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Coup de boule


La coupe du monde commence, et je sais très bien comment ça va se terminer : on va perdre en demi-finale contre l’Allemagne. Que voulez-vous ? Je crois que je suis enfermé à tout jamais dans les années 80. Je suis encore dans les dernières minutes du France-RFA de 1982, et je ne comprends toujours pas. J’avais huit ans ou presque, et Battiston était peut-être mort ou presque. Il avait été agressé par le goal allemand qui, plus tard, avouera s’être dopé ce jour-là. Comment oublier le sourire sur son visage alors qu’il avait peut-être tué un homme ?

 

Ce n’était pas un mauvais geste, mais un attentat. Et pourtant, la sortie ultra-violente de Schumacher fait partie d’Eloge du mauvais geste d’Ollivier Pourriol. Un livre court qui relate les six mauvais gestes mythiques de l’histoire du football, des mains de Maradona ou Henry au coup de boule incompréhensible de Zidane en finale de la coupe du monde de 2006. Pourriol est connu pour ses cinéphilo, des conférences où la lecture de Socrate peut nous aider à comprendre Matrix. Là, il donne presque dans le « philo-foot », nous expliquant la part du mythe de Sisyphe dans les dernières minutes de la carrière de Zidane. Ce livre est passionnant. Pourriol donne envie d’aimer le foot certes, mais il nous fait comprendre aussi des choses inédites. Il décrypte Zidane et « son chef d’œuvre à l’envers », sa « perte de contrôle ultra contrôlée » et conclut que le footballeur « a réussi son échec d’une manière si éclatante qu’il l’a renversé en succès ». J’ai pensé à cette phrase. Au tout début, on a crié à la folie, au scandale. Et maintenant, avec les années, que pense t-on ? Il reste de ce geste une folie fascinante, car c’est ainsi que le plus grand joueur de tous les temps finit sa carrière. À dix minutes d’une possible seconde coupe du monde. Ce saccage est l’accomplissement ultime d’une carrière exceptionnelle. De cette finale, il ne reste aucun goût de la victoire des Italiens. Zidane leur a volé la postérité.

 

Oui, il faut lire le livre de Pourriol pour réfléchir à tout ça. Le pauvre Henry a beau avoir marqué les plus beaux buts de la décennie, ne demeurera sûrement dans l’esprit des gens que cette main qui a tant fait débat. Que reste t-il de Cantona ? L’image de son agression d’un spectateur. Que reste t-il de Maradona ? Sa main en quart de finale de la coupe du monde de 1986. Cette main qu’il qualifiera de « main de Dieu ». Lionel Messi, le meneur argentin actuel, et Ballon d’or, joue avec des Adidas mano de Dios ! On ne parle ici que de très grands joueurs. De génies. La transgression est l’apanage du génie. Etre un grand joueur ne nécessite que du talent. Alors voilà, ils sont là, avec leurs mauvais gestes, ils sont là au-dessus du temps. Et si la postérité c’était ça ? Ne devrais-je pas donner un coup de boule à un des membres de l’Académie Goncourt ?

09/06/2010




Le mythe du vide


Le temps passe sur nos admirations. Il m’arrive souvent d’oublier à quel point les livres de Bernard Frank m’ont influencé. À quel point le lire m’a conduit à me trouver. Vu le nombre de ses tentatives de nager à contre-courant d’une certaine reconnaissance, peut-être aurait-il aimé qu’on ne le cite pas. Je lis l’essai très élégant de Martine de Rabaudy, Une saison avec Bernard Frank, qui vient de paraître chez Flammarion. Je dis élégant car c’est un livre qui a une belle façon de survoler toute la vie de Frank, ses coups d’éclat et de paresse, avec de nombreuses citations, on sent qu’il est là, qu’il est entièrement là à travers les pages, et pourtant on le ressent justement comme le parfait passager de sa propre vie. Par fidélité à ce qu’il était, à l’angoisse évidente du pompeux et du posthume, c’est un essai qui prend la main pour naviguer dans les eaux alcoolisées du mythe Frank. En ce sens, c’est une vie qui a l’allure d’une saison. Mythe de Frank. Oui, le pauvre, je crois bien qu’il doit s’y résoudre maintenant. Et peut-être qu’il avait comprit qu’une vie vaut bien plus qu’une œuvre. Qu’on retiendra de lui tout ce qu’il n’a pas fait. Qu’on retiendra la paresse et l’ivresse, et cette façon pirouette de mourir en dînant avec son cardiologue.

 

Dès son plus jeune âge, il a publié des romans devenus cultes. Sagan possédait du succès pour deux. Et cela lui suffisait. « Si j’avais trop écrit, j’aurais fini par avoir du succès » a t-il redouté. Il a préféré demeurer dans une aura douillette, la posture de celui qu’on respecte par le vide. Je me suis demandé : à trop écrire, n’aurait-il pas gâté la gloire récoltée par sa paresse ? Le costume du génie semblait se proposer à lui bien plus vite par l’absence. Il y a incontestablement un mythe du vide, une fascination pour ceux qui ne font pas tellement ils savent qu’ils peuvent. Il y a dans l’intelligence supérieure une lassitude de ce qu’on maîtrise. Le roman atteint, si vite atteint, si excellemment atteint, ne lui offrait plus le moindre intérêt. C’est assez similaire chez Michel Butor. C’est son aisance des mots qui l’a poussé à la paresse ; inversement, les laborieux encombrent.

 

Ainsi, il a distillé avec délicatesse ; par chroniques ; par aphorismes. Aucune amplitude, jamais. Ces aphorismes et pensées, Stéphanie Leclair a eu la bonne idée de les recueillir il y a quelques années, dans un livre paru au Cherche Midi. Et Flammarion publie une nouvelle édition de Solde, préfacée par son ami Jean-Paul Kauffmann, où l’on peut lire peut-être la clé : « J’avais voulu être un écrivain, j’allais l’être. J’avais voulu étonner, j’étonnais. J’avais voulu être aimé par de belles personnes, les belles personnes seraient au rendez-vous. J’avais dû avoir des désirs trop pauvres, des désirs trop réalisables, des folies trop terre à terre. Qu’ai-je fait depuis vingt-cinq ans sinon traîner une réussite initiale en maugréant contre elle parce qu’elle m’est devenue lourde comme un boulet ? »

 

20/04/2010




Le syndrome Poulidor


Est-ce qu’un écrivain est aussi une sorte de VRP de ses mots ? Ma rentrée littéraire s’est très bien passée, et je suis heureux du succès de La délicatesse. Pour une fois, je ne commence pas un blog en m’auto-flagellant, n’allez pas tout de suite faire courir la rumeur poussive que j’ai pris la grosse tête. J’ai arpenté les librairies en buvant du rouge, et pendant la tournée du Goncourt des Lycéens, j’ai carburé au Coca Light. Je m’adapte, je suis un auteur qu’on déplace facilement. Je ne suis pas du genre à avoir des excédents de bagage, je suis ponctuel, poli, et il m’arrive même que des femmes rêvent de moi pour leur fille : j’ai une vraie tête de gendre. Il m’est arrivé d’être drôle, et parfois même profond ; certes, j’ai répété un peu souvent les mêmes choses, mais ça, c’est le propre d’une promotion. J’ai été sur toutes les listes des grands prix littéraires, mais je n’en ai eu aucun. Mince. Parfois, j’ai fini tout près, comme pour le Goncourt des Lycéens. Une sorte de Poulidor de la rentrée (Alors là, c’est un signe poulidorien : au moment où j’écris ce blog, j’apprends que j’ai fini deuxième de ma présélection pour le grand prix des lectrices de ELLE !). Je ne m’avoue pas vaincu pour autant, ah ah !

 

Les saisons passent, et les rentrées littéraires aussi. Elles cèdent à la nouveauté. Janvier, une autre rentrée. Déferlement de pages. Discrètement, je m’y place encore. Je publie une petite nouvelle aux Editions du Moteur. Une nouvelle maison d’édition qui publie des nouvelles destinées à être adaptées au cinéma. Air du temps. On retrouvera, entre autres, des textes de Serge Joncour ou Yasmina Khadra. J’inaugure la collection avec Bernard, l’histoire d’un homme de 50 ans (qui s’appelle Bernard (d’où le titre (oh oh, comme je suis malin)))… et qui va retourner vivre chez ses parents. Le prénom des personnages est toujours primordial. Après, le livre découle toujours tout seul. Pour Bernard, il ne faut pas beaucoup d’imagination pour savoir que ça va mal se passer pour lui. Quant à La délicatesse c’est un roman très Nathalie. Un prénom qui me plonge dans les années 70, une forme de douceur surannée, une mélancolie de bonne humeur.

Premier livre lu de la rentrée, celui de Nicolas Rey. À son image désinvolte, c’est un livre qui peut paraître foutraque, un enchaînement de petits textes, et qui pourtant, au bout du compte, forme un tout d’une immense cohérence. Un tout d’une densité émouvante rare. Certaines pages sont fabuleuses de beauté, de tendresse, de douleur. C’est une déclaration d’amour à la mère de son enfant, Marion, même si « elle le méprise depuis tant de siècles », à la vie, aux tentatives de s’accrocher aux brèches de la beauté, aussi infimes soient-elles, quand il ne reste plus rien. C’est un livre à l’humour désespéré (hi hi), avec cette superbe phrase qui donne le titre : Je m’appelle Nicolas Rey, et j’ai eu léger passage à vide de 11 à 35 ans.  C’est un livre utile : on y apprend qu’il faut toujours regarder la couleur du canapé quand on entre dans une pièce. C’est un livre que j’ai envie de relire, auquel je pense encore alors qu’il neige et que je ne vois plus rien.

