt : Buvez, chantez jusqu’à votre dernier jour. Il restera toujours du dessert.

Chanter, boire, fumer aussi. Chers lecteurs silencieux, je vais vous offrir un scoop. Un soir, avec une autre bande, nous nous sommes réfugiés dans un restaurant de la région assez tardivement –on rencontre tellement d’amis dans les rues de St-Malo… Chacun son tour, les fumeurs sortaient en griller une quand une journaliste, femme d’éditeur, a demandé bravement au patron si « par hasard… », « exceptionnellement », « enfin vous voyez… » il n’aurait pas un cendrier. Ici et maintenant. Bravant les lois et le quand dira-t-on, l’aubergiste, après avoir demandé préalablement aux derniers clients, est revenu avec cendrier et encouragements. Cigarettes, cigarillos, havanes sont sortis. Dois-je vous dire que le très ancien ex-fumeur que je suis a aimé cet instant de liberté, cette odeur vaut toutes les madeleines de Proust.

15/05/2008




Mais 68 ( !), le collector


Fou rire chez Fauchon. Elle sortait de chez son avocat, j’allais chez mon médecin, bref nous n’avions pas beaucoup de temps pour déjeuner. Mais l’amitié n’attend pas. Le cabinet de son avocat étant proche de la Madeleine, le cabinet de mon médecin au bout de la ligne 14, un rendez-vous à la Madeleine s’imposait donc. Oui, mais où ? La place est grande. J’ai dit, sans y penser : « Devant chez Fauchon ! » A 12h15 tapantes nous nous sommes retrouvés et nous avons éclaté de rire. A côté de la vitrine « Fêtes des mères » (déjà !), une vitrine… révolutionnaire. La boutique ultra-chic scande ce mois-ci « Poetry in the street ». Diantre ! Et offre (enfin à 0,15 € le gramme !) un « thé au parfum de révolution », collector 1968-2008. Sur la boîte (rouge) une égérie de 68 lève le poing sur fond de slogan « L’imagination au pouvoir ». Les fêtes du quarantième anniversaire démarrent chez Fauchon, quel symbole ! Pour un peu on entrerait demander si ce thé est parfumé aux gaz lacrymogènes. La « récupération » dénoncée déjà en 1968 a encore frappé. Mais le plus drôle c’est que mon amie, membre de la Gauche prolétarienne en mai 68, avait participé à l’attaque de l’épicerie de luxe par un commando mao pour aller distribuer foie gras et caviar au bidonville de Nanterre. Une époque où l’on pensait plus à faire venir des immigrés qu’à les expulser, soit dit en passant. Mon amie n’a jamais manqué d’humour et elle se rappelle que l’action « révolutionnaire », qui n’avait évidemment pas été du goût de l’épicier, ne l’avait guère été plus par les immigrés. Notamment un petit garçon du bidonville qui avait eu ce mot en découvrant pour la première fois du foie gras : « Moman, l’est pas bon le pâté ! » Rappelons en passant aux enfants de Don Quichotte que pour l’hiver prochain si les SDF ont froid, un bon thé s’impose et que le magasin a gardé son nom pousse-au-vol : Fauchon !…

Et maintenant les petits enfants de mai. Depuis que les papys du rock, Rolling Stones et autres septuagénaires dans le besoin, tournent sans plus pouvoir s’arrêter, les héros de 68 qui n’ont –eux- plus la santé reviennent en quatrième décennie, appuyés sur les épaules de leur marmaille. Cela donne Glucksmann & Glucksmann, version père et fils. Rotman & Rotman, père et fille. Les deux premiers, auteurs de Mai 68 expliqué à Sarkozy (Denoël), malgré deux heures d’explication sur France Inter ont du mal à expliquer que Sarkozy est le fils caché de mai 68. Si la dialectique comme disaient autrefois les maos peut casser des briques, voici un livre qui ne risque pas de casser trois pattes à un canard. Les Rotman ont emballé vite fait un livre en forme de gros pavé (Les années 68, 400 pages, 59, Seuil) qui sent les fonds de tiroirs. Et puis il y a Virginie Linhardt qui publie le très touchant Le jour où mon père s’est tu (Seuil). Née en 1966, fille d’un des chefs maoïstes de l’époque - Robert Linhardt, normalien, auteur de deux livres exceptionnels, L’établi et Le sucre et la faim (Minuit) - elle a assisté à la déchéance de son père : tentative de suicide, séjour en hôpital psychiatrique, puis quinze ans de mutisme. Enquêtant sur sa douleur, elle est partie à la rencontre des enfants des leaders de 68. Que de désenchantement ! Cela me rappelle Calle Sante Fe le film de Carmen Castillo, une des leaders du MIR, mouvement de l’extrême-gauche chilienne, où l’on découvre que la lutte –oh combien légitime ! - contre la dictature s’est accompagnée d’enfants abandonnés à Cuba ou à Paris. La vie de famille et la révolution ne vont pas de pair.

Ayant été soixante-huitard tendance brancardier, je ne vais pas me mettre à donner des leçons. Une fois la fumée des voitures brûlées envolée, il m’est apparu que derrière la logorrhée marxiste qui avait envahi les rues de Paris, c’est une aspiration à la liberté qui nous avait mis en marche. Mais la liberté, cela prend des siècles aux peuples pour la conquérir et une vie aux hommes pour s’en approcher. C’est pourquoi 68 est toujours vivant. Sauf que la liberté acquise alors, notamment celle des femmes, est en train de reculer à grand pas devant la demande de sécurité et autres principes de précaution. 

Le mur de Berlin est tombé, mais ce n’est pas La fin de l’Histoire (Flammarion) annoncée par Fukuyama. Bien au contraire. Allez voir deux très bons films qui viennent de sortir : La zona et Les citronniers. Dans le premier vous découvrirez le portrait absolument effrayant d’un quartier de Mexico protégé par les hauts murs de la bourgeoisie locale (Le Monde a publié le 4-5 mai un article intitulé : « Accès fermés, maisons gardées, rues privées, bienvenue sur les Hauts de Vaugrenier » qui montre la Côte d’Azur n’a qu’un peu de retard sur le Mexique). Dans le second les relations stupides d’un ministre israélien de la Défense avec sa voisine palestinienne. A l’abri des murs on a peur. En se protégeant on s’emprisonne.

***

Revue de Blogs

Il est des blogs dont je ne parle pas dans cette rubrique et que je lis pourtant régulièrement le cœur serré. Des femmes, des hommes aussi, baissent le masque avec pudeur. D’habitude je ne donne pas leur adresse car je crains de favoriser un certain voyeurisme. Je vais –pour une fois- faire une exception en vous conseillant le blog de So, le Chat. D’abord c’est l’un des plus beaux de la blogosphère, ensuite il est plein d’humour et de féminité, enfin son auteure parle d’elle d’une façon bouleversante. Sa grande histoire : avoir un enfant. C’est de l’amour pur, pour les siens (Ah, comme j’envie son Arthur Miller !) et pour ce bébé qui ne vient toujours pas. Vendredi, après plusieurs tentatives médicalement assistées malheureuses, un espoir. Il faut lire les soixante commentaires de ses lectrices (et lecteurs), des inconnus qui lui disent leur attention, leurs encouragements. Qui la maternent. C’est tout simplement magnifique. Mais faites attention : ce petit chat est fragile. http://lechat14.canalblog.com/

Honneur à thom-thom-thom grâce à qui j’apprends que je possède une « Golb card » chez lui. Dépêchez-vous de le lire sur son blog : http: //legolb.over-blog.com/, c’est gratuit. Un jour il vous faudra acheter ses livres.

Special thanks à Amanda http://www.amandameyre.com/ et Stéphanie http://lectures-de-stephanie.blogspot.com. Elles comprendront.

06/05/2008




Concerts et dédicaces, ma vie culturelle


 

« Parlez FORT ! » Même si l’injonction du directeur du musée de Bogota remonte à plus de trente ans, elle me fait encore rire. J’accompagnais ma chérie en Amérique latine où elle faisait son mémoire de l’école du Louvre sur le rôle du musée dans cette région. Nous avons vu des musées riches et des musées pauvres, des musées où les œuvres principales étaient dans les réserves (un « conservateur » bien nommé se réservant le plaisir d’être le seul à profiter du génie du Greco), un musée qui s’ouvrait sur un cercueil entouré de deux bougies et recouvert d’un drapeau français ( !). Nous avons croisé des hommes puissants et des hommes brisés comme ce conservateur qui a éclaté en pleurs, il venait juste d’être relâché après avoir été arrêté par une police fasciste pour déviance sexuelle, etc. Mais ce directeur de l’étrange musée de reproductions de Bogota (difficile pour les latinos, à moins d’avoir une fortune, d’aller faire le tour des musées européens, de voir la Joconde, Poussin, Picasso, etc, alors…) voulait par-dessus tout désacraliser l’art.

Pourquoi faut-il chuchoter dans un musée comme à l’église ? On pourrait crier de même « Parlez FORT ! » dans une librairie qui, à l’inverse des bibliothèques, ne nécessite pas le silence. Pourtant, respect sacré, on parle à voix basse dans une librairie. Jeudi dernier la file d’attente de fans d’Anna Gavalda a débordé de 16h30 à 21h à la Librairie de Paris, place Clichy. Pourtant personne ne parlait sauf Anna et celui ou celle à qui elle dédicaçait avec son stylo, ses encres de couleurs, son dernier livre : La Consolante. On se serait cru Chapelle Ste-Anna (la Chapelle à Ste-Rita, patronne des causes désespérées n’est pas loin). Mais ces lecteurs-là ont un immense respect pour l’auteur, et je crois que c’est réciproque chez elle. Pour une fois j’ai bien aimé ce silence.

J’ai aussi aimé le silence qui accompagnait la première dédicace de Moïra au sortir du théâtre de sourds d’Emmanuelle Laborit dimanche dernier. Pour la dernière représentation des Monologues du vagin devant un public attentif et silencieux tout à fait impressionnant, pas de rires, pas d’applaudissements mais certains gloussements aux moments les plus drôles et des mains qui s’agitent joyeusement à la fin du spectacle comme des marionnettes (les applaudissements en langue des signes). A la sortie, Moïra noue un étrange dialogue avec ces femmes sur son livre. Des regards, des gestes, là encore la pièce d’Eve Ensler réunit des femmes que tout devrait séparer. Dédicaces faites, le mari compte les sous : 5 Aventures de ce fabuleux vagin vendus pour un public de 25 personnes, ça commence bien !

 La veille j’étais allé à une autre séance de dédicace dans une libraire que j’ai découvert avec Barbara Constantine (Allumer le chat continue à y faire un tabac): « L’amandier » à Puteaux. La libraire, une jeune femme pleine d’enthousiasme, Julie, s’est lancée sans filets. Créer une bonne librairie à deux pas du pont de Puteaux dans une rue traversée par des voitures qu’on croirait dans la ligne droite des Hunaudières aux 24h du Mans. Courageuse Julie, comme Samia avec sa librairie L’Ile Lettrée boulevard Magenta entre Barbès et la Gare du Nord. J’aime ces librairies qui poussent comme le chiendent dans des villes de plus en plus inhumaines. Tant que Julie et Samia feront leur trou, il y aura des raisons d’espérer. A l’Amandier j’ai rencontré pour la première fois Didier Daeninckx qui m’impressionnait par son talent (Cannibale, un bijou ; La repentie magnifique livre saccagé par Adjani au cinéma) et son air sévère sur les photos. Ce prolo au look de mousquetaire est l’homme le plus courtois des hommes, tout de suite nous nous sommes sentis des atomes crochus. Je me suis aussitôt plongé dans Camarades de classe assuré de son amitié en page de garde.

 C’est la fête de la musique tous les jours à Paris. Hier soir j’étais au Club Lionel Hampton du Méridien pour Enhco & Co. C’était la deuxième fois que je venais à un concert de ce groupe dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 23 ans ! Un ami, Roland Cayrol, que j’ai retrouvé là et qui m’a initié au jazz en 1979 (la nuit même où la centrale nucléaire de Three Mile Island a eu un accident gravissime nous avions assisté à un concert mémorable au Village Vanguard à New York avec une formation de 13 trombones) vient me voir après le deuxième set : « Il y a encore un avenir pour ce vieux jazz avec des petits jeunes comme ça. » C’est vrai qu’ils déménagent les baby-jazzers, c’est vrai aussi qu’ils ont quelques solides gènes musicaux : quand des Casadessus rencontre un Lockwood avec un Portal (le contrebassiste n’est que l’homonyme de Michel)…

 Pour Noël, j’avais réclamé les plus beaux des jouets : de la musique vivante. Mes filles m’ont invité quelques mois plus tard à deux concerts également formidables, celui d’Ilena Barnes et celui d’Alela Diane. Je suis devenu le ravi de la Crèche devant la grande africano-indieno-américaine qui est ma voisine parisienne. Une énergie incroyable, une show-woman qui emporte son public dès la deuxième chanson, faisant reprendre à toute la salle un chant indien où chacun rythme la mélodie en frappant du poing sur son cœur. Quant à Alela, chanteuse country californienne elle fait revivre non le folk sirupeux de la fin des années 70 mais le seul, le vrai, celui des militants de gauche qui ont accompagné tout le mouvement ouvrier made in USA. Rien chez elle n’est du domaine de la séduction et pourtant elle subjugue son public comme nulle autre.

Pendant que le feu couve ici, qu’éclatent les émeutes de la faim là-bas, comme sur le Titanic l’orchestre continue de jouer !

***

Revue de blogs

Toujours pas grand temps de parcourir mes blogs favoris mais j’ai eu la chance d’être alerté par incoldblog d’un débat passionnant sur cequejelis concernant notamment les rapports toujours difficiles entre bloggeurs et critiques « professionnels. Les bloggeurs ont le poil hérissé par certaines critiques du Magazine littéraire et de Libé à leur encontre. Pas si nouveau. Bien que je n’aie pas réussi à organiser le débat que j’espérais au Salon du livre de Paris sur le sujet. Mais les commentaires et témoignages sur ce blog (88 au moment où j’écris ce post) sont réellement passionnants. A ne pas rater : Cequejelis



23/04/2008




Bienvenue chez les peintres...


Difficile de faire quoi que ce soit. Et pourtant ce n’est pas le travail qui manque. Outre ce blog négligé, je sors –le 15 avril- mon deuxième livre comme éditeur, un livre qui m’est particulièrement cher (*). J’en boucle un autre ce dimanche à Arras avec l’auteur (accessoiriste, écrivain, bon copain, bienvenue chez les Ch’tis même s’il est berrichon) autour d’une bonne bière (mais pas de maroilles, surtout pas de maroilles !). Bref la petite entreprise se porterait au mieux si, en même temps, la maison ne subissait les pires outrages. Entre ravalement et peinture, ici c’est Beyrouth ou à Sarajevo.

Maintenant, je peux le dire, je connais pire qu’un sniper ex-yougoslave ou qu’un porteur d’explosif libanais : de simples peintres ! Nos picassos de semaine nous font vivre un enfer. D’abord il y a la poussière que supportent difficilement les ordinateurs, la télé, le téléphone, bref toute cette haute technologie spécialement quand elle est mise en concurrence avec le travail à l’ancienne de ces artistes du pinceau et du papier de verre. Ensuite il y a, bien sûr, la peinture. Nous vivons (quand je dis « nous » cela veut dire tout le monde, jusqu’à Clémentine et Georges, les chats, avec la bouteille de White spirit à la main pour nettoyer vêtements et pelisses). Et puis il y a les tas de livres, de fauteuils, de vêtements, de bibelots qui circulent dans le plus profond désordre d’une pièce à l’autre à mesure des percées des peintres.

Trouver une paire de chaussettes le matin tient de la chasse au trésor, mieux vaut sortir sans et aller en acheter. Le soir quand vous avez la table, impossible de mettre la main sur la petite cuillère ; dès lors la dégustation du yaourt à l’index me donne des cauchemars de Mme de Fontenay faisant les gros yeux. Encore faudrait-il que je dorme, car je préfère garder un œil ouvert menacé que je suis par des piles de livres poussiéreux de plus de 2 mètres de haut à 1,5 mètres du bord du lit. Il faut pourtant s’allonger car le déplacement de la première édition du Robert en six volumes et en souscription, les « beaux » livres (mieux vaudrait dire les livres « lourds ») et les milliers de romans m’ont titillé les lombaires. Ils ont rappelé à mes muscles que sans faire de gonflette ces organes doivent être utilisés de temps à autre. Bref voilà qu’à cause de ces f… peintres, je me suis mis à l’exercice moi qui avais fait du secret de la réussite de Churchill ma devise : No sport, no sport !

Bon, un dimanche à passer les tranches de livres à l’aspirateur –25 ans de poussière garantis pour les plus vieux- n’a pas que des conséquences vertébrales et musculaires. C’est l’occasion de retrouver des livres introuvables autant qu’inoubliables. J’aurai donné tout l’or du monde pour remettre la main sur ces deux petits livres que je tiens parmi les plus grands : L’établi de Robert Linhardt (Minuit, 1978) et Malgré tout, contes à mi-voix des prisons argentines (je préfère son titre en espagnol : A pesar de todo, Maspéro, 1980) de Miguel Benassayag. Ils ont glissé entre deux livres pavés de mauvaises intentions. Comme un clin d’œil de mai 68 à notre triste époque ! Non que ces livres soient à se rouler par terre, le premier d’un sociologue maoïste « établi » dans une usine automobile, le second d’un gauchiste argentin racontant quelques scènes dans les prisons argentines en plein débat sur le boycott du Mondial de foot, mais ils sont pleins de jeunesse, d’intelligence, d’espoir. De vérité aussi. Et puis il y a les livres qu’on découvre, qu’on ignorait. Car, en se mariant, ma femme et moi avons fait bibliothèque commune et je découvre que depuis plus de trente ans j’avais des livres de Carver dont je rêvais. Bien d’autres découvertes mais cela prendrait trop de temps et il me reste à les ranger dans les rayons peints de frais. En essayant de les classer, ce que nous n’avons jamais fait jusqu’alors. « Profite-en pendant que je ne serai pas là » m’a dit ma femme qui va à La Nouvelle-Orleans pour le 10e anniversaire du V-Day (*). Ah ils sont bien les écrivains !

 ****

Revue de cloques

  • Comme vous l’avez compris voilà un long moment que j’enjambe les pots de peintures et m’acharne sur mon ordinateur (quand il fonctionne, méfiance ne passez pas à l’Orange !) pour le lancement du livre de Moïra. Je n’ai, une fois de plus, pas eu le temps de faire ma revue de blogs. J’aurai aussi plein de choses à vous dire. Quelques-unes unes au hasard :
  • 7eme suicide chez PSA. Est-ce qu’un tenant du libéralisme pourrait m’expliquer en quoi ce système est indépassable ?
  • Si le gouvernement annonce plein de réformes pour bientôt, il en a déjà fait quelques-unes unes de belles! Notamment en matière de justice. Une association a réalisé un film  détonant : « Rétention de sûreté : une peine infinie » à voir sur lautrecampagne.org
  • Après le répulsif anti-SDF, voici qu’on nous annonce l’ultrason anti-jeunes. Ultracon, non ? comme dirait Desproges.

 ______________

(*) Pas de pub’ : c’est le livre de ma femme, Moïra Sauvage, mais il est, bien sûr, formidable. Les aventures de ce fabuleux vagin (Calmann-Lévy) est le premier livre jamais consacré à l’extraordinaire succès de la pièce d’Eve Ensler, Les monologues du vagin, qui est aujourd’hui l’oeuvre la plus jouée au monde, et du mouvement qui en est né, le V-Day dont 30.000 femmes (et hommes) vont célébrer le 10e anniversaire à la Nouvelle-Orleans le 13 avril.

04/04/2008




Elle a changé ma vie


Je vous avais promis une rencontre avec Annie Ernaux, je vais vous raconter la mienne. Non par souci d’exposer ici mon nombril mais parce qu’elle symbolise, me semble-t-il, toutes les rencontres avec cette auteure majeure et que c’est sans doute la meilleure façon de faire écho à son récent chef-d’œuvre : Les années.

C’était en 1984 et la famille était rassemblée autour de la table. Grand-mère, père, mère, oncle, tante et votre jeune (alors) serviteur. Nous étions six, ou plutôt, comme les Trois Mousquetaire, sept. Il y avait l’invitée permanente, la seule autorisée à parler chaque soir et qui occupait à elle seule la moitié de la table : la té-lé-vi-sion. Ce n’était déjà plus l’époque de l’école des Buttes-Chaumont, des Santelli, Bluwall et Stellio Lorenzi, ni celle du ministre de l’Information qui venait annoncer à 20h la réforme du Journal télévisé, mais on les avait encore en mémoire ces pages roses et noires de la boite à images. Ce soir-là, comme tous les vendredis, nous regardions Apostrophes dans une maison où il n’y avait pas quinze livres (la plupart des André Soubiran, Les hommes en blancs, Les femmes en blancs, etc, et des Maxence Van der Meersch, Pêcheurs d’hommes, Pêcheurs de femmes, etc ). Nous admirions Pivot, ses invités et leurs débats. Assez vite, c’est à dire après les balbutiements d’une jeune femme blonde, je m’énervais intérieurement –68 et 81 étaient passés par là- contre un personnage bavard, roucoulant, étiqueté poète quasi officiel, Alain Bosquet, qui monopolisait la parole. Pivot n’arrivait pas à interrompre son flot d’auto admiration quand François Maspero se mit en colère : « Ca suffit. Taisez-vous Bosquet vous parlez pour ne rien dire ! » le tout suivi de quelques noms d’oiseaux bien sentis. En bon maître de cérémonie, Pivot assura le libraire du Quartier Latin que ce serait bientôt son tour… en profitant pour faire taire du poète du bosquet. Quand vint le tour de Maspero, Pivot commença par dire tout le bien qu’il pensait de son roman, Le sourire du chat. Mais Maspero, encore plein de sa colère, balaya les compliments pour dire qu’il ne parlerait pas de son chat mais qu’il allait profiter du temps que lui était imparti pour vanter les mérites d’un chef-d’œuvre –La place- dont l’auteure invitée de l’émission -Annie Ernaux- trop timide n’avait pas pu bien parler. Je ne me souviens plus de ce qu’il dit mais le lendemain je m’arrêtais à la première librairie venue pour l’acheter, le premier d’une longue série car c’est sans doute le livre que j’ai le plus offert depuis à mes amis.

Pourquoi ce livre où une femme racontait son père, un pauvre, avec ses yeux de fille qui avait fait des études et était devenu professeure, m’a-t-il à ce point touché, je vous laisse le deviner. Ce sentiment d’être coupé en deux, d’être écartelé entre deux mondes, puis cette angoisse de trahison, évidemment je l’avais vécu comme d’autres. Un livre bouleversant. Annie Ernaux expliquait que pour résister au flot d’émotion elle avait du choisir l’écriture la plus simple -sujet-verbe-complément, pas d’adjectifs, pas d’adverbes, pas de belles phrases-, cette « écriture blanche » comme on le dira plus tard, pour dire le plus intime.

Quelques années plus tard j’ai écrit à Annie Ernaux et Jacques Delors (il travaillait alors à l’Université de Dauphine sur ces questions qu’il connaissait bien lui-même) pour leur dire : mon père vient de mourir, j’ai promis à son cadavre d’écrire un livre pour dire l’histoire de ces traîtres aux leurs. Roman, essai, je ne savais. Annie Ernaux m’a proposé par retour du courrier une rencontre. J’ai déjeuné avec cette belle femme blonde qui avait l’élégance bourgeoise des héroïnes des films de Claude Sautet mais qui vivait en banlieue, était venu en RER à la Brasserie du Lutétia et me parlait pour la première fois d’un sociologue, Pierre Bourdieu, et de son livre La distinction qu’elle me prêta. « Appelez-moi quand vous serez prêt à écrire » me dit-elle en partant. Nos échanges se sont limités depuis à la lecture de ses livres et à ses petits mots pour me remercier de mes articles, quand d’autres, un éditeur minable, un critique nul, se moquaient de la « petite Annie » qui prétendait faire de la littérature avec ses histoires de RER et d’amants de passage. Quant à Delors, sa secrétaire me fit savoir, trois mois plus tard, qu’il n’avait « malheureusement » pas le temps de me recevoir, mais ceci est une autre histoire.

Si aujourd’hui je crois que mon projet n’est pas mort, c’est à cause de son dernier livre: Les années. Je ne vais pas en faire la critique puisque je m’en tiens au principe de la séparation des pouvoirs : pas de critique de livres quand on en édite ou qu’on en écrit, mais je vais vous dire en quoi ce livre m’a encore une fois bouleversé. Comme toujours il s’agit d’une femme et de la littérature. La femme c’est « elle », une retraitée de 68 ans, qui, à travers des photos de différents moments de sa vie, retrouve la mémoire qu’elle craint de perdre (cf. Une femme, le portrait de sa mère morte d’Alzheimer). Mais c’est aussi le monde qu’ « on » a traversé de la Libération à nos jours. Avec les grands événements de l’Histoire, nos engagements politiques, la publicité qui nous a bercée avant de nous donner la nausée, la vieillesse et la mort dans une société qui les refuse dans une fuite acharnée vers la consommation compulsive. Il y a là en quelques mots des pages magnifiques sur mai 68, la chute des tours de Manhattan, ces enfants qui nous prennent pour des vieux et devant lesquels nous nous taisons comme nous nous taisions devant nos parents.

Souvent, quand on utilise le mot de chef-d’œuvre, on ne sait si le livre dont nous parlons survivra à son auteur et, pire, aux siècles. Celui-là, je le crois car il vit déjà en moi comme il vivra dans de nombreux lecteurs.

 

 

11/03/2008




Post, post, post-scriptum


Mortel ! Trop fort, trop bien ! Renvoyé à l’adolescence, je n’arrive pas à me remettre de la lecture de Millénium. Tout semble bien fade à côté. Je me flatte quand même d’avoir décrit, bien involontairement, ce qui allait se passer : Marianne, Elle, et Le Nouvel Obs (ne parlons pas de Livres Hebdo ; quoi : « Vendu ! » ???) ont traité au format XXXXXL le « phénomène Millénium » alors qu’ils n’avaient guère salué les livres à leur sortie. Dans le match bloggers-critiques : one point pour les bloggers qui ne cessaient de discourir sur les mérites des livres de Stieg Larrson depuis des mois, ziiirrro pour les critiques (tiens ça ferait un bon débat entre bloggers et critiques). J’ajoute une info qui commence à semer le doute. Un tome 4 de Stieg Larsson serait caché par sa compagne dans quelque coffre-fort car il contiendrait des secrets d’Etat. Je repose donc ma question : qui va nous dire les vraies raisons de la mort de Stieg Larsson ?

Mais la vie reprend ses droits, comme dirait Claire Chazal. Et du coup me voilà obligé à revenir sur d’importants sujets que j’ai du zapper pour cause de milléniumite aiguë. Quoi que…

Journalisme d’abord. Qui a dit : « J’ai été recruté pour rendre le journal à nouveau rentable. Pour y arriver, il faut que j’ai de quoi travailler. N’est-ce pas ? Je ne peux pas sortir comme par magie le contenu d’un quotidien en faisant des vœux enfermé dans mon bureau. » Ce journaliste connaît-il quelque chose aux réalités économiques ? « Possible. Mais je sais comment faire un journal et la réalité est telle que ces quinze dernières années, l’ensemble du personnel a diminué de 118 personnes, dont 48 journalistes. » Une solution ? Embaucher des journalistes, puis annoncer aux actionnaires qu’ils n’auront pas de dividendes pendant une année et diminuer les hauts salaires, y compris celui du directeur de la rédaction de moitié… Un nom ? Etienne Mougeotte du Figaro ? Laurent Joffrin de Libé ? Eric Fottorino du Monde ? L’un des nombreux directeurs de rédaction du groupe Hachette, Pinault, Dassault, Arnault? Désolé, c’est Erika Berger, l’ancienne directrice de Millénium, embauchée au grand quotidien suédois SMS pour le relancer. Quand je vois tous mes anciens confrères virés à coup de chèques pour les empêcher de crier leur colère, ou renvoyés aux Assedic sans plus de manières, je regrette, je regrette vraiment que Millénium ne soit qu’un roman. Et bienvenue à ceux qui ont appris, grâce à la rencontre entre le Président et les lecteurs du Parisien, que les journaux font corriger (on préfère dire : « relire et amender ») les interviewes que leur « accordent » les responsables politiques. C’est bon pour la crédibilité ça Coco !

Et maintenant la Saint-Valentin ! Ben oui, vous n’aimez qu’une fois par an, vous? Un petit bouquet et vous vous estimez quitte ? Bonjour les radins du cœur (Je rajeunis, je rajeunis !). Pourquoi ne pas offrir un deuxième cadeau à votre femme, homme, mari, fiancée, pacsé, ami, etc ? Je vous conseille le Dico Perso de Leslie Bedos et Philippe Poirier. Pour des raisons hormonales, je préfère Leslie. C’est un petit chat chiffonné qui est venu un jour se blottir dans mon bureau pour me proposer des « piges ». Oui, la fille de Guy (je sens que je l’énerve, mais elle peut en être fière), la fille de France Inter, qui comme nombre de précaires court le cacheton. Elle a depuis publié ensuite un joli livre, La gauchère, et revient, avec son compagnon cette fois, pour ce Dico qui s’ouvre sur « aimer » pour s’achever sur « zoo », beau résumé de nos vies, chacun donnant sa définition aux mots choisis par Leslie.

Michon, toujours Michon. Après vous avoir clamé mon amour de cet auteur et avoir utilisé ce blog pour faire, avec vous, une lecture de son dernier livre, j’ai pu serrer la main du mythe après deux rencontres au Centre Pompidou où il a parlé de Victor Hugo puis d’Artaud, et lu certaines de leurs œuvres. Redescendant de son panthéon il m’a dit : « Ah oui, j’ai vu votre blog. C’est incroyable tous ces commentaires que vous avez reçu… » A ceux qui m’ont accompagné, michonistes fervents et michonnables en herbe rendez-vous le 12 mars à 19h dans les sous-sol de Beaubourg pour une dernière rencontre.

« Casse toi, pauv’ con ! », « les sectes sont un non-problème », l’adoption d’enfants victimes de la Shoah par des élèves de CM2, le Conseil constitutionnel devenu l’essuie-pieds présidentiel, la hausse des prix, j’en passe et des bien pire. N’étant pas doué pour le rangement, j’ai compris depuis longtemps que plus on attend plus on peut jeter vite. Parfois une grande semaine suffit. Considérez, Monsieur le Président, qu’après plus de quinze jours de silence sur ce blog, il n’y a plus d’abonné à cette adresse.

Aux autres : rendez-vous la semaine prochaine avec Annie Ernaux.

04/03/2008




Fermeture pour lecture


Désolé mais je ne suis pas en mesure de vous fournir votre blog préféré cette semaine. J’aurais du titrer : « Fermé pour travaux ». Mais vous connaissez mon honnêteté légendaire alors je dis la vérité. Si je ferme ce 60e blog ce n’est pas parce que je travaille à un chef d’œuvre, que je négocie la reprise de Beigbeder à Grasset qui préfère la plume à la poudre, ni même que je vis une grande histoire d’amour avec une chanteuse de gauche ou une bimbo de droite. Non, simplement je lis.

Je me lève Millénium, je mange Millénium, je prends le soleil Millénium, je regarde la télé Milénium, je dors Millénium. Ma vie s’est arrêtée à cause d’un crétin qui m’a offert le premier tome de l’infernale trilogie de Stieg Larsson. Avant, quand j’étais critique littéraire et que je recevais pas loin de 6000 livres par an, personne n’osait m’offrir de livres. Qu’est-ce que j’étais tranquille ! Pas obligé de faire semblant d’apprécier le dernier Jean d’Ormesson, Marc Lévy, etc. Mais là le cauchemar recommence.

A Noël quelqu’un, je ne sais qui, m’a offert le premier tome de Millénium (Actes sud). Casé dans ma table de nuit, j’allais l’oublier quand mon rangement affectif (le contraire de l’ordre logique) a vacillé. Je n’avais pas sommeil. J’en ai lu dix pages. Toute la biblioboule en chantait les louanges. Dix de plus, dix de plus, presque dix de der. J’ai éteint sur les coups de 3h du matin. Le lendemain réveil à 9h. Depuis tout s’est arrêté. En bon camé je vais à la librairie, chercher ma dose quand j’arrive à cent pages du tome suivant.

Près de 2000 pages ! Jamais je n’aurais fait ça avant. Les critiques n’ont pas le temps de lire 2000 pages du livre d’un inconnu avec une couverture en couleurs. Maintenant que ces trois tomes sont dans le Top 10 de Livres Hebdo vous allez voir paraître des papiers sur le « phénomène Larsson ». C’est qui ce type ? Pourquoi ça marche ? Etc ? Si mes ex-confrères voulaient bien rendre hommage à Super Blomkvist, journaliste exemplaire bien que naïf (les nôtres sont cyniques), j’aimerais bien qu’ils se penchent sur la mort, par arrêt cardiaque, de l’auteur en 2004, juste après la remise de ses trois tomes à son éditeur. Que faisaient alors les grands patrons en pleines magouilles financières, les néo-nazis, la police, les services secrets et quelques étranges psychiatres (*). Bon, je retourne page 589 du 2e tome. Je suis raide dingue de Lisbeth Salander et j’ai peur pour elle.

(*) Je rappelle que l’intrigue se déroule en Suède, toutes soi disantes ressemblances avec un autre pays serait forcément mal intentionnée.

14/02/2008




Dépression et bandaisons


Ca déprime sec et ça bande mou . Plus que jamais l’avenir s’annonce sombre. Si vous êtes venu chercher ici un peu de bonheur, passez votre chemin. Car, amis lecteurs, vous en baverez. Non, rien à voir avec Nicolas Baverez le fameux déclinologue qui a réussi à obtenir le Président de son cœur et qui continue à se plaindre : la rupture avec le vieux monde tarde, la casse vient tout juste de commencer. Je veux vous encourager à transformer votre déprime en colère, votre déclin mou en redressement fier et conquérant. Allez, après le vieux Bob, on reprend : " Get up, stand up, Get up for your rights, Get up, stand up, Don’t give up the fight"

Thom Président! Une fois n’est pas coutume, commençons par une revue de blog très spéciale puisqu’elle est consacrée à un seul bloggeur : le grand, l’immense Thom. Thom-Thom pour les intimes. Rocker assumé à 27 ans, ce qui montre qu’on peut rester jeune ou qu’il n’a pas de petit frère qui lui casse les oreilles avec rap, hip-hop et autre new R&B (le sien, de frère en est resté au punk à ce qu’il dit ; « on choisit pas sa famille » comme dirait Maxime Leforestier), il se pique de littérature, notamment américaine avec une préférence là aussi bien assumée pour Philip Roth, ce qui montre que l’oiseau a du goût. Mais plus que ses chroniques sur ses disques « rien qu’à moi » et ses chroniques littéraires bien charpentées et parfois assez saignantes, il tient un journal du dépressif (*) dont la 61e chronique peut laisser penser qu’elle clôt un cycle. Un cycle qui a ses fans, assez nombreux, et surtout qui a une vraie qualité littéraire même si, comme Proust, il a tendance a faire long (asthme récurrent ?). La dernière chronique qui évoque une fin pour l’auteur digne d’une star du rock (dans sa piscine, ce que c’est que d’ignorer l’eau pour lui préférer plein d’autres substances interdites) et sa gloire littéraire posthume oscille souvent entre humour deuxième/troisième degré et finalement un fonds tragique. J’ai le souvenir de certaines de ces chroniques lues à gorge déployée et d’autres les larmes aux yeux. Pas besoin d’être grand clerc (il n’en est pas de petits dans les clichés qui nous font vivre) pour deviner un être à fleur de peau. Mais aussi quelqu’un que les psys, les politiques et les artistes bidons n’ont pas su retenir dans sa camisole de gentillesse. La colère affleure, elle se crie, elle ne se tait pas. Des hommes comme ça, nous en avons bien besoin.

Y a du mou dans les bistouquettes. Avez-vous vu la dernière pub pour « Coca Cola zéro » (n’en déplaise à mes enfants, je trouve cette appellation redondante) ? A côté d’une bouteille du triste breuvage, un machin rose guère appétissant. Appuyé sur deux trucs, le machin légèrement pointu remonte mollement, à moins qu’il commence à redescendre. La veuve et les deux orphelines ? Que nenni ! En se penchant bien sur l’image, avec le risque d’être pris pour un obsédé sexuel, on découvre que c’est une langue sur deux pieds ! Faut-il avoir soif pour réclamer un tel produit après avoir confondu une langue et un phallus mal réveillé.

Coca Cola aurait du se méfier : quelques semaines plus tôt la Société générale avait lancé une image du même genre, là encore un machin rose qui surgit mollement. Dans les images suivant, il se transforme grâce à une forte pilaison verte (mais toujours une boule surmontée d’une pyramide molle) pour transporter la batterie que s’est achetée un rocker comme on n’en fait plus depuis les années 70. Qu’en conclure ? A voir la faiblesse des bourses – la SocGen en témoigne-, si vous possédez des actions de Coca : vendez ! vendez ! vendez !

« Pelouse en repos ». Me promenant au Sacré Cœur j’ai retrouvé ce panneau dans les jardins qui me fait toujours sourire. A Paris, les pelouses ont le droit de se reposer l’hiver. La première fois que je l’avais aperçu c’était il y a sept ou huit ans. Travaillant alors au JDD, je me levais généralement assez tard le dimanche matin, mais là un rayon de soleil m’avait sorti du lit très tôt. Partant faire une longue ballade à pied j’étais tombé sur « Pelouse au repos » près de St-Julien le Pauvre. Sans doute n’était-ce pas la première fois que la Mairie de Paris l’avait installé là mais un incident avait aiguisé mon regard. Dans un boulevard St Germain désert j’avais aperçu peu avant la silhouette parfaite d’une jeune femme gracile, comme sortie d’un bain chaud, jean moulant, pull marine. Au moment où je la croisais elle se retourna. Elle n’avait pas plus de 20 ans mais un visage désespéré, des cheveux en désordre ; elle venait de dormir là, à même le trottoir. « S’il vous plait monsieur, auriez-vous par hasard 1,50 € ? » Désarçonné par ce regard de vieille femme dans un corps d’adolescente, je répondis bêtement : « Pourquoi 1,50 € ? » Toujours aussi bien élevée, elle m’expliqua : « Parce que cela fait juste 10F, monsieur » Je les lui ai donné et je suis parti comme un con.

Conseils d’ami. Deux livres à vous recommander : Le boulevard périphérique d’Henry Bauchau (Actes Sud) et Lettre à ma grand-mère de Patrick Raynal (Flammarion). Fort d’une œuvre de plus de trente romans, recueils de poésie, pièces de théâtre, Bauchau nous offre peut-être son dernier roman, entre agonie de sa belle-fille et souvenir d’un ami d’autrefois mort sous la torture d’un SS avec pour limite à franchir ici le boulevard périphérique et là la deuxième guerre mondiale. Austère, grave, noir ce genre de livre peut faire peur, c’est pourtant une magnifique leçon de vie. Comme celui de Patrick Raynal qui parle, lui aussi, de la guerre. Il a retrouvé le cahier secret de sa grand-mère qui, sans en avoir jamais parlé fut une authentique résistante. Et une déportée. Le texte de cette femme est proprement admirable. La lettre de Patrick qui brode autour est d’autant plus touchant à mes yeux que j’aime cet homme dont je suis devenu l’agent. Il a décidément de grandes choses à écrire.

J’aime les hommes en colère, en résistance. Ils nous font passer un message bien utile en ces périodes molles de pouvoir dur.

(*) Si Thom a place ici c’est –bien sûr et uniquement- pour la première partie du titre, le reste ne nous regardant pas évidemment. http://legolb.over-blog.com/

04/02/2008




Les économistes sont vraiment des cons


Subprimes, SocGen, krach , les sept plaies de l’apocalypse sont en train de nous tomber dessus pendant que les experts continuent à nous susurrer : confiance, confiance ! Etrange mais je n’entends que la première syllabe de leur con-seil. Décidément les économistes sont des cons ! Et je mets dans le même sac Jean-Pierre Gaillard, les profs de fac, les Attali, ministres et consorts sans oublier mes ex-confrères spécialisés dans une matière qu’ils maîtrisent bien mal plus soucieux d’écrire pour leurs sources que pour leurs lecteurs. Comme disait Clemenceau « La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires », mieux vaudrait ajouter aujourd’hui: l’économie est trop importante pour être laissée aux économistes.