11/01/2010




Un Roman Polonais


Je viens d’entrer dans une nouvelle ère. Les mutations majeures ne frappent pas à notre porte : elles sont atomiques de leur révélation. Tout s’est passé hier, au milieu d’un dimanche vécu au milieu de la France. Depuis toujours, je suis un absolu Suissophile. Je vais au moins une fois par an en Suisse, je ne cesse de vanter l’air helvétique, et d’annoncer que je veux y finir mes heures. Tous mes livres sont truffés de palpitations suisses, à commencer par le dernier, La délicatesse, qui commence ainsi : « Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse )». Mes lectures mêmes étaient suisses, puisque je picorais depuis quelques semaines des pages, notamment celles sur le lac Constance, La Suisse Pittoresque de Paul Fribourg, évocation champêtre de la Confédération écrite en 1881.

 

Et voilà que, subitement, mes petits neutres préférés décident de s’exciter sur mon Polonais préféré. Que s’est-il passé dans leur tête pour arrêter Roman Polanski et le mettre en prison ? Plus de trente ans après les faits. Quels sont-ils d’ailleurs ces faits ? Polanski, au milieu des années 70, était une immense star à Hollywood. Il venait de réaliser Chinatown, et vivait dans une villa avec Nicholson pour voisin. Il a toujours aimé les jeunes filles. Plus tard, il tournera assez près de Nastasia Kinski, mineure à l’époque de Tess. Et la sublime Emmanuelle Seigner ne sera pas bien âgée sur le tournage de Frantic. Bref, il a pris à cette époque des photos d’une jeune fille, et la séance a vite dérapé. Plus tard la jeune fille a porté plainte pour viol, après avoir pris conseil, et Polanski risquant une condamnation a fui les Etats-Unis à jamais. Ne pouvant même pas venir recevoir son Oscar du meilleur réalisateur pour le Pianiste. On avait presque oublié cette histoire. Presque oublié qu’il était un fugitif, un exilé.

 

Cette histoire est trouble. Polanski a toujours plaidé que la fille était consentante. Qu’elle a été manipulée par sa mère. La vérité n’est sûrement pas au cœur de la polémique qui enfle. En moins de deux jours, les comités de soutiens affluent. Et le Ministre de la Culture officialise le soutien de la France. Mais rien n’y fait, il a passé deux nuits en prison. À quoi pense t-il ? À six ans, il s’est échappé du Ghetto de Varsovie. À 34 ans, sa femme enceinte de huit mois a été sauvagement assassinée. Lui, dont le thème central de son œuvre est l’enfermement. Qu’il soit mental ou physique. J’ai toujours aimé Polanski. Son autobiographie, Roman par Polanski, est un livre qui m’a profondément marqué. Je me pose de nombreuses questions : Un génie doit-il être protégé par son génie ? Faut-il donc éviter la Suisse maintenant ?  Que pense la jeune femme de tout ça ? S’il s’agit véritablement d’un viol peut-on défendre Polanski ? N’y a t-il pas une péremption des faits ? Peut-on attraper un homme et le mettre en prison ainsi ? Après ses deux jours de garde-à-vue, va t-il écrire Un Roman Polonais ?

28/09/2009




Mes poupées russes


Je suis fou de la Russie. Je voudrais y aller au moins une fois par an. Etre professeur de français à l’université comme Alexis Volkoff. J’aimerais rencontrer des Russes à Paris. Avoir une fille et l’appeler Olga ou Anastasia. Me faire opérer du foie pour enfin pouvoir boire de la vodka. Je voudrais relire tout Dostoïevski en russe, même si je trouve exceptionnelles les traductions d’André Markowicz. Je l’ai rencontré à Bobigny en 1996. Pour une soirée Dostoïevski justement. Ce soir-là, il y avait aussi Michel Del Castillo. J’avais acheté Les carnets du sous-sol que j’avais fait dédicacer par le traducteur. Il avait alors écrit : « A David, en lui demandant de faire attention à tout ce qui est inversé. » J’ai rangé le livre dans ma bibliothèque. Les années ont passé, et j’ai publié en 2002 : Inversion de l’idiotie. Un roman qui vient de sortir en Russie. La raison de mon récent voyage. Juste avant de partir, j’ai voulu relire Les carnets du sous-sol, et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant cette dédicace à l’allure prophétique. Je me dis que tout est ainsi avec les Russes.

 

Pendant mon séjour, je suis allé dans le Nord, à Arkhangelsk. Le mois d’avril là-bas, c’est encore le cœur de l’hiver. L’hiver est une puissance hégémonique sur les autres saisons. Un employé de la Mairie était, sur place, en charge du bon déroulement de mon séjour. Il me regardait comme un Niçois regarderait un Islandais (c’est la première métaphore qui me vient). Un petit écrivain français c’est plutôt rare par là-bas. Il était adorable, mais voulait me servir du vin rouge dès le matin. N’allez pas croire que je cède à la parodie russe !... C’était simplement sa façon d’être convivial, ou plutôt : sa façon de profiter de ma présence pour boire. Puis, il m’a accompagné dans la très belle bibliothèque où j’ai rencontré des étudiants. J’adore les échanges en Russie. Les questions sont souvent très intellectuelles. Parfois trop. Je ne suis pas certain de tout comprendre. On me demande de m’analyser, tandis qu’au fond de salle, j’aperçois mon chaperon en plein sommeil. J’adore leur poésie. Les filles me posent toujours des questions sur ma muse. Là-bas, un écrivain n’existe pas sans muse. Un garçon, peut-être le seul, se lève pour me demander : « quand vous écrivez, est-ce guidé par la flèche de votre imagination ? » Je réponds que toute la Russie est là, dans la poésie de ces questions. Mais après la rencontre, leur professeur de français est venue me voir : « Vous savez, à propos de cette histoire de flèche que vous avez trouvée très russe… En fait, nous avons étudié une chanson de Linda Lemay… Et hum… Ça venait de là. »

 

À Saint Petersboug, j’ai passé du temps avec mon éditrice, Galina. Une femme que j’aime beaucoup, qui est excessivement vivante. Entreprise drôle et absurde : elle a créé un spectacle à partir de mon roman. Je me suis retrouvé en quête de mes héros dans le public présent, et la réalité dérapait dans ma fiction. Ils étaient là, surgissant de ma tête. J’ai compris alors que mon imagination était russe. Le soir, j’ai relu Les Nuits Blanches de Dostoïevski. J’ai souligné cette phrase : « Savez-vous que j’en suis à fêter l’anniversaire de mes sensations ? » J’ai essayé alors de penser à mes sensations, de les ranger dans ma mémoire comme des poupées russes. Cacher en mon cœur la plus infime des sensations, comme un secret à découvrir plus tard. Comme une dédicace que l’on comprend des années après.

05/05/2009




La délicatesse


Je vais éviter de commencer, comme à chaque fois finalement, par dire que je suis désolé de ne pas être plus actif du blog. Et bien sûr en disant que je vais éviter, je ne l’évite pas. Ma vie est ainsi. Je fais ce que je ne fais pas. Bon là, c’est une tentative pour vous embrouiller, et qui vous fera peut-être penser : « finalement, ce n’est peut-être pas plus mal qu’il n’écrit pas plus souvent par ici. » Mon absence ne m’a certainement pas empêché de penser à vous (petite tentative de fourberie). C’est vrai ça : à chaque fois que je vivais quelque chose d’un tant soit peu palpitant ( c’est-à-dire deux fois et demi en onze semaines (je vous laisse faire le calcul de l’apparition de la palpitation dans ma vie), je me disais : « tiens, ça aurait mérité un petit blog ça. » Et puis le temps d’arriver chez moi, d’allumer mon ordinateur, de lire tous les messages enflammés que je reçois sur Facebook, et hop, vous passiez dans l’antichambre de mes mots. J’ai tant manqué d’attention à votre égard, et je comprendrais parfaitement que vous ne vouliez plus de moi, que vous ne lisiez plus ces lignes pour vous précipiter dans celles de François Taillandier, écrivain hautement plus régulier, écrivain à la palpitation fidèle.

 

Que voulais-je dire ? Ah oui ces derniers temps, j’ai surtout été focalisé par l’entreprise de peaufinage de mon dernier roman. Au fond, c’est ce qui prend le plus de temps. L’édifice n’est rien sans le positionnement des virgules. Et puis, la dernière étape c’est toujours ainsi : on met tout en doute. Cette phrase, ce passage, ce dialogue : plus rien n’est voué à la certitude. En relisant mon roman, je pensais en permanence à tous les romans que ce roman aurait pu être. Aux autres chemins qu’il aurait pu parcourir, du drame à la bouffonnerie. Il y a dans l’écriture de roman comme une fidélité brutale : le début d’un mariage. On choisit une vie, on est monogame de la virgule, et puis, plus on avance, plus on pense à tous les points-virgules avec qui on pourrait être. Avec qui : on pourrait vivre une parenthèse. On attend la parution, comme un soulagement, comme une façon de se dire : « ça y est, maintenant, tu es dans ton cercueil : on ne peut plus te modifier » Ce roman s’appelle  La délicatesse et sortira fin août chez Gallimard, pour la rentrée littéraire. A ce moment-là, mon fils, lui, passera en CE1.

20/04/2009




Gentleman Quelconque


Bien sûr que j’essaye de lire des livres. Bien sûr que j’ai du mal. Je picore, je prends les pages que j’aime, je suis volage et infidèle. Et pourtant, comme j’aimerais être avec un livre, m’installer confortablement avec ses virgules, et même ses défauts : les points-virgules. Cela m’arrive parfois de vivre une histoire dense avec un roman. Assez rarement c’est vrai. Mais il y a peu ce fut le cas avec le roman russe d’Emmanuel Carrère. Aucun écrivain ne peut passer à côté de ce livre, et comme tout le monde est écrivain, il y a de quoi faire un succès. Il en est de certains livres qui nous modifient, qui nous font changer de chemin, comme un homme pourrait partir en pleine nuit pour rejoindre une femme à Deauville. C’est presque romantique d’aimer un livre. Ainsi, après le roman russe, je me suis dit qu’il était temps que je parle vraiment de moi, que j’entame les contours autobiographiques, que je m’excite gentiment de mes névroses (réelles et belles). Ainsi, il me semble que je vais entamer bientôt mon roman suisse.

 

J’ai la chance d’être invité à un festival à New York, où Emmanuel Carrère sera là (French Writing Festival). Je vais y retrouver un autre de mes écrivains préférés : Jean-Philippe Toussaint. La Salle de bains a été le début de mon appartement littéraire. Et d’autres écrivains encore, j’ai hâte.

 

En fait, je voulais écrire pour parler d’une chose aussi importante que stupide. Et j’ai commencé par du sérieux. Mais je voulais dire que je lis peu, et qu’il y a un magazine dont je suis fou. Cela ne m’est jamais arrivé avant de lire un mensuel avec autant de régularité que les jours ont une fin. Ce magazine, c’est GQ. Je sais, c’est étrange, d’avouer cela. Mais je me sens bien avec GQ. J’aime la maquette, j’aime l’ambiance, j’aime les colonnes. Chose étrange : au départ, je ne suis pas du tout la cible. Je ne supporte pas d’aller dans un magasin. Mais ce journal a la force de m’attirer dans son cœur de cible. Depuis que je le lis, je m’interroge sur le pouvoir des chaussures en daim, et voici maintenant la nouvelle question existentielle de ma vie : faut-il oui ou non rentrer sa chemise dans le pantalon ? Attention, je ne réduis pas le magazine aux simples excitations de la mode. J’aime les pages culturelles, l’interview de Frédéric Beigbeder, et les trouvailles comme cette dernière page où l’on peut relire les meilleures phrases du journal. Oui, je sais, on va croire que j’écris ce blog pour me faire embaucher chez GQ. Pourquoi pas ?

Mais j’en parle surtout maintenant, car dans le numéro de mars, il y a un livre en supplément : « Les 100 choses à savoir quand on est un homme ». Sous-titre : le Bible du Gentleman du XXIème siècle. Encore une fois, je suis comme une Marilyn Monroe qui aurait voulu qu’on la trouve intelligente. Oui, je suis brillant ! Oui, je suis drôle et j’écris des livres formidables et plein d’esprit ! Mais moi, c’est fini tout ça !... Je veux savoir me raser, je veux connaître les codes de l’élégance et du raffinement… Oh, comme j’aime ce livre… Au revoir Proust et Céline ! Attention : je suis sérieux. Ce petit livre est un bijou. Avec des chapitres intitulés : « tu iras raisonnablement au pressing » ou encore : « tu laisseras ta femme choisir ton cadeau d’anniversaire ». Je ne sais pas qui a écrit ce petit livre, mais je pense qu’un éditeur devrait le publier. Avant de partir, une petite phrase à méditer : « tu ne porteras jamais de tongs… parce que c’est un peu comme avoir un string au pied. »

 

18/02/2009




Fanny ardente et moi


J’ai décidé de transformer la journée porte ouvertes en journée blog ouvert. Je vais vite m’expliquer. Il y a dix jours, j’ai eu un très beau papier sur mon dernier roman dans VSD. Et ne commencez pas à dire que j’utilise ce blog pour me faire de la promotion. Je ne parle jamais des articles qui me sont concernés. Je ne suis même pas sûr de vous avoir dit que Bernard Pivot avait adoré « Nos séparations ». Alors, vous voyez, je ne vous l’ai pas dit que Bernard Pivot avait fait une superbe chronique sur mon roman dans le JDD. Alors n’allez pas dire après que c’est mon genre d’écrire un blog où je me vante d’avoir eu une chronique de Bernard Pivot dans le JDD du 28 septembre. Vraiment pas mon genre, et Bernard Pivot le sait très bien que ce n’est pas mon genre, puisqu’il a vanté l’humilité gracieuse de mon écriture. Il est quand même bien ce Bernard, on ne le dit pas assez souvent. Enfin bref, je reviens à VSD. Oui, j’ai eu un beau papier dans la rubrique de Nicolas Rey. C’est la première fois qu’il parlait de moi, et cela m’a fait chaud au cœur. Je place ce moment dans cette belle catégorie des premières fois ; et Nicolas Rey sera peut-être heureux de savoir que je le range, à cet instant, tout contre la première fois où j’ai mangé un Hachis Parmentier. Ce n’est pas rien, Nicolas. Si tu savais comme j’aime ce qui est haché.

Mais soyons précis : ce n’était pas tout à fait une chronique de Nicolas Rey. Énervé contre les quelques lectrices neurasthéniques qui aiment mes livres, il demanda à l’une d’entre elles d’écrire la chronique à sa place. Avec un objectif : « Si le papier est bon, je le passe. Sinon tu couches avec moi. Malheureusement pour moi, voici l’article… ». Drôle, non ? C’est ainsi que Fanny Enard a écrit un article sur mon dernier roman. Je suis allé sur Facebook pour la trouver, et lui proposer de ne pas s’arrêter en si bon chemin dans sa tentative d’infiltrer la presse. Je lui offre aujourd’hui ma place, en espérant qu’un autre journaliste lui proposera de continuer. Qu’elle devienne comme la flamme olympique des mots.

Cher David,

La lecture du dernier texte déposé sur ton blog a éveillé en moi des talents insoupçonnés de hackeuse. Quelques configurations de données binaires et soudures de connectiques triphasées sont venues à bout du système de sécurité du site livres hebdo pour me permettre de pénétrer dans le Saint des Saints et de m’élever avec toi contre la dictature des résolutions de début janvier.

Comme chaque année, Noël a été synonyme de retour dans mon fief natal, bourgade provinciale où les quelques habitants épars connaissent tous le prénom de la boulangère et s’offrent leurs trop-pleins de légumes par-dessus les murets de leurs jardins. Retour à Paris, les valises gonflées de cadeaux et de poireaux, je m’accorde le droit de prendre un taxi et lance un jovial et sonore ‘bonjour’. Le dos derrière le volant ignore qu’il est le premier à bénéficier de ma résolution philanthrope et, heureuse de détenir un tel secret, j’oublie d’être prudente et le laisse entamer une discussion pour l’éternité de la course. Un monologue sans promesse de fin. Un enchaînement de banalités relatives au temps qu’il fait, au temps qui passe, au temps qui reste. Une sorte d’accord tacite est passé entre nous dès le deuxième feu rouge, je fais semblant de l’écouter et il fait semblant que les phrases qu’il marmonne me sont destinées.

Je rentre chez moi avec une sympathie toute particulière pour les silencieuses têtes penchées en avant de mes futurs colocataires de rames de métro, impatiente de reprendre mon bon vieux roman dans l’anonymat le plus complet des transports en commun. Si tout comme moi, vous réussissez à ne pas voir l’octogénaire qui cherche floppi-floppant une place assise et à ne plus entendre les mastications, grincements de dentier et autres bruits de bouche, je vous souhaite plein de savoureuses lectures échappatoires en cette nouvelle année.

Fanny


21/01/2009




Résolution


Le mot résolution me fait surtout penser à ces conciliabules de fin de guerre. Je pense aussitôt à Sarajevo. Et pas à toutes ces pseudos tentatives de prendre des engagements en début d’année qui se fracassent inexorablement, au plus tard, dès la mi-février. Résolution de ne prendre aucune résolution. Vous en avez pris vous ?

Mince, il y a eu un déjeuner de blogueurs mi-décembre et tout le monde devait le décrire. Je vois que mes camarades ont accompli leur tâche avec cette aisance qu’on leur connaît, cette promptitude qui est en passe de devenir mythique, cet art de tenir une résolution collective. Je les flatte bassement pour qu’ils me pardonnent de ne pas avoir joué le jeu immédiatement. Et maintenant que puis-je écrire ? Les repas de Noël, le réveillon, tout est passé en couches alcoolisées au-dessus du souvenir de ce déjeuner. Mes neurones se sont éparpillés dans les restes de 2008. Et là, je viens à vous, je viens à eux, dépouillés de ma verve qui fit les grands jours du mois de mars 2007 de ce même site. Je ne suis plus qu’un vestige à la recherche de ses ruines. Dis donc ? 2009 ne me rendrait pas un peu lyrique ? Ou ridicule ? Disons ridiculo-lyrique. Je me souviens de notre déjeuner très agréable et très risotto, et du plaisir de découvrir enfin en vrai ces petits médaillons photographiques, inamovibles sur le site de Livres hebdo. Il existe donc des gens derrière toute cette énergie blogueuse. Et par conséquent : il n’est pas exclu que moi aussi j’existe. Nous avons parlé des commentaires. Certains étaient déçus de constater que les internautes ne laissent pas assez de « post » comme ça s’appelle dans le beau jargon du virtuel. Notre rédactrice en chef expliqua qu’il existait des sujets plus ou moins clivants. Des sujets qui appellent plus ou moins à des réactions. Alors un blog sans commentaire n’est certainement pas un blog non lu, mais un blog qui se suffit à lui-même, sorte d’entité magistrale ! Quel art de nous rassurer cette Christine. Je me demande si le blog que j’écris incite, oui ou non, à des commentaires. Pourrais t-on faire des commentaires sur l’idée de mettre des commentaires ou non ?... Ah, ah…. Comme je suis filou !... Résolution 2009 : vous entourloupez tous, et surtout les rousses neurasthéniques nées entre 1961 et 1963 (avec une possibilité de dérogation pour les 1964).

La bonne année, ça me fait penser au film de Claude Lelouch. Surtout au dernier plan : sur Lino Ventura. Magistral. Je viens de lire les entretiens de Lelouch parus chez Fayard, Ces années-là. Étonnant cette énergie incessante, cette façon caféine de vivre la vie comme un jeu. En le lisant, on se sent lent et mou. Pas agréable de lire la vie de gens qui ont fait tant de choses, qui ont eu la Palme d’Or à 28 ans. Est-ce que les éditeurs ne pourraient pas un peu publier des biographies de gens qui n’ont rien fait de leur vie ? Bon allez, faut que je me motive un peu. Résolution 2009 : avoir la Palme d’Or. Bon, à la limite, un petit Goncourt ferait l’affaire.


05/01/2009




And the loser is...