Le 3 septembre dernier de passage à Chicago, ville qui a inventé l’ultralibéralisme autour de son pape Milton Friedman, je me demandais, ici, d’un point d’interrogation modeste : « Les économistes sont des cons ? » L’interrogation n’est plus de mise. Regardez l’histoire des « subprailleme ». D’abord il a fallu aux experts un certain temps pour identifier la crise qu’une fois de plus ils n’avaient pas vu venir. Pire que la météo ces mecs. Il en a fallu encore plus aux journalistes pour expliquer ce que ces subprime étaient, à tel point qu’ils n’ont toujours pas traduit le mot en français. Vous avez compris, vous, ce que c’est qu’une subprime ? Les banquiers français, mains en l’air comme dans un hold-up, nous assurent, plein de candeur : Même pas nous ! Quant aux politiques, ils commandent des rapports pour savoir ce qui se passe sur que la France échappera au krach comme au nuage de Tchernobyl!

Prêter à des pauvres, les cons ! C’est pourtant simple pour le quidam : des banques ont prêté de l’argent à des gens, souvent pauvres, pour acheter des maisons, sans leur préciser que le pourcentage de remboursement pouvait augmenter de façon brutale. Résultat, comme au moment des Raisins de la colère les pauvres se retrouvent ruinés et sans maisons. Prêter à des pauvres aussi !!! Mais oui, mais c’est bien sûr, on a besoin de l’argent des pauvres (bien plus nombreux que les riches et bien plus cons) pour acheter des actions, les revendre, soutenir des rachats d’entreprise, le dernier chic du travail de banquier, plutôt que de gratouiller quelques cents sur les comptes des pauvres !

Pouvoir d’achat, j’rigole . Le Président élu devait être le président du pouvoir d’achat mais, voyez-vous ça, à peine installé à l’Elysée, il fait une découverte incroyable : les caisses sont vides. L’Europe le disait, les candidats le disaient, lui aussi, mais un moment d’inattention sans doute… Pourquoi parle-t-on du pouvoir d’achat ? Parce que ceux qui travaillent n’ont pas été augmentés depuis longtemps ? Sans doute. Leurs heures supplémentaires ne seront plus fiscalisées. Super pour les caisses de l’Etat ! Mais les prix ? L’INSEE parle d’une augmentation des prix de l’ordre de 2% cette année. Alors là, j’rigole. Parce que voyez-vous mon caddie du lundi est passé de 150 € en juin à 180 en septembre. Pas 2% mais 20% d’augmentation et je me souviens que l’année dernière il tournait entre 100 et 120€. Même chose avec le chômage : les chiffres de l’ANPE montrent une amélioration « sensible » de la situation de l’emploi, mais pourtant les usines continuent à fermer, les plans de restructuration des entreprises s’empilent. Moins 10% du personnel demande le big boss du groupe, 15% claironne le PDG qui se veut bon élève ! Avez-vous déjà croisé un économiste au supermarché, dans une usine, dans un bureau ? Non, sont tous à la télé !

Je vous entends dire : n’en lancez plus la cour est pleine ! Bon, une dernière pour la route. La SocGen comme disent les Anglais moqueurs. Voilà un jeune trader qui fait perdre à sa banque l’équivalent d’un an de RMI en France ! Doué le type. Tellement que son Bouton de patron n’a rien vu venir et est prêt à renoncer à six mois de salaires. Tellement que la ministre de l’Economie qui a dirigé le plus grand cabinet d’avocat de Chicago, n’est au courant de rien et demande un rapport sur le sujet. Quant au Président il fait les gros yeux au système financier qui embrouille nos entreprises. Tiens par exemple à Grandange un groupe Arcelor-Mittal ferme l’usine mettant dehors 700 personnes. Revenant à Paris d’un voyage en Inde, le Président a sermonné M. Mittal, un Indien, le licencieur. C’est vrai quoi !

28/01/2008




L’angoisse du dimanche soir


Dimanche soir. L’angoisse du dimanche soir. Au moment de me mettre à mon blog, elle revient du fin fond de mon enfance. Le déjeuner familial, trop copieux, qui laisse nauséeux ; la perspective du lundi avec les devoirs ou les articles pas faits qui ont empoisonné tout le week-end. La première fois, ce devait être en 6e. Notre prof de musique avait une réputation épouvantable. Il nous avait demandé d’acheter une flûte et la partition d’un air que j’ai oublié. « Ceux qui ne l’auront pas fait seront punis ! » A 9 ans j’ai découvert que mes parents ne savaient pas tout. Trouver la flûte et la partition, ma mère qui travaillait dans un quartier de fabricants d’instruments l’a fait pour moi. Mais personne dans une famille de secrétaire et d’ouvrier menuisier ne savait lire une portée musicale. Je me suis couché dans une terreur qui ne m’a pas quitté depuis. Plus tard ce seront les articles à apporter le lundi matin au journal, La Vie catholique. Ce soir c’est un blog. C’est idiot : je ne sais que vous dire. Je pourrai attendre, si ce n’est cette peur de ne pas savoir, que cela se voit, se sache. La honte.

Alors prenons La route avec McCarthy . Je vais donc transgresser la règle que je m’étais fixée. Tricher, quoi. Editer et critiquer reste à mes yeux impossible. Je le crois toujours ! Mais je vais oublier ce serment. Il est vrai qu’on ne traverse pas un tel livre en simple lecteur, même si on le fait en tant que « critique littéraire». La route est un livre somptueux et qui en même résonne de façon étrange dans mon coeur. Comme toujours l’écriture de McCarthy est exigeante, sa construction nimbée dans une sorte de temps arrêté où le début et la fin n’ont pas de sens. Pourtant le récit est plus simple, la situation plus ramassée : un homme et son fils traversent un monde détruit par une catastrophe, sans doute nucléaire, à la recherche d’un salut dont ils ne sont pas dupes. Dieu est silence. Au mieux. Aux Etats-Unis, La route qui a reçu le prix Pulitzer, a été lu par deux millions de lecteurs. Un exploit pour un de ces écrivains américains « cachés » comme Pynchon ou Salinger. Sans doute aussi ce livre de McCarthy est-il le plus accessible. Il ouvrira au plus grand nombre les portes d’une œuvre magistrale.

L’approche du départ de notre dernier fils à l’autre bout de la terre contribue aussi à la peur qui m’a saisi à cette lecture de La route. S’il ne risque pas l’horreur de certaines scènes du livre, je n’ai jamais autant senti –physiquement- la responsabilité d’avoir mis des enfants au monde. Ce qui était du domaine de l’évidence à leur naissance dans les années 80-90 a progressivement changé. Notre monde m’inquiète, la France semble couver une mauvaise fièvre, de partout les menaces semblent se rapprocher. Sauront-ils faire face ? « D’accord » répond l’enfant du livre avec une lucidité qui est notre seul espoir.

Editeur c’est un métier . Si j’ai pu me remettre à lire les grands livres (je suis dans Le boulevard périphérique d’Henry Bauchau) c’est que j’ai livré ( !) deux livres à Jean-Etienne Cohen-Seat, le patron de Calmann-Lévy. J’ai l’esprit un peu plus libre après bien des souffrances. Bien sûr le travail, l’angoisse de la feuille blanche ou du carnet de notes trop rempli, ce sont les écrivains qui les éprouvent. Mais celui qui est à leur côté souffre avec eux, s’inquiète pour eux, cherche la bonne distance avec eux. Et qui devrait rester serein, maternel et paternel en même temps… Personne ne m’a forcé, mais je m’interroge :suis-je fait pour cela ? Comme disait un héros de Ressources humaines, le fabuleux film de Laurent Cantet : « Et toi, elle est où ta place ? » Bon, en attendant je peux vous annoncer que le deuxième roman de Barbara Constantine paraîtra cet été et qu’un essai qui m’est très cher sera publié au printemps. Je vais me battre pour eux. C’est plus facile que de se battre pour soi.

Une chaîne pour libérer Taslima Nasreen. Appel à l’aide la semaine dernière dans Le Monde au milieu d’un silence assourdissant. Une femme doit se cacher, ses proches abandonnent, elle se sent étouffer. Son crime : avoir dit le sort des femmes dans son pays, sous l’Islam des fous de dieu. Le christianisme a eu les siens, ce n’est pas une raison pour l’abandonner aux autres. Depuis son cri au secours ? Rien ! Et si nous utilisions internet pour faire vivre une écrivaine bâillonnée ? Parlons de ses livres sur nos blogs, faisons passer le mot de pays en pays. Que pas un jour son nom ne soit rappelé, cité, crié. Non pour défendre un symbole, une combattante de la liberté, non simplement une écrivaine, quelqu’un pour qui la littérature est une question de vie ou de mort.

______________

Revue de blogs

Deux formidables critiques en miroir le 14/01 de La route et de Un enfant de dieu de McCarthy sur le blog d’Alia Reyes. En prime l’auteur du succès littéraire et érotique Le Boucher vous fait sa Beauvoir version Nouvel Obs. http://amainsnues.hautetfort.com

Zut moi qui avait annoncé que 2008 serait « l’année sauvage », voilà Clarabel qui vient me contredire. Pour elle « 2008 sera l’année manga ». Elle commence avec la série Pink Diary œuvre d’une jeune malgache, Jenny. http://blogclarabel.canalblog.com

A hurler de rire les aventures de Marief et de Rob Lowe dans ses blogginotes en date du 7/01. Coquine avec ça ! http://bloggino.com

Dans la même veine, le « Catalogue des prix d’amour » de Mademoiselle Lapoule, document d’époque assez croquignolet. http://danysat.canalblog.com/

Pour ceux qui n’ont pas assez de livres deux filons : Culture troc recommandé par http://litteraturepassion.over-blog.com/ et des livres voyageurs : deux de Nicolas Cauchy proposés par Caro[line] http://krolinh.lectures.blospot/ et La Grosse de Françoise Lefebvre par Florinette http://www.leslecturesdeflorinette.com

Enfin pour ceux qui veulent écrire ou être publié (de grâce oubliez moi !) de bons conseils sur comment-ecrire-un-roman-over-blog.com et le blog d’Ariane Fornia, http://aiglures.over-blog.com

21/01/2008




Paris reste une fête


La culture française en voie d’extinction ? La couverture de Time a fait quelques vagues dans le landerneau culturel français. Un grand magazine, américain de surcroît, qui sonne la fin de notre culture. Diantre… Les réponses n’ont pas manqué. Laissez-moi y ajouter la mienne à travers deux petits faits qui ont échappé à Time et à nombre d’entre vous mais qui me donnent confiance en la culture française et même un peu plus que cela.

Les vers de Margo* . C’est une petite librairie comme on les aime, les mots y flottent dans l’air comme hier encore la fumée dans les cafés. Cela s’appelle le « Village Voice » et Margo Berdeshevsky lit des poèmes de son dernier recueil But a passage in wilderness (éditions Sheep meadows press). Sa voix d’ancienne comédienne à Hollywood envoûte les spectateurs ce jeudi soir. Même les silences sont de Margo. Qu’est-ce que ces vers écrits en anglais par une Américaine évoquant le tsunami à Aceh ont à voir avec la culture française ? Tout évidemment ! Combien d’artistes venus des quatre coins de l’horizon sont venus travailler à Paris par amour, par peur des menaces de régimes dictatoriaux, par envie de rencontrer d’autres artistes. On disait que c’était fini, que le centre du monde était aujourd’hui à New York, Londres ou Barcelone. Eh bien Margo a fui l’Amérique de Bush pour s’installer en plein centre de Paris. Elle est partie aider une de ses amies à Sumatra pour soigner les victimes du tsunami. Elle en a ramené des textes bouleversants. La soirée s’achève sur un mauvais vin (californien, pauvre Margo, pauvre misère) et un beau sentiment qui est précisément le titre de ce poème « Communion ». Laissez-moi vous en offrir quelques vers :

Let us come into communion

The sea is sick of fish _randomly, it wants god

Black-weather bird, you are scratch on silver. The scratch will not

be repaires, what use is polish

Whom do you follow after folconer?

Across the field, bells hang in darkness braver than the stars.

Once bells could speak. Who silenced them once, lies quiet.

The Berlin wall stood built for twenty-eigt years, its stones like

Jericho’s fell. Wall after wall after wall. When our wall fall ?

Be the bell. Be the bell (...)

When will a chance wing randomly come in to save us, ever? How much

does it hurt? Who can count skin ? Let us come in to communion.

Omar nous a tuer !** La place de Clichy est une des plus laides à Paris. Encombrement de voitures en délire, de fast-food graisseux, de films américains en vf, l’horreur. Le type d’endroit à fuir au plus vite (ce que fait chacun en bousculant l’autre au passage). C’est pourtant là que j’ai trouvé samedi soir un peu, que dis-je, beaucoup d’humanité samedi soir. Tout cela grâce à un homme : Omar le vrai animateur de la place de Clichy. Depuis 2002 il réalise régulièrement des photos avec ses clients ou des galettes. Cette année, il nous a organisé la plus belle des fêtes. 18 artistes professionnels ou amateurs au Méry, un ancien cinéma porno (qui me laisse encore rêveur avec ce titre de film X qu’il affichait en pleine crise pétrolière des années 70 : Couche-toi dans le sable et fais-moi jaillir ton pétrole, à ressortir maintenant que le baril est « monté » à 100 $) devenu théâtre respectable. Deux chorales, une cantatrice, des chanteuses et des chanteurs, une danseuse, une gymnaste.

Mais qui est Omar ? Omar est le kiosquier de la place de Clichy. Marocain né en Algérie, il y a 58 ans, il a débarqué en France en octobre 67. « Sans papiers ! » rigole-t-il. « De toute façon en Algérie on me disait que j’étais Marocain et au Maroc que j’étais Algérien, alors… » Il commence à vivre au Halles : «Je ramassais ce qui traînait pour me nourrir, parfois on me demandait d’aider à décharger un camion et après j’allais dormir dans un cinéma permanent. La belle vie. » Plus tard il deviendra couvreur, cuisinier-livreur de couscous à domicile, figurant de cinéma (on l’aperçoit notamment dans De battre mon cœur s’est arrêté), puis kiosquier en 1995. Et il aime ça : « Ce que j’aime ici c’est le mélange des gens et des cultures. Et puis il y a beaucoup d’artistes. Je connais Lelouch qui m’a fait tourner dans deux de ses films, je discute avec Lucchini, mais si Binoche ou Trintignant n’ont pas envie de parler je les respecte. »

La première Française qu’Omar a aimé était de Morlaix. Alors quand un chanteur breton a lancé : « Ceux qui veulent danser la Gavotte peuvent monter sur scène » Omar et d’autres se sont lancés dans un fest noz endiablé. Et quand le Berbère Lakdar Boussaf a lancé la même invitation Omar et ses amis sont revenus pour une danse berbère. On a découvert des talents comme on en attend encore à la Star academy. Ne retenez qu’un nom : Go’es, elle a fait frissonner la salle par sa seule présence. Au bout de trois heures de spectacle les amis d’Omar ont distribué à la salle les paroles de Copains d’abord de Brassens. Tout le monde a chanté. C’était beau.

Quelques courtes nouvelles du front :

Cet été je demandais si les économistes n’étaient pas des cons ? Mon hypothèse se confirme. Le Monde daté mardi consacre une longue enquête à cette terrible question : « Comprendre notre cerveau pour analyser l’économie ».

Selon le New York Times de dimanche: 121 soldats US revenus de la guerre d’Irak ou d’Afghanistan ont été impliqué dans des crimes aux Etats-Unis.

Selon l’agence Reuters : Daniel Barenboïm a pris un passeport palestinien après avoir donné un récital de piano de Beethoven à Ramallah.

* Zut ça me reprend les titres stupides, après la semaine dernière…

** Oui, je sais !

Trop long je renvoie ma revue de blogs à la semaine prochaine. Pardon

Voir aussi la réponse de CulturesFrance à Time Magazine

16/01/2008




Mes meilleurs vieux (*)


Ouf, c’est passé ! Noël, la Saint-Sylvestre, bientôt Pâques, et après on pourra enfin aller lézarder sur les plages. C’est fou ce que la vie passe vite en vieillissant surtout quand on perd la mémoire (hommage à Aloïs Alzheimer)… Suivez mon conseil, n’ayez jamais 60 ans ! Je ne savais pas pourquoi je redoutais cet anniversaire mais maintenant je crois savoir. Encore que j’ai entendu à la radio l’histoire d’un auteur qui me laisse quelque espoir. Serait-ce Simenon ? Je ne me souviens plus. En tout cas à 60 ans passés, se sentant vieillir, il acheta des cahiers scolaires pour écrire, un peu comme s’il « retombait en enfance ». Et puis à 67 ans il se refit une jeunesse et bazarda ses cahiers ! Alors attendons 7 ans…

Pour ne pas perdre de temps commençons avec les « vœux ». Je vous passe les « meilleurs », amour-gloire-et-beauté. Et surtout la santé ! Après les vœux, mes résolutions. Bon, si vous y tenez. Donc cette année je ne vous parlerai pas de Sarkozy (ça vous fera des vacances et j’aurai moins de brûlures d’estomac), pas plus de Beigbeder (aucun des deux zozos, on ne tire pas sur une ambulance même modèle limousine), je ne vous parlerai pas de Nicole Kidman qui tout en continuant ses pubs pour les parfums Chanel vante maintenant sur les abribus un traitement pour « améliorer l’âge de son cerveau » signé… Nintendo (mais vous avais-je déjà parlé de Nicole, je ne m’en souviens plus). Je ne vous parlerai pas de Giorgio et Clémentine, mes petits chats, qui ont transformé le sapin de Noël en mat de cocagne, l’appartement en circuit Rollerball, Giorgio se cassant une patte un jour, devenant claustrophobe un autre après s’être fait enfermer dans un parking toute une nuit. De tout cela je ne vous parlerai pas. D’ailleurs dois-je vous parler de quoi que ce soit ? C’est vrai que fin décembre j’ai eu un p’tit coup de mou après les lectures de Michon. Seule Princesse Noé l’a noté. One point, No-no !

Attention à mon gros trafic… Bon mais vous n’allez pas vous en sortir comme ça. D’abord la cheffe de Livres-Hebdo m’a présenté au cocktail du titre phare de l’édition (rassurez-vous je n’attends aucune augmentation) en disant à ses boss ces mots: « Voici Christian Sauvage qui génère un gros trafic avec son blog ! » Et toc pour les Foenkinos, Garcia, Montremy qui espéraient un peu plus de place. C’est bien simple, comme disait l’autre l’an dernier, 2008 sera l’année sauvage. Vous allez voir comme elle va être sauvage. Vous vouliez de la rupture, vous allez en avoir. Et puis elle va être rock n’roll avec Sarko, Beig, Nicole, Carla, Cecilia, et… Hum, pardon… J’oubliais, merci Aloïs !…

Compte tenu du trafic que je génère (j’adore les compliments, pardonnez ce foenkinosme), je vais arrêter de me plaindre et vous dire pourquoi 2008 s’annonce bien. Après une longue période passée à ne plus rien lire du tout, sinon des pelletées de manuscrits (nous y reviendrons un de ces jours), je reviens doucement vers la chose publiée. Comme toujours après une overdose littéraire, je reviens par la petite porte noire de derrière (pour les bluesmen : the little black back door). J’ai savouré quelques polars savoureux. Les ombres du passé de Thomas H. Cook, d’une grande finesse, L’ange de Montague Street de Norman Green, plus rapide (tous deux à la Série noire), et une pièce de choix, La griffe du chien de Don Winslow (Fayard noir). Si le terme n’était pas tant galvaudé je parlerai de chef d’œuvre. Ce roman de près de 800 pages vous ne le lâcherez pas, foi de sauvage (merci à Jean-Christophe de la Librairie de Paris qui me l’a mit dans les mains contre la modique somme de 25 €). D’abord il y a là une extraordinaire mécanique romanesque qui saute sans arrêt des Etats-Unis au Mexique, de la Colombie au Guatemala et jusqu’à la Chine. Le trafic de la drogue, le terrorisme, la lutte anti-communiste, etc, etc. Au lieu de vous passionner pour le vrai/faux fils de la collaboratrice d’Ingrid Bettancourt et pour « l’interdiction de fumer dans les lieux de convivialité » (vous n’en avez pas marre de la télé, non ?), lisez La griffe du chien, vous comprendrez infiniment mieux notre pauvre monde. Et un des pires trafics qu’il génère. Pour ceux qui n’ont pas peur des grandes tragédies, vous allez revisiter Shakespeare à l’heure d’internet. Avec ce qu’il faut d’hémoglobine quand même.

Dans les plaisirs de cette rentrée , il y a aussi des films. Là aussi j’ai commencé par des polars, La nuit nous appartient de James Gray et Les promesses de l’ombre de David Cronenberg. Et puis j’ai découvert deux bijoux. Le premier s’appelle De l’autre côté de Fatih Akin sur les histoires d’un Turc en Allemagne et d’une Allemande en Turquie et le deuxième La visite de la fanfare de l’Israélien Eran Kolirin qui raconte le débarquement d’une fanfare égyptienne dans une ville israëlienne qui ne les attend pas. Que d’intelligence, de poésie dans ces petits films dont on sort avec le sourire jusqu’aux yeux. C’est bien simple on dirait que 2008 ne sera pas seulement une année sauvage mais aussi une belle année.

Un signe : Les devantures de libraires mettent en avant deux livres qu’on brûle de lire Le boulevard du périphérique d’Henry Bauchau (Actes sud) et La route de Cormac McCarthy (L’Olivier). Le premier a 95 ans et le second presque 75. On les dit au sommet de leur art.

(*) Ouais, il est vrai que ce titre n’est pas terrible mais mon blog…

_______________

Revue de blogs

J’avais un peu délaissé les blogs littéraires pendant les fêtes et je tombe sur ce post-scriptum de Fashion’s -http://happyfew.hautetfort.com/-: « J'ai une pensée pour tous ceux qui, pour des raisons variées, ont mis en suspens leur blog : Erzébeth , Lilly , Emjy , Ekwerkwe , Esis , Livrovore ... Revenez-nous! ». Je me joins à elle en commençant par Erzebeth - http://cuistre.canalblog.com/ - avec qui j’avais eu un léger différend sur les « petites secrétaires » avant de découvrir que c’était vraiment quelqu’un de bien. J’ajouterai aussi le départ de Lhisbei qui me manque tout autant. Mais comme avec les étoiles mortes notre chance est que leurs blogs brillent encore. Allez les consulter. Et puis certains reviennent. On a retrouvé une Cuné en pleine forme http://cuneipage.over-blog.com/ .

08/01/2008




La langue des anges de Pierre Michon (fin) / V


Quelle expérience! Lire un livre en direct en le commentant n’est pas une mince affaire. Je n’ai que plus de sympathie pour les bloggeurs qui, jour après jour, rendent compte de livres. C’est, comme dirait un HEC-X-Enarque, un « full time job ». A se demander comment ils vivent mes frères en blogitude car leurs écrits pour le moment ne les font pas vivre.

Reste que je ne connais pas de médias, écrit, radio et ne parlons pas de la télévision, qui peut ainsi prendre en compte la réalité d’un livre. Vive donc internet et les blogs qui permettent mieux que tout autre média, pour peu qu’on s’en donne la peine (bien réelle) de donner un vrai accès à une certaine idée de la littérature (Le roi vient quand il veut, même chez Albin Michel, ne sera pas un best-seller, on le craint), rendre justice à un auteur (Pierre Michon, grand écrivain, mérite un public bien plus grand que celui qui est le sien, tellement protégé par ses fidèles qu’ils pourraient l’étouffer) ! Si quelques-uns uns d’entre vous achètent La Grande Beune, les Vies Minuscules ou d’autres livres de Michon, l’expérience n’aura pas été inutile. Et, je crois très sincèrement que vous ne le regretterez pas.

Mais « lire avec », ce que je vous ai proposé, suppose que vous lisiez en même temps que moi. Ou plus tard. Mais les commentaires qui ont suivi cette série ne me permettent pas d’en savoir l’impact. L’autre question est : comment « lire avec » ? Lire, c’est à dire ne pas « critiquer ». Alors « citer », mais est-ce suffisant ? J’ai essayé de lire, comme le lecteur que je suis, avec mon histoire personnelle, ma connaissance –insuffisante, forcément insuffisante- de la littérature, mes surprises, mes éblouissements. Je ne suis pas sûr que l’expérience soit concluante, mais elle ouvre pour moi un chemin. J’espère pour d’autres aussi. Et merci une nouvelle fois au Stalker qui l’avait fait précédemment sur son blog ( http://stalker.hautetfort.com/ ) pour Le Tunnel de William H. Glass.

Finissons-en donc avec Le roi vient quand il veut et ses onze derniers chapitres, plus même car il faut revenir sur des pages antérieures car quelques découvertes se font jour de chapitre en chapitre. « Le roi » donc c’est la littérature pour Michon. La Bible est son livre de chevet, mieux depuis qu’il l’a découverte, c’est « (m)on pays ». S’il n’a, pas eu d’ « éducation chrétienne », Michon rode autour de cette idée. Allez traduire cette réponse à la question « Avez-vous des crises de foi ? » : « Je pense que nous mourrons et que Dieu existe ». L’impressionnant auteur ne déteste pas ni l’humour ni l’ « imposture ». Il aime Faulkner, Rimbaud, Flaubert, Hugo, Balzac, etc (dans cet « etc » ajoutez aussi bien Bataille, que Sade, Giono que Gracq, etc…)

Mais ce qui n’a pas été assez dit dans cette série consacrée au dernier livre de Pierre Michon, et qui est l’essentiel pour le lecteur, c’est sa langue. Une langue magnifique, superbe. Elle naît d’un travail, à partir de ses nombreux « carnets de travail», une « sorte de caverne d’Ali Baba » où il note, citations, images, ressentis, « tout ce qui pourra alimenter ma rédaction (à voir le chapitre consacré aux « Carnets inédits de La Grande Beune ») de ses « blocs de prose », (c’est ainsi qu’il préfère nommer ses livres, lui qui règle de nombreux comptes avec le « roman »). Sa façon d’écrire « dans une jouissance extrême » ? « Quand je suis dans une crise d’écriture, à ma table, j’écris dix heures par jour, deux à cinq pages, au crayon pour commencer. Ce sont des pages où certains mots manquent dans un premier temps mais où la rythmique –c’est à dire la ponctuation et le nombre de pieds des mots à venir- a d’emblée sa forme définitive ». Ecrire c’est d’abord une musique.

Pour faire revivre, ressusciter les pauvres hères, ces « journaliers alcooliques du fin fond de la cambrousse » des Vies minuscules il a choisit la « la langue des anges » . « Alors ils sont sauvés et celui qui en parle est sauvé avec eux. »

A une prochaine fois. Peut-être… 06/12/2007




Paradoxal Michon /IV


Voilà moins de deux ans qu’on a cessé de me considérer comme un journaliste acceptable et j’ai déjà oublié les principes sacrés d’un métier que j’ai exercé (et enseigné) pendant plus de trente ans. « Un bon article est un article qui arrive à l’heure » ! Je n’ai pas réussi à tenir les délais de ma semaine Michon et je n’étais pas au rendez-vous que je vous avais fixé hier. Foin des excuses genre : j’avais du boulot (c’est vrai !), les bons livres, on n’a pas envie qu’ils finissent alors on ralentit sur la fin (vrai!). Alors reprenons Michon: Le roi vient quand il veut.

Reprenons notre lecture du chapitre 11 au 21 « Les carnets inédits de La Grande Beune ». J’ai toujours pensé que les grands livres nous changent, c’est à dire pour le moins qu’ils changent notre regard. Et ce livre d’entretiens regroupés par Pierre Michon change en partie mon regard sur son œuvre. Rien du plaisir qu’il m’a donné ne m’est retiré mais je découvre que je suis allé vers lui pour des raisons qui n’étaient pas les siennes. Mon entrée dans son œuvre : La Grande Beune. Un livre fiévreux éclairé par une écriture lumineuse, un livre absolument formidable qui vous fait dire : je veux tout lire de cet auteur. Eh bien pour Michon, c’est… un livre raté, pire il se pourrait bien qu’on doive le rattacher au genre désuet, mort, du roman ! Quelques lignes terribles tirées du chapitre 12 intitulé, merci pour moi simple lecteur fervent, « Cause toujours ».

« Oui, avoue l’auteur, c’est presque un roman. En tout cas il a été reçu comme tel. Le projet initial était beaucoup plus vaste, sous le titre L’origine du monde , en référence à Courbet et au désir massif de ma buraliste qui est le coeur du récit, si je puis dire ou son ventre (…) La centaine de pages qui a été publiée représente à peine le tiers de ce qui a été écrit. C’est que les deux tiers qui n’ont pas été publiés, ces deux tiers en plus, c’étaient deux tiers en trop. C’était ‘tout un roman’, justement : c’était fabriqué, planifié, ficelé, et nécessairement truqué puisque tendu vers l’arbitraire d’une forme assez fatiguée : celle du petit objet de trois cents pages qu’affectionne le marché sous le nom de roman. Seul méritait d’être publié ce qui l’a été : le désir fou et sans idée définie d’un très jeune homme pour une belle dame, désir que j’ai éprouvé moi-même pendant cent pages. Après il fallait de l’action, la possession ou le renoncement, la fornication ou le meurtre, les rebondissements comme on dit, tous ces événements très relatifs et arbitraires dans lesquels le roman perd en chemin le potentiel énergétique de la prose. »

Reste, malgré l’analyse au scapel (ou à la hache, c’est selon) de son auteur, que La Grande Beune me semblé être, pour ceux qui n’ont jamais lu Pierre Michon, et justement parce qu’il est un livre entre le roman et les récits qui l’ont fait connaître, un très belle porte d’entrée dans son œuvre.

Deuxième choc, toujours dans « Cause toujours », une faute de compréhension de ma part sur la signification des Vies minuscules. Un livre que j’ai longtemps cité comme un chef-d’œuvre, sans avoir osé l’ouvrir. Ce que j’entendais sur ce livre, ce qu’évoquait ce mot « minuscule » associé à la biographie de Pierre Michon, me donnait à penser que comme de trop rares auteurs de notre siècle, il rendait hommage dans les V. M. non aux simples, aux humbles comme les disent les bourgeois, mais aux pauvres. Michon balaie du même geste les « simples » et les « pauvres » pour expliquer son « minuscule » : « Il serait regrettable d’en faire le synonyme d’humble, de modeste, de pauvre, de petit, etc. Il n’y avait pas de misérabilisme dans cet adjectif. Je pourrais dire en simplifiant que j’ai appelé minuscule tout homme dont le destin n’est pas tout à fait à la hauteur du projet, c’est à dire tout le monde. » Si tout se termine avec un banquet final, pourquoi pas ?

Mais quelle hauteur, quel projet ? Michon ne le dit pas. C’est sans doute là qu’il faut évoquer les mots religieux qui parcourent la réflexion de l’auteur. Quand on lui demande s’il pourrait raconter la vie d’une jeune de banlieue il répond par l’affirmative, mais il surprend davantage: pourquoi chercher, inventer un personnage quand les cimetières sont pleins de gens « qui sont morts et qui attendent qu’on parlent d’eux » ? Il va jusqu’à parler de la « résurrection des corps ». « J’essaie de la mimer en littérature, peut-être de l’appeler, de la faire venir. » Rien ne laisse à penser que Michon est chrétien mais sa littérature a quelque chose à voir avec la transcendance maintenant que le christianisme et le communisme se sont effondrés. Les questions que ces idéologies portaient restent là. Notamment dans la littérature.

Autre référence au christianisme, le chapitre intitulé : « Qu’as-tu fait de tes talents ? » A 38 ans Pierre Michon, écrivain sans plume, va écrire les Vies Minuscules. « Enfin mûr culturellement », « assez jeune encore pour porter en moi la violence d’un texte presque juvénile. « Et puis ce livre était ma première et dernière chance. N’ayant jamais travaillé, je coulais vers la clochardisation. » Sans faire de raccourci ad hominem, combien d’auteurs français se sont mis ainsi en danger pour la littérature à part Laurent Mauvignier ? L’abondance des écrivain-profs, écrivain-pubards, écrivain-journalistes explique l’affligeante « production littéraire » française. « Il y avait aussi, avoue Michon, une femme à qui je pouvais donner ce texte comme une justification. » Quelle justification ? « De m’en aller tout doucement vers l’état de clodo, d’avoir cassé des tables ; des vitres, des voitures entre 20 et 30 ans, de m’être demandé les lendemains si ce n’était pas moi qui avais fait tel ou tel coup. Ce sont les Vies minuscules qui m’ont délivré de ça. » Ce livre, « c’est un constat d’échec et une délivrance de l’échec, un désastre qui se transforme en prouesse. » Si le talent de Pierre Michon n’est pas mort enterré, il a joué sa vie. Et il se demande s’il en sera à nouveau capable.

05/12/2007




Ambitions majuscules, vies minuscules /III


Lire n’est pas toujours chose aisée. Ce disant, je ne reproche pas à Pierre Michon la richesse de son propos sur la littérature dans son dernier livre, Le roi vient quand il veut. Je ne peux pas davantage reprocher à Barbara Constantine de m’avoir adressé, hier, le manuscrit fini de son deuxième livre, ni à une autre primo-romancière de m’envoyer une heure plus tard, le manuscrit attendu après un premier jet très prometteur, sans compter un essai auquel je tiens infiniment et qui m’arrive chapitre après chapitre pour une remise à l’éditeur le 31 décembre. Mais si le lecteur a besoin de temps, l’éditeur se rend compte qu’il ne peut faire attendre trois jeunes femmes qui lui disent au téléphone d’une voix vibrante de bonheur : « Ca y est ! ». Pierre Michon comprendra et nous finirons sa lecture en début de semaine prochaine. Mais, avant de quitter Paris deux jours avec mes manuscrits, ab ordons cette première partie de la lecture de Michon consacrée à son œuvre majeure et son œuvre première les célèbres (pas assez encore à mon goût) Vies minuscules.

Le souvenir de ce livre magistral court ici de page en page, car chaque intervieweur tient à percer le mystère de ce livre sans pareil. Il en est plus spécialement question dans les chapitres 7 à 10 de ce recueil d’entretiens. C’est curieusement quand on interroge l’auteur sur sa propre biographie, ce que Pierre Michon n’aime guère, qu’il en dit le plus sur son oeuvre. Au commencement était le grand-père de Pierre Michon qui lui racontait des histoires de campagne et de beuveries. Il y avait aussi sa grand-mère qui avait lu Hugo et des poètes et possédait son brevet supérieur. Dès lors le parcours du jeune homme « est simple, c’est celui des Vies minuscules. L’enfance à la campagne, l’internat au lycée de Guéret, de la sixième à la terminale. Ensuite des études de lettres à Clermont. Je n’envisageais rien. Je savais que c’était la voie qui conduisait au professorat, mais je ne pouvais concevoir un instant d’être professeur. Je me demandais comment j’allais sortir de cette histoire (…) et est arrivé 1968 : un miracle pur me donnant un alibi idéologique en béton pour ne pas entrer dans la vie civile. A ce moment j’ai commencé à ne rien faire, tout simplement. (…) Je vivais de la charité publique. Soyons décent sur ces années-là. »

Et pourquoi pas Rimbaud ? Se rêver en Rimbaud « Oui, bien sûr, mais il est vite trop tard pour cette histoire. On a 16 ans quand on y pense, on sait qu’on a jusqu’à 17 ans et demi, 18 ans et c’est déjà fini, on ne l’a pas été, jamais plus on ne sera Rimbaud, alors ça devient tout de suite un regret, une impossibilité de plus. » Michon vit de-ci de-là, rencontre des femmes, boit, s’imagine écrivain, tourne autour d’un « grand roman » dont il se sentait « incapable ». Revient alors la voix de ses grands-parents. « Vies minuscules a été une délivrance phénoménale. Je l’ai écrit vers 35 ans, en 1981 ou 82. J’écrivais alors des textes illisibles, jamais proposés à la publication. J’avais donc réussi à me dire qu’il fallait bien que je m’y mette et, tout à coup, je ne sais pas… Oh ! mais si je sais bien. J’étais dans la Creuse avec ma mère, on se promenait et je suis allé dans la cour et le jardin de l’école où j’avais passé mon enfance (…) Tout à coup je me suis dit : ‘Mais bougre d’âne, pourquoi n’écris-tu pas sur ces petites choses que tu as connues, vécues, sur ces morts ? ‘. » Comme toujours chez les gens de peu il y a le besoin de rembourser. « J’avais autour de ces gens-là, de cette famille élargie, une sorte de réhabilitation à faire puisque pendant très longtemps, je ne travaillais pas. Je vivais de lectures et de bitures. »

Et ensuite ? « Ca a été terrible. Avec mon premier livre, j’ai senti très vite que je tenais une chance mais qu’en même temps j’avais tout dit sur ma vie : un peu comme si j’avais bousillé toutes les cartouches de La recherche du temps perdu en deux cents pages. Je me suis dit : c’est fini, je n’ai qu’à me relire. » Il lui faudra quatre ans pour publier son deuxième livre Vie de Joseph Roulin, le facteur de Van Gogh. Aujourd’hui encore il craint ne plus pouvoir atteindre le « miracle » des Vies Minuscules qui lie son existence et son texte, il pense que « ne se reproduira pas » cette « prompte et parfaite transformation de sa situation vécue et de sa transformation en prose qui la transformait elle-même. »

Aussi curieux que cela peut paraître chez un écrivain aussi exigeant, Pierre Michon confesse qu’il aimerait être un « auteur populaire ». Même si ce n’est pas le nombre qui lui importe mais l’art ou Dieu, ce qui est au fond la même idée. Je me souviens d’un temps ancien où Libération, qui s’appelait alors vraiment Libé, avait consacré deux pleines pages chaque jour pendant une semaine à interviewer Hubert Selby Jr à l’occasion de la sortie de son roman Le démon, un grand livre de la littérature mondiale. Cette série sur Michon s’efforce de faire la même chose. Lisez Vies minuscules si vous ne l’avez jamais fait !

(à suivre lundi)

28/11/2007




Le roi Michon vient quand il peut /II


Pierre Michon est un écrivain. Il faudrait ajouter pour ceux qui s’étonnent à sa lecture de l’admiration qu’il suscite que ce n’est pas un « écrivain facile ». Comme Faulkner, Joyce, Cormac McCarthy, sa prose peut être lumineuse mais son cheminement est parfois mystérieux. Avec Le roi vient quand il veut, on le comprend mieux. Il nous offre là, près d’un quart de siècle après la publication de son premier livre (Vies minuscules), une belle préface à une grande œuvre.

« D’abord contemporain ». Du chapitre 1 au chapitre 6, Pierre Michon va commencer à expliquer ce qu’est pour lui la littérature aujourd’hui. D’entrée, lui qui s’intéresse aux vies minuscules, à la Bible, à Watteau, à Van Gogh, avoue sa longue fascination… de l’avant-garde. « Elle nous disait que la littérature est perpétuelle rupture ; que son objet est impossible ; que le bond hors du consensus est une condition essentielle. » Pas de livres si l’auteur « n’y a été contraint » comme disait Bataille. En parlant de livres, Michon fait tout de suite cette distinction souvent confuse dans la critique entre les livres-produits et la littérature. Il rejette le « retour au récit » annoncé telle une restauration.

D’avant-garde, sans céder au souci sectaire, mais « contemporain ». « L’écrivain est d’abord contemporain d’un état du monde qui l’écrase, d’un état des lettres au service de ce monde. » L’italique irait mieux à « ce monde » auquel n’appartient pas Michon, comme le Christ affirmait ne pas être de « ce monde ». Halte là les marchands et les pharisiens ! Et pourtant Michon-le-contemporain a publié à 40 ans son premier livre, les Vies minuscules qui parlait de ceux de son village, de son enfance, avant d’évoquer le facteur Roulin, communard, proche de Van Gogh, le curé Carreau face à Watteau le débauché, Rimbaud ou d’autres paysans avec La grande beaune.

Le lambeau de pourpre. Michon se veut un « contemporain de légende », titre de son deuxième chapitre. Il évoque Les vies des douze Césars ou, plus tard, les Vies de saints, comme part de son inspiration, ce goût à raconter des vies ordinaires d’où s’exhale des ou un dieu. Voilà pourquoi il choisit de dire où la littérature occupe la place laissée vacante par Dieu. On comprend mieux l’exigence qui l’anime.

A l’exception des Vies minuscules, des petits livres, courts. Toujours. « Le récit bref, qu’on peut préparer pendant des mois, doit être saisi d’un seul tenant, dans l’ivresse et la fièvre, peut-être la grâce, sans retour ni repentir, sur la corde raide (…) La moindre fausse note précipite l’ensemble au panier. Le bref ne se rattrape pas. » Il ajoute magnifiquement dans le troisième chapitre: « J’ai un goût (dangereux, à contrarier sans cesse) pour ce que les Anglais appellent le purple patch, le beau morceau d’écriture, le lambeau de pourpre. »

Pourquoi cette fascination pour le minuscule, le pauvre ? « La figure chrétienne du pauvre a disparu depuis belle lurette ; celle du prolétaire s’abîme sous nos yeux. Une telle figure est nécessaire à la communauté – elle ne me semble subsister plus que dans la littérature (…) Avec le héros, le pauvre est la figure qui mérite le plus qu’on lui consacre une vie. » Plus loin au pauvre, au prolétaire, au paysan (il cite l’admirable Louons maintenant des grands hommes de James Agee sur les fermiers misérables de l’Alabama) Michon ajoutera Charlot. Voilà vous trouverez chez Michon des vies auxquelles vous identifier, avec lesquelles compatir. Son « devoir d’écriture », dès lors : « Rendre justice à des petits bonhommes, leur donner une autre chance –posthume- d’en faire, l’espace d’un texte, de grands hommes. » Vous en connaissez beaucoup des écrivains qui disent, et pire, pensent cela aujourd’hui ?

Au chapitre 6, se trouve l’origine du titre de ses « propos sur la littérature ». Grand regardeur de peinture (si l’on ose l’expression), Pierre Michon raconte les portraits qui composent Le comte de Floridablanca de Goya. Il y a bien sûr, dans ce tableau, le Comte, un sous-fifre, des portraits au mur dont celui du roi, il y a aussi l’autoportrait du peintre. Répondant à l’intervieweur, l’écrivain explique : « Dans ce que tu appelles mes portraits, je suis le sujet du portrait, le comte, c’est à dire dans mes textes le personnage de Watteau par exemple, ou Van Gogh ; je suis celui qui peint, et aussi celui qui raconte, le témoin, l’humble narrateur, le curé Carreau ou le facteur Roulin ; et je suis enfin une troisième voix qui apparaît ça et là dans mes textes, qui est, sans doute, l’écrivain, le gratte-papier qui est mangé dans l’ombre, tout au fond du tableau. J’aimerais bien qu’il y ait en plus le roi, c’est-à-dire la littérature, ou le sens, ou le vrai, ou peut-être tout simplement le lecteur. Mais le roi vient quand il veut. »

27/11/2007




Michon ou l’humour du guéridon I


La critique est critiquée . Profitons-en. Et profitons des blogs pour prendre d’autres chemins que ceux labourés par les médias. Un livre important, bien que ce soit un livre d’entretiens, vient de paraître. Je vous propose de le lire ensemble cette semaine (1). J’attends vos commentaires, vos questions, mais aussi vos étonnements et pourquoi pas vos bonheurs de lectures car ce livre vous ouvre une œuvre comme il n’y en a guère aujourd’hui dans la littérature française. Rendons à César ce qui est au Stalker, sombre blogueur, dont j’admire la rigueur dans sa « dissection du cadavre de la littérature » sans partager ses idées, qui a publié en juin une série sur le Tunnel de William H. Glass (Cherche Midi). Ici, il sera question de Pierre Michon auquel se réfère le titre de ce blog. Bonne semaine, j’espère.

Voilà dix ans je rencontrais Pierre Michon. Comme on doit le faire avec un écrivain. Dans un livre qui s’appelait La Grande Beune, caché sous la belle couverture jaune des éditions Verdier. Un livre éblouissant comme un soleil d’été en Corrèze. Cela ne se passait pas en Corrèze, dans la terre de ma famille, mais en Dordogne terre voisine un peu plus gaie. J’ai été ébloui par la langue, le style, le sillon droit laissé par la main d’un écrivain. L’année suivante, je découvrais son visage dans la défunte et regrettée émission Qu’est-ce qu’elle dit Zazie ? Un grand type chauve, semblant trembler de froid malgré un feu de bois dans la cheminée. Pour une fois un écrivain disait quelque chose d’intéressant. On le félicitait pour son livre chef d’œuvre, son livre fondateur : les Vies minuscules (Folio) paru en 1984. Ce livre je mettrai vingt-deux ans à le lire, sans cesser d’en parler, pour en rendre compte dans ce blog. Son titre, plus encore que Les gens de peu de Pierre Sansot (PUF) m’ont fasciné dès que j’en ai entendu parler, sans doute parce que j’ai des ascendances paysannes et une enfance écartelée entre un lycée bourgeois et un père ouvrier menuisier qui savait lire mais pas écrire. Il n’y avait pas dix livres chez nous, mais j’ai toujours vu mon père lire le journal après son retour de l’atelier, douche prise, soupe mise à cuire. Laissons ces souvenirs aux psy pour s’intéresser à la littérature et à ce maître, Pierre Michon. Avec Le roi vient quand il veut, clairement sous-titré Propos sur la littérature (Albin Michel), cet écrivain rare dit des choses essentielles sur ces petits objets méprisés aujourd’hui qu’on appelle les livres.

Quand on lit Michon on imagine un grand type maigre, austère pour ne pas dire sinistre. La préface qu’il donne à son livre sous le titre « Le guéridon et le dieu bleu » est à se tordre de rire. Un recueil d’entretiens ? Michon n’en connaît qu’un digne de ce nom, celui de Victor Hugo mais qui avait choisi de jouer le rôle de l’interviewer pour interroger Shakespeare, Annibal, Jésus-christ, la Mort et, bien sur, Léopoldine sa fille morte trop tôt. Il se sert, à Jersey de septembre 1853 à décembre 1855, d’un guéridon à trois pieds qui répond à ses questions en frappant le plancher. Cela, observe Michon permet de poser les bonnes questions. A André Chénier il demande si « on fait des progrès dans le tombeau », à Annibal le nom des légions romaines qu’il a massacrées à la bataille de Cannes et à la Mort « si de nouveau un jour on embrasse les petites filles qu’on a perdues ». Et pourtant, dit Michon, il n’y a rien de risible dans les questions d’Hugo, alors que « nous posons à n’importe quel écrivain, c’est à dire à l’heure qu’il est tout le monde, les questions que Hugo posait, lui, à qui de droit, à qui pouvait lui répondre. Nous nous trompons d’interlocuteurs. Ceux que nous interviewons ne nous apprendront rien. »

Pour une fois un écrivain reprend des interviewes qu’il a subi, des propos qu’il a tenus ou plutôt qu’on a retenu de lui (contre lui ?) pour nous parler de ce qui fait de lui un être incomparable : un écrivain.

Je ne sais pas, la Bible ?… Ah oui, j’ai oublié de vous parler de l’interview de Zazie. L’intervieweur était bon pour une fois et Pierre Michon lâchait des petites vérités. Ni arrogance, ni fausse modestie quand on lui parlait de ses Vies minuscules comme d’un livre important. Il concédait que c’était une tentative. Poussé dans ses retranchements, l’écrivain disait la difficulté de se dire tel. Je résume en substance ses propos : « On a déjà écrit tant de livres, alors… Si on essaie d’écrire c’est pour se mettre au niveau des grands livres… » Lesquels ? « Je ne sais pas, la Bible ?… » marmonnait Michon. Voilà me disais-je alors ce qui promet d’être intéressant, j’ajouterai aujourd’hui avec ce livre, passionnant peut-être même.

___________

(1) aujourd’hui je vous offre la 50e édition de ce blog entamé le 15 juin 2006.

http://stalker.hautetfort.com/

26/11/2007




Et si nous reparlions littérature…


Avec les feuilles mortes , les prix littéraires se ramassent à la pelle. A défaut des prix, le temps incite à la lecture. Après des wagons de manuscrits (n’en jetez plus la poste en est pleine) me voilà d’aplomb. Prêt à lire des livres, des grands livres. A entrer dans les librairies pour acheter des livres (ce que je n’avais pas fait pendant douze ans où les éditeurs m’approvisionnaient avec ardeur).

L’amie Krolinh vient de m’adresser son questionnaire qu’elle envoie d’habitude à des auteurs à succès (Foenkinos, Jaenada, etc...) sur leurs habitudes et choix de lectures. Joie, pleurs de joie ! C’est bien de s’occuper aussi des vieux qui ne sont plus personne. Si vous ne passiez pas sur son blog (leslecturesdecaro[line], http://krolinh-lectures.blogspot.com/ ), ce qui serait à coup sûr une erreur, voilà comment j’ai choisi mon dernier livre. Un samedi midi, je déjeunais avec le patron de Calmann-Lévy, Jean-Etienne Cohen-Séat, et nous parlions musique. Il y a baigné presque autant que dans ses livres (à propos je vous recommande le groupe de jazz créé par ses deux fils –Enco & Co- des ados prodiges). Je lui parlais de Le temps où nous chantions de Richard Powers, formidable livre sur la voix, et de quelques pages formidables sur le violon dans Sous un autre jour de Jens Christian Grondhal qui m’ont fait approcher cet art, moi qui n’ai jamais tenu un instrument, ni chanté de ma vie. Il m’a demandé si j’avais lu Corps et âme de Frank Conroy (Folio) qu’il m’a offert lundi. Je me suis immergé dans ce livre de près de 700 pages avec un plaisir total et une frénésie que je n’ai connue jusqu’alors qu’à la lecture de très bons polars. Cette histoire d’un enfant pauvre de New York qui se découvre un don pour le piano et qui va travailler avec les plus grands maîtres sous l’attention d’un marchand d’instruments mystérieux. Une success story comme l’Amérique nous en offre souvent. Mais là (on n’ose dire : enfin !) jusqu’à ce que tout bascule. L’épreuve viendra. La suite, je vous laisse la découvrir mais que vous connaissiez la musique ou que vous vous contentiez de l’apprécier je vous recommande ce livre magnifique. Je l’ai retrouvé hier dans la vitrine d’un luthier de la rue de Rome à Paris.

Avez-vous observé que vos livres préférés disparaissent toujours ? Rien d’étonnant, on ne prête pas de mauvais livres à ses amis. Et puisqu’ils sont vos amis vous ne pouvez pas les soupçonner de ne pas vous les rendre. Quant à faire des listes pour les retrouver, à chaque fois je perds ces listes. Alors… Littérature toujours. J’ai aimé la joie de Louise Desbrusses qui a reçu une « mention spéciale » au prix Wepler pour Couronnes boucliers armures (POL). Dans l’ambiance bruyante, enfumée, snob de la brasserie ce soir-là – Ah les cocktails littéraires !- voir cette joie toute intérieure d’une amie chère, discrète comme la violette sous la mousse, qui consacre sa vie à la littérature fut ma joie de la semaine.

Ecrivain malin. La couverture de Marianne est consacrée au dernier livre de son Président du conseil d’administration-journaliste, JFK ( Jean-François Kahn), l’Abécédaire mal-pensant. Nul n’est mieux servi que par soi-même. Les lecteurs du magazine ont même droit –en cadeau- à la suite du livre depuis qu’il a été publié !

Editeur habile. Depuis le Nobel de Doris Lessing de nombreux lecteurs cherchaient le Carnet d’or qui a fait sa réputation. Mais il était épuisé (curieux pour une œuvre majeure d’un auteur majeure). Qu’est-ce que fait son éditeur Albin-Michel ? Il le republie. Pas en poche, en grand format. Il vous en coûtera 25€.

Auteur policier. Le prix du Quai des Orfèvres où se trouve la Police judiciaire a été remis à P. J. Lambert pour Le vengeur des catacombes qui sera publié chez Fayard. PJ, faut le faire !

* * *

Nouvelles diverses.

Ne dites plus chômeurs ! Dites rupture du contrat de travail « due à la survenue d’une inaptitude d’origine non professionnelle ». C’est la dernière proposition du Medef.

Salauds de grézistes ! Un Chinois entre chez le boucher. « Zou Tra-vai-llez ? Tout monde en grève auzourd’hui. Aux Etats-Unis travaillent 24 sur 24. Nous Français touzours faire la grèze ! »

Un couple métis. Il est noir, elle est blanche. Leur enfant métis se plante devant une Clio. « Elle est grise, maman ! ». « Non, blanche » répond la mère.

L’effet « trois G ». La pub, 4x3m, envahit les stations de métro. Pour un jeu électronique, intitulé Jericho. Sa spécialité : « l’effet 3 G : plus gore, plus gothique, plus glauque ». Joyeux Noël !

* * *

Revue de blogs

SeriaLecteur est un habile bloggeur. Il a lancé un débat: « Dois-je arrêter mon blog ? » Résultat : des commentaires par dizaines. La réponse est : oui (4 et 6 novembre). http://serialecteur.canalblog.com/

Au clair de la lyre a eu cette semaine « un soir de blues ». Cela donne un très beau texte « Les dieux sont tombés sur la tête ou des bienfaits thérapeutiques de la confidence » (28 octobre). http://www.auclairdelalyre.com/

Cequetulis s’énerve contre les winners de la pub, je la comprends et l’enveloppe en papier rock n’roll de sa baguette. Déjà qu’on aurait du retirer ses baguettes à Ringo Star ! A part ça elle présente des gens qu’elle a rencontré pendant qu’ils lisaient. De beaux portraits. http://www.cequetulis.blogspot.com/

Spécial Michon. Attention, attention : A partir de lundi prochain nous allons lire ensemble chaque jour le dernier livre de Pierre Michon Le roi vient quand il veut (Albin Michel). Ceux qui veulent suivre cette lecture commentée peuvent l’acquérir pour participer avec leurs propres commentaires. Ce blog, comme le savent certains, étant placé sous le signe d’une admiration sans limite de l’auteur des Vies minuscules.

22/11/2007




Je suis en COLERE !!!


Encore ! Encore un jeune immigré qui se jette par la fenêtre quand il voit des policiers arriver dans son immeuble. Même si ce n’était pas pour lui. Même si le « pronostic vital » –comme on dit- ne semble pas engagé. Selon les premières informations données par la presse (c’est vite dit car à part l’audiovisuel la plupart des quotidiens ont passé sous silence la nouvelle ou se sont contentés d’une brève) il s’agirait d’un burkinabé de 37 ans qui s’est jeté du 3e étage d’un foyer de la Sonacotra de Marseille. Il y a tant d’affaires importantes dans notre démocratie qu’on ne peut pas parler de tous ces pauvres types qui se jettent par la fenêtre. Pensez donc l’essence augmente, les cheminots risquent de voir leur retraite repoussée de deux ans et demi, les étudiants occupent leurs universités, les officiers de police raccrochent leur téléphone pour être augmenté et les philosophes philosophent sur la corrida, Mai 68 et… le prix de l’essence.

Mais bon dieu ça ne vous fait rien ces hommes et ces femmes qui tombent ? Bien sûr c’est un « fait divers », c’est la « loi des séries » et je ne sais quelles autres foutaises. Vous gens-de-gauche qui parlez au cœur mais regardez l’urne, vous gens-de-droite qui n’osez pas dire que vous avez voté pour ce Président-là, ces ministres-là, cette politique-là. Le Pen au pouvoir n’aurait pas fait mieux. Alors on détourne la tête quand un corps s’écrase ? Attendons tranquillement la fin de l’année et les résultats du Hortethon (il a déjà expulsé 18 500 sans-papiers). Parviendra-t-il à l’objectif des 25 000 expulsions d’ici la fin de l’année qui lui a été fixé ? Vous pouvez appeler le ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale. .

A ceux qui ne voient pas, qui ne veulent pas voir un bon conseil. Rappelez-vous 1929. Lorsque la crise économique frappa les Etats-Unis certaines victimes du krach boursier ont choisi le suicide en sautant par la fenêtre de leur building. Les journaux d’alors conseillaient aux piétons de marcher près des immeubles de Wall Street pour éviter de prendre sur la tête un de ces « jumpers ». Alors choisissez : ou vous regardez vos chaussures ou vous levez la tête !

08/11/2007




Scènes de la vie parisienne


« Les bonnes histoires de l’oncle Chris »

Dans la série –déjà plébiscitée- qui a commencé avec Doris Lessing, voici un souvenir de Vassilis Alexakis rien que pour vous. A défaut de Nobel l’ami Vassilis vient de recevoir le Grand prix du roman de l’Académie française pour Après J.-C. (Stock). Qui l’eut cru il y a presque quarante ans quand je l’ai rencontré pour la première fois dans les couloirs bien encaustiqués de La Croix ? Je me souviens d’un grand échalas, une sorte de chat noir fuyant le soleil derrière ses grosses lunettes, venant apporter son billet au rédacteur en chef. Ce gamin faisait alors concurrence aux prestigieux Robert Escarpit (Le Monde) et André Brincourt (Le Figaro). C’était un temps où les quotidiens offraient chaque jour une dizaine de lignes d’humour à leurs lecteurs. Quand on interrompait le pas de souris-girafe de Vassilis, on oubliait son accent grec tellement son humour et sa maîtrise du français nous faisaient hurler de rire.

Venu en France pour apprendre le métier de journaliste il l’exerça de deux façons dans le quotidien catholique. Comme billettiste et comme correspondant, on pourrait dire comme « honorable correspondant ». L’armée grecque appela Vassilis à faire son service militaire alors qu’une carrière journalistique s’ouvrait à lui. Problème. Problème d’autant plus cornélien que la Grèce était dirigée alors par des colonels peu suspects de passion pour la démocratie dans le pays qui l’inventa. Autant dire des dictateurs ennemis notamment de la liberté de la presse. Que fit Alexis ? Et bien il répondit à l’appel patriotique. Et à sa vocation professionnelle. C’est ainsi que (pendant deux ans je crois) il fit son service militaire et fournit sous un pseudonyme une chronique du Grec de base, non loin de l’éplucheur de patates qu’aiment tant les adjudants. On imagine les services de l’ « intelligence » ( !) de l’armée grecque pourchasser le correspondant-troufion qui joua là l’un de ses plus beaux tours. De retour à Paris il résista aux sirènes qui l’appelaient dans des rédactions prestigieuses. Eh puis un jour il publia un roman : Le sandwich. Je me souviens de la première phrase, quelque chose comme : « C’est l’histoire d’un homme qui demande un sandwich et tue sa femme ». Puis Les girls du City Boum-Boum. On était fiers. Il nous quitta pour la littérature.

Vieille rencontre . « M’sieur ! M’sieur ! Vous pouvez m’acheter une bière ? » Etrange appel dans ce quartier des éditeurs. Je lève la tête et j’aperçois une très vieille femme au premier étage. Une bière… euh oui, mais où ? « Ben chez les Chinois ! » Je découvre entre les boutiques de luxe un resto asiatique. Va pour une Kro ! Elle me fait signe qu’elle descend. Dix minutes après j’aperçois sa silhouette brinquebalante, ses cheveux en bataille. Je lui tends la canette, elle me tend une cigarette.

Sur l’épaule. La jeune fille s’endort dans le métro. Quand un jeune cadre s’assoit à côté d’elle –est-ce la chaleur ?- elle laisse sa tête tomber sur l’épaule estudiantine couverte de tweed. Une station, deux, trois. Il voudrait descendre sans la réveiller. Une vieille dame lui fait signe qu’elle va prendre le relais. Il s’en va ; la jeune fille continue à dormir. Sur l’épaule de son aînée au manteau un peu râpeux.

« Anna est morte ! » Calée entre la foule et le strapontin inutilisable elle passe le temps en téléphonant. J’ai horreur qu’on utilise le métro comme une cabine téléphonique. Mais elle est discrète : on dirait qu’elle parle sans prononcer le moindre son. Les communications se suivent et se ressemblent jusqu’à un « Quoi ! » plus sonore. Je l’observe : un trouble brouille ses traits, un voile de blancheur recouvre son visage. Elle semble reprendre son souffle avant de refaire un nouveau numéro et soudain, d’un cri, elle s’effondre en larmes : « Anna est morte ». Un passager lui étreint le bras en descendant de la rame de métro à la station Anvers.

Sortez couvert ! Chacun se précipite dans la bouche de métro sous la pluie battante. Tous tournent à droite vers le distributeur de billets et autres passe Navigo. Lui part à gauche. Un touriste ! Je ne peux m’empêcher d’attendre le choc dans le mur. Non il met une pièce dans le distributeur, secoue l’appareil. Et repart avec sa capote. Depuis dix ans qu’il est là je n’avais jamais vu personne se servir.

***

Revue de blogs

Le petit monde des blogs continue. Des naissances, des disparitions, la vie quoi.

- Adieu Lhisbei ! Après avoir annoncé une pause elle a annoncé le 30 septembre son arrêt. Elle me remercie de lui avoir fait découvrir James Salter. Reviens j’ai plein d’autres livres à te recommander. http://carnetslecture.canalblog.com/

- Allez Bernard ! Bloggeur belge, ce journaliste économique au Soir qui tient Le blog des livres a été retenu pour un concours allemand de la Deustche Welle. Votez pour lui ! http://www.thebobs.com/index.php?l=fr&s1155503109924847OMDFOOVR-NONE

- S’il gagne ce concours allemand on se réjouira et ce Belge sympathique deviendra français après Annie Cordy, Johnny Hallyday, Salvatore Adamo, et d’autres http://www.leblogdeslivres.com/

- Réveillez-vous les trois petits cochons ! Mais qu’arrive-t-il à Dorian, Ripley et Rasti. Il nous ont quitté brutalement sur une musique de Jackie Quartz. Enervés par certains commentaires à leur avant-dernier post. Je me sens coupable moi qui leur proposait un éditeur pour leur éviter quelques fautes d’orthographe (vieille habitude de secrétaire de rédaction et de rédacteur en chef). Allez revenez vous nous manquez ! http://jeresisteatout.over-blog.fr/

- Je l’aurai, je l’aurai ! Une bloggeuse, Krolinh, avait élu David Foenkinos son « auteur-chouchou ». Vexé, j’avais décidé de contre-attaquer. J’ai fait des efforts, des sourires, je lui ai prêté des livres. Le grand jeu. Elle commençait à craquer à son retour de vacances écrivant un post pour dire qu’elle avait trouvé d’autres auteurs chouchous. Et vous savez ce qui est arrivé ? Foenkinos, profitant de la grève d’Air France restait à Paris pour lui envoyer un commentaire charmeur. Blogoboule, ton univers impitoyable…

http://krolinh-lectures.blogspot.com/

02/11/2007




Vous avez dit « bondieuseries » ?


Des yeux et un sourire immense , c’est ainsi qu’ils nous ont accueillis. Comment les appeler ? Les « saints », ils écartent le mot d’un geste. Les « survivants » ? Ils préfèrent les « témoins » . Ce sont les deux derniers moines de Tibherine, leurs sept autres frères ont eu la tête tranchée en 1996 par des terroristes algériens du GIA, à moins que ce ne soient par d’autres groupes encore plus mystérieux, mais c’est la haine qui a parlé. On (les autorités françaises) a dit qu’ils auraient mieux fait de partir devant les menaces (« mais les habitants leur demandaient de rester, partir aurait été un contre témoignage », note un proche), on (certaines autorités religieuses) a dit qu’ils l’avaient bien cherché, on a tout dit et surtout bien des bêtises, le frère Jean-Pierre, 83 ans, et le frère Amédée, bientôt 88, ont voulu revenir au Maghreb et Notre-Dame de l’Atlas, leur petite communauté rejointe par quelques autres moines a passé la frontière de l’Algérie au Maroc pour s’installer à Midelt.

Je voulais venir à Midelt pour deux raisons : pour un livre et pour un ami. Le livre c’est les Sept dormants publié par Actes Sud, une pure merveille. Un artiste algérien, Rachid Koraïchi, a voulu ce livre comme un hommage à ses hôtes (le titre renvoie à la légende des Sept dormants d’Ephèse que célèbrent ensemble musulmans et chrétiens). L’éditeur a demandé à sept grands écrivains, John Berger, Michel Butor, Hélène Cixous, Sylvie Germain, Nancy Houston, Alberto Manguel et Leila Sebbar, d’écrire chacun un texte sur un des moines martyrs. Ces écrivains pour la plupart ne sont pas chrétiens, voire même « croyants », mais leurs mots sont profonds, religieux en ce qu’ils relient ces hommes à tous les hommes. Et par cette collaboration entre arabes et français ils ont, tous ensemble, donné la réponse la plus forte qui a été faite, de mon point de vue, à cette sombre stupidité du « Choc des civilisations » qui de guerre en Afghanistan en guerre en Irak, avant -qui sait ?- guerre en Iran poussent « chrétiens et musulmans » à des affrontements sanglants quand les deux communautés reconnaissent un dieu unique et des religions du Livre. Loin, très loin de ces crétins qui poussent sous toutes les latitudes au nom de leur amour de Dieu et de la haine des hommes.

Je suis allé aussi à Midelt accompagner un ami, frappé par bien des douleurs et qui a retrouvé là l’harmonie. Il voulait m’y emmener et n’a pas eu beaucoup à insister pour que je l’y suive. La sobriété des offices, la beauté du Salve Regina face à une icône de la vierge, mais aussi la chaleur de l’accueil ont fait le reste. Nous nous sommes retrouvés après bien des années, notre enfance a refleuri comme un amandier au printemps. Cela ne m’a pas étonné mais j’ai été frappé, comme trente ans plus tôt en Amérique latine, par l’extraordinaire vivacité d’une église ouverte, n’ayant pas peur de son ombre, sans la moindre arrogance. C’est la présence discrète, attentive, généreuse de chrétiens en pays musulmans qui m’a redonné l’espoir qui me fuyait depuis longtemps. Tant qu’il y aura des hommes ainsi…

Les sœurs qui partagent le monastère de Notre Dame de l’Atlas avec les moines ont créé un atelier de broderie et de tapis. Mais surtout elles ont installé au cœur de cet atelier le texte complet du Code du travail, versant aux ouvrières assurance maladie et cotisation pour leurs retraites. Les moines partagent joyeusement chaque jour à 10h le casse croûte avec leurs ouvriers agricoles. Ici, pas prosélytisme, pas de tentative de conversion. Dans une autre région, nous avons rencontré des bonnes sœurs habillées comme des marocaines, foulards noués dans les cheveux, longues robes de couleurs qui tiennent des dispensaires, prescrivant même la pilule dont Rome ne veut pas entendre parler. Il est vrai que certaines de leurs amies et voisines en sont à leur quinzième accouchement. Ailleurs encore, certaines accompagnent les plus pauvres des plus pauvres, les berbères, ces nomades qui luttent avec le froid du Haut Atlas et la chaleur du désert sous la tente.

A Oujda j’ai rencontré le père Joseph ( ça ne s’invente pas !), curé sans ouailles ou presque, infatigable lutteur contre la misère et l’injustice, polygraphe à ses heures. Il vient de publier Une marche en liberté (éditions Maison neuve, 15 avenue Victor Courier Paris 5e). L’occasion de découvrir une image de l’immigration bien loin de ce qu’on nous sert ici. Le Camerounais, Jean-Paul Dzokou-Newo, qu’il a interrogé, n’est ni pauvre ni inculte, c’est un rêveur qui rêve de la France. Devenu « land people », il va traverser un continent qui ne se résume pas à un désert, découvrant que l’Afrique est une et que ses semblables véhiculent les mêmes clichés que les blancs (le Nigéria est dangereux, le Niger magnifique, le Sahara interminable, etc). Certains parlent français, anglais ou arabe, certains parlent des langues africaines mais tous commencent à se comprendre dans la langue de l’exil. Et quand les « subsahariens » ont commencé à venir buter sur la Méditerranée, le père Joseph est monté les aider dans les collines qui entourent Oujda (distribution de couvertures, de nourriture) sans se laisser berner par les escrocs qui fleurissent chez les passeurs et même certains réfugiés. Pendant ce voyage au Maroc, je lisais des manuscrits et le dernier livre de Magyd Cherfi, l’ex-leader de Zebda. La trempe (encore Actes Sud) est bien dans la ligne du précédent Livret de famille que j’avais tant aimé. Quand j’ai découvert que le chanteur toulousain proche des trotskistes a fait ses devoirs d’enfants avec une religieuse, Sœur Marie-Madeleine (ça aussi ça ne s’invente pas), je n’ai pas pu retenir un sourire.

Bon, je sens que vous me voyez venir. Alors va pour le sermon ! Au lieu de nous dire « étrangers », « immigrés », « voleurs », « racistes » et si nous nous reconnaissions frères. Pour un chrétien comme moi (il en est de bien meilleurs, mais vous m’avez sous la main), entendre le Notre père chanté en arabe à Midelt, ou la messe dite en hébreu à Jérusalem, il y a quelques années, ce sont des moments uniques qui chantent dans ma mémoire. Mais est-il besoin de cela pour s’engager contre le choc des civilisations et pour une politique de l’immigration généreuse ?

25/10/2007




Du bonheur et des malheurs


Qu’elle est belle, la Nobelle ! Je me souviens, c’était ma première interview littéraire. Seulement, je n’avais jamais rien lu d’elle ! Impossible d’interroger Doris Lessing sur l’autobiographie qu’elle publiait alors en France. Mais je voulais rencontrer l’auteure du Carnet d’or que les amies de ma femme me recommandaient. L’attachée de presse inflexible : « Alors, c’est oui ou c’est non ? » Bon, d’accord. Je cherche quelqu’un qui pourrait faire l’interview. Ah oui, cette jeune stagiaire qui m’a fait deux très bons articles.

- Vous avez déjà lu Doris Lessing ?

- Oui presque tout !

- Et son autobiographie qui paraît la semaine prochaine ?

- Je suis dedans.

- OK, rendez-vous à 18h au Lutétia. L’article

est pour demain 10h, quatre feuillets.

C’est risqué mais je n’ai pas le choix. Nous voilà le photographe, la stagiaire et moi dans la chambre de l’écrivaine avec l’attachée de presse et la traductrice. Le métro à six heures du soir ! Je présente le journal, lui dit notre admiration et donne la parole à la stagiaire. Elle tremble comme une feuille, balbutie sa première question :

- Vous écrivez page 122 que « …., etc, etc »

- Je n’ai jamais écrit cela !

La réponse claque comme un fouet. A trois reprises l’interviewée renvoie l’intervieweuse dans les cordes. On m’avait dit que Doris Lessing n’était pas facile mais ce jour-là même les mouches s’abstiennent de voler. Par chance un maître d’hôtel entre dans la chambre avec une bouteille de champagne rosé. J’en profite pour faire le pitre. L’interview reprend avec ma question fameuse : « Et pour vous la vie c’est quoi ? » Longue réponse avec force sourires. L’interview finit en pâté une alouette, un cheval. C’est moi qui fait le bourrin. La panique me prend à la sortie: la stagiaire résistera-t-elle au traitement que Doris Lessing lui a infligée. Avec le photographe nous nous extasions devant les épreuves photos : jamais l’écrivaine n’a paru si belle. Nous commençons à nous demander si nous ne sommes pas responsables (à notre corps défendant) de ce qui vient de se passer entre une femme âgée et une plus jeune ? J’avais promis de faire porter le journal à Doris Lessing le dimanche matin à son hôtel. Quand l’attachée de presse le lui porte deux heures plus tard elle s’entendra répondre : « Christian me l’a envoyé » avec un sourire dont je rougis encore.

Aujourd’hui Doris Lessing est Prix Nobel de littérature et Marie-Laure Delorme l’une des meilleurs critiques littéraires françaises

* * *

« J’ai cru au capitalisme. »

Tailleur élégant, mensurations qui font encore rêver, sourire enjôleur, cette capitaine d’industrie a dirigé des centaines de personnes dans une entreprise de pointe. Pourtant derrière cette allure de battante il y a comme une lézarde. Comme tant d’autres, elle vient d’être victime de la grande faucheuse sociale. Elle a voté Sarkozy, a défendu pendant des années les valeurs de l’entreprise et cru au marché et là, soudain, son monde s’écroule. Elle a les mots d’Adela Famara - « dégueulasse » - pour dire les vagues de licenciements qui touchent aujourd’hui les cadres, comme hier les ouvriers. Elle veut une nouvelle vie, rêve de management éthique.

Comme d’autres, j’en sais quelque chose, elle va aussi entrer dans sa 3e vie. Finie l’enfance, finie la vie de boulot et d’éducation des marmots, vient le temps de la liberté, de l’affirmation de nos vraies valeurs. Une vie apaisée mais sans compromis. C’est peut-être un peu tard mais devenir éditeur, manager éthique à 60 ans, ou tant d’autres choses, après toutes ces souffrances, quel luxe !

* * *

Putain de crabe !

Pourquoi faut-il que tu t’en prennes à mon plus vieil ami ? Nous nous sommes rencontrés en 7e et depuis on ne s’est plus quitté. Et tu t’en prends à lui, le meilleur ! Le prof de philo qui a choisi d’enseigner en prison. Le père aimant. L’organiste qui, un après-midi d’été, a joué provoquant un inoubliable fou rire, la Marseillaise et Carmen dans une cathédrale assommée par l’été. Qui nous a fait découvrir Bach : Jésus que ma joie demeure qui résonnait l’autre matin comme un sombre pressentiment sur Radio Classique. Saloperie de maladie qui s’est déjà planté dans le dos d’un autre ami à New York. Tu ne peux pas leur foutre la paix, non ! Vieillir d’accord mais pas ainsi, saloperie

* * *

Les phrases de la semaine.

« Rien, je ne sens rien. » Cristian Von Wernich, 69 ans, prêtre, condamné à la perpétuité, quand on lui demandait ce qu’il ressentait pendant qu’il torturait des prisonniers sous la dictature argentine.

« Che Guevara c’est un looser. » Jacques Séguela, publicitaire winner.

****

Revue de blogs

Chacun ses manies. Je déteste entendre parler de « petites secrétaires ». Parce que ma mère l’était ? Pas seulement. Quand on aime les mots, on déteste les clichés. Une bloggeuse, N.U.L.L.E., qui n’a rien d’une cuistre malgré le nom de son site, s’en prenait le 3 octobre aux « petites secrétaires » de sa fac. Je commente sans mesure l’expression. Certains m’approuvent, d’autres en appellent à la liberté d’expression jusqu’à ce qu’un bloggeur me colle au pilori : « Bien-pensant ! » qu’il dit. La messe est dite ; on ne réplique pas à une telle accusation. C’est le dernier mot à la mode. Après « politiquement correct ». De 1945 aux années 60 pas besoin de qualifier quelqu’un de raciste, l’Histoire avait réglé le sujet. Aujourd’hui être antiraciste c’est être bien-pensant, comme défendre les pauvres, les immigrés, le tiers monde, etc. Les bloggeurs sont très joueurs. Ils s’envoient des questionnaires. Répondre par des titres de livres à des questions genre : ton animal préféré ? (Répondez : Allumez le chat de Barbara Constantine). Des échanges : de livres, de marque-pages, de thés. Ils appellent cela des « swap ». Thom du GOLB, qui passe par là parfois, propose un « overcrossing ». Entendez : les bloggeurs littéraires rendent compte d’un disque et les bloggeurs musicaux d’un livre. J’avais promis. Plus de place. Enfin juste un titre : Ouvrez les frontières de Tiken Jah Fakoli. Ecoutez bien les paroles.

http://cuistre.canalblog.com/

http://legolb.over-blog.com/

11/10/2007




L’agent, l’Amazon et la dégueulasserie


« Agenda électronique de merde », qu’ils disent ! Cela fait maintenant des années que mes copains se moquent de mon Palm. C’est vrai que depuis que j’ai perdu mon stylet, je suis lent à inscrire leurs numéros de téléphone, mes rendez-vous, etc, mais bon… Ce que j’aime dans cet objet, ce n’est pas tant sa modernité que sa mémoire sans faille (à ce propos rappelez-vous que le prénom d’Alzheimer est Aloïs ; le jour où vous l’aurez oublié méfiez-vous). Une mémoire qui me permet de me rappeler ce que j’ai fait. Allez au hasard : le 15 mai 2003 -je suis allé à Hyères. Pourquoi? J’ai plus de problèmes avec mes quelques 400 adresses et téléphones. D’abord il m’est impossible de supprimer les morts, mon ami François, l’écrivain brésilien Jorge Amado que j’ai rencontré une fois à Paris sans savoir qui il était et que j’ai raté trois fois après l’avoir lu. Dans un carnet d’adresses, j’aurais rayé leurs noms. Mais là impossible pour moi de les faire disparaître, ce serait trahison ! J’aimerai être comme Juliette Gréco qui ne va pas à l’enterrement de ses amis car ainsi ils peuvent continuer à vivre en elle. A l’inverse, même si les mois récents m’ont permis de voir qui étaient mes vrais amis, je n’ose faire le ménage dans mon Palm. Rayer ceux qui m’ont manqué ou qui s’intéressaient au JDD plutôt qu’à moi, gommer les parents des amis de nos enfants quand ils étaient petits ? Ce serait admettre que je me suis trompé. Agenda électronique de merde !

****

Impossible de tenir un blog d’éditeur. Je suis, comme les autres, bien obligé de cacher mes petits secrets jusqu’à publication. Bon, allez, une révélation quand même. Si je continue à me dire «éditeur à façon », me voici aussi « agent littéraire ». N’ayant qu’un goût très modéré pour les « affaires », je m’étais juré de ne pas franchir le pas. Je l’ai fait pour un ami qui veut, après une vie dans l’édition et quelques bons bouquins, écrire. Ecrire de la littérature. Je l’aime bien mon gros. Alors banco ! Le gros et moi on s’est mélangé un peu entre les euros et les francs (on n’en est plus aux anciens francs !), mais le virement bancaire est fait, son projet lancé, et il part mardi sur les lieux où va se passer son roman. On s’est serré dans les bras.

****

Quand est né Amazon.fr ? Si quelqu’un pouvait me le dire ça m’arrangerait. Tous les quinze jours ou presque cette librairie en ligne m’annonce des bonnes affaires à l’occasion de son « anniversaire » mais comme elle ne publie pas la photo du gâteau avec les bougies impossible de savoir. A l’occasion du dernier mail en date on me propose le dernier Manu Chao, dans la catégorie « CD immanquable » « à partir de 1,90€ » ; le dernier Olivier Adam A l’abri de rien en « livraison gratuite » toujours pour cause d’anniv’ et, pour « un DVD d’Action acheté, 2€ offerts ». Par contre, et c’est un scandale !, dans la rubrique « Erotisme, pimentez vos soirées » pas la moindre réduc… Faites comme moi et comme Amazon vous le propose en très petits caractères « si vous ne voulez plus recevoir ce type d’e-mail, cliquez sur

http://www.amazon.fr/gp/r.html?R=1SRCI35RRGGO0&C=3ILK0K25VM7AA&H=fvFSeqsAoqO6ge7bJ3EQOIytx1IA&T=X&U=http%3A%2F%2Fwww.amazon.fr%2Fgp%2Fgss%2Fo%2F1Mmai3KErFG-Z1pX86cnAapL.75WDdIp.cPuPkqCDsSeAzSBJB.D2l6BmGyrhR2QU

****

Revue de Blogs

Ca cogne toujours sur internet ! Récemment l’excellent quotidien sur le net Rue 89 écrivait : « Descendre en flammes un produit tout en restant courageusement anonyme, c’est facile avec le web 2.0. Depuis sa sortie en juin de Un monde sans elfes, un premier roman, est ainsi la cible d’incendiaires sur les sites marchands et de propos diffamatoires sur les forum » (un blog, Ma bibliothèque, décryptait cette histoire le 27 septembre, voir adresse ci-dessous). Il paraît que ce n’est que le début de l’« advertposting ». On en cauchemarde déjà.