Bon on se réveille, ce matin du 5 novembre, avec un nouveau président des Etats-Unis. Enfin, c’est pour janvier. D’ici là, on ne sait jamais. Avec les Américains, je me méfie toujours un peu. Ils sont capables de nous ressortir une vieille maîtresse d’Obama. Ou une stagiaire qui vise un CDD. J’ai pensé à McCain surtout. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai toujours bien aimé, ce petit homme un peu tassé par les blessures. En ce déluge de louanges barackiennes, je voudrais écrire ma sympathie pour le survivant McCain.

Et son discours, ce matin, d’une grande élégance du hérisson (mince… je ne peux plus écrire le mot élégance tout seul… c’est l’effet 1 million d’exemplaires) m’a beaucoup ému. Cette façon de rendre hommage à Obama, et à son « grand ami Bieden », démontrait bien un homme d’une certaine classe. Finalement, on peut avoir un seul regret : qu’il n’ait pas été élu en 2000 à la place de Georges.  Faut dire aussi que j’ai toujours une pensée pour celui qui perd. Il y a quelque chose de profondément tragique : un homme au cœur de l’actualité pendant des mois, chaque mouvement qu’il fait est décortiqué par la presse internationale, est d’une seconde à l’autre jeté dans le tourbillon de l’oubli.

Perdre une élection présidentielle (surtout aux USA, on l’on se présente en général qu’une seule fois (en France, c’est souvent le contraire : perdre une élection, c’est le signe de gagner la prochaine !)), c’est sortir de Star Académy. Plus aucune caméra. Rien, le vide. Tout le monde se demande ce que va faire Obama, mais moi ce matin, je m’interroge surtout sur l’emploi du temps de McCain. Que fait-on après une défaite ? Quand le téléphone ne sonne plus ? Quand aucun avion ne nous attend pour parcourir le pays dans tous les sens ? C’est un appel aux médias ! S’il vous plaît, donnez nous des nouvelles de McCain. De temps en temps, comme ça, juste pour savoir si tout va bien. Un petit bilan sanguin pourra même me satisfaire. Après tout, je me suis attaché. Surtout avec ces images du Vietnam, et sa voix qui grelotte quand il parle de sa femme qui lui manque. Ah… mon petit McCain !... Quel héros romantique ! Et puis du coup, je pense à tous les autres… les Bob Dole… et Dukakis ! Oh je me souviens de Dukakis ! J’avais veillé toute la nuit… et puis, il a perdu, et c’est lui qui a plongé dans la nuit. Est-ce que quelqu’un peut me dire ce qu’est devenu Dukakis ?

Et puis, c’est pareil pour le Goncourt… (là, je viens de me souvenir que je fais ce blog sur le site de Livres Hebdo…) ! Je pense à tous ces auteurs qui sont sur les dernières listes, qui sont aux rivages de s’acheter une maison de campagne, et puis finalement, ils continuent à gratter les aides du CNL… ah la vie est injuste !... Que d’inégalités… Mais heureusement que Obama est là ! Oui, vive Obama ! Notre sauveur ! À mon avis, grâce à lui, je vais obtenir un meilleur à-valoir chez Gallimard…05/11/2008




Rêves d'automne


J’ai toujours aimé le mois d’octobre. J’avais juste envie de dire ça. Mais bon, ça fait un peu court. Alors, faut que je trouve quelque chose. Ah oui, ça me rappelle la sortie des films de Jean-Paul Belmondo. Dans mon enfance, c’était son mois, le mois d’octobre. Le Professionnel en 1981, L’As des As en 1982, etc… je grandissais au gré de sa filmographie. Et puis octobre, c’est le temps idéal. Un peu mou, pas trop chaud, pas trop froid. C’est la Suisse de la météo, et j’aime la Suisse en toutes choses. Du coup, je n’aime pas trop septembre. Pas très suisse septembre. En septembre, j’ai laissé passer la rentrée littéraire. C’était un peu compliqué, car j’ai envoyé mon roman aux journalistes pendant l’été. On m’a souvent demandé pendant ce mois : « alors pas trop déçu ? Personne ne parle de toi ! »… et je n’ai cessé de dire : « Mais non ! Mon livre ne sort que le 2 octobre ! ». Ouf, j’étais exempt de l’humiliation, celle du silence de septembre, celle qui plonge tous les auteurs exclus dans le désarroi. En septembre, la belle formule de Karine Tuil est encore plus juste : « Etre écrivain, c’est rechercher son nom sur une liste. » Mais bon, j’avais le corps entre deux chaises. Et cette question me taraudait : « étais-je oui ou non un membre de la rentrée littéraire ? ». Oui, il faut sacrément s’ennuyer pour en arriver là. Alors me voilà ! J’arrive. Le temps passe parfois si lentement que j’ai l’impression d’avoir écrit Nos séparations en 1977. Il faut que je le relise pour pouvoir en parler. À mon avis, c’est encore la même histoire. Il m’arrive parfois de penser qu’un écrivain écrit toujours le même livre, et change juste le titre.

Mais bon, j’arrête d’écrire des romans maintenant. Je suis en train de réussir à décrocher. C’était pas facile, je suis en plein sevrage. Heureusement, j’ai trouvé la technique, mon patch : j’écris pour le théâtre. En ce moment ma première pièce se joue. De quoi vivre des choses différentes (on dirait que j’enchaîne les poncifs dans ce blog (c’est un peu un blog de septembre, ça)). Je veux dire, on assiste physiquement à la réaction du public. Et quand les gens rient, car ma pièce est censée être drôle, c’est vraiment une belle sensation. Que je n’ai pas avec mes romans. À moins de me positionner derrière chaque lecteur qui lit. Difficilement réalisable. Et si jamais cela était techniquement possible, je pourrais alors sérieusement m’inquiéter pour la vigueur de mon lectorat. Déjà que je ne le sens pas fort ce lectorat. La femme dépressive de 42 ans a tendance à aller mieux. C’est le seul truc qu’elle a trouvé pour se démarquer de la morosité ambiante. Les vrais dépressifs sont joyeux en cas de crise. Tout n’est toujours qu’une affaire de contexte.

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Je voudrais juste aussi profiter de ce blog pour vous proposer d’aller sur le site de l’association qui lutte contre le lymphome, le sixième cas de cancer en France : www.francelymphomeespoir.fr. J’ai écrit une nouvelle pour eux, qu’on peut acheter pour soutenir l’association. Vous vous rendez compte de la chance : me lire et en plus faire une bonne action. Quel bonheur celui qui vous attend. Ça sent le mois d’octobre à plein nez.

 

30/09/2008




Ma capacité à décevoir


Bon les amis, je crois qu'il est grand temps de se remettre au travail. J'espère que vous avez passé un bon été, même si ne pas avoir de mes nouvelles a du considérablement amoindrir vos plaisirs ensoleillés. J'ai reçu tant de courriers d'internautes dépressifs, errant comme des âmes sans souris, sur d'autres blogs, à la recherche de quelque erzast de moi. En vain. Alors me voilà de retour, moi le paresseux du blog, le mollasson de la chronique. Bon, c'est une entrée en matière un tantinet grandiloquente. Le genre d'opération qu'il faudrait éviter, surtout quand on a une fâcheuse tendance à s'éparpiller après, à ne donner que des bribes, à frôler une certaine médiocrité. Faudrait pas que je vous habitue à une sorte d'énergie surjouée, un mensonge qui se fracasserait dès mi septembre sur une absence… toujours pour en revenir à la même situation : ma capacité à décevoir.

Je vous passe les détails d'un écrivain trentenaire qui s'apprête à publier son septième roman, et dont la première pièce va être jouée. J'ai toujours la tête dans le futur. Toujours dans un projet lointain. Mais il faut dire que, cet été, cette belle dynamique de l'après s'est effondrée à cause d'un problème technique. Mon ordinateur Mac est mort, subitement. Et impossible de récupérer mes données, et notamment quelques nouvelles écrites pour un recueil. J'ai végété dans un coma pendant quelques jours, trouvant tout de même, dans ma léthargie, quelque force pour fomenter un attentat au siège d'Apple. Beaucoup de Mac plantent en ce moment, il faut créer un mouvement. Faire quelque chose. C'est la pire chose pour un écrivain… mais bon, je sais, c'est de ma faute. Il fallait sauvegarder, tout le monde me le dit. Mais sommes-nous devenus que des machines à nous sauvegarder ? Nous copier, nous ranger, nous mettre sur des clés USB. Je suis désolé, mais ce n'est pas mon boulot. Moi j'écris, et mon ordinateur est censé tout bien conserver. Il y a comme un pacte qui vient de briser, une déchirure irrémédiable entre la technologie et moi. Je fantasme à nouveau sur des machines à écrire, des Remington portatives comme dirait Gainsbourg, ces machines fidèles et éternelles.

Alors j'ai lu. Et oui, que faire d'autre ? J'ai lu un livre formidable. Les entretiens avec Woody Allen, parus chez Plon. Un livre formidable. Il s'agit d'une suite d'interviews qui se prolongent sur trente ans. Ainsi on peut voir la pensée du maître évoluer au fil de ses expériences. C'est un livre passionnant, technique, où Woody Allen prend le temps de parler du montage, de l'écriture, du casting, de la façon d'utiliser la musique. Et surtout, en toile de fond, sa façon incessante de botter en touche son génie. Sa façon, tout de même fatiguante, de se minimiser. Le plus drôle vient de révélation de la clé de tout son travail : la paresse. Voilà une phrase fabuleuse qui résume tout : « J'aimerais bien faire un grand film à condition que ça n'interfère pas avec ma réservation pour le dîner ».

A propos de cinéma, deux films que j'ai adorés cet été. Tout d'abord « Bons baisers de Bruges », d'une inventivité et d'une poésie rares. Surtout au niveau du ton, qui balance sans cesse du burlesque au réaliste. Et enfin, le bijou de mon juillet, « Le premier jour du reste de ta vie ». Assurément, le film français de l'année. On verra aux César !… J'ai trouvé que ce film était une sorte de perfection rare, dans l'écriture, l'interprétation, le montage (et cette façon de ne jamais filmer les moments majeurs d'une façon frontale, mais toujours sur l'à-côté, presque en biais, comme pour se focaliser sur les souffles et non les paroles)… Et à propos de souffle, l'avant-dernière scène du film, si belle que j'aurais voulu que le film se termine ici… au moment où Zabou est dans la voiture à humer l'air de Jacques Gamblin… quelle idée… si magique…. C'est certain que Rémi Bezançon n'a pas du travailler sur un Mac…

21/08/2008




Bienvenue chez les hérissons


Je viens de voir la vidéo de l’équipe des Ch’tis célébrant à Lille les 20 millions d’entrées. Là, je dois dire que Dany Boon prend des allures de Zidane après une coupe du monde, ou de De Gaulle après un référendum. Des milliers de personnes tassés sur la place pour l’acclamer, comme le héros mythique de leur région. Pour chantonner avec Kad Merad, sa version Ch’ti de « I Believe I Can Fly ». Le réalisateur annonce que le film est vendu dans le monde entier. Je me demande juste : comment créer après un tel raz-de-marée ? Quand je passe à 3 heures du matin à la télé pour parler de mes livres, je suis tout glorieux pendant au moins deux quarts d’heure, mais là, alors là, comment retomber sur ses pattes de créateur ? J’essaye juste de m’imaginer à la place de Dany Boon. De faire mentalement la version littéraire des Ch’tis. Vous me direz, le hérisson qui vient de passer le million en blanche, c’est quasiment ça (et dire que moi, je n’ai même pas 100 amis sur Facebook). Ce que j’aimerais, c’est voir Muriel Barbery faire la même chose. On pourrait l’organiser au Zoo de Vincennes. Avec des banderoles : « vive les concierges ! ». On inviterait aussi Kad Merad, car c’est toujours sympa de l’avoir. Il chanterait la version hérisson de « I Believe I Can Fly », ce serait l’histoire d’un hérisson qui en a marre de ramper. Finalement, c’est un peu le sujet du livre. Un peu le sujet des Ch’tis aussi. Des pénombres qui sont le soleil. Le rez-de-chaussée, c’est un peu le Nord de l’immeuble.

 

Je commence déjà à recevoir des livres de la rentrée littéraire. Il y a comme une ambiance de septembre dans ma boîte aux lettres. Et il y a même déjà des articles dans Livres Hebdo. Je trouve toujours cela si étrange. Surtout pour les livres qui sortent en mai, et qui peuvent facilement passer à la trappe. Le monde littéraire a déjà la tête en septembre. C’est comme si l’été n’existait pas dans l’édition. C’est peut-être pour ça que tous les acteurs du livre ont une petite mine. C’est peut-être pour ça que le hérisson a si bien marché alors. Idée subite de faire un livre qui se passe dans une cave. Mince, Dostoïevski a déjà fait. Idée subite de faire un livre que Dostoïevski n’a pas déjà fait. Mince, Proust l’a déjà fait. Idée subite… enfin, vous voyez le topo. Et malgré ce topo, ça n’empêche pas de tous s’exciter joyeusement dans la production de la rentrée.

 

P.S. : Oh la la, deux blogs en dix jours, je vais me fouler quelque chose.

02/06/2008




Blog blanc sur fond blanc.


Je me demande comment je faisais avant, je veux dire à ma grande époque virevoltante, celle de la bouclette en folie, la grande époque des jours sans lendemain, comment je faisais, oui, pour écrire un blog par semaine. Suis-je donc voué à n’être qu’une décadence ? Ah souvenirs tumultueux de mon passé glorieux, douce extase des printemps surannés (rien ne vaut un peu de poésie pour faire passer la pilule de mon absence (ceci étant dit, cela devient récurrent : je commence presque toujours mes blogs en m’excusant de ne pas être plus productif. Viendra un jour où ce blog n’existera que pour commenter le blog qu’il aurait du être ! Une sorte d’entreprise d’auto culpabilité permanente, avec un soupçon d’art moderne à la Malevitch : un blog blanc sur fond blanc)).

Tout comme l’art moderne, je pourrais aussi me poser cette question : mais à quoi sert ce blog ? J’ai une sorte de carte blanche, où je peux parler de mes goûts, de ma vision du monde littéraire, de mon actualité, du temps qui passe et ce qui me passe par la tête pendant ce même temps qui passe. Mon actualité ? J’ai fini de peaufiner mon roman, et malgré l’émulation collective, pour ne pas dire semi-internationnale, émulation qui m’a ému je le répète, j’ai conservé mon titre initial : « Nos séparations ». Difficile de changer un titre quand il est collé au texte depuis si longtemps. La sortie est prévue en septembre. Au milieu du mois. Mais je l’ai déjà dit ça je crois. Le dernier blog date de si longtemps que je pourrais radoter dans la plus grande discrétion : qui se souvient de mon blog ? Le roman sortira en même temps que se jouera ma première pièce de théâtre, « Célibataires », au Studio des Champs Elysées, avec Catherine Jacob. Vous viendrez ? Je viens de me rendre compte que je vais faire une promotion avec deux titres en écho. Quel concept. Voilà sûrement pourquoi j’ai été si occupé ces derniers temps. Manque plus qu’un film appelé : « On se recase ». Max Pecas aurait aimé sûrement.

Ah Max Pecas, un des plus grands ! Allez faire un petit tour sur Internet pour voir la liste de ses films. Il nous manque. Mince, j’étais bien parti avec Malevitch. Pourquoi ne m’a t-il fallu que quelques lignes pour tomber vers Max ? Allez je remonte, avec un petit coup de Charlotte Salomon. J’aimerais bien écrire quelque chose sur elle. Ou alors un pamphlet sur la fiscalité canadienne. Rien à voir, vous me direz. Mais on patauge toujours un peu quand on cherche un sujet. Et je cherche vraiment ! Je cherche un sujet qui me permettra de justifier encore la désertion de ce blog. Au fond, je n’écris que pour ça : ne pas écrire ça.

19/05/2008




Elu produit de l'année


 

 

 

Je vous passe ma déception de n’avoir pas pu signer au Salon du livre de Paris. J’étais programmé en plein pendant l’évacuation. Pour cause d’alerte à la bombe. En voilà un bon timing. C’est tout mon public qui a dû être déçu, je sais. Enfin, j’espère que j’avais des visites prévues. Si ça se trouve, cette alerte à la bombe m’a évité l’immense désillusion d’une signature sans la moindre femme dépressive de 42 ans.


J’ai fait deux rencontres ces derniers jours. On peut difficilement faire plus différent. C’est le grand écart absolu. La première eut lieu au collège Maurice Thorez de Stains, dans le cadre d’une opération menée par le ministère de l’Education Nationale et baptisée « A l’école des écrivains ». Il s’agit pour des écrivains d’aller rencontrer, à plusieurs reprises, des collégiens dans des établissements en zone sensible. C’était le cas du mien. Surtout qu’il était en grève. Les parents en bloquaient l’entrée. Pour ma venue, ils firent une exception. Il y avait des laissez-passer pour moi. Drôle de situation. La rencontre s’est déroulée dans un collège vide. J’ai aimé ces élèves drôles et pleins de vie. À part qu’ils m’ont trouvé une ressemblance avec Christophe Willem, dit La Tortue. Heureusement ils se sont rattrapés en précisant : « surtout au niveau du pull ». C’est vrai que d’un point de vue pull, nous nous ressemblons.

Le lendemain, j’étais chez Monsieur Dutourd qui vit à côté de l’Académie Française. C’est pratique. Je vis en face d’un Monoprix. C’est pratique aussi. Il m’a montré des photos où il était avec Aragon, des mots de Giono, m’a raconté une rencontre avec Truman Capote. Que pouvais-je dire ? Que je connaissais bien Serge Joncour ? Pour son premier roman, inspiré par l’un de mes livres cultes ( Le Paysan de Paris), il a même reçu un mot de Thomas Mann. D’autres photos encore avec sa femme, dans leur jeunesse. C’était vraiment un moment émouvant. Quand j’aurai son âge, j’aimerais rencontrer un écrivain né en 2024. Dans les années 50, après trois ans à Londres, il a travaillé chez Gallimard. Pierre Assouline raconte une anecdote dans sa biographie sur l’éditeur. Dutourd a dit à Gaston : « vous n’auriez pas une place, même de balayeur ? » C’est une maison qu’il connaît bien. Il en parle donc en restant silencieux. Enfin, je dis ça. C’est surtout valable pour moi. Je parle sûrement trop parfois. Il y a comme une bataille navale en moi. Comprenne qui pourra.


Jean Dutourd m’a parlé de certains livres. La paresseuse de Patrick Besson. Tiens, j’ai trouvé chez un bouquiniste un livre de Besson, Salade Russe, publié chez Olivier Orban en 1987. À cette époque, Jean Dutourd avait 67 ans. C’est un recueil de petits textes. Une histoire : un écrivain publie le seul livre de la rentrée littéraire ! Tout le monde se l’arrache, les lecteurs, et les émissions de télé. Il rafle le prix Goncourt, le Femina, le Médicis, le Renaudot, etc… Et finalement, il est tiré de son rêve par un coup de fil de son éditeur qui lui propose de publier plutôt en janvier devant l’encombrement de septembre. Très drôle. Et d’actualité aussi pour moi. Je publie mon roman finalement vers le 20 septembre, juste après les embouteillages. Mon côté Bison Futé. Mais souvent, il ne se passe pas grand-chose le lundi sur l’autoroute.