Mais la blogoboule des bloggeurs littéraires n’a pas attendu. Voyez ce qui se passe avec Tom est mort de Marie Darrieusecq qui n’a rien à voir avec la polémique soulevée par Camille Laurens. Sur ce livre les, avis divergent. Rien que de plus normal. Mais qu’ils soient positifs ou négatifs les posts sont souvent de qualité car ce livre visiblement ne laisse aucun lecteur indifférent. Il y a les pour. Gawou la libraire écrit : « Ce livre m’a terriblement marquée et secouée. J’ai aimé, porté ce bouquin en moi et avec moi et je n’oserai pas dire que je le comprends, parce que je n’ai pas vécu la disparition d’un enfant mais il m’a parlé, me parle encore et je crois qu’il me parlera longtemps encore. »

A l’inverse Thom du Golb n’a pas aimé et l’explique dans une analyse fine : « Marie Darrieussecq a tout bonnement écrit une fausse autofiction (une autofiction fictive si vous voulez). A savoir que loin de se contenter de raconter une histoire à la première personne elle a récupéré et recyclé absolument tous les gimmicks de l’autofiction. Les thèmes, la construction, la narration et même le style extrêmement sec…caractéristiques de ce sous-genre littéraire. (…) Marie Darrieussecq (qui au demeurant a à son actif une œuvre remarquable) manque dans son entreprise de finesse, de subtilité. Elle vit le deuil quand on voudrait qu’elle le raconte. Elle livre non pas une performance d’écrivain, mais une performance d’actrice, qui plus est un peu surjouée. Et de fait n’apportera effectivement rien ni à la littérature ni aux mères endeuillées. »

Voilà deux critiques passionnantes : la première plus affective, la deuxième plus littéraire. Et que se passe-t-il ? Les amis de Marie Darrieusecq, ses fans ou ses hooligans sautent à pieds joints sur Thom. Ceux qui suivent son blog et notamment sa magnifique série, Journal d’un dépressif ordinaire, ont compris qu’il a perdu un enfant. Mais cela ne regarde que lui. Eh bien non, les fans aux cœurs (Darrieu) secs lui reprochent de ne pas comprendre leur grande écrivaine parce qu’il a perdu un enfant et qu’il est dès lors disqualifié pour parler de ce livre. Je ne reproduirai pas leurs propos, ils sont ignobles.

Rien que pour défendre la liberté d’expression si quelque bloggeur audacieux autant que curieux pouvait aller voir ce que vaut ce… Monde sans elfe de Jean-Louis Sévilla (Equateurs).

http://www.livres-online.com/

http://gawoulameilleure.canalblog.com/

http://legolb.overblog.com/

02/10/2007




A tout prendre, je choisis la Zoli vie


A mes amis qui ont voté Sarko , je voudrais lire la litanie de ces noms étrangers : la jeune chinoise jeudi (on a appris depuis qu'elle avait 51 ans), avant elle le jeune Tunisien le 12 septembre, Ivan, le petit tchétchène le 9 août, Sébastien, le jeune Congolais le 4 août, tous ces enfants ou ados sans-papiers qui se sont défenestrés à l’arrivée de la police. Leurs jambes brisées, leurs bassins fracturés, leur avenir compromis, etc. Voilà de quoi j’avais peur. Voilà pourquoi j’ai été rassuré par la belle tribune (Libé 20/9) intitulée « J’étais étranger et tu m’as accueilli. » Cette citation de l’Evangile selon St Mathieu, on ne la doit pas à Ségo mais à Etienne Pinte, cheveux blancs de sage. Et député UMP. A côté, Manuel Valls, mèche sage, se pose en futur ministre PS de l’Intérieur, en responsable de gauche : « Il ne faut pas craindre d’aborder la politique des quotas ». Toujours en retard d’une guerre les socialos, aujourd’hui ce qui est à la mode à l’Assemblée ce sont les tests ADN pour le regroupement familial. Votez Pinte !

* * *

Lu le livre de Yasmina Reza sur l’élection de Nicolas Sarkozy. C’est de la littérature.

* * *

La voix de Marian Anderson me bouleverse. Comme nos ordinateurs font tourne-disques, je travaille en musique. Ainsi passe et repasse le disque que j’ai acheté aux Etats-Unis le mois dernier. Cette cantatrice, la première cantatrice noire (1897-1993), qui excelle tant dans l’opéra que dans les lieders, de Haendel aux negro spirituals, je l’ai découverte dans Le temps où nous chantions de Richard Powers, un bouquin formidable pour ne pas dire un chef d’œuvre. Elle est l’un des personnages inoubliables de ce livre quand elle chante devant le Lincoln Memorial à Washington. Ce que le CD m’a appris c’est qu’elle est arrivée là parce que la très select association des Filles de la Révolution américaine lui avait refusé de chanter dans le Constitution Hall. Une noire vous n’y pensez pas! Mrs Roosevelt avait alors démissionné, lui offrant le Lincoln Memorial. Il paraît qu’à la sortie du livre les vendeurs de la FNAC voyaient des clients réclamer des CD de cette « inconnue ». Lassés de commander ses disques ils ont demandé aux clients : pourquoi ?

De la même manière j’ai découvert le Chevalier de Saint-George grâce au livre de Daniel Guédé, Monsieur de Saint-George, le nègre des lumières et deux livres de Daniel Picouly, L’enfant léopard et La treizième mort du chevalier. Combien d’articles du JDD ont été écrits aux sons du disque enregistré à l’occasion de la sortie de ces livres. Le chevalier, premier général noir français, le « Mozart noir », compagnon de Toussaint Louverture et de ce fait surnommé « L’Américain ».

* * *

Des hommes et des bêtes , qui est le plus sauvage ? Je m’interrogeais l’autre jour en observant mes deux adorables chatons s’amuser à se battre lorsque je suis tombé sur un article annonçant l’arrestation de Frère n°2 des Khmers rouges. Cet adjoint de Pol Pot en charge de la répression, qui avait déjà été arrêté, a affirmé : « Je n’ai aucun regret car j’ai agi pour le bien du peuple. » Avant il avait nuancé : « Naturellement nous sommes désolés , non seulement pour la vie des gens mais aussi des animaux. Ils sont tous morts parce que nous voulions gagner la guerre. »

* * *

Se moquer de Poivre est de bon ton. Surtout lors d’une rentrée littéraire quand il sort un livre. Des jaloux sans doute. Personnellement j’admire Poivre, ne serait-ce que pour sa longue carrière : 27 ans de JT, 18 ans d’émission littéraire à TF1. Ce camarade d’école partait pourtant un handicap : une chevelure en péril. J’ai rencontré un jour le meilleur journaliste de CBS qui officiait le dimanche matin à 9h, animant CBS Sunday Morning. Un ami devant qui je m’étonnais qu’il ne présente pas les news du soir m’a expliqué. « Oui, c’est le meilleur mais il est gros et chauve, alors il n’a aucune chance ! » Bref Patrick, pas gros mais quasi chauve avant trente ans (implants ? Figaro d’élite ?), a réussi à se maintenir en même temps que ses cheveux. Maintenir c’est sa qualité fondamentale. Il maintient contre vents et marées de l’anti-intellocratie une émission littéraire hélas-trop-tardive. L’autre soir cet homme aux mains si féminines recevait des écrivaines. Mais alors que Marie Darrieusecq faisait dans la coiffure stricte façon Edmonde Charles-Roux (présidente du Goncourt…), les mèches, les frisotis, les décolorations s’en donnaient à cœur joie. Ah la « L’Oreal Mazarine », (c’est de famille), la mèche "davidhamiltonienne" de Delphine de Vigan, les frisottis rougeoyant d’une auteure de 20 ans, la choucroute-typhon de Nathalie Rheims, j’en passe et des meilleures. Même les chroniqueurs mâles s’y étaient mis : à commencer par le casque bressonien de patron de Lire. Du coup Florian Zeller qui doit autant à ses cheveux en pétard qu’à son style sa carrière d’écrivain passait inaperçu. Un comble ! Bon, si pour une fois, Livres hebdo pouvait s’abstenir de publier ma photo...

* * *

La Zoli vie. J’avais une consoeur qui n’allait jamais dans les cocktails littéraires mais détestait ne pas recevoir l’invitation. Je n’y vais jamais et ne reçois plus les invitations. Exception : le concert de musique tzigane donné en l’honneur de l’ami Colum pour la sortie de son Zoli, livre étranger favori des 400 libraires interrogés par Livres Hebdo. Il avait dansé sur la scène du Marinski pour Danseur, il va lire un poème avec la chanteuse de l’orchestre pour Zoli au New Morning à Paris. Une femme magnifique, drapée dans sa jupe bariolée, une voix unique. Et ce ventre de femme enceinte souligné de sequins qui respire la vie et la liberté. On a envie de pleurer de joie.

21/09/2007




Des chatons (dont l’un marron) et des gnons


Le cercle de famille applaudit à grands cris. Je répète : le cercle de famille applaudit à grands cris. Pardon de ce message « londonien » mais la famille vient d’accueillir deux chatons de deux mois, absolument craquants, le frère gris aux yeux verts et la sœur marron glacé/blanc qui croit qu’elle est un grand tigre très dangereux. Depuis plus rien n’existe dans la maison, à commencer par l’ordre que tente d’y faire régner l’hôtesse de ces lieux. Ces nouveaux habitants, nous les devons à Barbara Constantine, évidemment. Honneur donc à elle et aux deux filous qui se battent et dorment ensemble les pattes dans les pattes. Reste pourtant au fond de mon cœur le souvenir de Zoulou que j’ai du emmener piquer chez la vétérinaire pour ses dix ans (chronique du 2 mai). Un chat, même deux, ne chasse pas l’autre, pas plus qu’un homme n’en remplace pas un autre.

* * * * *

C’est un ami solide comme le Pont Neuf, franc comme l’or et je ne le reconnais pas l’autre jour. A même pas cinquante ans on vient de lui désigner la porte d’un doigt mou et d’un regard fuyant. « Vous êtes le meilleur. Si vous saviez comme c’est dur pour nous, spécialement pour moi, ce genre de décision, etc, etc. » Comme on disait avant 1981 : il faut bien un bourreau mais personne n’est obligé de postuler. Nos bourreaux des temps modernes manient la faucheuse au nom de la mondialisation, des économies d’échelle, de la productivité et du rajeunissement des équipes (avez-vous remarqué comme ces mots sont abstraits, comme aucuns de fait image pour masquer cette mise à mort sociale). Rien de vraiment nouveau pourtant sous le soleil. Sauf que mon ami qui s’est tenu mieux que ceux qui le virent (ce n’est guère difficile…) même devant les larmes de sa fille, s’est effondré en pleurs chez son médecin. « Je me suis vidé comme une citerne. » Gêné par sa réaction, il s’est entendu rassurer par le médecin d’un : « Avant, on venait me voir pour une angine, une douleur au ventre, etc. Maintenant c’est toujours la tête que je dois soigner. » Un médecin mais aussi un homme de bien. Il l’a soigné, c’est à dire écouté, soutenu, encouragé. Au moment de le raccompagner il lui a confié : « Depuis mon retour de vacances, le 19 août, je vois presque chaque jour un ou plusieurs personnes comme vous. C’est terrible. » Si je pouvais encore je retirerais le point d’interrogation de ma chronique du 3 septembre dernier sur les économistes.

* * * * *

Qu’est-ce qu’un éditeur qui n’édite pas ? Pas grand chose. Absent de cette rentrée littéraire, j’ai quand même reçu des mails pendant mes vacances, de Barbara Constantine déjà à mi-roman (le précédent Allumer le chat sur les tables des libraires depuis bientôt huit mois résiste à l’avalanche des 727 nouveaux romans. « Incroyable, non », rigole-t-elle) et d’autres qui travaillent sur d’excitants projets et même des manuscrits presque achevés. L’une m’envoie un SMS : «En plein tournage épuisant mais bien. Hâte de me remettre au travail au roman. Anne ». L’autre finit son enquête et je vois se construire une histoire tout à fait fascinante. D’autres envoient des manuscrits (de grâce n’en jetez plus : je vais devenir pire que certains éditeurs. Même pas une lettre anonyme. Juste une réponse : « Pas le temps de vous lire avant un, deux, voire trois ans » si ça continue. Ou : « Mes chatons ont déchiffré votre manuscrit qu’ils ont beaucoup aimé, je n’en ai plus de traces. » Mais le plaisir est là. La liberté aussi. De quoi plaindre des amis dans la situation que j’ai connue il n’y a que vingt mois !

* * * * *

Revue de blogs

Les bloggeurs hésitent entre la réflexion et la grogne encore. Beaucoup annoncent une mise en veilleuse à cause d’un déménagement, d’un changement de boulot ou d’un besoin d’« un peu plus de temps pour moi, d’un peu moins sur mon blog ».

La grogne : Le post de Laurence sur Biblioblog dont je vous parlais la semaine dernière « Arrêtez de nous prendre pour des poires » a été lu 600 fois et a suscité de nombreux commentaires chez elle et chez d’autres. De mon côté je piste quelqu’un qui poursuit Zoli de Colum McCann de blog en blog, une fois sous le pseudo de Paprika chez Krolinh, une autre sous celui de Zlovak chez actualite-litteraire.com et une fois ici sous celui de Michelle. A chaque fois les mêmes arguments : qui est cet auteur qui se fait de l’argent sur le dos des tziganes et n’y connaît rien ? Il a piqué une vraie histoire, celle de la poétesse polonaise Papuzka ! Zoli est un nom masculin pas féminin ! Sauf que le roman de Colum McCann répond à toutes ces questions. Un défenseur bien maladroit de la cause des roms ? A moins que l’édition se lance dans la publicité négative ? On ne peut le croire.

Enfin, j’ai eu l’œil attiré par un blog à cause d’un post intitulé « Merde, je connais un mec qui a écrit un livre ! » Il donne d’utiles méthodes pour s’en sortir sans froisser le-dit auteur. Il faut dire que Secondflore vient de publier un roman Hors jeu sous son nom, Bertrand Guillot, alors si vous le rencontrez...

A lire un autre post du même : « Porte de Clignancourt » un bijou d’écriture qui donne envie de lire son livre. http://Secondflore.hautetfort.com

17/09/2007




Sur un air de Joe Dassin…


Dans le cadre de ma campagne : sauvons les chefs-d’œuvre de la chanson française, j’aurai pu intituler cette chronique : L’A-mé-ri-keu ! L’Amérique ! Il est vrai que nous avons une idée déformée de ce pays, à cause de Président Bush, bien sûr, mais aussi à travers nos symboles hexagonaux de ce pays : le Belgo-Suisse Johnny Halliday, le Niçois Dick Rivers, et le demi-Américain que nous avions récupéré, ce cher Joe Dassin, aujourd’hui disparu.

* * *

Si vous saviez comme je vous envie, perdu dans cette lointaine banlieue de Paris-capitale-des-Arts, New York. Il y fait beau, chaud même. Et je n’ai que de lointains échos des polémiques parisiennes de la rentrée : la terrible bataille Darrieusecq-Laurens et ces questions entêtantes : Begaudeau est-il fidèle à Aubenas ? Pingeot est-elle libre d’écrire sur des bébés congelés et Beigbeder ? Bof.

Au même moment j’étais dans le bureau d’un auteur américain : une belle bibliothèque, des instruments de musculation, trois winchesters au mur et un ordinateur ouvert sur son prochain livre. Dan O’Brien est un ami de Jim Morrisson, Tom McGuane, Rick Bass. Il vit au Dakota du Sud dans les grandes plaines et, pour cela, élève des… bisons! Dan vient de publier en France son histoire, celle d’un écrivain, venu à Hollywood écrire des scenarii pour Spielberg et consorts avec de gros chèques à la clé mais sans jamais qu’une de ses histoires soit portée à l’écran. Devenu alcoolique, divorcé et il se reconstruit au Dakota avec les bouts éclatés de sa vie. Les bisons du cœur brisé (Au diable Vauvert) raconte son histoire. Un livre touchant (mais pas trop) surtout quand l’auteur m’a présenté le premier bison de son troupeau (ils étaient une dizaine au début, aujourd’hui 350), un vieux mâle majestueux. Je me suis alors demandé qui du bison, de l’auteur ou du visiteur était le plus ému. Dan O’Brien fait partie de ces écrivains cachés qui regardent passer les « crossover », comme les appelle Jim Harrisson, ces gens du business (littéraire ou autre) qui vont d’une côte à l’autre dans leurs jumbos jets passant au-dessus des meilleurs romanciers, un verre de Diet Coke à la main. Ces auteurs ne découvrent pas le réel comme nos jeunes diplômés de Normale Sup’, ils le vivent. Peut-être est-ce pour cela que leur littérature est vivante.

* * *

Deadwood était pour moi le titre d’un feuilleton, c’est le nom d’une ville de l’Ouest lointain, du far-west si vous préférez, où sont enterrés « Wild Bill » Hickok et Martha Jane Cannary, alias « Calamity Jane ». « Proches » dans la vie, ils ont souhaité reposer côte à côte dans le petit cimetière qui surplombe la ville. Pour elle une simple urne, pour lui, une magnifique statue en bronze. Sur la tombe de la femme légendaire un collier, des fleurs et des pièces de monnaie, sur celle du tireur le plus rapide de l’Ouest, abattu dans le dos en pleine partie de poker, des pièces, une balle de plomb et sa dernière main : as de trèfle, as de pic, huit de trèfle, huit de pic et valet de carreau (Patriiiiiick !). Plus de duels à Deadwood, ni de maison de passe, mais des casinos, des machines à sous qui jouent à touche-touche dans Main St, et une Amérique qui ne veut pas mourir. Pas une ville-musée grâce à sa voisine Sturgis qui réunit, chaque année, la plus grande concentration de motards au monde (500.000 bikers !). Ainsi du 1er janvier au 31 décembre les nouveaux cow-boys parcourent la contrée sur leurs chevaux, en l’occurrence des Harley-Davidson. Poilus, chevelus, tatoués, plus tout jeune, ils incarnent l’Amérique de la liberté sans le savoir quand cette dernière s’abandonne au tout-sécurité (Newsweek, qui n’a rien d’un brûlot gauchiste, parlait d’« attentat à la Constitution » avec l’acceptation par le Congrès d’un contrôle des Américains sans passer par les juges). Parfois je me dis que Calamity Ségo ferait bien de s’intéresser à nos libertés plutôt qu’à renforcer notre sécurité…

* * *

Revue de blog

Règlement de comptes à OK Corral

Tournez le dos et la blogoboule s’enflamme ! L’affaire Tatiana de Rosnay à peine terminée, voici que d’autres bloggeurs sont harcelés par des partisans d’auteurs dont certaines œuvres ne font pas l’unanimité. Pour les amateurs d’embrouilles, rendez-vous sur le Biblioblog de Laurence (Faudrait pas nous prendre pour des poires ;-) du 30/8), les lectures de Flo (Des moules, des poires et moi et moi du 30/7, en fait du 30/8 mais on la sent toute remuée) et les Jardins d’Hélène (Fantaisie sur l’échafaud du 30/8). Nos amies bloggeuses entonnent l’hymne de la liberté. Elles ont bien raison. Mais c’est la rançon du succès. Si certains auteurs ou éditeurs commencent à réagir, souvent à l’abri de pseudo (courageux les littérateurs mais ils n’aiment pas se brouiller même avec des bloggeuses), c’est parce que les blogs touchent le public.

http://Biblioblog.fr

http://Meslectures.overblog.com

http://Lesjardinsdhelene.overblog

Parfois les blogs littéraires sont plus touchants que la littérature. L’un fait part de la difficulté de son travail, l’autre d’un deuil, etc. Pourtant on s’en voudrait de les recommander pour ne pas favoriser le voyeurisme. Une exception, le chat14 : son auteur publie, dans une écriture superbe, deux textes, l’un sur son père « Tout arrive », le 6/8, et sur son licenciement « Demain on joue » le 17/8. Une belle rencontre avec une belle personne.

http://lechat-14.canalblog.com

Un jour j’avais avoué mon inculture sur ce blog, citant notamment ces auteurs de moi inconnus, Proust et Faulner. Une de mes correspondantes, Steph’ m’a prêté le 22 décembre 2006 Le bruit et la fureur, édition du Livre de poche de 1969 avec une formidable préface de son traducteur Maurice Octave Coindreau. Je suis séduit par cette Amérique qui ne compte pas que des cow-boys. Un conseil pour cette rentrée : lisez Faulkner et oubliez le réel parisien.

05/09/2007




Les économistes sont des cons ?


Vous rappelez-vous ce film devenu livre désespérément drôle de Chaval qui s’appelait: Les oiseaux sont des cons. En ces temps troublés pour les milieux financiers on se retient de paraphraser ce maître du dessin d’humour : Les économistes sont-ils des cons ? Ou bien : Nous prennent-ils pour des cons ?

De passage à New York nous ne sommes pas allés pas voir la cousine de ma femme cette année. En octobre 1987, nous étions chez elle le mardi suivant le « lundi noir » du krach de Wall Street. Son mari, « dans les affaires » avait du mal à avaler son dîner chinois. Je ne me souviens plus combien il avait perdu mais il y avait beaucoup de zéro. S’il nous avait revu cette année, je suis sûr qu’il nous aurait jeté son assiette à la figure. « Oiseaux de mauvais augure », comme on dit dans le Wild West.

C’était un temps où les journaux américains riaient jaune, comme Chaval, en conseillant à leurs lecteurs de marcher près des buildings pour éviter les « jumpers », ceux qui lors de la grande crise de 1929 se jetaient des buildings. Heureusement en 87 les golden boys se sont contentés d’annuler leurs commandes de Porsche et de maisons de campagne. Personne n’avait rien vu venir. Avant qu’un obscur économiste (ils n’aiment guère la lumière, à part Jean-Pierre Gaillard) annonce qu’il avait pointé du doigt la bulle financière que les ordinateurs donneurs d’ordre ne manqueraient pas de provoquer. Les économistes, qu’ils soient profs, conseillers financiers ou journalistes expliquent ce qui s’est passé et, dans le tas, il y en a toujours un pour dire: je l’avais dit !

Une vrai catastrophe, ces types en costume gris à rayures, ces jeunots à la pochette qui dégueule de leur costume anglais et ces journalistes, col de chemise blanc, casaque bleue, dont la cravate a des velléités d’érection, qui défilent à la télévision. Finalement je préfère l’infantilisme des généraux en retraite pendant les guerres du Golfe qui continuaient à jouer aux petits soldats de plomb, à l’arrogance des économistes.

Fin 1999 on a vu (à la télé) peu avant qu’éclate la « bulle internet » des gamins de 20 ans apprendre à de nobles sénateurs la « nouvelle économie ». Avec la scène incroyable de cet élu aux cheveux blanchis sous une trentaine d’années de mandat lui tendre sa carte de visite : « Trouvez un travail à mon petit-fils, ses parents ne savent plus qu’en faire ! » Où en est la « net économie » maintenant ! On se bat pour les matières premières qui aident au développement de l’ancienne économie. Les jeunes prétentieux du net ont disparu, à part Beigbeder (non pas l’écrivain, l’électricien).

Rappelez-vous ces commentaires lus dans les journaux il y a quelques années encore conseillant à la France de devenir enfin « moderne » en privatisant Air France : « British Airways va nous bouffer ! » Finalement Air France brille de mille feux aujourd’hui et regardez British Airways !… Des exemples comme cela, on en a à la pelle.

Le pognon, le pognon, le pognon ! Voici le seul objectif, la seule explication. Il y a une semaine, j’étais dans une des plus grandes librairies de Chicago quand j’ai pensé à Jérôme Lindon. Lui qui disait, un peu comme Chaval : « Il n’y a rien de plus triste qu’un best-seller qui ne se vend pas ». Il aurait aimé l’affiche en devanture de chez Broders : « Trois anciens best-sellers pour le prix de deux ! » A l’intérieur vous aviez le choix entre un Jay Mc Inerney de 2006, un Philip Roth, un Wiesel, etc. Où va-t-on ? D’autant que le rez-de-chaussée de cette librairie de trois grands étages était envahi d’agendas, de gadgets, de livres sur le monde vu du ciel (je ne me souviens plus si c’était d’hélico ou de satellite). Et de deux tables des best-sellers actuels : Harry Potter, des « girlies », des romans à l’eau de rose. Et pour les essais : Comment devenir millionnaire ? Je n’ai plus peur dans le noir, etc.

Quelques jours plus tard nous étions dans le trou du cul du monde, à Petersburg (Kentucky) au Musée de la Création, splendide lieu où des vieux, des handicapés et quelques familles avec enfants, certains de cinq ans en battle dress, découvraient que Darwin n’avait rien compris puisque Dieu avait tout créé. Après des images des beautés du monde, des aquariums, des pierres précieuses et… des statues de diplodocus sur lesquels grimpaient les bambins, le clou du spectacle : Men in white. Dans une salle de cinéma digne du Futuroscope un show avec une petite fille sur la scène face à une photo de Monument valley sous la lune sur laquelle étaient projetés les deux « Men in white ». Salopette blanche, lunettes à la Polnareff ils sont répondre aux interrogations de la fillette. « En quoi croire en Dieu signifierait rejeter la science ?» demande un des anges voltigeant ? Suivent une série d’images où sont ridiculisés savants, profs, journalistes. Le monde n’a pas des milliards d’années comme disent ces incultes gauchistes, mais 4000 ans. C’est Dieu qui l’a créé. Point. On passe en revue la Genèse avec un ajout : Dieu le cinquième jour a créé les poissons –belle vue d’une baleine- et les… diplodocus. Sans doute que la foi oblige-t-elle à transiger avec Hollywood, depuis Jurassic Park. Mais Adam et Eve touchent au fruit de la connaissance. Noé est obligé de construire son arche vite fait ! Le tsunami recouvre la terre, dans des flashes de tonnerre, des tremblements de fauteuils (des spectateurs) et une petite pluie fraiche. Quand on ressort de la salle, un peu effrayé, on va suivre un parcours basé sur « le bien » et « le mal » chers à Président Bush. Ainsi oppose-t-on sur un mur une vingtaine de vieux livres (Descartes, Swift, Darwin, etc) à la Torah resplendissante. Et dire que l’on parle de « religion du Livre » !

Je ne sais pas pourquoi ce poster appelant à l’inculture m’a rappelé un des premiers propos de Christine Lagarde, femme intelligente, devenue ministre de l’Economie après avoir travaillé à Chicago où elle a dirigé l’un des plus grands cabinets du monde. Elle disait, parlant d’économie : « Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. La France est un pays qui pense. J’aimerai vous dire : assez pensé, maintenant retroussons nos manches ! » C’est appeler les Français et leurs économistes à se contenter de cervelles… d’oiseaux.

03/09/2007




Des livres sur la biblioboule


727 romans, 568 essais et documents et pas un seul à moi ! Orphelin de rentrée littéraire, j’ai une pensée pour tous ceux dont j’ai accompagné le chemin sans aller jusqu’à transformer l’essai (en cette période de pré-Mondial, l’heure est à la métaphore rugbystique). Alors pardon Victor pour votre trilogie d’héroïc fantasy, Sonia et votre beau deuxième roman, Fabienne et Solange pour votre essai de jeunes grands-mères, peut-être que je ne vous ai pas assez bien défendu ou pas assez poussé dans vos retranchements, mais l’histoire, même si elle garde un goût amer, demeure. C’est, je le souhaite, ce dont vous vous souviendrez, c’est ce que je garde au cœur. Quant aux autres, ceux qui travaillent en ce moment, à commencer par Barbara, vous me faites vivre d’espoir.

* * *

Il y a les livres qui ne sont pas publiés et il y a les scènes de livres qui ne sont pas écrites. Dans la mêlée (rugby ! rugby !) que fut ma vie ces derniers jours, il y a plusieurs visages. Celui de ce jeune derviche tourneur à Istanbul comme branché sur un autre monde, le corps abandonné, à moins que ce soit livré, à l’adoration, ce soufisme qui paraît comme un concentré d’Islam des lumières à qui fait écho Abdl Malik, le chanteur strasbourgeois.

Il y a aussi, autour de minuit, dans le silence d’un vendredi à Roissy, le visage d’une fillette ruisselant de larmes, avec son bouquet de roses inutiles suivi d’une mère digne d’une Pietà de la Renaissance. La peur dans cet aéroport désert ? Un rendez-vous raté ? Je me sens bien incapable d’en faire un roman ou une nouvelle. J’admire ceux qui savent.

Il y a enfin cette soirée un peu moins froide qu’en cet automne de Paris-Plage. Cela sent la fermeture (au rugby il y a un demi d’ouverture, pas de fermeture). Un trio de musiciens a rassemblé une centaine de badauds à qui ils ont distribué des cahiers de chants. Fin de set (ce n’est ni du rugby, ni du tennis mais du jazz, sport majeur) avec Les p’tits papiers de Régine. Allez une dernière, pendant que les vigiles s’impatientent : Belle-Ile-en-Mer. C’est là qu’on se rend compte que Voulzy, tout comme Brassens, est un sacré mélodiste. Le public bafouille. Au premier rang un mongolien connaît les paroles par cœur, sa voix s’élève, un sourire l’illumine.

* * *

Sondage Ifop-JDD : les Français sont contents de leur nouveau Président. Ce qu’ils préfèrent ? En premier, « la possibilité de déduire de ses impôts une partie des intérêts d’emprunts immobiliers » à 87%. En second, à 84%, « l’instauration des peines planchers pour les multirécidivistes », devant la libération des infirmières bulgares, le service minimum dans les transports en commun, la détaxation des heures supplémentaires, le bouclier fiscal, le mini-traité européen, etc, etc. Drôle de retour en France quand on vient de lire deux bons romans de la rentrée. Zoli de Colum McCann et Divisadero de Michael Ondaatje. Le premier est un chant pour les « roms », les tsiganes,et leur calvaire de voleurs de poules que les régimes communistes ont voulu sédentariser de force dans des HLM aux pieds desquels on a brûlé leurs roulottes, l’autre voit une héroïne tomber amoureuse d’un homme qui vit dans les bois. Deux questions à partir de là. Quand le balancier reviendra de la sécurité vers la liberté combien d’entre nous auront été sédentarisés intellectuellement ? Rachida Dati a-t-elle attrapé l’angine blanche de sa meilleure amie ?

Bon, Allez les Bleus !

    

PIQUE NIQUE DE BLOGS

    

Pas de « Revue de blogs » en vacances mais une revue du pique-nique de la biblioboule, à l’occasion de l’invitation lancée par Krolinh qui commente l’événement en montrant qu’elle a appris le Lacan sans peine : « Nous avons passé un agréable roman ». Vingt-trois présents en ce mois d’août automnal, avec votre serviteur en invité spécial ou VGL (very grosse légume), j’en rougis encore sous le bronzage. Quelques remarques sociologiques : le bloggeur est une bloggeuse à 80% (j’ai pu constater que Valdebaz n’était pas un bandit mexicain comme je le croyais mais une charmante jeune femme, caramba !), elle adore les gâteaux, notamment ceux de Chiffonnette (voir ses recettes sur son site) et –incroyable mais vrai comme dirait Julien Courbé- ne boit pas de vin. J’ai pratiquement du finir ma bouteille avec ma femme, c’est pourquoi je ne me souviens plus très bien de la fin.

Remarques philosophiques : le bloggeur (la bloggeuse) parle littérature. Enfin, ça dépend, il y en a qui citent Foenkinos ou Florian Zeller ! Le bloggeur (la bloggeuse) est généreux : j’ai reçu les fameux Exercices de style de Raymond Queneau que je n’avais pas encore lu et un McCann déjà lu que j’ai offert à ma bloggeuse-chouchoute. J’avais apporté quelques livres et une dizaine d’épreuves, du temps de ma splendeur. J’attends donc l’avis de Fab’shion victim (son compte-rendu du pique-nique est vraiment drôle) sur Le temps où nous chantions de Richard Powers et quelques autres.

Pour finir la bloggeuse est souvent juste quelqu’un de bien. Je repense à celle qui nous a parlé de la dureté du travail certains jours, de sa façon dont avec ses collègues elles s’entraident pour ne pas tomber. Comme dans ses activités de bloggeuse elle contribue à rendre les gens heureux. C’est déjà pas mal.

    

Krolinh : krolinh-lectures.blogspot.com

Valdebaz : baratin.canalblog.com

Chiffonnette : Chiffonnette.over-blog.net

Fab’shion victim : happyfew.hautetfort.com

Que ceux que je n’ai pas « linké » me pardonnent mais vous trouverez leurs référence chez Krolinh et les autres.

14/08/2007




Salade niçoise


Pourquoi « Salade niçoise » ? Eh, oh, z’avez qu’à lire ce qui suit. Vous croyez pas que je me suis donné le mal d’écrire ce blog pour vous donnez le sens de ce titre dès les premières lignes. Feignants ! Sinon la prochaine fois je vous ferai « Sans tambour ni trompette » (vieille plaisanterie de rédacteur en chef à stagiaire : « M’sieur j’sais pas faire un titre… » A quoi l’ancien demande à la bleusaille : « Votre article parle de tambour ? » Réponse : « Non ». « Il parle de trompette ? » Deuxième « Non ». « Zavez qu’à titrer ‘Sans tambour, ni trompette’ ! »)

* * *

7/7/7. Nous v’la de mariage ! Guère original. Comme des milliers d’autres, nos amis ont décidé de se marier le 7 juillet 2007. Paraît que le 7/7/7 porte chance. Quelques jours plus tard, boulevard Magenta à Paris, les boutiques de robes de mariage sont en promotion à –50%. Un conseil : mariez-vous en août, ça coûte moins cher avec les soldes, à moins que ce soient des robes de deuxième main. Car, avec toutes ces familles recomposées, on peut demander plusieurs mains en une seule vie. A propos nos amis se mariaient après 30 ans de vie commune, et quelques enfants dont un énarque et un normalien. Pouvaient pas attendre les soldes.

* * *

Qui dira les ravages du chômage ? Si l’on en croit ce que disent les gazettes, Bernard Kouchner aurait conclu un dialogue téléphonique avec François Hollande, premier secrétaire du PS, qui voit ses éléphants le lâcher un à un pour aller au gouvernement : « Oui, mais toi tu as un boulot ! » Provisoire, certes mais rémunéré. Tandis qu’un socialiste de plus de 60 ans, même pas maire ou député n’a rien pour croûter. Il risque cinq ans ou dix de famine. Heureusement que Président Sarko s’occupe perso de trouver du boulot aux socialos chômeurs. Idem avec DSK que l’on recase au FMI. Salaires, voyages, pouvoirs tout compris. On ne lui dit rien au mauvais joueur, mais c’est vrai qu’il est économiste. Une vache sacrée, pendant que ce pauvre Lang prof de droit après bien des compliments au nouveau Président va participer à une commission sur les institutions de la Ve. Résultat on le vire du bureau national du PS. C’est payé, une réforme de la Constitution ?

* * *

Il y a les félons passés au gouvernement et les clowns. Ce pauvre Benhamou (Georges-Marc ), contraint par un loufiat de changer de table à l’Hôtel Raphaël (****) parce qu’elle était réservée. Ni une, ni deux, le conseiller (à quoi d’ailleurs) de l’Elysée, bravant l’infâme, lui a jeté ses cacahouètes au visage. Le serveur sanctionné par l’Hôtel a confié que « s’il n’était pas bien élevé » il aurait mis sans main dans la figure du conseiller. Après le livre sur Mitterrand narrant le « dîner des ortolans » à Latché, le conseiller des Présidents sortira dans cinq ou dix ans : « Les cacahouètes de Sarko ».

* * *

Passons des « auteurs » aux « éditeurs ». Encore que Benhamou… Donc ce digne représentant de la caste des éditeurs est interrogé sur le livre d’un des auteurs vedettes de sa maison. « Il est bon le dernier XXXX? » Réponse déconcertante : « Je ne l’ai pas lu ! » Suivi d’une précision : « Vous connaissez machin (un journaliste littéraire ), c’est lui qui lit les livres pour moi. Faut que je lui demande… »

* * *

Mazette ! 727 romans pour la rentrée. C’est vrai, c’est Livres Hebdo qui le dit. Il fut un temps où, comme critique littéraire, j’en recevais au moins 500. Cette année, du fait de mon changement d’affectation et des facilités de l’informatique, je n’en ai reçu que cinq. Des livres que je lirai cet été. Et que je peux vous recommander dès aujourd’hui, car ce sont des livres d’amis ou d’auteurs que je considère comme tels : Couronnes Boucliers Armures de Louise Desbrusses (POL), Zoli de Colum McCann (Belfond), La vie mentie de Michel del Castillo (Fayard), Un effondrement de Ghislaine Dunant (Grasset) et Divisadero de Michael Ondaatje (L’Olivier). Ce sont des valeurs sûres, des amis vous dis-je.

* * *

Pour les profs à cours d’idées (un pléonasme)… Ajoutons l’album de Ferrandez, sorti en mai dernier, Dernière demeure, comme d’ab’, excellent. Voilà un auteur de BD qui en est au 9e tome de sa série des Carnets d’Orient, sur l’Algérie de la conquête à la guerre, qui mériterait de figurer au programme des écoles. Comme on pourrait rénover l’étude du Cid à partir de la formidable exposition sur le Moyen Age de Jacques Le Goff qu’il faut aller voir à l’Abbaye de Fontevraud. Ainsi apprend-on que Rodrigo Diaz qui trahit le roi de la très catholique Espagne pour rejoindre les Musulmans fut baptisé (si l’on ose) « Ayssid » (c’est à dire « seigneur » en arabe), par ceux-ci pour son courage, avant de devenir le « Cid » quand il trahit les Musulmans pour rejoindre le roi catholique ! Seigneur ou traître, That is the question comme dirait Corneille…

* * *

Pourquoi « Salade niçoise » ? Pour ceux qui tiennent à savoir : c’est pour moi le plat symbole de l’été. On y met plein de grosses légumes, comme dans cet article, or, en cette deuxième quinzaine de juillet je n’ai pas encore eu le loisir d’en manger une. Parlez-moi du réchauffement de la planète après ça !…

* * *

Revue de blogs

Comme les trois petits cochons, il y a le blog de trois petits traîtres de l’édition, cachés derrière les pseudos de Ripley, Rastignac et Dorian Gray. Ils balancent à tout va, Rip, Rasti et Dorian, sur les coulisses de la profession. C’est drôle, méchant et réjouissant.

http://jesresisteatout.over-blog.fr

Crêpage de blogs. Dans l’océan de gentillesse qui flotte sur la blogoboule (hommage à Krolinh), une polémique. Les animateurs de Biblioblog avaient sélectionné six romans pour leur prix. Il est revenu à Passage du gué de Jean-Philippe Blondel (Robert Laffont). Dommage pour Allumer le chat de Barbara Constantine qui faisait partie de la sélection avec le cher Hérisson de Muriel Barbery, Myrielle Marc, et Michel Quint. Mais les jurés ont publié leurs appréciations. Souvent favorables avec des nuances. Défavorables, sans trop de nuances, pour le dernier livre de Tatiana de Rosnay, bloggeuse bien connue et fortement soutenue. D’où quelques surprises chez ceux qui trouvent Tatiana si « belle », si « classe », etc. Et l’entrée en jeu de quelques spadassins venus venger leur héroïne, de préférence anonymement. Tatiana partie aux Etats-Unis n’a pas réagi. Ah si, elle a supprimé sur son blog le lien avec Biblioblog. Na !

http://biblioblog.fr

http://yansor.blogs.psychologies.com/fig_tree

17/07/2007




« Vieux dégueulasse…. ! »


Pardonnez cher public adoré mon retard à fournir cette chronique qui se devait bi-hebdomadaire et que j’ai du mal à tenir chaque semaine. Mais après tout c’est de votre faute ! Vous fûtes si nombreuses chères blogeuses à répondre à mon long cri d’amour de la semaine dernière que je n’en finissais pas de vous répondre. Sans doute ces échanges sont-ils plus passionnants que ma modeste prose (démago !). Mais pour être franc, j’apprécie que le monde de la « livrosphère », vienne discuter ici sur le site des professionnels de la profession. Bon, j’en entends déjà qui râlent : au fait ! au fait ! OK, on y va, pas la peine de râler.