 

08/04/2008




Les grandes manoeuvres


Le salon du livre commence aujourd’hui. Mais il y a La Nouvelle Star à la télévision. Et puis j’y vais dimanche. J’ai commencé le livre d’Annie Ernaux, mais je l’ai laissé dans le sac d’une amie. Je vais pouvoir le retrouver demain. Quand j’irais au théâtre avec elle. Voir Mélanie Bernier. Je cherche une comédienne pour mon film. Il paraît que celui de Philippe Claudel est formidable. Tant mieux. Je connais quelqu’un qui a prêté sa voiture pour le tournage. Ma voiture, je l’ai éraflée, le jour de la mort de mon grand-père. Qui s’appelait David Foenkinos. Quand j’étais allé le voir à l’hôpital, il y avait son nom sur la porte. Et c’était le même hôpital où j’avais été pendant mon adolescence. Je n’ai pas lu beaucoup de livres pendant cette adolescence. Il ne faut pas s’angoisser de ne pas lire. Je suis membre de nombreux jurys de jeunes écrivains. J’ai reçu un très joli mot de la part de Jean Dutourd. Je lis la thèse d’une fille sur la conversion au catholicisme des Juifs. Je suis parti le 17 novembre 2001 sur les traces de Max Jacob, à Quimper. C’était une ville où j’avais eu une crise d’asthme un été de mes 8 ans. Bien avant que je mette des Polonais dans mes livres. Bien avant la Suisse et les cheveux lisses. Bien avant l’ère des blogs. Certains me disent que je suis idiot de faire ce blog, qu’en terme d’image c’est une catastrophe. C’est quoi l’image ? Je suis surtout content d’être présent dans « La littérature pour les Nuls ». Je pourrais presque arrêter d’écrire maintenant. Une pause dans les romans en tout cas. Ma pièce de théâtre va bientôt se jouer. Et j’aimerais bien écrire quelque chose pour Marie Gillain. Je regrette surtout de ne pas avoir vu « The Cure » hier soir, à Bercy. J’ai plutôt vu et aimé « Chambre à part », le film de Jacky Cukier. 1989. Avec Lio, qui est jury de La Nouvelle Star maintenant. Et Liane Foly s’indigne du livre de son ex André Manoukian. Je ne suis pas obligé de parler de mon envie de relire « Les Faux-Monnayeurs ». Je fais ce que je veux. Surtout les jours, où je dois aller chez le dentiste.

13/03/2008




Prière d'insérer


Tout d’abord merci à tous pour cette démocratie participative du titre. Je vois que mes interrogations hautement intellectuelles suscitent inquiétude et stimulation neuronale. Ça me touche mon petit cœur, et ça me donne des idées ! Je devrais peut-être, au lieu de publier le roman, éditer les possibilités de titres de ce roman. Possibilités élaborées à travers un vague « pitch » qui n’est sûrement pas vraiment l’histoire. D’ailleurs, je n’ai toujours pas de titre. J’ai juste deux trois certitudes sur quelques virgules bien placées. Et c’est déjà beaucoup.

J’imagine déjà la promotion : « mais pourquoi ce titre ? ». Tiens, c’est vrai pourquoi ? Et puis je n’imagine rien aussi. J’ai lu sur le site de Livres Hebdo la lettre de Gavalda aux journalistes, sur sa décision de ne faire de promotion que derrière son ordinateur, de ne répondre qu’aux questions ayant un rapport avec son écriture, ses personnages (c’est maintenant qu’il faudrait être son attaché de presse !... et la sienne d’ailleurs va se régaler… passer son temps à dire non ! quelle vengeance pour un métier qui consiste à obtenir des oui). Ne pas faire de promo, c’est un luxe absolu. C’est la certitude de ne pas se retrouver dans une émission entre le dernier vainqueur de la Star'Ac et l’énième livre sur "Carlélia". Je viens de recevoir le livre d’Anna Gavalda qui sort le 11 mars. J’ai un des 199 999 exemplaires imprimés par Le Dilettante, mais lequel ? Je pourrais faire une critique en avant-première mondiale ! Mais non, je me tais. Ce que j’adore chez cet éditeur, c’est le chic du prière d’insérer. Ce qu’on appelle maintenant l’argumentaire de presse. Bien moins élégant. C’est un vrai bonheur… et là, surprise, c’est Anna elle-même qui s’y est collée : « J’ai écrit le livre, j’ai dessiné la couverture et maintenant mon éditeur me demande de rédiger moi-même les prières d’insérer… » Anna, tu te fais exploiter ! Si ça continue, au prochain roman, on lui demandera d’être représentante. Je dois dire qu’elle a fait mouche (tiens, quelle mouche m’a piquée? Je n’emploie jamais des expressions avec le mot mouche)… bon, elle a fait mouche : son prière d’insérer est un bijou. L’éditeur devrait le publier dès la première réimpression. Celle du 22 mars prochain. Elle explique qu’elle a vécu pendant «1095 jours dans la tête de Charles » (tiens, ça ferait un bon titre ça !), son personnage principal… à qui, au passage, elle dédie son roman ! Charles Balanda, le nom lui est venu en lisant le journal, le jour où elle a commencé son roman. C’était un homme qui venait de mourir, alors il fallait le faire survivre. C’est peut-être ça la littérature, continuer là où Le Parisien s’arrête. Bien plus tard, il avoue, alors qu’il nous fait une petite crise de la cinquantaine : « j’aurais aimé être plus original. Je crois que je me déçois un peu ». Et puis subitement Anna explique à son personnage : « Mais non ce n’est pas ça… ce n’est pas ce que j’ai voulu… la crise de la cinquantaine n’est pas mon propos ! »…. Et puis finalement « vous m’avez obsédé, mais vous n’êtes pas le héros » ! Le pauvre Charles, déjà qu’il était dépressif, qu’est-ce qu’il se prend ! Mais alors qui sont les héros ? Deux femmes… et des enfants. Oui des enfants : « ce mercredi 6 février 2008, à l’heure où je m’insère comme je peux, je me souviens qu’ils y sont ces enfants et rien que pour eux je suis bien heureuse de l’avoir écrit… »… Alors voilà quelques fragments de ce prière qui est une véritable bande-annonce. Prometteuse. Bonne chance à La Consolante Anna. Que ce soit ensemble c’est tout avec le public.

P.S. : si jamais tu veux faire le prière d’insérer de mon prochain roman, je suis preneur.

27/02/2008




Ecrivain cherche bon titre pour son prochain roman


Le week-end dernier, j’étais au festival du film fantastique. À Gérardmer. Il n’y avait pas de neige, ce qui m’a permis de ne pas culpabiliser de passer mes après midis à boire plutôt qu’à skier. Il y avait presque une ambiance estivale, et c’était vraiment agréable. Et puis j’ai reçu pleins de cadeaux. Franchement, j’arrête la littérature. Beaucoup plus de budget dans le cinéma. J’ai vu un film d’horreur, le premier depuis Blair Witch. C’était REC un film espagnol, et cela faisait rire tout le monde sauf moi. Mais c’était vraiment impressionnant de voir un mort vivre (définition littéraire du mort vivant). Après, je n’ai pas dormi bien sûr. Ce festival devrait faire l’économie de la chambre d’hôtel. J’ai aussi fait une signature de mon succès international : « Le potentiel érotique de ma femme », et je me suis retrouvé entre tous les auteurs de Science Fiction. Un homme s’est approché de moi, en se grattant le menton. Enfin, ce qui lui restait de menton, une sorte de galet rongé par la vase : « Le potentiel érotique de ma femme… c’est un livre d’horreur ? ». Je ne pouvais pas le blâmer, vu le contexte. C’est vrai ça, qu’est-ce que je foutais là ? Mais finalement il n’avait peut-être pas tort… alors oui, je lui ai dit que c’était un étrange potentiel qui surgissait lors des nuits de pleine lune, et que ma femme se transformait en… « chut ! » m’a t-il dit. Honte éternelle sur moi. Le pauvre homme a dû me maudire en lisant ce livre d’un auteur qui ne ferait pas de mal à une mouche dépressive, qui sursaute devant son ombre, et qui a peur des restaurants chinois. Si cet homme me lit, qu’il me pardonne maintenant. Promis je vais écrire un vrai livre qui fait peur : une autobiographie.

Pour l’instant, je viens de terminer mon prochain roman. Grosse exclusivité mondiale sur ce blog : le comité de lecture de Gallimard l’a accepté. C’est l’histoire d’un couple qui se sépare tout le temps. J’avais pensé au titre « nous nous sommes tant séparés », mais j’ai opté finalement pour quelque chose de plus simple « nos séparations »… mais tous les avis sont bons à prendre ! Merci de m’aider ! Pour l’instant, je ne suis pas satisfait du titre. Je ne sais pas quand le livre sortira pour le moment. Je vais le retravailler.

Il faudrait que je parle d’autre chose, mais de quoi ? J’adore quand il y a trois paragraphes. Ça me rassure le trois. N’y voir aucune allusion sexuelle. Peut-être faire un paragraphe qui n’aurait d’intention que de faire un paragraphe, comme brasser du vent, ou parler pour parler, écrire pour écrire, et puis voilà maintenant, il commence à avoir de la densité ce paragraphe, il y a de la matière, on se demande où il va, il a un côté féminin ce paragraphe, et suisse aussi, un côté féminin et suisse, et c’est ici qu’il faut s’arrêter pour le contempler.

01/02/2008




Please accept this Friend's Request


J’ai honte de mon absence. On me confie une mission, et hop, je disparais. C’est tout moi : pas fiable et lâche. Vous ne devriez même pas avoir la gentillesse de me lire. Et en plus je suis fourbe : j’utilise la tactique du mielleux. Pour tout dire : j’avais l’impression que tant qu’il y avait des petits pères Noël dans la devanture de la pharmacie, cela voulait dire que c’était encore Noël. Alors voilà, hier, ils les ont enlevés, et je me suis dit : oh mince mon blog existe, et mes fans neurasthéniques m’attendent. Surtout que je suis du genre à avoir des lecteurs et lectrices qui passent de mauvaises fêtes, de mauvais réveillons (allez savoir pourquoi).

Et puis, je dois vous avouer autre chose : j’ai fait beaucoup de sport (est-ce plausible ?). J’ai beaucoup couru, et j’ai trouvé qu’il y avait du monde au parc. Ça sentait la nouvelle résolution. Je ne comprends pas ce mythe de prendre des engagements qu’on ne tiendra pas. La nouvelle année, c’est juste une occasion plus soulignée de se mentir. En fait, j’ai un peu de mal à courir en ce moment. Je me sens tout essoufflé. Depuis le 1er janvier, je me suis mis à fumer davantage. C’est fou le nombre de rencontres qu’on peut faire dans les bars ou les restaurants depuis la loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics. On se retrouve en communauté, avec ce beau sentiment unifiant qu’est la sensation de se sentir rejeté. Je suis prêt à parier que cette loi va provoquer exactement le contraire prévu : tout le monde va se mettre à fumer. Les non-fumeurs vont se sentir seuls. Et ils ne pourront plus faire de rencontre. Rien à dire, je préfère le cancer des poumons à la misère sexuelle. Ça me fait penser à un dialogue du film Celebrity de Woody Allen. Le héros s’apprête à embrasser Charlize Theron qui a un rhume. Elle lui demande « Ca ne t’embête pas d’attraper mon rhume ? ». Réponse : « Avec toi, je serais prêt à attraper un cancer incurable. ». Alors voilà pourquoi j’ai le souffle court. Et puis j’ai trouvé des tactiques d’attaques. Hier encore, j’ai demandé à une fille : « J’ai vu que vous aviez pris le filet de porc sauce morilles, est-ce qu’il est bon ? ». Ça c’est de l’entrée en matière ! La fin d’interdiction de fumer, je vous le dis, c’est la mort programmée de Meetic.

Autre site qui va faire faillite : Facebook. Et oui, je suis un visionnaire ce matin ! Vrai paradoxe car je ne sais pas ce que je vais faire dans une heure. Tout le monde s’excite sur Facebook, mais je sens déjà les effets contraignants de cette partouze de la transparence. Surtout au niveau des couples. Facebook c’est une pure machine de guerre à broyer les unions. Encore une fois : le but atteint est à l’opposé du but recherché. Combien de fois, j’entends : « C’est qui cette blondasse qui est dans tes amis ? Et pourquoi elle te fait des Kiss sur ton wall ? ». Le mec est tout rouge, et n’ose pas avouer que c’est une ex. Et en même temps, de l’autre côté, il ne peut « Ignore » la demande de cette ex, ce serait trop humiliant. Moi, je vous le dis, c’est un nid à emmerdes. Et puis franchement, retrouver des boutonneux du primaire, non merci. À la limite les fiancées de mon enfance, oui. Célia Bouet ou Cécile Bleicher…

En tout cas, j’ai l’impression que Facebook a coulé Myspace. Je n’ai presque plus de messages sur le mien. Il faut dire aussi que dans mes meilleurs amis, il y a Patrick Dewaere.

17/01/2008




Le contrat de confiance


Ça y est, c’est la fin de ma période de promotion : maintenant, je coûte cher ! (ohlala, quelle mauvaise blague, vivement que je parte…). Je finis sur les tibias (encore plus bas que les rotules). Ce fut l’apothéose à la Mairie du 17e où j’ai fait un débat, auto animé, avec Jacques Gaillard. Une femme m’a demandé : « est-ce que vous couchez pour payer ? ». J’attends encore qu’on m’explique le sens de cette question. Ma tournée mondiale avait commencé fin août au Cap-Ferret, dans une ambiance rose, avec la question d’une vieille dame « mais au fait, qui encule qui ? ». Alors voilà, ce fut ma vie entre deux questions. Il y eut mon roman, et aussi quelques émissions pour le recueil des fables de Lafontaine («des nouvelles de Lafontaine » chez Gallimard), auquel j’ai participé (donc, très bon recueil). À l’initiative d’Anne Fontaine (dont il faut soutenir l’association), plusieurs auteurs se sont inspirés d’une morale pour faire une nouvelle. C’est un recueil très Philippe puisqu’on y retrouve Ségur, Claudel, Grimberg, Besson. Voilà, j’avais promis à Anne et Robert Léon d’en parler dans mon blog. Car ce blog est un vrai succès, et je suis soumis à de grosses pressions permanentes. On peut éventuellement m’envoyer un petit chèque chez Gallimard, car je suis le prototype du corruptible. J’accepte aussi les avantages en nature. Il y a peu j’ai eu le service commercial de Darty qui mise beaucoup sur moi pour infiltrer les librairies. Et bien, ils m’ont donné un robot mixeur, mais je ne devrais pas le dire.

Je pars en vacances, au soleil. Et oui, je suis un petit veinard. Je vais prendre plein de livres, et je vais rester à lire et à écrire dans ma chambre d’hôtel. Voilà le vrai plaisir d’aller à l’autre bout du monde : faire exactement comme chez soi. Et je ne vous parle pas des achats. En général, je vais acheter chez Zara un truc que j’aurais pu acheter en face de chez moi. C’est bien simple, avec la mondialisation, je suis sûr qu’un jour, je vais croiser mes voisins au Mexique. En tout cas, ce qui est bien, c’est que je n’aurais plus à faire à manger. Bien que j’adore faire des soupes, surtout avec mon nouveau robot mixeur ultra-performant acheté chez Darty (hum…).

Bon les amis… je ne sais pas si je referais un blog avant les fêtes (et j’admets que celui-là était un peu poussif, ça sentait le bloggeur semi-épuisé qui fait ses valises en même temps)… alors je vous embrasse sur les cheveux, et je vous souhaite à toutes et à tous de bonnes fêtes, et une belle Saint David le 29 décembre (oui je sais, ça fait un peu mégalo, mais sachez que le mois de décembre me rend toujours un peu mégalomane, allez savoir pourquoi ! Mais vous verrez le mois de janvier me remplit d’humilité, comme si mes années étaient des ascensions vers l’assurance…). Allez, je vous laisse, et je verse une petite larme sur 2007.

17/12/2007




C'est bon à savoir!


Mes amis, je vous écris depuis ma chambre d’hôtel de Prague, où je me réveille en regardant Télématin. C’est souvent à l’étranger que je regarde le plus la télé française. Mais, terrible injustice, l’inverse n’est pas valable : à Paris, je ne me réveille pas avec la télé tchèque. À Paris, je me réveille avec Jean-Pierre Elkabach (soudain, je relis cette phrase d’une autre manière : ah horreur !). La culture française est partout, et je suis un de ces petits missionnaires. J’étais invité par le bureau du livre (dirigé par la parfaite Ina Pouant qui travaille aussi bien qu’elle marche vite, et qui repère dans les rues des boutiques et des adresses en disant « c’est bon à savoir. »). Le but de l’invitation : faire une série de conférences, et de rencontres avec des étudiants en français ou en traduction. Je suis venu aussi sur place pour tenter de comprendre un étrange phénomène : mais pourquoi ne suis-je pas encore traduit en tchèque ? Comment se fait-il qu’ils résistent autant à la pensée foenkinosienne ? La Roumanie, la Pologne, la Bulgarie, la Russie, la Hongrie, et bien sûr l’Allemagne, où je suis même en disque, ont été conquis par ma plume fougueuse. Je les ai encerclés mais toujours rien ! Alors que se passe t-il ? Seraient-ils les Astérix de mon œuvre ?

Culture française : après une longue journée, je m’apprêtais à reprendre le train, épuisé. J’ai demandé à aller acheter un DVD et j’ai trouvé… La chèvre ! Quel bonheur de voir ce film dans un train tchèque. Comme dans de nombreux pays de l’ex-Urss, Pierre Richard est une énorme star ici. Hier soir, dans un cinéma, il y avait même une nuit Pierre Richard. Je me demande si on peut faire plus romantique que d’aller voir une nuit consacrée à Pierre Richard à Prague. Mais je suis rentré me coucher, et j’ai vu l’émission de Laurent Ruquier avec Stone et Charden (peut-on faire moins romantique ?). À côté de Pierre Richard, Milan Kundera n’est rien. J’ai souvent pensé à Kundera pendant cette semaine, notamment quand j’étais en voiture, à travers la campagne enneigée de la Bohème, je repensai aux scènes de « L’insoutenable légèreté de l’être ». J’ai appris que ce roman venait seulement de sortir ici. Ici, Milan Kundera ne suscite pas que de l’admiration, mais je serais bien ridicule de tenter de résumer en quelques lignes le rapport entre Kundera et son pays.

Aujourd’hui, je suis au calme. J’ai tellement parlé toute la semaine que ma voix est blanche comme un Malevitch sous la neige. Je voulais aller voir le musée Kafka, mais finalement je préfère faire mon Kafka, et rester dans ma chambre. Qui sait ? Je vais peut-être aller manger mes œufs brouillés à quatre pattes.

Tiens, je ne l’ai encore jamais fait, mais je vais profiter de mon blog pour annoncer quelques signatures à Paris ; si jamais vous passez par là, et que vous voulez voir votre serviteur !…

  • Jeudi 29 novembre : Au Fouquet’s, de 18h30 à 21h30.
  • Vendredi 30 novembre : Chez Alice Médiastore (Cours St Emilion) à 20h.
  • Samedi 1er décembre : A Sciences Po, de 14h à 18h.
  • Dimanche 9 décembre : A la Marie du 17ème, de 14h30 à 18h30.
26/11/2007




Au bonheur des dames


Je sais, mon public aimé, que vous êtes très déçus pour le prix Femina. Pour autant, ce n’est pas la peine de bloquer la France entière ! Reprenez le travail ! Je vous en conjure. Je dois prendre le métro chaque matin pour aller sur le lieu de mon imagination (je change à Châtelet). Et puis Eric Fottorino, c’est vraiment un bon choix, je trouve. Mais c’est étrange toute cette course aux prix. Étrange d’avoir été dans la peau d’un auteur dans une dernière liste. Je peux comprendre les autres maintenant. Je me doutais que je n’étais pas favori, mais le matin, j’y pensais en me disant : sait-on jamais ? Il y a toujours une part de soi qui a envie d’y croire. Alors je peux comprendre l’énervement de Christophe Donner que l’on donne vainqueur, et hop, coup de tralala, Pennac sort du chapeau. Et puis je pense aussi à Olivier Adam, sur toutes les listes, frôlant le Goncourt, et puis au final « A l’abri de rien » n’obtient rien. Il aurait vraiment mérité un prix, je trouve. Bien sûr, il a beaucoup de lecteurs, une belle presse et une belle barbe, mais tout de même, je me sens très déprimé pour lui. Il ne me manquait plus que ça, vivre par procuration les déceptions des autres. Comme si les miennes ne suffisaient pas.