A part la soupière de mousse au chocolat (à volonté), je ne connais guère d’autres plaisirs aussi délicieux que de lire le journal confortablement installé au soleil. Coup de chance, ce jour-là le soleil donnait sur le bon côté du 95, bus d’autant plus confortable qu’il était bondé et que j’étais assis. Une femme bonbon (elle était habillée en rose fluo, qu’alliez-vous imaginer là ? Mais il faut « faire style » comme dirait mon fils) accrochée à la barre métallique comme une moule à son rocher, empiétait sur mon confort. La repoussant légèrement j’allais déclencher une tornade. « Pourriez retirer votre pied qui salit mon pull. » Je dépliais ma jambe en levant les yeux au ciel. « Non, mais c’est pas vrai, vieux dégueulasse ! » Surpris par le propos (je m’étais douché le matin), j’osais un « C’est ça, c’est ça » vaguement ironique pour mettre fin à l’agression. Peine perdue, pendant le trajet entre les deux stations qui suivaient j’ai eu droit à : « Gros con ! », « Pédé ! », « L’a pas d’couilles », etc… Plus elle s’énervait, plus je souriais, l’excitant de plus belle. Certains des passagers s’insurgeaient du traitement qui m’était réservé, d’autres faisaient comme s’ils n’entendaient pas. Quand je me levai pour sortir, la furie me bouscula pour prendre mon (le) siège. Un peu troublé par l’injure, et presque autant par le calme que j’y avais opposé, je lui fis à travers la vitre un joyeux pied de nez.

A cette occasion j’ai envie de vous parler de la colère, que l’on dit mauvaise conseillère mais qui peut aussi être saine. Si j’en ai été victime, elle s’est emparée de moi plusieurs fois ces derniers jours, qu’il s’agisse de politique, de littérature ou même de transports en commun. Selon le Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert) : « COLERE n. f. est emprunté (v.1265) au latin impérial cholera « maladie, bile » puis, à basse époque, « colère » lui-même emprunté au grec kholera. » Voici donc un sentiment presque aussi dangereux que la peste et qui fait des ravages depuis plus de sept siècles. Et pourtant, désolé vieux Bob, même s’il m’arrive d’avoir toujours le même fonds bilieux, je suis de plus en plus en colère.

OK, elle est mignonne et méritante Rachida Dati. On sent que ce petit chaperon peut se battre jusqu’au bout de la nuit contre le zy-vas. C’est assurément une courageuse. Mais ses projets (les siens ?) de lutte contre la récidive me foutent en colère. Ou plutôt le silence qui les entoure, comme s’il était… entendu une fois pour toute qu’on devait être toujours plus dur, toujours plus répressif. Je n’ai pas besoin de sondage pour savoir que les Français ont peur. Sauf que la peur, plus que la colère, est très mauvaise conseillère. Essayez de changer de point de vue pour comprendre les vrais enjeux. Les Français qui n’aiment pas les pédophiles ont très mal vécu l’affaire d’Outreau quand la justice s’en est prise à des innocents. Des innocents, comme eux. Depuis ? Plus rien. Rachida dit traitement psy pour les délinquants sexuels mais qui, mais quel budget ?

Je lisais dimanche dans l’excellent JDD (soyons sport) un article passionnant de Dominique Coujard, président des Assises de Paris, qui commençait ainsi sa lettre à la Garde des Sceaux: « Imaginiez vous qu’un violeur récidiviste pût être condamné à une peine inférieure à cinq années de prison ? Imaginiez-vous qu’un meurtrier déjà condamné précédemment pour assassinat pût se voir infliger moins de dix années de réclusion criminelle ? » Alors pourquoi ces « peines planchers », si ce n’est rassurer le chaland. Et la mise en cause de l’ « excuse de minorité » qui risque d’envoyer en prison pour un an des jeunes récidiviste de 16 à 18 ans ? Car c’est de cela qu’il s’agit. Rappelez-vous les émeutes de 2005 ! Ah la prise de conscience vantée par les médias et les politiques (comme après le procès d’Outreau) ! C’est alors qu’on a constaté que les juges pour enfants de Saint-Denis étaient non pas laxistes mais débordés, que les structures d’accueil pour jeunes étaient très largement insuffisantes, que les psys étaient injoignables. Et depuis ? Rien. Ce n’est pas la deuxième fois qu’il faut sévir, c’est à la première infraction qu’il faut réagir, car dans le cas des jeunes c’est d’abord un processus éducatif plutôt que répressif qui peut aider le jeune mal parti. Avec cette mesure anti-récidive, il y aura combien de jeunes en prison de plus d’ici la fin de l’année? Mille, deux mille, trois mille ? En un an de prison, auront-ils appris à ne pas recommencer ou sortiront-ils la rage au cœur, après avoir été violés par des codétenus dans des espaces carcéraux déjà largement surpeuplés. Ma colère c’est que cette énième réforme va passer sans coup férir, sans réaction, sans manifestations. Pauvres enfants. La colère comme signe de l’impuissance ?

22/06/2007




Revue de blogs énervants


Puisque ce parcours des blogs littéraires semble vous plaire, en voici quelques-uns uns qui peuvent vous déplaire. Parfaits pour se mettre en rogne mais qu’il est bon de trouver aussi des voix différentes.

Commençons par Miss Wrath (en anglais le courroux…) qui publie l’histoire de ses aventures ainsi résumées : « Survivre dans le monde hostile de l’édition ». Exilée à Londres, cette ancienne de Sciences Po s’en prend à la terre entière et aux éditeurs français en particulier ceux qui ne publient pas ses textes. Courageusement elle les met en ligne. Pour moi, ce sera : non, merci bien. Ces textes pleins de défauts adolescents ne sont pas publiables. Mais la colère de Wrath s’en prend aux «médiocres », aux « crétins » et à la « gôche ». Elle se fait incendier par nombre de ses lecteurs sans qu’on sache qui est maso et qui est sado. Reste que cet acharnement, si le milieu hostile de l’édition ne la bouffe pas tout de suite en lui offrant un contrat, finit par mériter le respect. http://wrath.typepad.com/wrath

La semaine dernière j’ai laissé un commentaire moqueur sur le Buzz littéraire qui défend la « littérature urbaine des trentenaires ». On y défend minettes et minets publiés, les « wanabe » (rien à voir avec un film japonais, un anglicisme qui veut dire ici « ceux qui veulent être » sous-entendu édités). Et on y donne des nouvelles du front de la LUT. L’autre jour on apprenait le retour, sous un pseudo, de Lolita Pille, idole de la littérature non « girlie » mais pétasse et la sortie du dernier Beigbeder from Moscou. Bref que du lourd ! Moi, ça me gonfle, mais c’est vous qui voyez. http://buzz.litteraire.fr/dotclear/

Plus noble le blog du Stalker. Juan Ascencio publie –poussé par une sainte colère- des textes littéraires d’une qualité inégale mais d’une grande intégrité, loin des wanabe et autres girlie. Très cultivé, très à droite, il donne du « crétin » comme l’horloge parlante donne l’heure. Et finit par se fâcher avec ses plus proches. Il consent parfois à accepter des commentaires, mais il faut en être digne. http://stalker.hauteetfort.com/

Ce qu’il y a d’énervant chez Thom du Golb ce n’est pas ce qu’il écrit, c’est son insistance à me demander de donner son adresse ici. Je le fais d’autant plus facilement qu’il vient de publier un très, très beau texte sur sa mère et sa fille. La sérénité de ces mots pour évoquer des situations insupportables, sa façon de dompter une colère inextinguible, font de ce texte un moment de grâce. http://legolb.over-blog.com

22/06/2007




J’ai pas couché, J’ai pas payé


A mes amis blogeurs que je vois froncer les sourcils (Thom le ricaneur, les Patch sortes de DuponT et DuponD du net, Choupynette-la-tempête, et tous les autres) et que j’entends déjà se plaindre : « Tous pourris, il est bien comme les autres », je dois ce serment. Promis-craché, croix de bois croix de fer si je mens j’irais en enfer. Je vous jure que je n’ai pas couché, ni payé.

Voici donc la vérité toute nue. Allumer le chat, le premier livre que j’ai édité, s’est vu doté de l’inaccessible étoile du Goncourt. Entre Un roman russe d’Emmanuel Carrère, Jeune fille d’Anne Wiazemski, La chambre du retour de Jean-Paul Kauffmann, Le festival de Cannes de Frédéric Mitterrand, L’explosion de la durite de Jean Rolin, Une exécution ordinaire de Marc Dugain et sept autres livres, il y a, il y a… mon chat préféré dans la sélection des livres sélectionnés par les Goncourt pour l’été. Me voilà fier comme un pou, orgueilleux comme un paon, c’est bien simple je-ne-me-sens-plus ! J’en parle à tout le monde. Et comme ça se bouscule dans ma tête, mes amis me disent gentiment, comme à un simplet qu’il ne faut pas contredire : c’est bien que tu aies le Goncourt, c’est bien...

Bon, je dois admettre que : 1/ c’est Barbara Constantine qui a écrit un bon livre et donc c’est elle qui est récompensée, 2/ ce n’est qu’une sélection de livres pour l’été et non la liste des Goncourables de l’automne. Ce qui veut dire, en clair 3/ que le livre de Barbara va passer l’été sur les plages ; 4/ et que je n’y suis pour rien. Je suis quand même lou ravi.

* * *

Bon, assez de faire le malin, faisons le beau ! Mon dernier « post », et oui, c’est comme ça qu’on dit, m’a attiré un certain succès de courrier. Pour tout vous dire, je commençais à jalouser mon confrère d’en dessous qui sous prétexte qu’il est jeune et beau, qu’il est écrivain et a écrit Le potentiel érotique de ma femme, draguait tout ce qui passait sur son blog. Je sais bien, je suis vieux, gros et chauve, de plus j’ai été journaliste, position sociale qui dans les sondages reste bloqué entre ministre et prostituée, mais quand même ! Il y a quelques mois, l’air de rien, j’ai demandé à Livres-Hebdo les coordonnées de Foenkinos pour qu’il me donne des conseils, mais j’attends toujours. Les jeunes sont terribles avec les vieux. Alors je me suis appliqué. J’ai fait semblant d’être drôle (quand on est vieux, gros et chauve, il ne reste que ça), j’ai flatté la blogeuse et voilà qu’elles sont arrivées à petit pas. Laurence de biblioblog.fr, Marie (Ferrand) http://www.tourmentsdachab.com et Noé qui, vérifiez par vous-même, m’a parlé de son attente impatiente des vendredis où paraissent généralement mes blogs (raté ce coup-ci). Elle s’est déclarée ma « groupie », j’étais prêt à enfiler mon costume à paillettes de Clo-Clo. Quand je suis allé sur son site http://www.subutextes.canalblog.com, j’étais bouleversé. Et puis, et puis, le lendemain, patatras, son site avait disparu. Bouh, le monde est laid !

* * *

Comme tout le monde j’ai été syndicaliste et je ne le suis plus. Mais comme beaucoup je me plains que la France compte si peu de syndiqués. Tout ça pour dire que si je m’en prends ici à trois confrères syndiqués c’est aux (ex)confrères que j’en veux, pas aux syndicalistes. Alors voilà, il y a quelques jours trois responsables de syndicats de journalistes s’en prenaient, dans Le Monde, à ceux qui asservissent la presse : les patrons, les politiques, etc. Et, comme il se doit, ils pointaient du doigt la ministre de la Culture et de la Communication. Pas très original mais après tout. Et voilà que je découvre étonné qu’ils l’appellent « Catherine Albanel ». Pas de chance, la nouvelle s’appelle « Christine » Albanel. Certains diront que ce n’est pas grave, eh bien moi je râle. Comment défendre ce métier en se trompant sur une information, fusse un prénom, montrant qu’on fait mal son métier ? Et accessoirement est-ce que les journalistes du Monde relisent encore les articles qu’ils publient ! Quand un lecteur constate que son journal fait une erreur sur un sujet qu’il connaît, qu’il soit agriculteur, banquier, qu’il travaille dans le pétrole ou dans un hôpital, il perd confiance en tout ce qu’il lira désormais. Quant aux pressions, je crains plus l’autocensure que la censure. Il vaut mieux dire « non » que hurler à la censure dans son fauteuil. Comme me disait Alain Genestar, licencié de Match pour avoir publié en couverture une photo de Cecilia avec un « ami » à New York, à propos des écrivains ou des politiques qui se fâchaient : « Ce n’est pas grave. Ils sont bien obligés de revenir après. »

* * *

Mention spéciale à Nelson Montfort qui a bien compris le slogan « travailler plus pour gagner plus ». Avant il était à France Télévision et traduisait recta les « j’essaierai de faire mieux la prochaine fois » des champions en tous genres. Cette année pour Roland Garros il a été – en même temps– sur France télévisions et Radio Classique. Un coup je donne le score de Nadal, un coup j’envoie le Bolero de Ravel. Un coup j’interviewe McEnroe sur Bernstein, un coup je parle du toucher de Justine Henin. Le tout détaxé ?

* * *

Revue de blogs

La blogosphère se meut dans l’espace. Dans cet espace où se croisent des satellites brillants de modernité, indispensables à notre vie et espionnant notre quotidien, pacifiques et menaçants. Et puis il y a les astres morts, des morceaux de fusée, des pièces inutiles, voire quelques poubelles jetées en douce. La lecture des blogs littéraires ressemble aussi à ça. Il y a les nouveaux. Bienvenue à Bernard (blogdeslivres.com), vive Wrath que je viens de découvrir qui m’énerve autant qu’elle me fait rire (on en reparlera). Il y a aussi les disparus. Ce qui me frappe, ce sont ces blogs restés en suspension : je passe régulièrement sur le site de « bibliovirtuel » qui nous annonçait le 6 décembre « Je serai bientôt de retour frais et dispo » et j’attends sagement auclairdelalyre bloqué au 16 mai sans explication ou « entrez dans ma bibliothèque » (bouquiner.over-blog) qui ne donnait plus de nouvelles depuis le 17 mars avant de commenter le 1er mai, fête du Travail, « Mon blog et moi on a pris de la distance ». D’autres annoncent simplement : « Voilà c’est fini » comme bookmates (chezjoelle.net/boomates/) ou « Un an c’est symbolique et c’est le moment parfait pour mettre un point final » en quittant « je (ne) lis (pas) » (jelisoupas.hautetfort). Ce qui ne nous empêche pas de découvrir après coup leurs coups de cœur et leurs coup de dents. Mais le pire est arrivé cette semaine : la papesse des blogs littéraires, cette chère Cuné (cuneipage.over-blog), cite dans son dernier post Robert Sabatier: « Quand on joint l’utile à l’agréable cherchez lequel des deux y perd ». Et la voilà qui s’en va, pleurée par des dizaines de fans. Elle reviendra « sans doute » « autrement » « à la rentrée », mais l’on ne peut pas ne pas voir cette petite phrase en fin de page « polluer un blog en anonyme c’est laid ». Cuné en avait marre, en effet, des pollueurs qui viennent mettre le bazar. Si maintenant même les espaces infinis sont pollués ça me fait regretter l’heureux temps où mes articles publiés dans les journaux servaient à «emballer le poisson ».

11/06/2007




Anniv’, bilan, polars et carte bleue


Sans une ligne de pub, même dans Livres Hebdo ! Cette semaine, ou la semaine prochaine, le premier livre que j’ai publié, Allumer le chat de Barbara Constantine (Calmann-Lévy) aura dépassé les 5000 exemplaires vendus en cinq mois. Et ça continue. En plus Points Seuil a acquis les droits d’un Poche. En ces temps où les livres se ramassent à la pelle on me dit que c’est un succès. Tant mieux. Merci aux critiques, aux bloggeurs (http://www.tamaculture.com, http://www.lecture-ecriture.com, http://www.cdelasteyrie.typepad, http://www.myspace.com/stelfy, http://www.myspace.com/aupaysdelacroche, ces dernières semaines), aux bouches et aux oreilles. Et surtout merci à Barbara. Après avoir été en piste pour le prix de la RTBF, nous nous rendons vendredi à Blois à la remise du prix Emmanuel Roblès pour lequel son livre a été sélectionné avec quatre autres ouvrages, sans compter le prix de http://www.biblioblog.fr, super blog (Ah, flatter les jurys !)

En fin d’année je vais livrer un deuxième livre, un essai sur lequel je ne vous dirai rien, mais qui est cher à mon cœur et dont j’espère un joli succès, avec cette fois, pourquoi pas, des éditions internationales. En course aussi une saga d’heroïc fantasy, en lecture chez plusieurs éditeurs et quelques autres livres sur lesquels je me suis esquinté les yeux.

* * *

Est-ce parce que je lis tant de manuscrits que je ne parviens plus à lire de livres ? Peut-être, sans doute, qui sait ? Heureusement je retrouve mon « truc » du temps où j’étais non pas chanteur mais critique : un petit polar pour vous rincer les neurones. L’occasion de vous recommander quelques bons moments. Citoyens clandestins de DOA (DOA pour dead on arrival, tout un programme) un bon gros polar à la Série Noire que l’on ne lâche pas. Et deux auteurs recommandés par mon auteure, Barbara Constantine : Mark Haskell Smith dont je finis le brillantissime A bras raccourcis (Rivages noirs) et Ken Bruen. J’avais adoré Delirium tremens, Le martyre des Magdalènes, Toxic blues, etc, et voici que Fayard Noir en publie deux nouveaux : En effeuillant Baudelaire et Hackman blues. A s’arracher le foie jaune ! D’abord parce que ça boit sec chez Kenny mais aussi parce que je n’avais autant ri depuis bien longtemps.

Reconnaissons-le : j’ai une faiblesse coupable pour les Irlandais et, tant pis pour les rosbifs (faut dire que l’animatrice du débat à Saint-Malo sur « le polar et le rire » a qualifié un auteur irlandais de « britannique », non mais !!!), j’ai rencontré Ken Bruen, le polardeux de Galway au festival Etonnants voyageurs avec l’ami Patrick Raynal. 75cl de vieux rhum VSOP à 50€ la bouteille n’ont pas tenu plus d’une demi-heure, mais je peux vous le dire M. Bruen est un grand. Cet homme a reçu toutes les tuiles de la toiture sur la tête, sa femme l’a quitté avec un cancer du sein, nombre des membres de sa famille ont péri dans des accidents, il a été blessé récemment dans une bagarre lors d’un enterrement, j’en passe et des pires mais cela reste un grand Monsieur. Alors il s’est fait une raison : « C’est soit le suicide, soit la rigolade ». Vous rirez beaucoup en lisant Ken Bruen. J’ai aussi rencontré Marie Desplechin, c’est une aussi belle personne. Le livre qu’elle a écrit avec Lydie Violet, La vie sauve, le crie à toutes les lignes. Il arrive qu’on ait plaisir à serrer la main d’un grand homme ou d’une belle personne dans l’édition.

Scoop : malgré tous mes serments je vais devenir agent d’un grand (et gros) écrivain. Ce sera le seul, j’entends rester « éditeur à façon » comme je l’ai fait écrire sur mes cartes de visite quand je me suis lancé dans l’édition. Mais celui-là ce n’est pas pareil. Il fallait que ce soit lui pour que je me décide à parler pognon avec des éditeurs. Alors voilà Messieurs, tant pis pour vous.

* * *

Retour par Alençon, joli port de mer comme dirait De Gaulle. Surtout à minuit trente quand vous avez réservé par téléphone et carte bancaire à l’hôtel Campanile. D’abord il faut le trouver : comptez une demi-heure avant de croiser quelqu’un de réveillé et pas saoul. Les stations service autrefois servaient aussi de vigile nocturne, mais, comme les hôtels, elles sont régies par des automates et la carte bleue. Ensuite trouver la « zone d’activités » et glisser sa carte dans la machine pour obtenir la clé de la chambre. Pas de chance, elle ne tombe pas. Nous voilà donc errant de centre ville en banlieues diverses et avariées à la recherche d’un gîte. Ce sera un hôtel de la chaîne B&B. Là aussi un automate : d’un coup de carte bleue on décroche le code d’entrée de la chambre 32. Le temps de poser les valises pour aller chercher un journal dans la voiture et la porte ne s’ouvre plus. Dans la chambre voisine un client et une belle de nuit discutent les tarifs des prestations à gorges (profondes) déployées. Retour à l’automate : location d’une deuxième chambre. Ca marche. Vers deux heures du matin extinction des feux. Le modernisme est bien fait : il a laissé un peu de place à l’homme (et à la femme). A la fenêtre voisine la gâterie de la « professionnelle » est à la baisse pendant qu’au rez-de-chaussée deux types et une fille font ça pour la beauté du geste. Gratuit et tonique.

Le 19 mai dernier j’ai eu finalement 60 ans. Ouf ! L’angoisse, qui fut terrible, a passé devant la chaleur de l’amitié de ceux par qui je vis. Bonheur.

REVUE DE BLOGS

°La meilleure analyse, acérée, fine, forte, etc, de la campagne des présidentielles (Rêver contre soi-même) est signée Mona Cholet. A ne surtout pas rater sur www.peripheries.net

°Un grand récit de voyage vers l’Orient compliqué sur http://bonslivresbonsamis.over-blog.com/

°Une superbe analyse sur le livre d’Eric Hazan consacré à L’invention de Paris chez Gaelle Nohant, par ailleurs auteur de L’ancre des rêves (Robert Laffont, dont la presse a, hélas peu parlé mais qui est, à juste raison soutenue par ses amis bloggeurs. A voir sur : http://cafedegaelle.blogspot.com/

°La championne toute catégorie de livres c’est, bien sûr, Cuné qui a lu plus de 7000 pages en mai. A retrouver sur http://cunéipage.over-blog.com/

30/05/2007




Royal!


Scoop ! Me souvenant de mon ancien métier je ne peux résister au devoir de vous révéler quelques informations inédites avant mes ex-confrères. 1/ Le Fouquet’s va être prochainement privatisé. C’est le groupe de restauration collectif Eurest qui va le racheter, ainsi, grâce au nouveau Président, tous les Français pourront aller y déjeuner ou dîner (les tickets-restaurants seront acceptés). 2/ L’allée des Tuileries par laquelle le Président putatif a rejoint la Concorde va être rebaptisée : « Allée du 6 mai 2007, rétablissement des privilèges ». 3/ Jean-Marie Le Pen a quitté son domaine de Saint-Cloud pour s’installer dans une résidence des Hespérides (perdues) à Nice.

Vous en êtes sûrs ? Mais non, j’rigole. C’est bien simple en compagnie d’un carré de royalistes fumants, dimanche soir, nous n’avons jamais autant rigolé. C’est ce qu’on appelle la « danse de Ségo ». On perd, on rit ! Certains d’entre vous ayant remarqué que je penchais du côté de la candidate plutôt que du candidat ( c’est génétique chez moi, je préfère toujours la femme), je l’avoue aujourd’hui, oui j’ai voté Royal (même si c’est son élection à lui qui l’a été… royale). Maintenant on peut le dire : il y a prescription (pas seulement des PV, mais attention ça ne durera pas). On comprend maintenant pourquoi le plus petit Président que la France s’est donnée l’a emporté. Il a percé à jour son adversaire. Oui, Ségolène c’est une vraie soixante-huitarde qui doit fumer des trucs bizarres pour se marrer comme ça même après un beau coup de tatane (comme a dit Montebourg). Ne s’est-elle pas, après Bob Dylan autre idole des années soixante, lancé dans un « Never ending Tour ». Elle a pris le siège du PS, comme d’autres la Sorbonne en 68, et a fait la fête sur le toit devant des militants en délire pendant que les éléphants barrissaient d’envie (ou d’ennui) à la télévision. Le contraste était saisissant entre la dame au sourire entre les dents et ses « amis » Dominique, Laurent et François (pas Bayrou) qui pleuraient des larmes de crocodile (rare chez des éléphants) en se disputant le siège, déjà occupé, de chef du nouveau-nouveau parti socialiste.

Bon, il n’y a pas que le rire après cette élection mais une fois de plus la sale gamine était la seule à donner envie de ne pas pleurer. Pourtant, pourtant… si j’étais franc je dirais que l’élection de Nicolas (trente ans de presse m’ont appris à flatter les princes les lendemains d’élection) m’arrange plutôt. L’ISF réduit aux aguets, le bouclier fiscal, le pointage aux Assedic tôt au lieu des heures de pointe, l’identité nationale (j’ai tous mes papiers avec des photos sans barbe, je vais me raser dès ce soir), tout cela m’arrange plutôt. Alors pourquoi donc avoir voté Royal. Bon, j’avoue : je suis amoureux d’elle depuis longtemps (elle s’est drôlement arrangée pendant que moi je ne m’améliore pas). Et puis je préfère Bénabar, Abdel Malik, Higelin, les Têtes raides ou même Noah à Jeane Manson, Mireille Dumas, Doc Gyneco, Enrico ou Bigard (pas le militaire, celui qui a tout dans son slip). Enfin, ça ne m’a pas fait plaisir dimanche après-midi d’entendre un jeune Beur et un jeune Black dire devant moi : « Tu verras demain, tu la verras la vraie France, la majorité silencieuse… » Je m’en veux de ne pas leur avoir demandé gentiment : « Ne la quittez pas. S’il vous plait. » Si ça se trouve ce sont les nouveaux boulangers du coin de la rue.

09/05/2007




Le petit chat est mort


Le célèbre susurrement d’Isabelle Adjani paraissant à la Comédie française dans l’Ecole des femmes a suscité bien des sourires. Il y a fort à parier que si je l’avais vu ce jour-là j’aurais été du côté des rieurs. Quant aux méméres à leur chien-chien, elles m’ont souvent énervé. Hier, j’ai manqué en étrangler une qui « dialoguait » avec son basset à poils longs : « Il est gentil le monsieur ! » qui reniflait mon panier. C’était dans la salle d’attente d’un vétérinaire. J’étais là, me rongeant les sangs devant des publicités débiles pour des « photographes professionnels qui viennent faire le portrait de votre animal favori à votre domicile » et autres pilules contraceptives pour chatte. J’étais là, panier sur les genoux, pour faire piquer Zoulou, dix ans (soit 56 ans chez les humains selon une autre pub). Zoulou le plus beau chat des Batignolles. Mon petit chat noir aux yeux jaunes.

Riez, si vous en avez le cœur, le mien est en marmelade. Dix ans de vie partagée, de passion et d’indifférence, d’événements violents et de lectures studieuses, cela ne s’oublie pas ainsi. Tout a commencé un beau soir de printemps. Des amis, les meilleurs, les vrais, m’entouraient sous un soleil bourguignon finissant. Parmi les cadeaux, pour mes cinquante ans, une boule de poils noirs, demi-angora. Certains de mes enfants tombaient sous le charme, d’autres, l’un surtout, fanatique de Garfield, le chat gras, égoïste et feignant de Jim Davis, jalousait déjà celui qui allait lui prendre sa place dans la famille, celle du chat.

Dix ans où nous avons partagé le pire et le meilleur. Je me souviens du 21 avril 2002 quand Zoulou s’est caché sous un lit. Les hurlements des téléspectateurs, le claquement immédiat de la porte, à 20h01, sur des enfants partis en courant à la manif (sans savoir où elle aurait lieu) après avoir pris une bonne leçon de démocratie. Je le revois, ronronnant sur mes genoux, il y a moins de quinze jours, le 22 avril 2007 pendant que je regardais seul (ou plutôt, nous deux, le chat et moi) les résultats du premier tour de l’élection présidentielle en cours. Que ne donne-t-on pas le droit de vote aux chats, je suis sûr que Ségolène aurait déjà gagné.

Mais Zoulou a aussi accompagné son maître (je ne vais pas vous refaire le numéro sur le fait que les chats sont nos maîtres, etc, etc) pendant dix ans d’activité variées. Il fut d’abord un formidable chat de journaliste du dimanche. Pendant toutes ces années, je vous le jure, il n’a jamais raté un de mes retours tardifs du samedi soir lorsque je rentrais fourbu du JDD. Dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, il n’en avait rien à foutre. Mais le samedi (ou plutôt le dimanche) entre une heure et trois heures du matin il m’attendait les sens en éveil devant la porte ou affalé sur mon lit. Chat de journaliste au chômage, nous partagions depuis quatorze mois la lecture matinale des quotidiens. Il s’endormait toujours le premier…

Chat d’éditeur, il a commencé par se lover autour de mon portable tout neuf où s’entassent les manuscrits. Le premier livre que j’ai publié lui a beaucoup plu (normal, c’était une histoire de chat). Il m’a porté chance et s’est étonné que j’ai acheté à cette occasion un chat en bois installé sur un livre en bois. Il lui est même arrivé, si, si, d’écrire à quelque bloggeuse qui avait aimé ce livre que j’ai édité ! Chat de critique littéraire pendant douze ans, nous avons partagé nos emballements pour Jim Harrison, Toni Morrison et quelques autres, accompagné en boucle par l’avant-dernier CD de Bruce Springsteen (The Ghost of Tom Joad). Chat de « déficient génétique » il fut à mes côtés pendant une dépression nerveuse provoquée par trop de pressions professionnelles (quel dommage que Robert Sutton n’ai pas publié plus tôt son Objectif zéro-sale-con, Vuibert). Sa chaleur, ses caresses, m’ont fait parfois oublier les sales et les vrais cons. Il en a consolé bien d’autres que je ne peux citer ici.

Et moi j’ai tout juste su le caresser quand la vétérinaire lui a fait une piqûre pour l’endormir. Dans quelques jours je n’ai pas envie qu’on me souhaite mes soixante ans.

02/05/2007




Ensemble. C’est tout !


Comme tout le monde, j’ai fait la queue dimanche. Depuis près de quarante ans que je vote, c’est la première fois que ça m’arrive (exception faite en 1981 et encore c’était pour apprendre que j’avais été radié des listes électorales !). Comme beaucoup de Français j’ai été fier d’attendre pour glisser mon bulletin dans l’urne. Un sentiment que nous sommes des millions à avoir éprouvé. Il y avait dans ces files d’attente une ferveur incroyable. Faite de retenue, de fierté, de regards à peine échangés, de questions non posées (et lui, pour qui va-t-il voter? et elle ?). La France ne se fera plus prendre au piège lepenien.

Et alors ? Alors quelque chose a changé. Finie l’indifférence, voici le retour de l’enthousiasme démocratique, de la responsabilité citoyenne. De l’émotion aussi: j’en connais qui ont embrassé leur bulletin avant de le mettre dans l’enveloppe. Bien sûr ça ne change pas la face du monde, mais un peu celle de notre pays. Je suis toujours frappé quand je voyage à l’étranger de la capacité qu’ont les Américains à se tomber dans les bras (free hug !) jusqu’au bout du monde, les Anglais à faire un club, les Italiens à hurler de rire ensemble, etc. Les Français ? Ils s’évitent. Cessent de parler à voix haute de peur d’être reconnus par des compatriotes. On n’a pas fait tout ce chemin pour retomber sur des Français ! Et pourtant combien j’aimerais dire à ceux qui hésitent à partir dans un pays qui ignore le steak-frites, où l’on ne parle pas français ou pire dont les automobilistes sont plus dangereux que nous (pas facile…) : la France, quittez-la ET aimez-la.

Les Français ne se sont pas contentés de voter en nombre dimanche, ils ont dit ce qu’ils voulaient. Ou plutôt ce qu’ils ne voulaient pas. Une extrême droite qui nous fait honte, une classe politique qui a dépassé la date de péremption, des Français qui ne le sont pas autant que d’autres. Car Le Pen ne comptera plus désormais. Et puis, pour la première fois depuis 1945, celle ou celui qui nous présidera sera né « après-guerre », car les Français de la deuxième, troisième, quatrième génération se sont exprimés bulletin de vote en main. Et ils ont heureusement tourné la page.

Alors certains s’inquiètent : tout ça pour ça ? Une opposition droite-gauche ! Oui, et alors ? Deux camps, mais plus tout à fait les mêmes. Avec des arguments plus forts, des horizons plus dégagés. Au traditionnel « Tous en-semble ! Tous en-semble ! » scandé depuis longtemps dans les défilés de gauche s’oppose « Ensemble tout est possible » chez Sarkozy. En-sem-ble !

Pour me remettre du gavage de journaux auquel je m’abandonne le lendemain des élections depuis si longtemps, je suis allé lundi après-midi voir Ensemble c’est tout de Claude Berri d’après le livre si touchant d’Anna Gavalda. Soudain ce titre, ce livre, ce film m’ont paru dire le fin mot de l’histoire. Ensemble. C’est tout ! Voilà l’important. Il y a eu la fracture sociale, il y a eu les émeutes des banlieues, chacun a pris conscience qu’au-delà de ce guichet notre billet électoral risquait de ne plus être valable. Pas d’unanimisme dans cet « ensemble » mais une claire conscience des dangers.

Personnellement je me garderais de reprocher à Nicolas Sarkozy d’avoir fait reculer le FN (j’ajouterai, n’en déplaise aux littérateurs snobs, « Lire et faire lire », l’association créée après 2002 par Alexandre Jardin et qui compte désormais plus de 10.000 Français qui vont lire des histoires dans les écoles). Mais quel prix Sarkozy est-il prêt à payer pour cette victoire de premier tour? On pourrait évoquer cette insistance à prôner « l’identité nationale » sans jamais expliquer ce qu’il entend par-là (mais les électeurs lepénistes qui l’ont rejoint savent bien, eux, quelle dose de racisme cela recouvre) ou ses incursions, disons pour le moins maladroites, sur la génétique. Lorsqu’il est devenu ministre de l’Intérieur de Jean-Pierre Raffarin je n’ai pas aimé l’entendre s’en prendre aux « droits-de-l’hommistes ». Ce n’est pas en répétant que la France est la patrie des droits de l’homme que les Français se trouvent quitte de leurs responsabilités. Mais ravaler les plus sacrés de nos principe à une bande de braillards inconséquents, non ! Pour qui a lu le petit livre de Christophe Mercier Garde à vue (Phébus, 3€), il y a matière à s’interroger. Cet écrivain a été arrêté au guidon de sa moto avec 0,7 gr d’alcool dans le sang (on peut conduire jusqu’à 0,4 gr). Qu’il soit interdit de conduire bourré, OK ; qu’on risque une amende, voire un retrait de permis, c’est la loi. Mais qu’on fasse dix-neuf heures de garde à vue, sans explication, sans pouvoir passer un coup de téléphone, c’est plus qu’illégal, c’est immoral! Et qu’on l’oblige à se dénuder devant plusieurs policiers et d’écarter les jambes pour qu’on vérifie qu’il n’a rien de caché dans le rectum, c’est scandaleux ! C’est pourtant devenu quasiment la règle pour les jeunes, de préférence de couleur, fumeur de hashish (shit serait mieux adapté dans ce cas) ou tagger. On peut ajouter l’impossibilité de dormir dans une cellule ou la paillasse est tellement étroite qu’elle interdit aux « gardés à vue » de dormir la nuit.

Nos sociétés ont oublié la guerre. Elles découvrent le terrorisme. Depuis le 11-Septembre revient de façon récurrente, sous-jacente, celle de la torture. Cette pratique est pourtant condamnée par la Déclaration universelle des droits de l’homme et notre constitution. Jouer avec cette limite absolue menace directement nos libertés. L’emploi, c’est essentiel, la sécurité aussi, la protection sociale évidemment, mais la liberté ne saurait reculer, pas plus que l’égalité (que je continue à préférer à cet égalita« risme », si voisin du droits-de-l’hommisme) et, bien sûr la fraternité. Alors, ensemble. Oui, mais c’est tout !

PS (si j’ose) : Merci à Nicolas d’avoir retiré de son slogan de campagne le « Tout est possible » après « Ensemble » pour le second tour. D’abord tout n’est pas vraiment possible. Ensuite, on risquerait de comprendre que si tout était possible cela voudrait d’abord dire que n’importe quoi l’est aussi!

24/04/2007




Pas de restes pour Kurt Vonnegut


La vie est faite autant de belles rencontres que de rendez-vous ratés. Les jours de pluie on pense plus au second. Et même si nous profitons amplement ces derniers jours d’un réchauffement climatique bienvenu, il m’arrive de penser à Jorge Amado, à Hugo Pratt comme à Kurt Vonnegut.

En ce temps-là, il y a bien trente ans, je connaissais un peu Georges Moustaki. Il m’avait même invité au lancement de son livre chez Stock. Mal éduqué, j’étais arrivé le premier, avant l’heure (maintenant je sais : c’est pas l’heure !). Cela m’avait permis de deviser agréablement avec le chanteur. Mais les autres invités arrivant, il me confia à un de ses amis dont je n’ai pas entendu le nom. Des cheveux blancs bouclés, un brin d’embonpoint et une veste à rayures bleue et blanche très estivale. Nous nous sommes observés en silence. J’ai fini par lui demander ce qu’il faisait ? Il se contenta d’un : « J’écris ». Je me sentis obligé de répondre : « Moi aussi ». Et il s’éloigna charmé par l’étendue de ma conversation. Ce n’est qu’après que j’ai appris que ce monsieur s’appelait Jorge Amado. De lui, j’ai lu désormais presque tout. Rêvant de le rencontrer pour de vrai. Devenu journaliste littéraire, bien des années plus tard, la première chose que je demandais à Hélène de Sainte-Hyppolite, la responsable du service de presse de Gallimard, ce fut un rendez-vous avec mon Brésilien fantôme. Rendez-vous pris quelques mois plus tard. La veille, Hélène m’appelait : « Jorge est malade il doit rentrer aujourd’hui. Ce sera pour une prochaine fois. Il vient souvent à Paris ». Qu’à cela ne tienne, j’ai profité plusieurs années après du Salon du livre de Paris consacré au Brésil pour partir à Rio rencontrer Paulo Coelho, Chico Buarque et, bien évidemment, Jorge Amado à Bahia. Mais le pauvre était fatigué, malade, m’a expliqué sa femme au téléphone, le dernier rendez-vous fut annulé. Je n’ai jamais pu lui présenter mes excuses pour mon inculture.

Fasciné par Corto Maltese, presque autant par la vie et les mensonges d’Hugo Pratt, je me suis frotté les mains quand le JDD m’a confié la page Livres. J’allais pouvoir rencontrer le « maître ». J’aurais du me méfier. Le premier livre que ce dernier publia après mon entrée en fonction était consacré à Saint-Exupéry, le dernier vol. Même si le l’album ne manquait pas de charme, je me suis dis que mieux valait attendre un meilleur pour solliciter un entretien. J’ignorais que c’était son dernier.

Quand j’ai appris cette semaine la mort de Kurt Vonnegut, c’est moins la peine qui m’a assailli, qu’une sorte de rire nerveux. Vonnegut fait partie des auteurs américains importants (son portrait figurait, il y a encore peu, sur les sacs de Barnes & Nobles, célèbre libraire new-yorkais, au même titre que Virginia Woolf et quelques autres). Mais je ne l’ai jamais lu, malgré les encouragements de uns et des autres. Vonnegut avait une autre qualité : c’était l’un des meilleurs amis de mes amis américains. Après m’avoir fait rencontrer Toni Morrisson pour un petit déjeuner dans leur cuisine ils nous avaient promis, quelques années plus tard de réveillonner avec Kurt Vonnegut. Mais le soir du réveillon Kurt était « malade ». Qu’à cela ne tienne. Nous nous verrions quelques jours plus tard pour finir les restes de foie gras, dinde, etc. Patatras! Mrs Vonnegut Jr ne l’entendait pas de cette oreille : « Manger des restes (left overs)… Kurt Vonnegut ?!… » Heureusement ses livres restent. N’est-il pas de plus belle rencontre avec un auteur qu’en ouvrant ses livres après sa mort ? Je commencerai avec Abattoir 5.

17/04/2007




Le bac et après...


Ce qu’il y a de terrible avec les blogs c’est qu’il vous arrive d’étaler, sans en mesurer les conséquences, votre vie privée et que celle-ci vous revient en pleine gueule par le biais des commentaires de vos lecteurs. Or donc, le 7 juillet (voir ci-dessous), je réglais ici quelques comptes personnels et familiaux avec l’Education nationale. Chronique que j’avais dédié à tous ces profs qui nous avaient pourri la vie avec leurs désormais traditionnelles menaces, pour un garçon pas trop docile. En 6e, nous demandait-on : « Est-il manuel ? » En 5e, « Il faudrait qu’il voit quelqu’un… » En 4e la « CPE » éructait : « Il va finir en prison ! » J’en passe et des bien pires. Notre situation n’avait, en fait, rien de bien original. Nombre des parents d’ados ont fait connaissance avec ceux qu’on baptise désormais les « décrocheurs ». Des garçons qui rejettent l’école autant qu’elle les rejette. C’est donc avec bonheur, et un brin d’esprit revanchard, que j’avais annoncé que d’abord notre petit ( 1m83!) dernier avait poursuivi ses études secondaires jusqu’en terminale (dans le privé hors contrat) avant de les rattraper en obtenant finalement son bac. Cette chronique m’avait valu bien des réactions (certaines pleines de colère) au point que j’avais dû prendre la défense des profs (de certains professeurs) dont je m’étais gaussé alors. Restait une remarque, la dernière, celle de Nubuc, en date du 28 août dernier qui après un « Félicitation » chaud au cœur ajoutait: « Le plus difficile est à venir, il faut trouver quoi en faire de ce bac.» Suivi du petit logo sympa ;-)

Quoi en faire ? Cette remarque je l’avais en travers de la gorge jusqu’à mon retour d’Inde. Car il faut que je vous avoue (au point où j’en suis) que la fac pour notre grand dernier n’a duré que quinze jours suivis d’un temps de latence de près de trois mois. Et puis, poussé par ses frère et sœurs, le bachelier vite revenu de l’université s’est engagé en janvier dernier dans un service civil solidaire. Pour notre plus grand soulagement. C’est là qu’il faut que je vous parle d’Uni-cités, créé par une ancienne de l’Essec. Cet organisme met à disposition d’autres associations des jeunes de 18 à 25 ans qui sont rémunérés 600€ par mois pendant six ou neuf mois. Adieu les grasses mat’, bonjour le boulot et la découverte d’un autre monde ! Nous avons vu très vite les effets de cette formation. Le « jeune travailleur » a découvert dès le troisième jour qu’il savait arracher une moquette, décoller du papier peint et faire de l’enduit (pour le plus grand bénéfice d’un nouveau local de l’Armée du Salut), choses qu’il n’avait pas su découvrir en 19 ans à la maison, alors que son père est, comme chacun sait un roi du bricolage. Puis sont venus, deux jours par semaine, l’accompagnement de « personnes handicapées » et deux autres jours auprès de malades très affaiblis. Ceux-ci ont vu notre bonhomme et ses sept coéquipiers réaliser une fresque dans leur hôpital. Fresque, j’ai bien dit fresque, pas tag ! Suivi d’une sortie en bateau-mouche.

Revenu d’Inde jeudi matin, j’acceptais de l’emmener dans la banlieue de ses « exploits ». Une heure de voiture pour éviter à l’ado régressif une heure de transports en commun. Ronchon (c’est de famille ), il ne voyait pas de raison de revenir à l’hosto après l’inauguration de la fresque. Le soir, nous étions en larmes en l’écoutant nous raconter, les mots de remerciements des malades. A commencer par celle-là, très peu bavarde pendant toute l’élaboration et la réalisation de la fresque. « Je voulais vous dire que ces semaines resteront les plus belles de ma vie. »

Voilà Nubuc la réponse à votre question.

PS : Et, comme il se doit, le site pour ceux que cela intéresse: http://www.unis-cite.org

03/04/2007




Les papillons de Jodhpur


L’Inde change ; nous aussi. Revenir trente ans après dans ce pays-continent, c’est comme sauter a pieds joints dans l’économie mondialisée, dans l’idéologie d’un nouveau temps, dans le chaudron de toutes les religions qui se peuvent imaginer, bref passer de l’autre cote du miroir du XXIe siècle. Que Paris s’intéresse, pour une fois, a l’Inde paraît carrément grotesque quand l’angle choisi est celui de la littérature. Alors que le boom chinois passionne et angoisse a la fois les médias français, les mêmes soi-disant « mass » médias n’accorde pas la moindre ligne au boom indien. C’est incompréhensible (exception faite évidemment de l’arrogance française face au tiers-mondiste Mittal, avec les résultants qu’on sait).
Voyons par le petit bout de la lorgnette. La nôtre. En 1974, j’avais tenté de visiter l’Inde du Nord. La pluie sur Bombay, le corps d’un mourant que chacun enjambait sans ralentir le pas, les crachats que je croyais de sang alors qu’il n’était que jus de graines de betel, la cohue partout mêlant veaux, vaches, et cochons de payant de touristes au milieu d’un maelström de bicyclettes, les voyages en « seconde classe sans réservation » (soit 30 personnes dans un compartiment pour 8 a 10). Mais surtout, nous, jeunes occidentaux vaguement hippiesques, déjeunant d’une orange sur un quai de gare sous le poster « scandaleux » représentant une sorte de maharadjha au milieu d’une multitude de plats sous le slogan : « India, the gourmet paradise ».
Aujourd’hui, les autoroutes à 6 voies de Delhi, la pub omniprésente de Nokia a Royal Canin, les « colonies » remplies de cadres à 4X4 et attaché-case, protégés par des hauts murs, le pays des surdoués de l’informatique, mais aussi ce clip aperçu dans un McDo de Chandi Chowk ou le chanteur bollywoodien vient arracher sa sœur des griffes d’un blouson noir pour la ramener à ses parents, c’est-à-dire à sa vie d’Indienne et à son sari. Et puis nous qui délaissons les guest house de routards des années 70 pour de vrais et faux palais de Maharadjha. Vaguement honteux, savoureusement satisfaits. Si vous voulez comprendre la mondialisation, allez en Inde ! C’est toujours un choc, mais plus exactement le même.
A la recherche de librairies à Delhi ou au Radjasthan, nous ne trouvons, même en plein centre-ville, que de petites échoppes ou l’on propose cent Paulo Coelho ou Ken Follett pour un auteur indien. Il est vrai que la moitié du milliard d’Indiens qui vivent dans le subcontinent sont illettrés, alors les livres… Pourtant ce pays s’est construit sur des livres du Mahabharata et du Ramayana jusqu’à nos jours. Encore qu’aujourd’hui les internet café font plus pour la lecture et l’écriture que les librairies. Les grands écrivains indiens viennent davantage de la diaspora indienne : du Trinitadien VS Naipaul au Londo-newyorkais Salman Rushdie en passant par le Canadien Michael Ondaatje. Personnellement je regrette que le Salon du livre n’accueille pas l’un des plus brillants et plus jeunes auteurs indiens : Raj Kamal Jha, auteur du splendide Couvre-lit bleu (Gallimard) qui n’a pas eu en France le succes qu’il a reçu en Grande-Bretagne.
Deux images pour finir. Le bureau d’Indira Ghandi a Delhi. Une pièce cernée de livres, de livres lus. Elle a expliqué un jour que lorsque son père, Nehru, luttait pour l’indépendance de son pays dans les prisons britanniques, il n’oubliait pas de lui commander des contes, des romans de Dickens, des pièces de Shakespeare, etc. Eh bien dans le bureau resté intact et qu’elle venait de quitter avant d’être assassinée, on voit que cette femme d’exception avait à portée de main droite quarante volumes de la Pléiade et à main gauche de nombreux dictionnaires. Voila une bonne question pour nos candida(e)s : quels livres pouvez-vous attraper lorsque vous êtes assis(e) à votre bureau ?
Dans l’immense forteresse qui domine Jodhpur Indiens et touristes flânent dans un silence merveilleux, saisis par la beauté du lieu et par la majesté des bâtiments. Peu à peu les touristes épuisés par la montée s’arrêtent pendant que les Indiens continuent jusqu’à l’extrême pointe de la forteresse où se situe un petit temple hindou. Le vent fait voler les saris multicolores. Notre ami John Leonard, désigné meilleur critique littéraire américain, observe : « Ce que je préfère ce sont les papillons de Jodhpur ». Le titre est là, qui écrira le livre ?

PS : Halte au feu ! Mes collègues de colonnes s’inquiètent du nombre de vos commentaires sur la dernière chronique, mais quitte à les énerver un bon coup (j’rigole David, j’rigole), autant dire que je suis fier d’avoir introduit le virus des BL (bloggeurs littéraires) dans le beau fruit qu’est Livres Hebdo. Il faudra bien reconnaître un jour qu’ils participent désormais à la vie littéraire. Je ne crois en rien à la suppression des intermédiaires que proclament certains (trop poujadiste ; même si Poujade était papetier) mais à une stricte séparation des pouvoirs entre écrivains, éditeurs, critiques, libraires et désormais bloggeurs. La variété des commentaires qui ont suivi ce papier montre l’intérêt de la chose par la variété des propos, leur enthousiasme. Ce sont de bons défenseurs du livre. Et bientôt nous ne serons plus trop pour combattre contre la barbarie.23/03/2007




M. Le Trouhadec saisi par les blogs


Jean-Marc Roberts, gérant de Stock, ne dit pas que des bêtises. Il s’est fait remarquer récemment dans un débat du Figaro en expliquant qu’il était pour la suppression des blogs qui prennent sur le temps de lecture et la vie même des amateurs de livres. Il est vrai que depuis que je suis devenu éditeur (ça ne fait, pour moi, que deux mois), je ne lis presque plus de livres. Est-ce que je vis encore ? Je lis des manuscrits, des journaux et des blogs pour voir si on parle de mes (soyons honnête) de « mon » livre. Et sam’ suffit !

Faut-il supprimer les blogs, à commencer par les blogs littéraires ? On pourrait se poser la question. Il est vrai que quand le virus vous prend vous ne tardez plus à passer des heures et des heures à lire ces critiques amateurs. Mais certains d’entre eux peuvent en remontrer (non, pas démagogue !) aux critiques professionnels. Un exemple au hasard : leblogdeslivres animé par un certain « Bernard ». Pas de noms propres, juste des prénoms ou des surnoms dans la blogosphère. La meilleure critique publiée sur le livre que j’ai publié, je l’ai lu sous sa plume, ou plutôt sur mon écran. Non que mes ex-confrères journalistes aient mal traité ce livre, au contraire, mais ils ont consacré une place souvent plus courte, reprenant assez facilement les « arguments de vente » de l’éditeur à commencer par la présentation en quelques lignes qu’en a fait Daniel Picouly sur la quatrième de couverture. Bernard, lui, détaille, cite, déniche des idées sous-jacentes dans ce texte vu d’habitude que pour son humour et son énergie. J’ai félicité Bernard pour sa critique d’un clic (rubrique : « commentaires »), tellement bien qu’il m’a répondu d’un cluc (rubrique : « commentaires) : « Je ne rougis pas facilement, mais là, c’est comme si je revenais d’une semaine de vacances de sports d’hiver sans Ambre solaire, protection 20 ! » C’est, qu’en plus, on a de l’humour sur la toile. Tant qu’à faire, merci aussi à Cathulu, Loupiote, merci à l’honnêteté de Cuné qui a moins aimé mais qui a renvoyé sur l’article de Cathulu (une coutume blogique nous a-t-elle précisé). D’autres, dont je n’avais pas repéré la présence se sont aussi enthousiasmé pour « mon » livre à savoir béréniceetmoi, D-LiRede DoC, Encore Un Petit Bout de Moi.

Si j’ai suivi à la loupe une bonne cinquantaine de blogs depuis plus de six semaines, c’était -bien sûr- pour suivre l’accueil réservé au livre qui m’est cher mais j’en ai profité pour faire connaissance avec ce monde étrange pour un ancien journaliste. D’abord le choix des livres traités varie par rapport à celui de la presse « papier ». Si l’on trouve sur le net des colonnes entières de critiques des Bienveillantes et autres « livres de la rentrée », j’ai aussi découvert beaucoup de chroniques sur la sortie -en poche- de livres de Yasmina Khadra, de Marc Levy, de Philippe Besson, de Jean-Philippe Blondel mais aussi, actualité oblige, d’Henri Troyat. Parfois des éditeurs prestigieux mais plus confidentiels (pensez : ils n’envoient pratiquement pas de « services de presse ») comme José Corti sont traités au niveau des best-sellers, ainsi La robe de Robert Alexis a été l’objet de nombreux et chaleureux commentaires. Si le ton de ces chroniques est plutôt enthousiaste, en tout cas amical, il arrive que des polémiques pointent. Bien traitée par la presse, Max Monnehay (Corpus Christine) portant très présente dans la blogosphère, donne lieu à une vraie controverse. Nombreux sont les blogueurs qui l’ont lu sans comprendre l’emballement médiatique.

Si j’allais « faire mon miel » chez les ex-confrères journalistes (Assouline, Jacob, etc) et les écrivains (Nyssen, Bon, etc), assez vite leurs blogs m’ont ennuyé. Pensez donc, on n’y parle que littérature ! Alors que les vacances de la famille Gambadou (est-ce bien eux qui faisaient du ski il n’y a pas si longtemps, photos de vacances à l’appui ?), le premier anniversaire d’un blog, le franchissement d’un 10 000ème visiteur, salués par des feux d’artifice, m’amusent. Je m’émeus quand Booiweb annonce « une petite pause » de son blog » pour « cause de bac qui approche ». Je suis touché par ces peines que cause la mort d’un chat, amusé par ces photos d’enfants barbouillés de chocolat qui tiennent fermement leur premier livre. Il m’arrive aussi d’être bouleversé par la détresse d’une éducatrice après le suicide d’un jeune, les cris de celui qui a perdu un enfant. La vie coule dans ces lignes.

Et puis il y a les querelles de chapelle, les débats de boutiques. Ah la lamentation des wannabe contre les insiders, traduisez la grogne de ceux qui voudraient tant être publié (malheureusement ils joignent des parties de leur œuvre…) contre ceux qui le sont pour de mauvaises raisons (copinage, copinage quand tu nous tiens…) ! Cela n’empêche pas des blogueurs de devenir des auteurs et de bénéficier, à leur tour, du soutien actif de la blogosphère. Mais c’est humain.

PS : Ce blog s’interrompt pour cause de vacances. N’attendez pas de photos de ces vacances en Inde. Connaissez vous un meilleure endroit où aller quand le Salon du livre de Paris s’intéresse aux auteurs indiens cette année ?

http://www.leblogdeslivres.com 

http://cathulu.canalblog.com

http://loupiote.aufildesmots.blogspot.com

http://cuneipage.over-blog.com

http://bereniceetmoi-over-blog.com

http://ladoc-d-lire.blogspot.com

http://encoreunpetitboutdemoi.blogspot.com

13/03/2007




Sur l’épée d’un Moinot


Ne croyez pas que je veuille « faire croquemort ». Ni ici, ni ailleurs. Mais les grands hommes s’abattent ces jours-ci, comme chênes par temps de tempête. D’autres ont dit, ici ou ailleurs, leur sentiment de manque au départ de Troyat et de Baudrillard. Mais après Noël Copin, je voudrais dire ma peine à la mort de Pierre Moinot. La vie m’avait permis de le croiser et je veux lui rendre hommage. Lui dire merci serait mieux venu.

Pierre Moinot, je l’ai rencontré dans un appartement haut perché rue du Cherche-Midi. Cet homme de culture - il fut conseiller au cabinet de Malraux, le ministre de la culture du général De Gaulle, puis directeur des Arts et lettres, ouvrant la première des Maisons de la culture, remettant de l’ordre à la Cinémathèque -, ce haut fonctionnaire qui fut président de la Cour des Comptes avec force hermines, était d’abord un militant après avoir été un résistant. C’est chez lui que se réunissait notre groupe d’Amnesty International, sous le regard noir mais plein de tendresse de Madeleine, sa femme. Décoré, honoré, respecté (car très respectable), Pierre se creusait la tête pour trouver une formule qui convaincrait quelque dictateur analphabète de relâcher un prisonnier de conscience. A l’occasion il ouvrait son carnet, les lunettes sur le nez, pour trouver quel grand personnage pourrait intervenir en faveur d’un de nos protégés.

Pierre était chasseur. Pas un viandard, un mystique. Et les jeunes cons que nous étions, ennemis de ceux qui tuaient les animaux que nous mangions sans remords, ont découvert cela dans ses livres de La chasse royale au Guetteur d’ombre (Gallimard) qui obtint le prix Femina 1979. Cet homme de la grande culture française connaissait le monde. Il nous racontait à l’occasion comment il avait descendu le fleuve Congo pour Paris-Match ou parcouru de nombreux pays dans les pas de Malraux. Plus tard, alors que j’étais devenu critique littéraire , il me surprit encore en publiant, à 73 ans, un excellent polar à la Noire (Attention à la peinture). Il me remercia d’un mot plein de délicatesse pour mon papier et ce n’est qu’après que j’ai su qu’il ne voyait plus guère. Mais malgré mon envie de le revoir, la vie qui s’enfuit comme sable entre nos vies ne nous a pas permis de nous retrouver une dernière fois.
C’est pour cela et pour bien d’autres choses que je dois alors confesser notre vraie dernière rencontre. Pierre qui n’avait rien d’un mondain, ni d’un vaniteux, fut élu à l’Académie française. Nous en eûmes, avouons-le, un peu honte. L’œil amusé, les bras grands ouverts, il invita tout son groupe d’Amnesty à l’Académie. Chacun y alla de sa cravate bouchonnée, de sa petite robe noire froissée. Au buffet il délaissa vieilles ganaches, écrivains au masque coulé dans le bronze le plus pur et tous ces Immortels qui semblaient déjà bien faibles pour le rôle, pour venir voir les jeunes cons qui se serraient dans un coin soucieux de se faire oublier. Une plaisanterie sur son bel habit vert, que Pierre, tout à son bonheur d’enfant, n’entendit pas. Il sortit son épée et nous montra sur sa poignée un dessin très fin, à peine visible. La petite bougie entourée de barbelés, symbole d’Amnesty.
Maintenant que Noël Copin est enterré, le journalisme mérite d’être réinventé. Maintenant que Pierre Moinot s’en est allé, on peut fermer l’Académie. Elle ne sert plus à rien.

PS : Et dire, selon quelques rumeurs, que d’aucuns envisageraient déjà d’en créer une nouvelle… Voyons voir jusqu’où ira le ridicule.

09/03/2007




A Copin d’abord


« Noël, arrêtez de me faire chier ! » Je me souviens encore du regard ahuri d’un confrère assistant à une engueulade au service politique de La Croix. Sans doute un 14-Juillet où je râlais contre mon chef de service qui me demandait d’extraire du Journal Officiel la liste de ceux qui avaient l’honneur de recevoir une médaille (ils étaient légion) et où je ne devais omettre aucun journaliste et aucun curé, à moins qu’il ne s’agisse de rédiger un compte-rendu des tristounettes « Semaines sociales ».

Noël Copin vient de mourir il y a quelques heures. La dernière fois où je l’ai vu, je n’ai pu dégager mon regard de la fenêtre de sa chambre dans une maison de soins palliatifs. Une vaste baie donnant sur une colline surmontée d’un petit château, le tout barré par une belle branche qui attend le printemps pour revivre. Voilà donc la dernière image qu’il a emportée. Elle était belle.

Noël et moi avons travaillé ensemble pendant sept ans. De 1969 à 1976. C’est avec lui que j’ai commencé mon métier de journaliste. Je ne l’ai jamais oublié. Jusqu’au jour où il a quitté France 2 (et quelques illusions) pour revenir à La Croix. Il voulait que ceux qui s’étaient opposé à son départ du quotidien catholique reviennent avec lui. J’ai refusé. « On ne revient pas en arrière. » Sans doute lui ai-je fait de la peine ce jour-là.

Formé par ma famille à obéir aux profs, aux chefs, aux importants, j’ai appris ensuite patiemment à désobéir. Reste le respect d’un journaliste, d’un homme : Noël Copin que j’ai commencé à tutoyer après lui avoir manqué. Des chefs pour lesquels j’ai du respect il n’en reste pas beaucoup, en dehors de lui. C’est pour cela que je veux lui dire, là: « Noël tu me fais vraiment chier aujourd’hui ! »

PS : C’est avec lui que j’ai appris qu’il vaut mieux mourir un jour où personne d’important n’est mort si l’on veut recevoir les hommages de la presse. Je ne sais pas ce qui restera de l’œuvre d’Henri Troyat, mais ici, dans le cadre de Livres-Hebdo, je veux dire que si Copin n’a pas laissé beaucoup de livres derrière lui, il laisse à coup sûr un grand vide. Il suffit de voir l’actuel traitement de l’élection présidentielle par la presse et la télévision pour se dire qu’on ne tardera pas à regretter sa plume fine, incisive, incorruptible.

PPS : Merci à un Président qui a su prendre son téléphone, juste après la cérémonie des vœux de janvier, parce que, lui aussi, est un homme sensible à la douleur de ses semblables.

05/03/2007




Du temps de cerveaux de femmes disponibles


Quand on n’est plus que citoyen on voit les choses autrement. Après trente-cinq ans de journalisme, notamment politique, j’avais pris l’habitude de l’entrée par des portes dérobées, des strapontins des premiers rangs, des confidences des éminences. Voici donc la première élection présidentielle que j’observe en « vrai gens ». Comme c’est drôle !

Amoureux de Ségolène depuis des années (qu’est-ce qu’elle lui trouve à ce Hollande, je ne comprendrais jamais ?) je suis sa campagne au milieu du public ou devant ma télé. Je ne l’ai pas trouvé très bonne à la Salle Carpentier à Paris, le 6 février, mais la salle était chaude-bouillante. Je l’ai trouvé bien meilleure le 11 à Villepinte entre militants emballés et fabiuso-strauss-kahniens grinçants des dents. Mais l’émotion qui a traversé ce hangar, qu’on croyait construit pour quelques super A380, est parvenue jusqu’aux derniers rangs où j’ai chaleureusement suivi deux heures de discours. Bien meilleure, elle semblait avoir avalé dans la semaine « L’art oratoire pour les nuls».

C’est, bien sûr, à la télévision le 19 que tout allait se jouer. Une télé en voie de poujadisation. La mode est donc à la suppression des intermédiaires. Virez-moi tous ces journalistes, politologues et autres sondologues qui brouillent le dialogue pur, vrai, sincère entre les vrais gens et le candidat. A tel point que dans « J’ai une question à vous poser » on se demandait quand PPDA allait servir le café au « pannel de Français représentatifs » puisqu’il était là au mieux pour passer les plats. N’y voyez aucun relent de corporatisme d’une vie antérieure mais Poivre n’est pas le pire des interviewers et le transformer en plante verte relève de Vidéo-gag.

Comme tout téléspectateur de base, je me suis intéressé à la couleur de la cravate, pardon à la couleur de la veste, de Ségolène Royal. J’ai repris une deuxième part de tarte pendant les questions des petits commerçants. Et j’ai écrasé une larme quand la voix du handicapé s’est brisée.

Mais j’ai surtout retenu une chose. Une petite chose, un détail que l’on dirait sans importance si la politique, comme le diable, ne se nichait dans les détails. Avez-vous vu les publicités qui ont coupé cette grande émission. Pendant les deux minutes de « pause » on a pu découvrir incrédule une publicité pour les assurances où une espèce de clown habillé en vert avec une écharpe quasi présidentielle répétait : « Je l’aurai ! Je l’aurai ! » Suivi d’un spot pour des horoscopes. Avant, dernière délicatesse, une publicité filmant en contre-plongée des jambes de femme à la jupe virevoltante pour vanter les qualités des « protège slips » Machin. Si TF1, ainsi que son patron l’a expliqué benoîtement à pour but d’offrir avec ses programmes du temps de cerveaux disponibles à Coca Cola, il flatte aussi parfois hélas les instincts les plus machos de nos beaufs publicitaires. C’est le moment où je me suis senti, moi l’homme hétérosexuel ordinaire, une femme comme les autres.

21/02/2007




Chic la carte Vermeil !


Enfin ! Depuis qu’on lui reprochait d’occuper toutes les places, dans les entreprises, les banques, les médias, les librairies, les palais de justice etc, la génération des baby-boomers (les classes pleines de l’après-guerre) laisse les places. Ceux qui ont été élevés au lait de Mendès-France, qui ont fait la révolution en mai 68, qui ont élu Mitterrand en 1981, qui ont défendu les droits de l’homme jusqu’à ce que chute le Mur de Berlin, qui ont goûté aux délices du CAC 40, débarrassent enfin le plancher. Ouf, pensez-vous ?… Ben non, voilà désormais les papy-boomers !

Plus vieux, plus riches, plus à droite, bref guère différents de leurs prédécesseurs, même si en poussant leurs parents dans les orties ils sont persuadés d’avoir changé le monde. Pensez-vous : leurs géniteurs aimaient De Gaulle, l’accordéon et les chansonniers, de vrais fascistes ! En 2007, les papy-boomers sont toujours là. Et ils nous étourdissent de leurs analyses brillantes. Un maître-penseur, André Glucksmann, 70 ans aux cerises, qui a conservé sa coiffure façon Beatles époque yé-yé et ses colères télévisuelles dès que le rouge est mis, l’homme qui a admiré successivement Beria, les gardes rouges de Mao et le Bush irakien annonce dans Le Monde que, fidèle à tous ses combats, il choisit Sarkozy. Alain Minc, plus jeune car né en 1949, lui, « fils de communistes » il n’oublie jamais de le rappeler (1), fait le tour des médias (d’Ardisson à Bern) non pour présenter son nouveau livre (Keynes, une sorte de diable), mais pour expliquer –suivez le bien- que, partisan de DSK, il va voter Sarkozy car, voyez-vous, la France est une monarchie et qu’il faut avoir les « capacités pour le job ». Il traduit lui-même: Ségolène Royal ne les a pas (les capacités…). A-t-il, lui, les capacités pour diriger une entreprise ou pour écrire des livres ? Le public s’interroge. Mais les citoyens français savent bien que la royauté était fondée sur l’hérédité, voire sur Dieu. S’ils ne comprennent pas les acrobaties minciennes, c’est qu’il doit leur manquer quelque chose. La dialectique bien sûr, ou ce qu’il en reste : vous vous croyez en république, non, vous retardez, la France est royaliste. Oh, pardon…

Après m’être moqué des papy et des grand-papy-boomers je vais vous faire une confidence : j’en suis un. Cette entrée dans le club prend, pour moi, différentes formes, voire des formes bien différentes, assez prosaïque en somme. Début janvier la pharmacienne qui me connaît de mieux en mieux (ah, ce maudit genou !), m’a offert « quelque chose pour la nouvelle année ». En ouvrant le paquet dans la rue entre anti-inflammatoires et antidouleurs, j’ai découvert : une petite bouteille d’eau de Cologne (un générique de Roger-et-Gallet !). L’année prochaine ma femme m’a promis que je recevrai la boite de chocolats de la mairie. Et j’aurai bientôt droit à la carte Vermeil. Qui sera Président alors ? Je n’en sais rien. Mais je crains de finir en vieillard indigne.

(1) tout comme Roger Hanin, 80 ans et Pascal Sevran, 61 ans, « mitterrandiens historiques » comme ils sont devenus sarkozystes de circonstance. Pardonnons aux saltimbanques, même si le premier en est à son énième « roman », Loin de Kharkov (la télé ne paie plus décidément), et le second à trop de livres de souvenirs, (le dernier a déjà fait couler beaucoup trop d’encre, n’en parlons pas). Mais on sait depuis Edgar Faure (qui écrivit des polars sous le pseudo d’Edgar Sanday : sans-D !) que ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent!…

09/02/2007




Parlez du livre que vous ne lirez pas


La mode porte un livre que l’on dirait fait pour les désosseurs d’entreprises, les experts comptables, les concurrents du loft, les stars académiciens et autres barbares qui ne savent pas lire. C’est un livre des éditions de Minuit intitulé : Comment parler des livres que l’on n’a pas lu ? de Pierre Bayard. En fait ce livre vise ceux qui lisent et font des complexes à n’avoir pas tout lu. Voyez-vous un barbare entrer dans une librairie pour acheter un livre, qui plus est des éditions de Minuit ? Bien sûr que non. Ils ne savent pas lire. N’ayant personnellement pas lu Bayard, sans peur et sans reproche je n’en parlerais pas ! Mais, apprenez la leçon, quand quelqu’un vous ennuie en vous disant : « N’avez-vous pas lu… » détournez la conversation. Je me souviens de Salman Rushdie venu à la Fnac à Paris en 1995 pour présenter Le dernier soupir du Maure (Plon). Il résista ce soir-là à BHL et à ses gardes du corps pour répondre à une dernière question dans cette petite salle mieux protégée qu’un coffre-fort. Une « élève en journalisme » lui demanda ce qu’il « avait appris pendant ces années passées à fuir la fatwa » de Khomeiny. Devant le murmure de gens importants (et importuns), Rushdie répondit : « C’est la meilleure question qu’on m’a posé ce soir ». Puis, après un long silence, il lâcha : « J’ai appris à dire ce que je pense, tout simplement… Par exemple, Tolstoï m’emmmmmerde ! » S’il est difficile de parler d’un livre qu’on n’a pas lu, il est encore plus difficile de parler d’un livre qui n’a pas été publié. Ainsi ne lirez-vous pas Le Pen a déjà gagné, Bréviaire de ceux qui parlent le Le Pen sans peine. Vous ne le lirez pas parce que ce livre que j’avais commandé à deux jeunes journalistes a été négligé. D’abord par les auteurs putatifs, qui m’annoncèrent en septembre dernier après de multiples coups de téléphone dans le vide qu’ils renonçaient, mais aussi par un éditeur –moi !- pas assez « punchy », pas assez insistant et qui donc dut à son tour renoncer car les délais n’étaient plus tenables. Le sujet me paraissait pourtant passionnant : recenser fidèlement mais aussi avec un brin de légèreté dans la plume pour ne pas faire un livre-pilori tous ceux qui, à droite comme à gauche, parlent avec les mots de Le Pen en espérant récupérer ses voix. Passionnant avant l’élection présidentielle mais aussi avant les élections législatives. Propos racistes (enfin presque ; presque enfin ?) envers les juifs, les Arabes, les noirs, les francs-maçons, les intellos, homophobes, révisionnistes et j’en passe. Car au-delà de la « lepénisation des esprits » qu’on n’évoque plus guère (mais ceci explique peut-être cela) se met en place une novlangue lepéniste. Comme le documentaire présenté mercredi par Arte sur la novlangue nazie analysée par Victor Klemperer dans LTI (Lingua Tertii Imperii, la langue du 3e Reich) et la novlangue de la Ve république décortiquée par Eric Hazan dans LQR (La Fabrique). Voilà un livre que vous ne lirez pas, mais vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous en a pas parlé. C’est maintenant que ce livre mort-né qui en est resté à sa plus simple expression, son titre (Le Pen a déjà gagné) mérite un débat dans ces campagnes électorales longues à démarrer. Après il sera trop tard. On vous aura prévenu. Moi aussi je retiens la leçon. Leçon n° 2 : pour devenir éditeur, il faut être têtu, très têtu. 02/02/2007




Prière pour l’Abbé Pierre


A l’Abbé, maintenant que tu es aux cieux

(depuis le temps que tu le réclamais, au moins profite des vacances)

Que ton combat reste à jamais glorifié

(Oui, je sais, j’en fais trop, mais ça ne t’es jamais arrivé…)

Que ton courage vienne et revienne

(parfois tu as été trop loin mais il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas. Et puis, après t’être mis en pétard, parce que j’avais écris que tu avais perdu la tête du Top 50 du JDD à cause de ton dérapage sur Garaudy, tu as fini par t’excuser)

Que ta colère résonne sur la terre comme au ciel

(ton humour aussi et ta filouterie pour la bonne cause)

Donne-nous l’indignation quotidienne

(contre l’injustice, la misère, la richesse et les culs coincés)

Pardonne-nous nos faiblesses comme nous pardonnons aux forts et aux faux frères qui nous offensent chaque jour

(pour toi c’était facile. D’un regard tu retournais les plus durs pour en faire des gens de paix. Mais tu as douté aussi, non ?)

Et ne nous soumets pas à la tentation

(Ca t’es arrivé d’y céder. Mais peut-on arriver là où tu es désormais sans avoir péché, même au bord du canal Saint-Martin)

Mais délivre-nous du mal

(ouais, rigole, rigole ! Tu nous vois nombreux, maintenant, dans le pétrin, sans toi)

Et merci pour les moments passés ensemble. On s’est bien marré. (*)

(*) J’en ris encore quand tu m’as raconté que le dimanche après-midi, après l’occupation avec le DAL d’un immeuble de la rue du Dragon, tu as accepté la voiture de Balladur pour rentrer en Normandie (« ça les fait réfléchir de voir un petit vieux en fauteuil roulant qui met la pagaille comme ça»). Avant de déguster un plateau de fruits de mer à l’hôtel Matignon (« Ils soulagent leur conscience en te donnant à manger… Et puis les huitres étaient très bonnes ! »)

24/01/2007




Presque tous mes voeux


Ouh la la ! Qu’est-ce que je vais prendre ! Rien foutu depuis plusieurs semaines. Bon, j’ai des excuses. Les fêtes, un livre à sortir et quelques autres activités.

Retour sur mes activités frénétiques. Noël, ah Noël ! Des cadeaux comme s’il en pleuvait. L’arbre de Noël. Pour la première fois il ne touchait pas le plafond. Les enfants ont vieilli : ils n’ont pas hurlé contre cet impératif absolu depuis 28 ans. Eh oui, c’est à ce genre de détail qu’on voit le temps passer. Pas davantage de verre de cognac pour le père Noël mais cela fait déjà quelques années qu’il repart la gorge sèche. Restent intangibles, la Crèche, les souliers sous le sapin et même la messe de minuit (22h serait plus juste) dans cette famille de mécréants (un vrai mystère pour le seul qui a gardé un peu de confiance en Dieu, mais il faut une solide foi chevillée au cœur par les temps incertains qui courent). L’année prochaine ils iront bord du canal Saint-Martin, s’il reste des SDF après Villepin. Traditions ou progressisme, nous trancherons lors des présidentielles.

Saint-Sylvestre en Bretagne. Entre bourrasques, foie gras et galettes de blé noir une surprise : cette inscription ni en français, ni en breton, devant une friterie au bord d’un charmant petit port. « The best frites of the world »! Là les Américains ont vraiment gagné : au début de la guerre en Irak ils avaient vidé de grands Bordeaux dans les caniveaux et rebaptisé les « french fries » en « freedom fries ». Mais si la Bretagne baisse la garde…

Chaque jour je me familiarise un peu plus avec internet et les blogs. Grace au dernier que j’ai publié, un bel échange de bons procédés. Ayant avoué les noms de certains grands auteurs toujours ignorés de votre serviteur, Stéphanie des Horts (non, non, ce n’est pas un pseudo) m’a concédé Proust mais m’a engueulé de ne pas avoir lu Faulkner (pour dire la vérité je l’avais ouvert à mon adolescence mais très vite refermé). Nous avons donc décidé d’échanger son Le bruit et la fureur de Faulkner (Livre de poche n° 501, entièrement d’époque) contre mon intégrale d’Alvaro Mutis dans la collection rouge de Grasset. Elle a fait une belle découverte ; moi, je tourne toujours autour de son Faulkner mais c’est décidé : je l’emmène trois jours à la mer avec un manuscrit à relire. Après un café et beaucoup de livres évoqués, Stéphanie (car je ne l’appelle pas encore Steph’) m’a avoué qu’elle avait commis un roman. Nous en reparlerons.

Autre délice du net : j’ai envoyé le livre de Barbara Constantine que je viens de publier à quelques bloggeurs (ou plutôt bloggeuses) littéraires. Cuné (Cunéipage.over-blog.com) n’a pas trop aimé. Elle l’a écrit. C’est son droit. Mais ce qui m’a surpris, moi l’ancien journaliste, c’est qu’elle renvoie à la suite de sa critique sur le site de Cathulu (cathulu.canalblog.com) qui, elle, l’a aimé. Voici de ces délicatesses dont on aimerait qu’elle déborde du cyberespace sur le bon vieux papier. Pour le reste je ne vous parlerais plus d’Allumer le chat, foin de publicité en ce blog d’éditeur.

Deux remarques pour finir : après des semaines tellement prises par le lancement de « mon » livre, je redécouvre la lecture. Il m’arrive de passer ainsi des temps d’agitation frénétique alors qu’il faut du silence pour lire. Deux moments forts : le dernier Cormac McCarthy, Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme (L’Olivier) plein de… bruit et de fureur et le délicieux La mariée mise à nu de Nikki Gemmel (Diable Vauvert). Le premier fait partie de ces écrivains cachés comme Pynchon et quelques autres (quel dommage que cette pratique ne se répande pas en France, imaginez une télé sans Florian Zeller, Beigbeder et BHL). J’avais été ébloui par le premier livre que j’ai lu de lui et notamment pas ces vingt pages où il racontait la pluie tombant sur les feuilles des arbres de la forêt. Résultat : des amis qui avaient suivi mon conseil ont râlé contre ce monde étrange et d’accès difficile. Je vais leur recommander Non, ce pays… plus abordable et tout aussi admirable. Quant à Nikki Gemmel je l’avais rencontré après la publication de Traversée (10/18). C’était une brindille craquante. Maintenant qu’avec La mariée j’en sais plus sur sa sexualité je comprends mieux ! Mais il y a autant de courage dans ces deux livres que dans la plupart des 4 à 600 autres qui viennent de sortir.

PS : Un grincheux avait fait mine de s’étonner d’une de mes chroniques intitulée La flemme. Il avait cru y discerner la jalousie que j’aurais éprouvée à l’arrivée d’un camarade de colonne, David Foenkinos. Faux. Même pas vrai. Par contre, cher David, je tiens à vous dire, ici, en face, que la publication de trois chroniques de votre part depuis le 26 décembre date de ma dernière sortie me soucie. Vous cassez le métier, au prix où nous sommes payés ! Oui, je sais, vous, vous avez une excuse : vous êtes écrivain.

PPS : Oui, je sais, c’est long, mais ça faisait si longtemps…

17/01/2007




Il fait la guerre et l’amour


Les fêtes reviennent à dates régulières. Encadrées de traditions : le 31 décembre est toujours alcoolisé, le sapin de Noël doit toucher le plafond, le « gâteau d’anniversaire » ne peut être qu’au chocolat. Ne change, dans la famille, que les visages qui flétrissent ou s’épanouissent. Parfois une place est vide, parfois un nouveau visage agrandit le cercle de famille. Le temps passe. Mais pour les chats ?

« Gaga » de mon chat, je me suis longtemps demandé si je devais lui offrir un cadeau sous le sapin. Mais il n’a pas de soulier. Zoulou semble pourtant bien distinguer Noël, le jour de l’An et les anniversaires. Encore que les anniversaires… Disons que pour lui l’anniversaire n’est qu’un petit Noël. Tandis que Noël, ce sont des dizaines de sacs en plastique, en papier, des mètres de rubans qui lui rappellent ses jeunes années quand ce déballage le rendait fou, bondissant de façon hystérique, tirant sur les ficelles, rubans, cordons. Noël l’enchante, la Saint-Sylvestre le hérisse. Le jour de l’An c’est d’abord force de coups de sonnette qui le paniquent toujours autant et des dizaines de jambes piétinant, dansant qui l’obligent à longer les murs jusqu’à trouver une cachette calme. Mais Zoulou sait-il le temps qui passe ?

L’année fut rude pour moi et pour les miens. Une vraie tension professionnelle, un licenciement, le début d’une nouvelle vie. Même si cela débouche sur des projets enthousiasmants, ces dix mois ne furent pas de tout repos. Et pourtant, dans quelques jours j’aurai réussi ma reconversion : je publie le 3 janvier mon premier livre en tant qu’éditeur (Allumer le chat de Barbara Constantine). Dix mois ont suffit. Et je suis fier du résultat. Une joie calme, sereine. Comme dirait Giscard, avec la réussite j’ai « jeté la rancune à la rivière ». Pourtant ceux qui m’ont licencié, pour l’essentiel, ont -à leur tour perdu- leur emploi. Je m’imaginais ricaner, leur adresser une carte genre : « Bienvenue au club ! » (des Assedic pour les moindres). Eh puis non. vieux fond judéo-chrétien, sans doute, avec un sourire je me suis contenté de les plaindre. Sincèrement ; pour certains simplement. A quoi sert-il de faire le sale boulot quant à son tour… C’est un jeu contemporain : le licencieur licencié. Qui peut en rire ?

Les journaux se nourrissent d’événements sans cesse recommencés : on appelle cela des « marronniers ». L’hiver, c’est le premier mort de froid. Tous les ans la même histoire. Avec les mêmes questions. Pourquoi meurt-on de froid dans nos riches sociétés ? Pourquoi ne trouve-t-on pas un toit aux miséreux ? Pourquoi certains meurent alors que des places dans des abris restent vides ? Cette année les Enfants de Don Quichotte (quel beau nom pour des gens qui n’entendent pas se battre contre des moulins à vent) ont installé près du Canal Saint Martin (quel beau nom pour partager avec plus pauvre que soi) des tentes pour permettre à des gens pourvu de toit de partager une nuit avec des sans toits. Scandale ! « Des bobos », a clamé une sous-ministre. Au lieu de se moquer de Don Quichotte et ses disciples, proposez mieux !

Hiver, printemps, été, des enfants meurent de la violence qui gagne les rues et les écoles. La crise économique et sociale, la perte des repères, la télévision, les sauvageons et la racaille, etc. A chaque fois les mêmes questions. Que sont nos enfants devenus dans nos si riches sociétés ? Après le racket, les bagarres de bandes, les coups de couteaux, les filles brûlées vive, voici des collégiens de onze ans qui en tuent d’autres à coups de poings, de pieds. Pourquoi ?

Cette année les enseignants du collège Albert Camus (quel beau nom que celui d’un Juste pour une école) font observer qu’avec le nombre de personnel qui leur avaient été promis, mais qui ne leur a pas été accordé, on aurait, peut-être, pu éviter la mort de Carl. « Ce n’est pas la question » a répondu un ministre. Au lieu de s’en prendre aux enseignants qui alertaient régulièrement leur administration sur le danger de violence qui montait, que leur répondez-vous, et que répondez-vous aux parents de Carl, que proposez-vous ?

Problèmes capitaux que la vie minuscule de Zoulou n’entend pas. Pourtant dans sa vie où le temps ne ressemble pas au notre, il est des événements qui nous réjouissent. Cette année Zoulou est amoureux et il guerroie avec ses nouveaux ennemis. De nouveaux voisins sont arrivés avec leurs chats. Tout se passe dans le passage derrière chez nous qui était jusqu’alors une zone de chasse à la souris réservée à Zoulou. Ce passage est devenu terrain de manœuvres : un jeune chat a voulu annexer le passage. Depuis ce ne sont qu’embuscades, offensives, corps à corps et guerre de tranchée. Mais il y a aussi une petite chatte. J’ai surpris Zoulou en train de l’embrasser sur la bouche (la gueule si vous préférez). Compte tenu des circonstances, il n’y a ni mort, ni possibilité de conclure. Prévert disait qu’il préférait les chats aux chiens car il ne connaissait pas de chat policier. Il n’y a pas, non plus, de chat actionnaire. Zoulou fait la guerre et l’amour sans victime aucune.

26/12/2006




Funambule à cloche-pied


Opération genou réussie ! Me voici pour quelques jours claudicant sur mes béquilles, coincé entre lit et canapé. L’occasion de quelques réflexions drolatiques ou dramatiques. Ne cherchez pas de continuité ici. Si le genou va aller mieux, le cerveau reste embrumé par l’anesthésie.

Hubert Nyssen, le fondateur d’Actes sud qui préfère tenir ses « cahiers journaliers » plutôt que son blog (mais comme il le publie sur Internet…) s’amuse de l’enquête « trompe couillon » de la RTBF sur l’éventuelle sécession de la Flandre et la fuite du roi des Belges (attention de ne pas passer par Varennes !) . Nyssen, homme du livre, se demande si la « confiance immanente » en la télévision ne va pas en prendre un coup, Nyssen, Belge devenu méridional, s’inquiète pour son pays. Cet événement me rappelle l’histoire de la grande bibliothèque de Louvain que m’a raconté sa fille, Françoise, qui lui a succédé à la tête d’Actes sud: « Cette prestigieuse université européenne créée en 1425 a été divisée en deux en 1968 car on venait de découvrir qu’elle était francophone alors qu’elle se situait en Flandre. La bibliothèque a du être divisée : les ouvrages en français ont été renvoyés en Wallonie à l’Université catholique de Louvain-la-neuve, et tous les autres sont restés dans la magnifique bibliothèque reconstruite grâce à des crédits américains après guerre dans le cadre de la désormais Katholieke Universiteit de Leuven. Problème : que faire des dictionnaires wallo-flamand ? Après mûre (?) réflexion les autorités flamandes ont décidé de garder les tomes pairs et d’envoyer à leurs voisins wallons les tomes impairs… »

Cadre de vie, écologie, politique urbaine, tous, de droite comme de gauche, veulent « améliorer la ville ». Résultat : avenue de Clichy à Paris la grille du métro a été entourée d’un charmant petit mur en brique. Quant à la banque située au croisement de cette avenue et de la place Clichy, ses rebords de fenêtres ont été ornés de pointes de grille dignes de Versailles. Cela aurait-il quelque chose à voir avec les SDF qui quêtaient assis confortablement sur ce rebord près du distributeur de billets avant d’aller dormir au chaud sur les grilles du métro ?

C’est mon ami et il m’a donné envie de m’intéresser aux livres il y a 23 ans. John Leonard, patron du supplément littéraire du New York Times à 27 ans, est reconnu par ceux qui le connaissent comme un homme cultivé, un homme de conviction et un être délicieux. Il vient d’être désigné par Time Out comme le meilleur critique de livres de New York, autant dire américain, pour ne pas dire du monde, devant le romancier John Updike et quelques autres. Avec ce commentaire : « John Leonard est souvent bien meilleur écrivain, penseur et styliste que ceux dont il critique les livres. » En France cela passerait pour une vacherie.

Le drame avec les politiques français c’est qu’ils se croient obligés d’écrire (écrire, écrire…) des livres et de décliner leurs goûts littéraires pour aspirer à la charge suprême. Nicolas Sarkozy a sacrifié à la règle en citant Céline et Belle du seigneur d’Albert Cohen. Curieux choix. Je ne connais pas de responsables politiques qui lisent des romans : leur vie est trop chargée pour ces futilités. Cette affirmation appelle à la prudence, d’autant qu’il s’est moqué lors d’un meeting électoral qu’on puisse demander à un apprenti fonctionnaire ce qu’est La princesse de Clèves. Cela me rappelle la crise de nerfs de François Bayrou lors d’une campagne pour les élections au Parlement européen en 1989. Hervé de Charrette maire de Saint-Florent-le-vieil avait entraîné Valéry Giscard d’Estaing après son premier meeting chez le plus connu des ses administrés : Louis Poirier, dit Julien Gracq. Bayrou trépignait sur le trottoir en voyant partir en trombe la voiture du maire: « Ni l’un ni l’autre n’ont lu Le rivage des Syrtes, moi si mais ils me prennent pour un petit chose. » Il n’était qu’agrégé de lettres, les deux autres avaient fait l’ENA.

PS : Après des années passées à vanter Vies minuscules de Pierre Michon (Folio), je l’ai enfin lu. Une merveille de style, de sensibilité. De littérature. Si l’on demandait plutôt aux gens ce qu’ils n’ont pas lu. Voici ma liste abrégée : Proust, Le rivage des Syrtes, Faulkner et tant d’autres. Ces livres qui paraissent si haut qu’ils impressionnent. Et puis un jour…

15/12/2006




Hommage aux attachées de presse


Dans le petit monde littéraire qu’il m’arrive de frôler, il y a les classiques : le salon du livre (de Paris, de voyage, de gastronomie, du Figaro, etc), les cocktails (depuis que j’ai arrêté de boire je n’y vais plus ; je n’y allais pas avant non plus car je suis incapable d’engager la conversation avec quelqu’un que je ne connais pas) et les enterrements. Cette coutume, souvent triste, peut être gaie à l’occasion. Je me souviens encore de la colère, roulant comme un torrent provençal sous l’orage, d’Yves Berger à une rentrée de septembre après l’enterrement d’Hervé Bazin au mois d’août: « Vous vous rendez compte : il n’y avait ni Gallimard, ni X, ni Y. (suivait une liste d’éditeurs concurrents de Grasset). Après ce qu’il a fait pour eux (sous-entendu tous les Goncourt attribués par l’académie qu’il présidait). Je vous le dis, Christian, ne mourez pas en été et, surtout, ne vous faites pas enterrer en province !… »

Il y a quelques mois une amie attachée de presse a été frappée par un deuil. Famille, amis, éditeurs, auteurs, critiques remplissaient l’église. Que l’on croit au ciel ou que l’on n’y croit pas, les moments de silence qui rythment ce genre de cérémonies imposent ou proposent examens de conscience et réflexions sur la dureté du temps qui passe, sur la futilité des honneurs. Les plus vieux s’observent à la sortie, immortels ou pas, en paraissant se demander : et maintenant à qui le tour ? Dans le petit monde germanocatin, c’est le pire. Ni fleurs, ni couronnes, ni champagne.

Pour être honnête, je me demandais si Paul et Jacques (*) seraient là. Pourquoi ? Parce que quelques temps auparavant j’avais surpris une conversation qui avait fait mon éducation des mœurs éditoriaux les plus fins. Plongés dans leur fauteuil, l’éditeur et deux de ses auteurs s’interrogeaient sur cette attachée de presse. « Il paraît qu’elle s’en va ? » demandait Paul, un des « auteurs ». « Ouais » répondait, gêné, l’éditeur. « Ben pourquoi ? » demandait le curieux. « Elle en a marre. Veut faire autre chose » répondait son patron. « Elle a qu’à aller faire ses 35h comme caissière chez Monoprix, elle verra ! », clamait l’auteur qui mène une vie terriblement difficile sous son parachute en or massif. « Ou chez Olida ! » éructait Jacques, l’autre « auteur » écrasé par des déjeuners trop copieux et des dîners trop arrosés. L’élégance est restée à l’éditeur qui, sans contrer ces goujats, paraissait sincèrement soucieux pour sa collaboratrice. Jacques est arrivé à la fin des obsèques, et s’est fait remarquer au fond de l’église en lançant une plaisanterie. Dans la restauration on est bon vivant.

Pour les avoir rudoyées plus d’une fois, je voudrais rendre hommage à toutes ces attachées de presse renvoyées dans les cordes par les journalistes, pressurées par les éditeurs, maternant des auteurs infoutus d’aller seuls à une émission de télévision, chargées de trouver une réservation de train « parce que le salon n’est pas chauffé » (traduisez : l’auteur n’a pas fait une signature depuis le matin) et autres travaux d’enquêtes pour retrouver un auteur qui s’est trompé de lit après une soirée arrosée dans la boite de la sous-préfecture. Quand les mêmes auteurs « caftent », disons, au hasard, une ex-idole des jeunes, qui écrit à son éditeur pour dénoncer celle qui n’a pas su défendre son livre alors qu’il ne vend plus aucun livre, même à la sortie des écoles, ou le grand écrivain qui, après avoir menacé de changer d’éditeur si « son » attachée de presse prenait sa retraite, prend contact directement avec celle qui lui succèdera dans quelques mois sans même dire au revoir à sa « préférée ». Merci à Anne, Joëlle, Hélène, Lydie, etc.

Et à l’amie éplorée, maltraitée, j’aurais voulu dire ces quelques mots tirés de « Vie de la petite morte » qui clôt les Vies Minuscules de Pierre Michon à qui le titre de ce blog veut rendre hommage : « Il faut en finir. Nous sommes en hiver ; il est midi ; le ciel vient de se couvrir uniformément de bas nuages noirs ; tout près, un chien pousse à intervalles réguliers ce cri lent, très sournois et comme de conque marine, qui fait dire qu’il hurle à la mort ; il va peut-être neiger. Je songe aux gais jappements des mêmes chiens, les soirs d’été, lorsqu’ils ramenaient les troupeaux dans les flaques de clarté ; j’étais enfant, la lumière l’était aussi. Je m’épuise en vain peut-être ; je ne saurai pas ce qui s’enfuit et se creusa en moi. »

(*) comme dans tout bon écho « people » divers ou compte-rendu de bagarres d’après match du PSG, les prénoms ont été changés.

06/12/2006




La flemme


Y a des jours, des semaines, parfois plus encore, où on n’a rien à dire. Envie de rien faire, de ne pas ajouter des mots à la cacophonie ambiante. Un nouveau blog ? Pourquoi ? Pour la gloire ? Parce que ? A quoi bon ces bavardages ?…

Il est vrai que les temps sont durs : les deux derniers week-ends à la Foire aux livres de Brive et au Salon du Livre gourmand de Périgueux m’ont été fatals. Le foie (gras, évidemment) crie grâce. A y perdre la foi. La découverte piétonnière de ces belles cités s’est révélée particulièrement douloureuse pour mon genou. Va falloir tailler dans le vif. Et puis, avouons-le, le départ de ma compagne à l’autre bout du monde pour une conférence sur les violences faites aux femmes m’a achevé. La double journée c’était pour moi. Lire, écrire, compter, oui mais aussi faire la cuisine, la vaisselle, le linge, le ménage. ARRETEZ ! D’autant que les enfants m’ont enfoncé : « T’es pire que maman ! Un vrai maniaque du rangement.» Moi qui laisse tout traîner !

Ah les femmes, vous les femmes (roucoulez comme Julio Iglesias, vous comprendrez tout) ! Comment y arrivez-vous ? Quel homme a réussi à ouvrir le Louvre au slam, et la banlieue à l’art ? Toni Morrison, prix Nobel de littérature, elle, l’a fait. Il faut donc venir de Princeton pour comprendre les problèmes de nos banlieues. Relisez donc Beloved (10/18), un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale entre la vaisselle et le repassage. Regardez Shaharazad, il a fallu qu’un amoureux rejeté l’immole par le feu pour que le ministre de l’Intérieur vienne lui remettre la nationalité française. Quel courage ! Quelle dérision, aussi. On n’aime les immigrés que bien cuit ! Vous verrez que si on continue comme cela un jour on devra élire une femme à la présidence de la République pour changer les choses. Mais c’est pure utopie, n’est-ce pas ?…

Il n’y a qu’un homme pour commencer un blog sans en avoir jamais lu un. Nous, on sait évidemment ! Saisi par la flemme, j’ai profité ces derniers jours de ma grève de blog pour aller voir un peu ce qui s’écrit sur le net. J’ai découvert des blogs littéraires par centaines. Souvent tenus par des lecteurs, plutôt en fait par des lectrices, qui disent leur passion pour les livres. Avec une franchise, une sincérité spontanée, une vérité troublante pour celui qui a fréquenté davantage le papier et l’encre d’imprimerie que le monde virtuel du net.

Faut-il ajouter des mots aux mots ? De la compétence face à la passion ? Je doute. Nous verrons, nous verrons…

PS Bienvenue à mon nouveau voisin de colonne, David Foenkinos. Un homme qui a écrit En cas de bonheur, Le potentiel érotique de ma femme et Les cœurs autonomes ne peut pas être mauvais.

28/11/2006




Pipoles à la Foire


« Oh, t’as vu ? La rousse, c’est elle qui a eu le prix Femina. » On ne peut pas en vouloir à cette bourgeoise briviste si elle confond Nancy Huston avec Madeleine Chapsal. Béret enfoncé jusqu’aux oreilles, elle arpente le marché aux foies gras et aux magrets à la recherche de « bons produits ». Mais elle n’a pas reçu le Femina, elle en a été exclue. Foire aux vanités à Paris, Foire aux spécialités gastronomique (et aux livres) à Brive. Mieux vaut en rire.

Rien n’a changé, les Parisiens « descendus » en Corrèze pour l’une des plus importantes manifestations littéraires en France sèchent les nourritures de l’esprit pour les nourritures terrestres le samedi matin. On s’arrache figues au foie gras et trompettes de la mort (et non celles de la renommée, pauvre Brassens) entre écrivains académiques et critiques littéraires estampillés 6e arrondissement. François de Closets, M. « Toujours plus », rapporte à la Truffe noire, ses emplettes. « Mais pas de foie gras, ma femme l’achète à Paris. » Le frigo du restaurant englouti les achats de l’essayiste, au milieu de plein de foies gras à cuire à Paris. Françoise Xenakis que chacun reconnaît quand elle a retrouvé ses lunettes à monture rouge annonce fièrement : « Je pars acheter des charentaises ». C’est d’un chic !

25e Foire du livre de Brive, l’édition prend un lustre singulier. Personne ne reconnaît cet homme à la barbe de Victor Hugo, simplement Michel Butor, mais tous frétillent en se poussant du coude, certains s’extasiant devant les lunettes Top Gun de Doc Gyneco (si, si, il a signé un livre) d’autres en jetant un œil discret sur la frimousse de Christine Angot peu habituée de ces ripailles. Le futur ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy ne parle pas, sauf à son téléphone portable en dédicaçant ses livres. Quant à Angot, tout le monde l’évite de peur de se retrouver dans son prochain livre ou de se faire engueuler. Les journalistes littéraires ne sont pas téméraires mais plutôt pipelettes, voir pipolettes. Car la grande question qui a agité le petit monde des lettres (qui chuchote à l’apéritif, sous-entend au foie gras, répète pendant le magret et hurle à la vieille prune) est : est-il vrai que dans la nuit de vendredi à samedi, Angot et le Doc ont dansé, collé-serré, un slow chaud comme la braise, au Cardinal la boîte briviste des troisièmes mi-temps ? La reine Christine va-t-elle rejoindre le comité de soutien de Sarko, le Doc va-t-il se rendre enfin compte qu’on ne joue plus au docteur après l’âge de raison (7 ans) et mettre enfin Proust en rap ? Les supputations font rage.

Il y eut d’abord l’Ecole de Brive, puis les réunions des Goncourt, le chemin buissonniers des Académiciens, Brive est passé cette année aux people. Cela ne va pas sans couacs. Le Monde a méchamment fait observer que le Prix de la langue française attribué à Christiane Singer en l’absence de l’auteure mais aussi de l’ensemble du jury (exception faite de Jean Favier). Marie-Françoise Leclère du Point, sponsor de la Foire, n’appréciait guère que deux des invités à son grand débat soient absents et qu’on lui rajoute à la dernière minute Sorj Chalandon, prix Medicis (Une promesse, Grasset). « Je n’ai rien contre lui, mais je n’ai pas lu son livre. Pour un débat, c’est la moindre des choses. » Comme se félicite un des organisateurs : « Rappelez-vous que c’est une foire pas un salon… » On ne saurait mieux dire : le même m’avait demandé de faire découvrir au public de cette édition du quart de siècle de jeunes auteurs. Après l’avoir beaucoup poursuivi au portable j’ai appris le lieu de ce débat une heure avant qu’il se tienne. Le suivant, samedi, avec Max Monnehay (prix du premier roman pour Corpus Christine) s’est déroulé devant cinq personnes, attachée de presse comprise, dans un bruit rendant le débat inaudible. Alain Mabanckou, tremblant dans l’attente du lundi où allait lui être attribué le prix Renaudot (Mémoires d’un porc épic, Seuil), et Leonora Miano sont arrivés devant une salle vide alors que leurs lecteurs se pressaient devant leur stand. Il est vrai que les noms de ces jeunes auteurs ne figuraient pas dans le programme de la Foire, pas plus que le lieu et l’heure de leurs interventions ! J’ai donc décidé d’annuler ces simulacres de débats (et raté ainsi Stéphane Audeguy). Je ne suis pas sûr que ces auteurs prometteurs seront là pour la 50e Foire du livre de Brive si elle a lieu un jour.

Avantage de cette déconfiture : j’ai pu ainsi assister au match de rugby entre Brive et Narbonne. La peur au ventre, le CAB l’a emporté de justesse évitant peut-être ainsi la relégation en deuxième division. Mais surtout au lieu de débattre dans le vide j’ai rencontré le héros de mon adolescence : André Boniface. A 72 ans, il en fait 30 de moins. Grand, très grand, droit, très droit, sans une once de graisse, il chante le rugby avec une élégance que ce sport a un peu perdu. J’avais vu, il y a quelques années, un formidable documentaire sur les « Boni », André et son frère Guy, ce frère mort trop tôt dans un accident de voiture. Sur ce thème il vient d’écrire Nous étions si heureux… (Table ronde) qu’il m’a dédicacé. Dans le train du retour j’ai tout oublié, les intellos au marché, les pipoles en boîte et l’incompétence des organisateurs. J’ai lu un livre bouleversant, rencontré un homme magnifique et l’amour fraternel. Que vous aimiez le rugby ou que vous ignoriez ses règles, peu importe : jetez-vous sur ce livre, un livre comme je n’en ai pas lu depuis bien longtemps. Dès le premier chapitre vous serez saisi à la gorge. Il raconte comment la nuit de la mort de son « petit frère » il a rejoint sa dépouille à l’hôpital pour s’allonger toute la nuit à côté de lui. « Je repensais aux milliers de nuits que nous avions partagées. A Montfort, à Mont-de-Marsan, en déplacement avec le Stade Montois ou l’équipe de France. C’était toujours Guy qui s’endormait le premier. »

08/11/2006




Intello à cause de papa


Voilà quatre jours que nous vivons sans eau. Rien à voir avec le réchauffement du climat qui fait si peur à Al Gore et à quelques autres Verts de toutes les couleurs. Simplement mon incapacité à changer un joint (catégorie plomberie, pas drogue douce) oblige ma famille à stocker des carafes d’eau, au cas ou… Une prise électrique (trois actuellement dans le bureau de ma femme) qui ne fonctionne pas, et c’est pareil. Nous voilà totalement dépendant d’un plombier, d’un électricien ou finalement de « quelqu’un qui sait ». Des ouvriers manuels, des hommes à tout faire, discrets comme la violette sous la mousse, coûteux comme le caviar de la Caspienne.

Tout ça, c’est l’histoire de ma vie. Ne prenez pas vos mouchoirs : je sais, en effet, faire la lessive (quand la machine n’est pas en panne) et la vaisselle (même si la machine est en panne), je sais même repasser mes chemises ( le devant et les poignets, bref ce qui se voit quand on porte une veste). Vivre avec une féministe oblige à quelques concessions, je les ai faites après des années de résistance. Mais bricoler jamais ! Car mon père, qui était menuisier, n’avait qu’une peur : que j’emprunte ses outils. Or, premièrement c’était dangereux (il avait perdu trois phalanges avec une scie à ruban), deuxièmement je risquais de les endommager (l’ouvrier menuisier fabriquait lui-même ses outils : robot, varlope, etc), troisièmement je faisais des études secondaires, c’est à dire que je n’allais pas bien travailler (en classe) si je travaillais sur son établi. « Laisse moi faire » était sa façon de m’encourager.

Pourquoi vous parler de cela ? D’abord parce que la fuite d’eau dans la cuisine nous empoisonne la vie. Et parce que je vais à la Foire aux livres de Brive en fin de semaine. Longtemps (23 ans), je ne suis pas allé à Brive. J’étais occupé le vendredi et le samedi car un journal du Dimanche, ça ne se fait pas le dimanche comme certains petits malins le croient mais principalement le samedi. Et puis j’avais un mauvais souvenir de la Corrèze originale. Toute ma famille vient de là, elle vient du blues (familial et corrézien). Mes parents morts, je n’ai pas un goût prononcé pour les cimetières, mes seules racines (comme les pissenlits) que chérissent pourtant les bouffeurs de curés du coin. Et puis, je me suis laissé entraîner l’an dernier à Brive autant pour m’éloigner des remugles journalistiques que pour découvrir le « train du cholestérol », spécialité germanocantine aussi cocasse qu’appétissante. Trois jours de foie gras ne font de mal à personne, sauf aux pisse-vinaigre et aux culs pincés.

C’est dans les travées de la Foire que j’ai connu ma révélation. Pour Claudel ce furent les vapeurs d’encens près d’un pilier de Notre Dame, pour moi, plus modestement, ce fut une effluve d’étable près d’une table de livres de je ne sais quel éditeur (Robert Laffont, Gallimard ?). Un paysan venait, après avoir vendu ses produits acheter des livres. Tous les visages de mes oncles et cousins, tannés par le soleil, crevassés par le froid, ont défilé dans ma tête en un flash de plaisir. Quand j’ai rouvert les yeux, j’ai vu ces amoncellements de livres, tellement semblables à ceux que j’offrais à mon père pour occuper les dernières années de sa vie. Un homme que j’ai aimé et qui a, sans doute, décidé de mon avenir pendant mes tendres années. Je le revois, alors que j’étais enfant, assis sur une chaise de la salle à manger, après s’être lavé et avoir mis la soupe à cuire, en train de lire les pages sportives de son quotidien préféré. C’est sans doute là qu’il a fait de moi un journaliste. Ensuite, je suis devenu un homme du livre. A Brive j’ai bouclé la boucle l’an dernier. Quelques mois avant d’être viré de mon journal. La page « livres » dont j’avais la responsabilité était, paraît-il, trop « intello ». Ils ont eu raison, ce n’était plus une boucle. C’était une révolution !…

30/10/2006




L’écrit n’est pas mort, car…


Savez-vous à quoi l’ancien ministre de la Justice de George W. Bush consacre ses loisirs ? A la sculpture sur barbelés ! Savez-vous que vous pouvez acheter mon troisième livre ? Une biographie de Bernard Kouchner aux éditions Flammarion. Deux infos piochées sur Internet mais cherchez l’erreur… Car ce nouveau média gratuit charrie le pire et le meilleur. J’oserais, si mon voisin de page, Daniel Garcia, ne s’offusquait pas de me voir piétiner ainsi ses platebandes, ajouter que la langue des blogs vaut la langue d’Esope. Bon, alors vous avez trouvé l’info exacte ?

Eh bien, c’est la première ! M. Ashcroft, born again christian « parce que je suis pécheur », born again torture « pour que le 11-Septembre ne se reproduise pas », a fait cette ahurissante confession dans un interview à Deborah Salomon le 15 octobre dans le supplément magazine du New York Times. Mister Guantanamo, Mr. Abou Grahïb, se détend en faisant de la sculpture de barbelés ! Son ranch, paraît-il ; en regorge. La deuxième info n’en est pas une, même si elle figure depuis plus de dix ans sur Chapitre.com. En fait j’avais signé un contrat pour ce livre avec Françoise Verny en… 1993. Je n’ai jamais écrit ce livre et, devenu critique littéraire, j’ai remboursé mon avance à l’éditeur (on n’est jamais trop prudent). Si donc vous tombez encore sur ce texte de chapitre.com : « Vous recherchez le livre Bernard Kouchner écrit par Christian Sauvage : si c’est le titre tant recherché, vous pouvez le commander ici», surtout n’envoyez pas d’argent ! Treize après je peux vous affirmer que ce livre n’est pas disponible puisqu’il ne sera jamais écrit !

Cela m’amène à observer le débat sur la mort de la presse, l’agonie de l’écrit, et le rêve de la cyberomniscience avec une certaine réserve. La presse est morte ? Mouais… Paris-Match, m’avait-on appris en 67-69 au Centre de Formation des journalistes était mort avec la télévision. Daniel Filipacchi et Roger Thérond, puis Alain Genestar ont prouvé le contraire. Ceux qui s’en vont annonçant la mort de la presse écrite et du livre, un peu après, risquent d’avoir des surprises du même type, à condition d’avoir de vivre assez longtemps. Jean d’O, ainsi que le rapportait mon voisin de blog, se compare, en tant qu’écrivain à un cactus qui fleurit avant de mourir. Je suis plus optimiste que lui. Je le vois plutôt en bonsaï.

D’autres belles plantes se sont ému du sort de l’écrit. Le discret échange entre Denis Jeambar et Franz-Olivier Giesbert n’a pas manqué de saveur. Le premier s’est dit convaincu de l’avenir de l’écrit dans l’édition (il est devenu patron du Seuil) plutôt que dans la presse (il a quitté la direction de l’Express). FOG, le patron du Point, qui connaît aussi bien l’édition, lui a répliqué que son magazine, lui, avait progressé de 5%…

Alors, Internet ? Libre, je suis de trouver mon information en googleïsant et en wikipediant. Certes, mais l’absence de sources et de dates souvent, l’absence de vérification encore plus, font que ma liberté manque de réalité. Bien sûr, internet est libre d’accès, peu coûteux, presque gratuit comme les quotidiens qu’on vous donne à la sortie du métro ou ces « plus produits », suppléments rédigés directement par des publicitaires consacrés aux vacances, aux vins, aux montres de luxe, etc. Tout est beau, rien n’est vrai. Et cela masque habilement les licenciements de journalistes et autres réductions de paginations des journaux eux-mêmes. Car pour gagner de l’argent il faut rétrécir le produit (la baguette craquante de mon boulanger coûte toujours 1€ mais elle a diminué de moitié la semaine dernière au point de ressembler à un bâtard) Le métier de journaliste, maintenant que je l’ai abandonné, me paraît définitivement un métier, un vrai. Celui de patron de presse, il m’arrive de me le demander.

Le cyberespace pille les journaux, confond informations et rumeurs mais il vient d’inventer le journal intime public. Les blogs s’imposent. D’abord chacun peut dire ainsi sa façon de penser. La presse française n’a jamais accepté un vrai courrier de lecteurs, ou d’autres opinions que celles des sacro-saints « spécialistes ». Etant journaliste, je me suis toujours demandé pourquoi nous étions les seuls à pouvoir donner notre avis sur tout. Je ris encore au souvenir de ces éditorialistes n’ayant jamais dépassé les limites des palais nationaux qui étaient interrogés, il y a une quinzaine d’années à la télévision sur l’horreur des hivers des SDF. Surtout quand ils sont devenus muets comme des carpes quand Hubert Prolongeau qui s’était mis dans la peau d’un SDF pendant plusieurs mois pour un livre (Sans domicile fixe, Hachette, 1993) leur expliquait que, non tout le monde ne risque pas de devenir SDF. Les mêmes bouches bées quand Alain Duhamel, Jean-François Coppé et les autres écoutaient jeudi soir sur France 2 Abd al-Malik slammer sa vie. Des poules ayant découvert une paire de ciseau. Bloguez, bloguez votre avis en vaut bien d’autres. Et achetez des journaux : il y va de votre liberté.

Revue de critique

Mention spéciale au blog de Didier Jacob du Nouvel Observateur qui a ouvert la saison des prix littéraires en attribuant le Grand prix Cruche 2006 à Françoise Chandernagor pour son interview à Elle sur ses choix au jury Goncourt. Blogs.nouvelobs.com/didier_jacob/index.php

24/10/2006




Mon problème de « je »-« nous »


« A partir de 40 ans, si vous vous réveillez sans avoir mal quelque part… c’est que vous êtes mort. » Ayant largement dépassé les quarante premières années de ma vie, je goûte la pertinence, en même temps que le sens de l’humour, de ce bon vieux bouledogue de Winston Churchill. Si vous ajoutez à cela une pratique fervente de l’hypocondrie (les membres du club n’ont pas pu passer à côté du délicieux opuscule de Gilles Dupin de Lacoste : L’hypocondriaque, Payot), je sais ce que « bo-bo » veut dire. La semaine dernière je me suis réveillé avec une douleur au genou qui ne fait que croître et embellir depuis. Le rhumatologue n’ayant pas de « consultations d’urgence » avant dix jours et l’ostéopathe avant cinq, je marche à l’aspirine, ou plutôt je claudique. Pourtant les choses avancent. Seulement j’ai du mal à suivre la cadence.

Mercredi dernier, première surprise partie : je rencontre – à 9h du matin !- les représentants de Calmann-Lévy pour présenter le premier roman que je vais éditer. Huit minutes pour leur donner envie de défendre Allumer le chat de Barbara Constantine devant les libraires. Je fais de mon mieux dans l’enthousiasme communicatif. Quand je leur lis le premier chapitre je bois leurs rires. Ca marche ! En les quittant d’humeur joyeuse, je me retiens de les embrasser un par un. Un quart d’heure plus tard, je boîte bas rue de Fleurus en me dirigeant vers Saint-Germain-des-Prés. Moi qui me suis tellement gaussé de la « littérature Germanopraline », je vais finir par obtenir ma naturalisation dans le quartier. Comme tout gentleman, mon côté british, je paie mes dettes en apportant, rue Bernard-Palissy une bouteille de champagne à Irène Lindon patronne des éditions de Minuit. J’avais parié que son auteur, Laurent Mauvignier aurait le Goncourt avec Dans la foule. Il n’est pas sur la liste comme elle le craignait. Nous buvons gaiement dans ce temple austère de l’édition. J’aime cette femme bien plus drôle qu’on l’imagine. Ayant rendez-vous en fin d’après-midi avec Bernard Martinat qui a « fait » la Foire du Livre de Brive avant d’inventer le Salon du Livre gourmand de Périgueux, je m’arrête rue de Rennes devant l’Arlequin. A 14h10 je pourrai voir Indigènes, le film de Rachid Bouchareb. Croisant Jean-Claude Berline, lui aussi travaille dans l’édition, nous avalons de conserve un déjeuner tout ce qu’il y a de frais. Il me fait une révélation : Barbara Constantine a été son élève quand il était jeune prof de français à l’Ecole bilingue… Comme le monde est petit dans le 6e arrondissement.

Traverser la rue de Rennes n’est pas facile, descendre l’escalier du cinéma encore moins, en ressortir bien davantage. La douleur s’étend maintenant de la cheville à la hanche. Bientôt je jouerai les gueules cassées. Pourtant, pendant les 128 minutes, que dure le film j’ai tout oublié devant ce carnage bien réel. L’émotion que font passer les acteurs primés à Cannes, les musiques de Khaled, les images et cette Marseillaise chantée à pleins poumons par ceux que l’on traite déjà de « bougnoules » quand ils viennent défendre la « Mère Patrie » sont bouleversantes. Les Français, quelle que soit leur couleur politique ou de peau parviendront-ils un jour à se réconcilier ? Comme pour me rappeler à la réalité mon genou se bloque quand je retrouve sur le trottoir : je crois entendre les cris de « CRS-SS ! » auxquels répondent une Marseillaise que nous prenions pour un chant contre-révolutionnaire… A force de demander l’impossible la porte nous est revenue dans la figure.

Parler bouffe et politique, que faire de mieux avec Bernard Martinat au bar de l’hôtel Lutétia ? La sélection des « nouvelles gourmandes » parmi lequel le jury, dont je fais partie par gourmandise, devra choisir le prix pour Périgueux, cède vite le pas aux recettes de terrine (celle de Bernard est somptueuse) et au débat Ségo-Sarko. Nous différons sur le charme de « Mme Royal », comme il dit, auquel, lui, n’est pas sensible. Mais c’est une vieille histoire. Le quitter pour aller rejoindre le cocktail organisé par la Foire du Livre de Brive ressemble à une trahison. Mais c’est une des caractéristiques de l’édition, de même que l’embonpoint que je sens poindre. Un dîner amical plus que littéraire et je rentre en me traînant chez moi.

Comme disait Lacan : quand on a mal au genou c’est que l’on a des problèmes relationnels ! Car nous souffrons de l’articulation du « je » et du « nous ». J’ai envie d’être éditeur mais ai-je envie d’appartenir au monde de l’édition ?

16/10/2006




Mon marché à Saint-Germain-des-Prés


N’allez pas à Saint-Germain-des-Prés pour acheter des livres et encore moins des fringues ! Des livres, il n’y en a plus guère (à part La Hune, L’écume des pages et quelques vendeurs de livres d’occase ou de nids à bibliophiles), les libraires ayant cédé la place devant la fripe. Quant aux fringues, justement, elles sont hors de prix ! On a critiqué la gauche caviar qui avait jeté son dévolu sur la Flore et les Deux-Magots. Elle est supplantée par ce que les Américains appellent la « gauche Armani ». Ou la droite Vuitton, en face de l’église Saint-Germain-des-Prés ça fait encore culturel depuis que Bernard Arnault joue avec François Pinault à qui pisse le plus loin ? Le second s’était fait la malle à Venise avec sa collection, du coup le premier va désespérer le Jardin d’Acclimation (à défaut de Billancourt) avec sa fondation de luxe.

Pour entretenir le souvenir du Paris de Sartre, Beauvoir et compagnie, les fripiers essaient de se faire bien voir. La première, dès 1968, Sonia Rykiel a glissé, dans sa boutique du boulevard Saint-Germain, entre ses petites robes noires, son manteau en fourrure (à 35000€) et ses sacs au prix des rétroviseurs de Ferrari, quelques livres en devanture. On peut être couturière et savoir lire à condition de faire attention à ne pas se piquer les doigts. Presque en face un autre magasin, « Sonia Rykiel homme », présente, au milieu des foulards colorés (35 euros le mètre) et des vestes noires, le livre de René Frydman et Muriel Flives-Trêves, A quoi rêvent les hommes ? (Odile Jacob) avec une invitation imprimée sur la vitrine au colloque de Psychanalyse et gynécologie qui se tiendra sur le même thème au Grand amphithéâtre du Museum Nationale d’histoire naturelle du Jardin des Plantes les 17 et 18 novembre prochain Les seins en mousse qui traînent entre le livre et les fripes sont, ainsi que précisé, en vente à « Rykiel Woman » (« interdit aux mineurs ») entre différents sex toys et un fouet rouge du plus bel effet (130€). C’est l’opération « Quoi de neuf ? », deuxième édition, qui préconise objets et événements culturels (livres, disques, expos, films, etc) de la rentrée dans les six magasins Rykiel. Pas loin, dans l’ancien magasin de Gilles Masson dont BHL était client, on annonce prochainement l’ouverture de « Rock n’ roll Zadig », filiale de « Zadig et Voltaire », juste à côté d’un « Apostrophe » où il n’y a ni livre, ni cravate pour Bernard Pivot avant de se rendre au déjeuner des Goncourt.

Vite, réagissons, n’abandonnons pas la culture aux fripiers ! Pourquoi les libraires, de Saint-Germain ou d’ailleurs, ne vendraient-ils pas quelques cachemires et autres pashminas, ou quelques sex toys en cadeau à tout acheteur des trois volumes du Sade à la Pléiade ? Une façon comme une autre d’égayer leurs devantures et d’arrondir leurs fins de mois. Regardez l’exemple est donné par certains journaux spécialisés. Ainsi Lire vous propose-t-il, si vous vous abonnez pour un an à leur magazine, de payer 40 € au lieu de 80 et de recevoir en cadeau « le premier roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes ». Si l’on se rappelle que l’éditeur vend ce livre 25€ combien faudrait-il verser à M. Gallimard pour recevoir en cadeau le dernier numéro de Lire ? Ou une paire de bottes en cuir noir ?

Puisque chacun fait dans le « plus-produit » je vous offre, en prime, ma première « revue des critiques qui vous ont peut-être échappé ». Si ça vous plait, je recommencerais.

Le pour et le contre

Alexandre et Alestria de Shan Sa (Albin Michel). Dans Lire deux avis. Pour, Delphine Peras : « Qu’importe si elle a reçu ou non le secours de quelque plume d’appoint pour ce sixième roman, c’est le cas de quelques auteurs parmi les plus insoupçonnables… » Contre, Christine Ferniot : « S’il était un gâteau, ce serait un pudding. S’il était un légume, ce serait un navet. »

Une littérature musclée

Je te retrouverai de John Irving (Seuil). Dans Le Figaro littéraire, Eric Neuhof : « Dans son hôtel parisien, M. Irving, ancien champion universitaire de lutte, a accepté que des journalistes assistent à ses séances de musculation. Et même, pour les plus endurcis, qu’ils se joignent à lui à l’heure du sauna, pour transpirer de conserve. Un traitement de faveur qui devrait valoir au père de Garp des articles louangeurs… » François Busnel de Lire : « Il faut rouler plusieurs heures depuis New York pour atteindre le comté de Bennington dans le Vermont. John Irving a fait bâtir son immense maison en bois à flanc de colline, entre forêt et vallons. A côté de son vaste bureau (…), la monumentale salle de gym qu’il a fait aménager et où chaque jour après ses heures d’écriture, il cultive sa forme et s’entraîne à la lutte. C’est là qu’il reçoit en toute simplicité après avoir préparé au visiteur un solide petit déjeuner campagnard. »

Elle dit, elle dit pas

En nous la vie des morts de Lorette Nobécourt (Grasset). Les « sifflets » de Didier Jacob dans le Nouvel Observateur : « Elle ne dit pas un sexe. Elle dit : « une gargouille de paradis au cœur de ses cuisses ». Elle ne dit pas aliment pour hamster. Elle dit : « cette sorte de foin splendide ». »

Faîtes court !

La maison des célibataires de Jorn Riel (10/18). C. P. de Metro : « C’est scandinave, drôle, alcoolisé, bref, à découvrir. »

Congo-ci, Congo-là Mémoires de porc-épic d’Alain Mabanckou (Seuil). Patrick Besson dans Marianne : « Peut-être faut-il aimer le Congo-Brazzaville pour connaître Alain Mabanckou, je veux dire peut-être faut-il connaître le Congo-Brazzaville pour aimer Alain Mabanckou. Cette Belgique de l’ancien Congo belge qu’est l’ancien Congo français.

06/10/2006




Mes amis écrivains


Plein de fougue et de naïveté, un de mes jeunes ex-confrères m’expliquait, il n’y a pas si longtemps, qu’il « adorait » son métier de journaliste. « Cela me permet de rencontrer des gens importants qui sont devenus des amis. » J’essayais vainement de lui expliquer qu’ils n’étaient pas « amis » avec lui mais avec le journal qu’il représentait. Né professionnellement dans ce journal il n’avait pas eu le temps de faire l’expérience de ceux qui ne vous reconnaissent pas dès que quelqu’un vous a remplacé. Soyons sûrs que la vie lui apprendra.
Même si notre grand ancêtre Joseph Pulitzer, homme de grand prix, nous a enseigné que « newspapers should have no friends » (Traduisez : les journaux ne doivent pas faire copain-copain avec leurs sources), certaines occasions professionnelles permettent aux critiques littéraires de faire de belles rencontres. Pas toujours avec ceux dont ils préfèrent les œuvres. Admirateur de John Irving, j’ai rencontré un tout petit bonhomme dans tous les sens du terme (depuis il a amélioré sa méthode : lors de son dernier « book tour » à Paris il a donné rendez-vous dans le gymnase de son grand hôtel, répondant à leurs questions en faisant du vélo ou de l’aviron). Mais j’ai aimé Bernard Clavel, Annie Ernaux, Daniel Picouly, Erik Orsenna ou Colum McCann et pas seulement pour leurs œuvres, aussi pour ce qu’ils sont, pour leurs blessures.

Après son formidable Danseur (Belfond), j’avais décidé de ne plus chroniquer les livres de cet écrivain irlandais qui vit à New York : nous étions devenus trop amis pour que mon jugement n’en soit pas obéré. N’étant plus critique littéraire dans un organe de presse, je n’écrirai pas sur son prochain livre Zoli, une histoire de tsiganes, qui paraît cette semaine aux Etats-Unis et en septembre en France. Cela ne m’a pas empêché de le présenter au Festival America samedi dernier à Vincennes (eh oui, la vie littéraire n’est pas faite que de palaces parisiens…). Le cœur de cet homme est une véritable centrale nucléaire qui vous transmet de l’énergie comme d’autres des radiations malfaisantes. Sa générosité, son amitié me sont aujourd’hui nécessaires.

Autre chose est de découvrir un ami à travers ses livres. Si, un jour, un de vos proches publie un roman : attention aux surprises ! Cela m’est arrivé pour la première fois avec Lionel Duroy. Tout ce que je sais de cet ancien journaliste de Libé au visage en lame de couteau, au verbe sec, je l’ai en fait appris dans ses livres en commençant par Priez pour nous (J’ai lu) qui racontait ses origines de noble déclassé dans une famille obligée de quitter Neuilly pour un HLM de banlieue avec ses nombreux frères et sœurs, un père vaguement escroc et une mère folle. Depuis, de roman en roman, j’ai appris sa rupture familiale consécutive à ce premier roman, ses amours malheureuses et bien d’autres choses. Bien sûr, ses livres sont des romans mais ils me disent ses failles, son honnêteté, quoi qu’il en coûte. Un personnage de directeur de journal, dans Méfiez-vous des écrivains (Julliard) lui a valu de ne pas être chroniqué dans Libération (toute ressemblance avec un procureur pour tribunal du peuple à Bruay-en-Artois n’a, évidemment, rien à voir avec son personnage, pas plus qu’avec Serge July).

De même, j’ai peu à peu commencé à découvrir Jean Cavé, rédacteur en chef du JDD puis de Paris Match pendant une quinzaine d’années quand il a publié son premier roman : Les applaudissements (Actes Sud). Ainsi donc le confrère tout en subtilité et en courtoisie était un homme noir, peut être désespéré. Ses livres m’ont fait approcher celui qui est devenu un ami. Son dernier roman Le dîner du commandant (Plon) supporte aisément de paraître en même temps que Les Bienveillantes de Jonathan Littell avec lequel on est sans doute trop bienveillant justement. Il est question de Mémoire, d’anciens ennemis, de bourreau bureaucrate nazi et de prisonnier des camps victime innocente d’un petit accident de l’Histoire, de l’impossible pardon, mais aussi de l’âge qui vient (nous avons le même…) et de plein de choses personnelles que j’ai découvert entre ses lignes.

Bernard Pivot, tout le monde le connaît. C’est l’avantage et l’inconvénient de la télévision. Il ne peut pas faire un pas dans un salon consacré aux livres sans recevoir bourrades et demandes, pour ne pas dire mises en demeure, d’autographes. Bernard, en le rencontrant comme chroniqueur du JDD m’a paru plus timide qu’il n’y paraissait sur le petit écran. Un peu plus distant aussi. Mais avec les années, j’ai découvert un homme encore plus humain que sur le petit écran, un confrère modeste et fraternel. Je viens de recevoir son Dictionnaire amoureux du vin dans la belle collection de Jean-Claude Simoën (Plon). Je ne dirai rien de sa dédicace qui m’a beaucoup touché parce que je sais les trésors de délicatesse dont ses mots sont porteurs. Mais je suis fier d’avoir travaillé avec un des plus grands. Je l’entends déjà râler : « Oh, tu charries ! » Tant pis : merci M. Bernard !

Maintenant que je ne suis plus critique, je peux donc, en toute décence, vous conseiller de lire mes amis. Non parce qu’ils sont mes amis mais parce qu’ils ont publié de sacrés bons livres. En les lisant vous partagerez un peu de leur amitié.

03/10/2006




De la difficulté de déménager avec des livres


Ne jugez pas les gens à leur bibliothèque. Observez un homme politique lors d’une interview télévisée : il aime à se placer devant « ses » livres. Mais interrogez-le sur ce qu’il a lu et vous verrez... Ainsi notre amie Sylvie qui est une très grande lectrice, n’a-t-elle que fort peu de livres chez elle. « Je préfère emprunter les livres qui m’intéressent à la bibliothèque. Je sais que je peux les retrouver à tout moment.» Sans doute a-t-elle raison. Pourtant notre maison est aujourd’hui envahie de livres qui tiennent les murs comme les z’y-vas que Sarko voudrait kärcheriser. Les douze ans où j’ai tenu la rubrique livres du JDD m’ont valu plusieurs dizaines de milliers de livres en service de presse. Pour expliquer ce qui vient de m’arriver, il faut ajouter que, pour des raisons que je n’arrive pas à élucider, nous avons une ascendance nomade, ce qui complique les choses.

Quand nous avons déménagé, il y a plus de vingt ans, les livres nous ont fait faire des économies. Le déménageur en chef venu évaluer l’importance de l’opération nous avait fixé un prix assez bas. Lorsque les vrais déménageurs sont arrivés, ce fut une autre histoire. Au lieu d’une demi-journée de travail, il s’agitèrent, de plus en plus difficilement, de 8h à 23h. « Non mais regardez tous ces livres ! Il faudrait que les chefs sachent compter. » Il est vrai que nous avions déjà une petite centaine de cartons de livres.

Nomadisme oblige, les livres ont changé plusieurs fois de place dans le nouvel appartement. Comme nos enfants, les premiers temps avaient pris l’habitude de se réveiller dans un autre lit que celui où ils s’étaient endormis. Plus de pièces, plus de cauchemars, nous avons pris l’habitude de les voir traverser notre chambre roulés dans leur couette pour aller finir leur nuit ailleurs.

Aujourd’hui nous déménageons encore. Sans quitter l’appartement que nous aimons tant. Mais, les filles parties, le père revenu à la maison par les bienfaits d’un licenciement, nous réorganisons tout. Chacun change de chambre. Et les livres suivent. Cela permet quelques savoureuses découvertes. Je sais que les Jim Harrisson sont chez notre aînée, que les Mauvignier et les Mutis sont chez sa sœur, que le premier de nos garçons stocke tout ce qui passe, des packs de lait aux petits suisses en passant par les livres qui ont fait sa culture très éclectique. Restaient les livres féministes que cultivait ma femme. Le reste étant pour moi, c’est à dire un peu partout. En réaménageant l’appartement j’ai fait plusieurs découvertes.

1/ nombre des livres que j’estimais volés ou prêtés sans espoir de retour figuraient en fait dans les collections particulières des membres de la famille.

2/ Certains étaient simplement… dans ma chambre. C’est ainsi que je ne vous ai pas parlé de Trans de Pavel Hak (Seuil), paru à la rentrée, qui est un extraordinaire roman plein de fureur et de bruit qui nous conduit d’Asie en Afrique pour finir en Europe et qui dit bien mieux que les journaux et les politiciens qui sont ces fameux « sans-papiers » (sans-droits peut-être, non ?). Des êtres de chair et de sang qui ont un nom (ici Wu Tse), une histoire (incroyable), des amours (Kwan) et des blessures (ne les comptons pas) même s’ils n’ont pas de « papiers ».

J’ai aussi retrouvé un chef d’œuvre que je croyais disparu. Les sept dormants, publié par Actes sud en novembre 2004 est un livre magnifique (bilingue français-arabe) consacré aux sept moines assassinés à Tibhirine en Algérie. Illustré par un artiste plasticien algérien, Rachid Khoreïchi et rédigé par sept grands écrivains c’est un livre d’une force quasi nucléaire, des poèmes de John Berger et Michel Butor consacrés à Frère Michel et Frère Bruno au texte de Leïla Sebbar « Elle est assise contre la pierre et elle crie », consacré à la mère de Frère Christophe, en passant par le bouleversant « Le chemin de choix » d’Hélène Cixous, sans oublier Sylvie Germain, Nancy Huston et Alberto Manguel. Des textes d’une telle densité que je n’en avais lu que trois, en trois semaines. J’ai retrouvé un des plus grands livres de ma bibliothèque et je ne peux que vous encourager à le trouver, car de très grandes rencontres humaines et littéraires vous attendent.

Bonne nouvelle encore: je n’ai pas besoin d’acheter Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer que les éditions de L’Olivier m’avaient aimablement envoyé (quelques éditeurs ne savent pas encore que je n’écris plus dans le JDD). Un livre sur le 11-Septembre ? Pas au sens où Beigbeder et Luc Lang l’ont malheureusement illustré en France. Plus près de l’album d’Art Spiegelman, A l’ombre des tours mortes (Casterman). Mais peut-on écrire des romans sur l’attentat des tours jumelles quand un Don deLillo n’a vu apparaître la guerre du Vietnam dans un de ses romans que plusieurs dizaines d’années après la retraite humiliante de Saigon.

Je pourrais ajouter bien d’autres choses encore. Que les rayons féministes de ma femme comportent quelques-uns uns de mes meilleurs livres. Ce qui veut dire qu’elle les a annexés abusivement ou que je parle le féminisme comme M. Jourdain. Cela pourrait nécessiter bien des débats, à condition qu’elle me les rende. Comme avec mon cadet qui était impatient que je débarrasse sa nouvelle chambre de mes livres pour installer ses appareils de musculation. « Les livres ça ne sert plus à rien ! » Mouais…

22/09/2006




Libéré de prison par des livres


« Mais comment vous êtes-vous rencontrés ? » Diego, 27 ans, qui vit maintenant à Vancouver, demande à son père Edgardo Maranan et à moi-même l’origine de notre amitié. Depuis quelques jours le père et le fils, tous deux Philippins, vivent à la maison pour quelques jours de vacances à Paris.

Oui, au fait comment commence une amitié ? Il y a les amis d’école, d’université, de boulot, de sortie d’école quand des enfants surviennent, bref il y a amis de toutes sortes rencontrés au fil de nos vie. Si je ne détestais pas cet horrible adjectif tellement à la mode qu’il ne dit rien, je dirais que l’amitié entre Ed et moi avait tout d’ « improbable ». Que peut lier un universitaire de Manille à un journaliste français qui était alors bien en peine de situer son pays sur une mappemonde ?

L’histoire a commencé en 1977. Membre du groupe 104 d’Amnesty international, j’ai avec les autres militants de notre petite assemblée reçu un « dossier de prisonnier ». Celui d’Edgardo Maranan, emprisonné depuis de longs mois, sans vraies raisons, ni procès en vue. L’arbitraire d’une dictature qui s’incarnait alors en un couple fameux : les Marcos, Ferdinand et Imelda, connue notamment par une collection de milliers de chaussures (les riches ont souvent d’étranges manies). Comment obtenir un procès équitable et surtout comment sortir « notre » prisonnier de son enfermement ? Après diverses approches infructueuses, nous nous sommes décidé à lui écrire dans sa prison. Quelques semaines plus tard nous reçurent une réponse incroyable. Il nous expliquait qu’il nous remerciait de notre attention, que sa santé était bonne et que, bien qu’en prison, il venait d’être couronné par le plus grand prix de poésie de son pays. Mais, voilà le hic : le directeur de la prison ne lui avait pas accordé le droit de sortir le temps de recevoir son prix. Ed, voyez l’arrogance de ces opposants, entendait faire un discours de réception de son prix sur le thème de la défense des droits de l’homme. RE-FU-Sé ! En post-scriptum, il nous demandait si nous pouvions lui envoyer quelques livres pour meubler sa solitude.

Le jour de notre réunion où nous essayons d’organiser notre action nous recevions aussi un nouvel adhérent. Prof aux Langues O, Jean-Luc Moreau était aussi poète. Je me souviens que tel un enfant à l’école il leva la main et nous expliqua d’une voix timide qu’il avait une idée : « Je vais la semaine prochaine à un Congrès de poésie à Budapest, pensez-vous que je pourrai demander à quelques-uns uns de mes confrères d’envoyer un livre à votre prisonnier. » La proposition fut adopté et on passa à autre chose. Un mois plus tard, toujours les mêmes questions : que faire ? C’est alors que le nouvel adhérent, oublié de tous, toujours aussi timidement, murmura : « J’espère que je n’ai pas fait de bêtises mais dix poètes ont accepté d’envoyer un de leur livre dédicacé à la prison de M. Maranan. » Euréka : la voilà la bonne idée. A partir de cette idée, le groupe 104 s’est mis en recherche de tous les écrivains susceptibles d’adresser un livre dédicacé à notre prisonnier.

Brassens adressa des cassettes de ses chansons, le prix Nobel de littérature, cette année-là, le poète espagnol Vicente Aleixandre fit de même, ainsi qu’une bonne centaine d’autres, français mais aussi anglais, allemands, etc, touché par notre idée. C’est ainsi qu’en janvier 1979 nous apprîmes par Edgardo dans une lettre bouleversante que les haut-parleurs de sa prison grésillèrent le 24 décembre 1978 pour lire les noms de dix prisonniers, dont le sien, devait aller chercher leur avis de libération au bureau du directeur. Libre, il était libre pour Noël !

Depuis ce jour Ed et moi sommes devenus amis. Il conserve dans sa bibliothèque une dizaine d’ouvrages plus précieux que tout au monde pour lui (les autres livres ont sans doute finit à la poubelle ou, dans la meilleure des hypothèses, dans la bibliothèque du directeur de la prison. On ne saurait trop encourager les employés des dictateurs à lire. C’est bien connu : les livres libèrent.

14/09/2006




Ma rentrée, ma pétition


Comme d’hab’.
Voilà c’est la rentrée, les soirées photos pour célébrer ses vacances (pour moi c’était Kenya, chic, non ?) en faisant bisquer les copains, les chiards qu’on a rendu aux profs histoire de respirer un peu et, bien sûr, la rentrée littéraiiiiire. Manque de pot, pas la queue d’une polémique à l’horizon. Houellebecq reste chez Fayard, Angot fait l’unanimité et Nothomb a pondu son petit œuf comme à toutes les rentrée. J’ajouterai, ce n’est pas pour me vanter, que Mauvignier (Dans la foule, superbe), s’il n’a pas encore le Goncourt comme je vous l’annonçait le premier, c’est à dire avant Beigbeder et avant les vacances (Le Goncourt 2007 au foot), a déjà reçu le prix du roman Fnac alors que son livre ne sort que le 13 septembre. Je vous prend le pari que son dernier roman sera dans la deuxième liste des Goncourt, vous verrez.
Quoi de neuf ?
La percée tonitruante des Bienveillantes de Jonathan Littell. Un petit nouveau (on connaissait son père ex-CIA réfugié en France, écrivain lui-même) qui démarre chez Gallimard (ça rime) avec un pavé de 912 pages. Oui, je sais c’est un peu injuste : ceux qui vont ou ont déjà acheté (er) le bouquin ne sont pas près d’en racheter un autre avant un certain temps…. Gallimard, tel Mammouth écrase les Prix et ses concurrents. Les médias (journaux, radios) ont présenté leurs listes des meilleurs livres de la rentrée, rien de vraiment nouveau. Votre serviteur s’est – un peu - ennuyé en lisant le Rick Moody, marré en lisant le Pavel Hak, a regretté que ses ex-confrères critiques confondent le dernier Yasmina Khadra, Les sirènes de Bagdad, avec l’avant-dernier (L’attentat). Business as usual (traduisez : rien de nouveau sous le soleil).
Si je fais ainsi la fine bouche sur cette rentrée, c’est que j’attends avec une impatience que vous n’imaginez pas, la prochaine : MA rentrée. Je devrai dire mon entrée. Car depuis sept mois que je vais répétant : je deviens éditeur, je deviens éditeur, voici que début janvier paraîtra mon premier livre : Allumer le Chat de Barbara Constantine. J’apprends les délais de l’édition qui n’ont rien à voir avec ceux du journalisme. Je me gratte la tête, manuscrit remis et approuvé, sur les dix lignes qui doivent donner envie d’acheter ce premier roman (faire court qu’ils disaient dans les journaux, ouais, essayez de résumer un tel livre en dix lignes !). Je tremble six semaines à l’avance pour la réunion des représentants. Je fais des pieds et des mains pour obtenir une couverture par un maître du dessin. Je sensibilise quelques auteurs et bientôt, là ça fait tout drôle, mes ex-confrères pour qu’ils ne ratent pas le coche (je me suis réservé le rôle de la mouche). Je rêve de ventes colossales, faites uniquement de vrais lecteurs, de critiques dithyrambiques et de Nobel de littérature. Bien, le jour je deviens fou et mes nuits basculent de rêves en cauchemars. Dire que je rêvais de matins calmes…

Pétition
Sachant qu’il est déjà interdit d’emporter un livre dans un avion à destination des Etats-Unis (saine définition du terrorisme puisque la littérature est par essence subversive), ne laissons pas faire un autre mauvais coup contre les lettres. Dans son numéro de rentrée, le Nouvel Obs publie un « ours » scandaleux ! L’ours en jargon journalistique c’est ce court article écrit en tout petit que ne lisent jamais les lecteurs mais toujours les journalistes : la liste des noms et fonctions des collaborateurs d’un canard. Or qu’observons-nous ? Dans l’armée mexicaine de notre illustre confrère il y a un directeur (Jean Daniel, normal), deux directeurs de la rédaction (Joffrin et Lafaurie), trois directeurs délégués, deux directeurs adjoint (dont Jérôme Garcin qui a la haute main sur la culture), un directeur général adjoint, douze rédacteurs en chef, dix rédacteurs en chef adjoint, douze grands reporters, j’en passe et des plus beaux. Mais surtout le service politique, sur six journaliste, compte à lui seul, deux rédacteurs en chefs, trois rédacteurs en chef adjoints, et un grand reporter ! Si les autres services sont aussi bien fournis en chefs en tous genres, un seul service ne compte que des hommes de troupe, de la piétaille, de la valetaille : le service lettres même s’il compte en ses rangs quelques académiciens de diverses obédiences. Signez donc ma pétition et adressez la à Jean Daniel : Nommez des chef aux lettres, sinon ça va devenir le bazar ! Ce n’est pas le choix qui manque : Bernard Frank, noble, Dominique Fernandez, chic, Jean-Louis Ezine, de qualité, Frédéric Vitoux, couvert de prix, Mona Ozouf, historienne de renom, sans oublier ceux que l’on connaît moins et qui méritent justement de le devenir en étant nommé rédacteur en chef, rédacteur en chef adjoint, grand reporter, critique de bonne et de mauvaise foi. Mais que le scandale cesse ! Au nom de la littérature de plus en plus rabaissée, M. Daniel faites quelque chose! 08/09/2006




Gilgamesh ne prend pas de vacances


« Des pousses d’épinard ! Vous n’y pensez pas. A cette saison avec le peu de clients restés à Paris, on les jette avant de les avoir vendus. » L’épicier me prend pour un débile mental. Pourtant c’est ma femme qui veut faire une « salade aux crevettes et langoustines sur un lit de pousses d’épinard » (ah, les recettes de Elle) pour le grand éditeur qui vient dîner ce soir à la maison. Et moi chargé des courses, je n’ose répliquer au seul épicier ouvert dans le quartier. Je m’apprête à rentrer tout penaud : mes débuts mondains dans l’édition s’annoncent calamiteux. Soudain, un autre épicier, asiatique celui-là, se profile à l’horizon. « Dez épinards… bien zûr ! » Sauvé par l’immigré. Rien d’étonnant : depuis le début août, notre pain est tunisien, nos journaux cambodgiens et, désormais, nos légumes chinois. C’est la France, la France des vacances pour quelques jours encore.

Le commerce n’est pas seul en cause. Regardez les journaux c’est pire encore. A les lire, on se demande s’ils sont encore rédigés par des journalistes. Un feuilleton de l’été (cette année la guerre du Liban), quelques marronniers (les traditionnels feux de forêt qui ne sont toujours pas « sous contrôle ») et quelques médailles sportives (foot, natation, athlétisme, canoë, parachutisme, pétanque). On y ajoute, pour atteindre la pagination minimum des « pages été » : sujets variés et avariés mis en boîte avant le départ en vacances par les préretraités de la rédaction, les emmerdeurs et les feignants. Pas une année sans un retour sur les faits divers non résolus depuis des années (cette année le Monde s’y est collé), la descente de la Vézère en kayak ou la traversée de l’Irlande en chariot à cheval). Affligeant, avec heureusement quelques bonnes surprises (le tour du Maghreb dans le Parisien, les sommets frontières de Charlie Buffet dans le Monde) sur fond d’un terrible laisser-aller : Canal qui nous entretient de la disparition du chalutier Détresse de la mer (pour Déesse de la mer) ou le Monde tellement fasciné par le montage financier des Rolling Stones qui leur permet de ne payer que 1,6% d’impôts qu’il publie l’article deux fois dans le même numéro !

Pour les amateurs de livres, c’est le désastre. On a le choix (très estimable) entre les poches et les romans qu’on n’a pas pu lire dans l’année. Comme d’hab’ les plages sont couvertes du dernier Mary Higgins Clark ou d’un vieil Agatha Christie. On croyait pourtant qu’à force de suivre la saison de foot l’édition qui publie ses nouveautés de plus en plus tôt, aux alentours du 15 août ces dernières années, allait enfin se décider à sortir les nouveaux livres début juillet. On murmurait que Stock envisageait de faire « un coup » obligeant ses concurrents à publier juste avant la période où les Français lisent le plus : en été. Raté. Sauf deux petits malins qui trônent en tête des meilleures ventes cet été Marc Lévy et Nicolas Sarkozy. Terrible dilemme.

Les anciens critiques littéraires reçoivent encore quelques livres de la rentrée. Mais bien peu. Avec l’ordinateur, les services de presse vous rayent en bien moins de temps qu’il faut pour lire le plus court de leurs ouvrages. Encouragé par Anna Gavalda lors de mon départ du JDD (« tous ces bons livres qui vous attendent, tous ces classiques, tous ces textes superbes qu'ils ne faudra plus commenter... seulement savourer... quel bonheur... » ), j’ai décidé de ne plus lire que des chefs d’œuvre qui manquaient à ma culture. Je ne vous en ferais pas la liste, ce blog n’y suffirait pas. Mais je pensais escalader Proust par la face été, quand Claude m’a donné une idée. Claude est un ancien communiste, reconverti à la retraite dans Amnesty international et la lutte contre le cancer. Claude est depuis peu un ami. L’occasion, entre autres, de se rappeler que le PCF a été longtemps un champ de culture populaire. Marx et compagnie mais aussi Aragon, Picasso, la fête de l’Huma, et bien d’autres artistes pas forcément compagnons de route. Claude m’a vanté un après-midi au soleil L’Epopée de Gilgamesh. La traduction de Jean Bottéro chez Gallimard en 1992 est un enchantement. Et un bon début pour remettre sa culture à jour. Ce livre a 35 siècles, précédant largement l’Iliade et le Mahâbhârata. C’est le texte écrit le plus ancien à ce jour. Le plus proche par certains côtés. Bien sûr il y a une évocation poétique et terrible du Déluge que la Bible reprendra plus tard, la remontée aux enfers sur le bord de l’eau avec un cerbère qui s’appelle Unatapisti. Mais il y a surtout, la réaction d’un homme, un roi-dieu, Gilgamesh, face à la mort de son ami, Enkidu. Sa peine, sa peur, son angoisse quand il se comprend lui-même mortel :

« Sur son ami Enkidu,

Gilgamesh

Pleurait amèrement

En courant la steppe.

Devrai-je donc mourir, moi aussi ?

Ne me faudra-t-il pas ressembler à Enkidu

L’angoisse

M’est entrée au ventre !

C’est par peur de la mort

Que je cours la steppe ! »

Vivement la rentrée pour les épinards et la littérature ! Ayant déjà désigné mon Goncourt (voir le précédent blog), j’emporte quelques manuscrits. Il faut bien faire l’éditeur… quand on part en vacances. Une fois rentré, délaissez Amélie Nothomb et précipitez vous sur Gilgamesh !

22/08/2006




Le Goncourt 2007 au foot


Quel bonheur de ne plus être chroniqueur littéraire! Pouvoir s’abandonner à de langoureux parti pris, à d’implacables crises de mauvaise foi. Après avoir lu un (un !) des livres de la rentrée littéraire je suis en mesure de vous révéler que le Goncourt 2007 sera attribué à Dans la foule de Laurent Mauvignier aux éditions de Minuit. C’est fait, je vous aurais prévenu.

D’abord ce roman m’a été adressé par son éditrice, Irène Lindon avec ce délicieux petit mot : « Je ne me suis pas manifestée lors de votre départ et pourtant j’ai pensé beaucoup à vous. » Sympa. Qui dira que Minuit ne connaît rien au marketing ? D’autant que j’aime infiniment l’œuvre de Laurent Mauvignier. Surtout depuis un certain déjeuner bordelais de plus de quatre heures avec force charcuterie, volailles et vins fins. Mais aussi parce celui qui m’intimidait plus encore que je ne l’intimidais est revenu sur les coups de 15h des toilettes en disant : « Je vous conseille d’y aller. Quand on ouvre la porte des oiseaux se mettent à chanter ! »

Outre ces deux bonnes raisons pour couronner ce roman piafien (La foule !), Irène Lindon tient là un best-seller en puissance. D’abord parce que c’est un très bon livre (oui, je sais c’est une raison accessoire, mais quand même…). Mais aussi parce que –je vous dis que le marketing a pris le pouvoir aux éditions de Minuit- ce roman parle de… foot. Vous vous rendez compte juste après que résonne le dernier coup de boule de Zizou au Mondial.

Seul problème : la polémique qui va renvoyer Houellebecq et ses Tintin salaces en Thaïlande, aux poubelles de l’Histoire. On s’imagine déjà Jorge Semprun, qui encourageait Barcelone contre son Real, hélas franquiste, quand il était responsable clandestin du PC espagnol, prendre fait et cause pour Mauvignier. A l’inverse on entend déjà les soupirs alanguis de Françoise Chandernagor : Le football, le football, donnez-nous l’histoire d’une reine malheureuse, mais pas du football. Et je parie que ce freluquet n’a même pas fait l’ENA. Pouah…

On le pressent déjà, la critique va se déchaîner. Etes-vous intellectuel ou sportif, perdu dans les livres ou scotché à la télé, fromage ou dessert ? En ces temps de ballon rond chacun a été sommé de choisir. Face à ce choix imposé, plaisanterie (plaisanterie ?) d’un ami philosophe : « Dans la vie il y a ceux qui croient qu’il y a deux sortes de gens et les autres ».

Si l’on voulait bien se débarrasser d’un pseudo marxisme de pacotille qui fait du sport le nouvel opium du peuple, peut-être, pourrait-on reconnaître qu’on peut aimer Zidane et Jim Harrison, Ronaldhino et Alvaro Mutis, Riquelme et Lydie Salvayre. Regardez la jeune classe d’écrivains prometteur s qui pousse en France. Ils ne font pas la fine bouche sur le foot, sans baigner dans les vapeurs viriles des vestiaires de Montherlant. Prix de la Fondation Hachette pour l’émouvant, l’élégant, le foudroyant La canne de Virginia (Actes Sud), Laurent Sagalovitsch, amoureux transi des Verts de Saint-Etienne des années fastes, a commis l’un des meilleurs articles de Libération sur les commentaires de Franck Leboeuf, champion du monde en 1998, et acolyte de Thierry Rolland, sur M6. François Bégaudeau, déjà coupable d’avoir publié un roman évoquant le foot ( Jouer juste, Verticales, 2003) a évoqué dans le JDD les tours et les détours des footeux. Vous vous rendez compte, un agrégé de lettres modernes, couronné de plus par France Culture et Télérama pour Entre les murs (Verticales, 2006) !

Redevenons sérieux un instant. Mauvignier, qu’il ait ou qu’il n’ait pas le Goncourt a écrit un très grand livre. Vous n’êtes pas près d’oublier Geoff, l’Anglais de Liverpool, Jeff et son copain italien Tonino, les Belges Gabriel et Virginie et les amoureux en voyage de noces, Francesco et Tana. Comme vous n’avez pas oublié l’horrible Liverpool-Juventus au stade du Heysel qui fit 39 morts et 600 blessés en 1985. Conclusion au choix. Pour les footeux : « On vit ensemble on meurt ensemble », comme disaient les Bleus.

Pour les littéraires, ce secret avoué par Mauvignier à l’auteur de ces lignes : « J’ai arrêté de fumer parce que certains des livres que je veux écrire, je ne pourrais pas les aborder avant que j’aie mes 70-75 ans. »

24/07/2006




Il a eu son bac !


A l’attention du proviseur du lycée Chaptal à Paris qui accueillit les parents d’élèves des nouveaux entrants il y a une dizaine d’années avec cette sentence définitive : « Si votre fils vous dit qu’il n’a pas de travail un soir, c’est qu’il vous ment »…

A l’attention de la professeure d’histoire de 6e qui nous a demandé à l’issue du premier trimestre, si, par hasard, notre fils « n’était pas manuel »…

A l’attention de la professeure d’anglais de 5e qui a demandé si nous avions seulement envisagé qu’ « il voit quelqu’un »…

A l’attention de la CPE qui nous a dit alors, qu’il avait enjambé une fenêtre pour pénétrer avec des copains dans le gymnase afin d’y jouer au basket (après trois mois d’absence du prof de gym), qu’il « finirait délinquant ». Et « en prison »...

A l’attention du proviseur du lycée Octave Gréard qui a modifié le règlement intérieur de l’établissement pour qu’il devienne interdit de venir au lycée avec des cheveux teints parce qu’il était rentré des vacances de Noël en « schtroumpf », c’est à dire avec des cheveux teints en bleu…

A l’attention du deuxième proviseur du même lycée Octave Gréard qui a refusé de le scolariser puisque nous avions fait appel pour qu’il ne redouble pas sa 3°, nous précisant que nous n’avions qu’à attendre les décisions de la « Commission du balai » pour savoir dans quel arrondissement parisien il serait affecté.

Nous avons le plaisir d’annoncer aux sus-dits pédagogues que notre fils a été reçu au baccalauréat ce jour.

Il a découvert grâce à son professeur de français, en terminale d’un lycée privé hors contrat (quatre emplacements de magasins en guise de salles de cours, le trottoir pour cour de récréation et Gigi la boulangère comme cantine), que La Bruyère était un auteur qui ne manquait pas de caractère. Il s’est passionné grâce à son professeur de philo pour Freud et ses Cinq leçons sur la psychanalyse. Il a dévoré le reste du temps tous les Hennig Mankell et Courrier international.

Bref, lire n’est plus « nul », travailler « inutile » et obtenir un diplôme « débile ». Au moment de quitter « l’école » il a finit par cesser de la haïr.

06/07/2006




Livres/libres


C’était en septembre. Je rentrais de vacances et je fus accueilli par mon directeur d’un : « Ah ! Te voilà » suivi de tellement de points de suspension que je ne peux tous les reproduire ici. Alain Genestar avait passé un mauvais mois de juillet. Je lui avais laissé une série d’extraits de livres, les meilleurs selon les collaborateurs de la Page Livre du JDD, pour les rubriques littéraires d’été en ces mois où les Français lisent beaucoup et où les éditeurs ne publient pas. L’un d’entre eux, à la fois éditeur et écrivain s’était étonné que son livre, dont nous avions dit du bien, ne figure pas dans notre sélection. Genestar avait discuté, argumenté, avant de se résoudre à ajouter une page à notre série d’été. Devant mes grognements, il m’avait confié : « Je lui ai dit que je n’avais que des problèmes avec votre page. » Et puis il a ajouté : « Cette page « Livres » je ferais mieux de l’appeler la page « Libre ». »

Alain Genestar m’a confié cette rubrique il y a douze ans. Seule consigne : « ouvrir » cette page aux quatre vents (littérature étrangère, polar, BD, etc). Nous n’avons pas toujours été d’accord, il m’a laissé ma liberté, l’a défendu face aux colères des uns, aux menaces des autres. Aujourd’hui qu’il doit quitter Paris Match, je salue un homme de liberté et un ami.

Ce matin Alain Rey faisait sa dernière chronique sur France Inter, « le mot de la fin » si bien nommé. La direction de France Inter se sépare de lui. Je n’ai pas toujours apprécié ses opinions traversant ses explications linguistiques. Non parce qu’elles différaient toujours des miennes mais parce qu’elles paraissaient inutilement pesantes. J’aimais le lexicologue, moins le militant. Mais je me sens déjà orphelin de ce dictionnaire vivant. Nous sommes déjà si peu nombreux à défendre les mots, nous sommes si peu nombreux à lire des journaux que chaque désertion, chaque fermeture de titre, chaque licenciement est une défaite pour tous. Rey et Genestar me manquent. Que dix, cent, mille Alain surgissent !

29/06/2006




C’est un petit café


Pour une fête, ce fut une belle fête. Une semaine de débats, de rencontres, de lectures, de concerts, de films ont marqué les dix ans du « café d’humanité » .

Voici des années que je passais devant ce petit café dans lequel je n’étais jamais entré. Au hasard des amitiés, j’ai été contacté par son responsable qui voulait organiser une conférence de presse et ignorait tout des us et coutumes des mes ex-confrères. Voulant garder un peu de temps gratuit dans ma nouvelle vie je lui ai dit : oui.

Je ne sais pas pour vous mais les Petits frères des pauvres m’évoquaient les cadeaux de Noël pour les petits vieux avec un arrière goût de soutane rance. Avec leur café j’ai découvert autre chose.

S’il n’y a eu que deux journalistes à la conférence de presse, j’ai rencontré des gens que je ne voyais pas et même un écrivain. Alexandre Jardin, comme moi, passait depuis des années devant ce café sans oser pousser la porte. Quand je lui ai proposé de venir parler de ses livres et de ses engagements, il a tout de suite accepté. « Mon grand-père s’est fait taper du fric par le fondateur des Petits Frères, Armand Marquiset !… »

Face aux habitués du café, exclus, vieux cabossés de la vie, il a raconté ses livres, mais aussi son association « Lire et faire lire ». Onze mille bénévoles, des « personnes âgées pas chiantes », qui vont lire des livres aux enfants dans les écoles. Certains des clients du café ont proposé leurs services. A la fin de cet étrange échange, j’ai vu l’incroyable cortège d’exclus venus, les yeux brillants, se faire dédicacer les livres qu’Alexandre Jardin avait apportés.

La semaine s’est achevée par un bal sur la place de la mairie. J’y ai fait la connaissance d’André, 93 ans, bon œil à défaut de bons pieds. Le secret de sa longévité ? « Je lis un livre par jour. Vous n’en auriez pas quelques-uns ? » (1)

QUESTION d’Alexandre Jardin : « Quand les libraires vont-ils enfin se regrouper pour vendre des livres sur internet au lieu de se faire bouffer la laine sur le dos par des gens qui n’y connaissent rien ? »

(1) Ceux qui veulent envoyer des livres à André peuvent laisser leurs coordonnées sur ce blog.

19/06/2006




MON Journal!


Depuis le « blog de l’an 2000 » (1), je croyais être tranquille avec l’informatique. Mais voilà que Livres Hebdo me demande de tenir un blog. Pourquoi pas ? Au moins je remonterai dans l’estime de mes enfants. Avant de me lancer dans la blogosphère, j’ai appris plein de choses. D’abord que le mot « blog » n’existe pas dans mon Robert & Collins entre blockhouse (traduisez blockhaus…) et bloke (type », « mec »). Cela n’a pas empêché la Commission générale de terminologie et de néologie de traduire officiellement blog par « bloc-notes » ou « bloc ». Désobéissant, je parlerai de « journal ». Ce qui tombe bien car le 28 février dernier j’ai perdu mon journal, ou plutôt mon journal m’a quitté. Adieu le JDD, voici donc MON journal !

Si la presse continue comme cela (Libération va perdre son beau Serge et L’Humanité s’avoue dans « une impasse financière), on n’aura bientôt plus de quotidiens mais pleins de journaux, des blogs si vous ne respectez pas les avertissements du JO (Journal Officiel). Il est vrai que tous ces journaux individuels autant que virtuels sont gratuits quand les quotidiens coûtent en moyenne plus d’un euro. De 1947 à 1968 ils étaient au même prix que le timbre ou la baguette. Aujourd’hui il vous faut dépenser 1,20 € pour Libération, 0,80 pour une baguette et 0,53 pour un timbre. L’écrit recule et ce n’est pas une bonne nouvelle.

Nouvelles personnelles.

1/ Ma reconversion de journaliste en éditeur commence. Jean-Etienne Cohen-Seat a accepté le premier roman de Barbara Constantine (la fille d’Eddie) que je lui ai présenté. Il s’appelle Allumer le chat et sort chez Calmann Lévy en février-mars. Pardon pour la pub, mais je vous recommande ce roman bien « allumé ».

2/ Habitué, comme critique littéraire, à recevoir les livres de la rentrée, je désespérais de voir se tarir les services de presse. Aujourd’hui, je reçois le dernier Laurent Mauvinier (Dans la foule, Minuit), à mes yeux l’un des plus grands écrivains français d’aujourd’hui, avec un mot charmant d’Irène Lindon. A paraître le 14 septembre. Joie, pleurs de joie…

(1) pas le blog, le bug, je sais, mais c’était une blag(ue)

15/06/2006



auteur

 
Christian SauvageChristian Sauvage, Christian sauvage, éditeur après avoir été journaliste et critique littéraire, tient ici un blog mêlant vie quotidienne et vie littéraire. Portant un regard amusé sur nos vies minuscules face à des problèmes capitaux. Et réciproquement.

Archives

 

calendrier

<  Septembre  >
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30