Je reviens d’une petite tournée de trois Fnac : Caen, Nancy et Metz. Dans mon roman, je parle d’une rencontre à la Fnac où il n’y avait qu’une seule personne. Une femme qui avait, en fait, oublié ses clés et était condamnée à errer dans le magasin en attendant le retour de son mari. Je n’avais pas du tout pensé que cette scène aurait pu mettre mal à l’aise des organisateurs de débat à la Fnac… Aie ! C’est tout moi ça. Je fais un livre et je me mets à dos la Fnac ! Ça sent le sens inné de la stratégie commerciale ! Évidemment, pour moi, l’anecdote n’était pas liée à la Fnac, et j’ai de bons souvenirs de tous ces débats. Souvent, quand on fait un débat à la Fnac, on dérange tous ces jeunes qui lisent tranquillement des BD (j’ai même vu à Metz un ado qui lisait le dernier tome d’Harry Potter ; il venait tous les soirs lire quelques pages !). Je vois à leur tête : « merde, encore un écrivain qui va nous parler de son angoisse de la page blanche !» Non ! Moi, c’est le contraire. J’ai l’angoisse de la page noire. Je n’en peux plus. Je vis un enfer, soumis en permanence à la tyrannie de mon imagination. Je rêve d’une chose : arrêter d’écrire. Je veux dire : prendre des vacances de l’écriture. Ne plus avoir d’idées pendant quelques semaines. Ne rien faire : écrire un blog pour Livres Hebdo, par exemple. Au pire, si je n’arrive pas à arrêter, j’ai pris une décision : je vais écrire pendant 37 ans et demi. C’est mon régime spécial à moi. Et ainsi, je l’annonce dès maintenant, je publierai mon dernier roman à la rentrée 2039. On ne peut pas dire que je n’aurais pas prévenu les dames du Femina.

14/11/2007




La science des rêves


À l’heure qu’il est je devrais être en train de me faire arnaquer dans le souk de Marrakech, en train de montrer à mon fils les serpents élevés, seulement voilà le personnel naviguant d’Air France en a décidé autrement. Pour la peine : je ne fantasmerai plus jamais de ma vie sur la moindre hôtesse de l’air. Je n’ai pas d’autres moyens de me rebeller. Ce n’est pas Françoise Dorléac dans « La Peau douce » qui m’aurait fait ça.

Ce week-end, j’ai annulé mon passage à Brive, au grand désespoir de mes admiratrices. Aujourd’hui, il y avait un article dans le Parisien évoquant le fait que « les vedettes n’étaient pas au rendez-vous ». Oui, je sais… Mais franchement, je n’avais pas le courage d’un nouveau salon. C’est la première fois que j’annule quelque chose en cinq ans. Mon ami Pierre, chez Gallimard, s’est inquiété. Ça sentait la dépression. Ou pire : la tendinite du poignet.

Je lis quelques pages de « Travailler fatigue » de Pavese, alors que moi c’est la fatigue qui me travaille. Je lis aussi le livre de Mathias Malzieu « La mécanique du cœur » chez Flammarion. L’histoire : Jack naît grâce à une étrange sage-femme. C’est le jour le plus froid du monde. Son cœur est gelé. La sage-femme décide de remplacer le cœur par une horloge. Seul problème : l’enfant ne devra jamais tomber amoureux. Quelle histoire, non ? Beaucoup de poésie, entre un film de Tim Burton et une nuit d’amour avec moi. J’ai renoué avec les trois vœux pour lui. Nous avons en commun Michel Gondry.

Avec ma page myspace (que je suis jeune), je reçois pas mal de messages. Parfois des demandes d’interview. Étant poli, je dis souvent oui. Sans même vraiment vérifier de qui il s’agit. Il y a peu une fille dont le surnom est Wrath (tiens, je la verrais bien dans le livre de Malzieu) me fait une demande que j’accepte. Le jour J, je vois qu’il s’agit d’un entretien filmé. En fait, c’est ce qu’on appelle un podcast, allez savoir ce que c’est. Mais le problème de ce genre d’interviews, c’est que ça reste une éternité en ligne. Pas comme la Une du Figaro qui finalement ne dure qu’un jour. Et je ne savais pas que le but de ce genre d’entretien est aussi d’énerver l’interviewé, pour donner envie de voir la vidéo. Eh bien cette fille a réussi. Ce qui est fort. Car pour m’énerver, il faut se lever tôt ; je dirais même qu’il faut se lever la veille au soir. Elle ne cessait de me poser des questions sur les chiffres de vente, et sur les pistons pour être publié. Elle ne voulait pas me croire quand je disais avoir envoyé mon livre par la poste. Il faut penser à ça : être capable de prouver qu’on n’est pas pistonné. Car, à ses yeux, tout le monde est coupable ! Tout le monde l’exclue, la pauvre petite. Elle parle de Jean-Baptiste Gendarme, et fait la moue. Elle dit que tout s’explique car il a fait un stage aux Editions du Dilettante. Conclusion : si vous voulez vous faire publier à la NRF, faîtes un stage au Dilettante ! Ça marche ! Nous sommes tous des pourris. Et maintenant que je viens d’avoir 33 ans, il est d’ailleurs tant de me crucifier. Ou peut-être elle d’ailleurs, car je vois sur son site qu’elle se fait beaucoup critiquer pour avoir été très méchante avec moi, snif.

***

Les trois vœux de Mathias Malzieu :

1 – Que mes livres soient adaptés en film par Michel Gondry.

2- Avoir une cabane dans un arbre au bord de l’océan.

3- Y mettre la femme que j’aime et tous les enfants que nous aurons.

30/10/2007




I'll stand by you


Au fond, je crois que je suis une midinette du blog. Il suffit qu’on me demande d’en faire un, je rougis, et je me décide. Le dernier message de Daria m’y pousse, tout comme le sacré Mabanckou m’y avait contraint. Pourtant, j’aurais tellement de choses à raconter. Le prix du Jeune Ecrivain par exemple, dont je fais partie du jury. Tiens Mabanckou aussi, mais il n’a pas pu venir. On sait que c’est une force de la nature, mais tout de même, passer de Santa Monica à Muret, banlieue de Toulouse, seul le généreux et éternellement souriant organisateur Marc Sebbah aurait pu croire en ce miracle. Je ne sais plus qui s’est dévoué pour jouer le rôle de Mabanckou ce soir-là : Pascale Kramer ou Philippe Ségur ? Dans mon souvenir instable, et quelque peu effacé, je ne crois pas non plus qu’il s’agissait de Dominique Mainard. Ce soir-là nous avons signé, côte à côte, elle : « Je voudrais tant que tu te souviennes », et moi « Qui se souvient de David Foenkinos ? ». Peut-on alors se souvenir de deux souvenirs ? Et qui peut comprendre la saveur d’un petit-four dans une coupe de champagne ? Il y avait une chanson des Pretenders qui flottait dans ces jours suspendus au miracle, vous l’entendez peut-être encore.

Tous ces jeunes m’ont propulsé dans un autre monde. On m’a donné du monsieur, et du s’il vous plait, et le temps où j’avais moi-même tenté et raté lamentablement ce concours me paraissait être un temps en noir et blanc. Il faut vraiment rater ce qu’on va réussir un jour. On ne peut pas pleinement le réussir si on ne l’a pas un peu raté. Je peux tourner ces formules dans tous les sens. Je peux vous étourdir, faire un blog de rien, vous dire que je divorce aujourd’hui (mon côté Sarkozy), et que cela me fait penser à Antoine Doinel dans L’amour en Fuite, moi qui ai connu les baisers volés, et le domicile conjugal. C’est tout le problème de François Truffaut : il a filmé ma vie avant que je ne la vive. Et dire qu’on me parle de Jules et Jim maintenant. On aura tout vu.

Je suis toujours en lice pour le Femina. Est-ce que vous y croyez vous ? Franchement. Mais c’est étrange de passer un tour, j’ai l’impression de ramper dans un truc de l’armée, si ça continue, je vais arriver au bout mais épuisé. Pour ne pas dire hospitalisé. Il faudra me donner aussi le Goncourt pour me réanimer.

18/10/2007




Que ma joie demeure


Me voilà dans le train du retour de Gradignan, salon du livre de poche. Avec mon nouvel ordinateur blanc, je peux vous écrire de partout. Me reste maintenant juste à savoir ce que je vais dire. D’abord une bonne nouvelle : j’ai eu le prix Giono. Je sais que vous êtes en attente de bonnes nouvelles me concernant, que de me savoir épanoui vous titille simultanément le mollet gauche et l’oreille droite. Je vous tiens au courant pour le Femina, le Flore, et le Décembre. La remise du prix du jury Giono est dans deux jours. Il faut absolument que je relise « Le Hussard sur le toit » d’ici là, pour paraître en adéquation avec le prix. De nos jours, rien n’est plus important que d’être en adéquation (j’ai déjà bien sûr lu le Journal des Goncourt).

Samedi soir, nous avons bu en regardant le match. Chose étonnante : c’était la deuxième fois que je regardais un match de Rugby. Et la fois précédente c’était une demie finale en 1999 contre l’équipe de Nouvelle-Zélande. Alors, je ne vois pas l’exploit puisque c’est une routine pour moi. Je commence à aimer le rugby : je n’ai aucune personnalité. Il y aurait une coupe du monde de dépressifs antisémites, qui sait ce que j’aurais fait ? Une compétition de guitaristes véliplanchistes, et j’aurais composé une ballade maritime. Je me fonds dans la masse. J’ai toujours eu peur d’être repéré. On ne séduit que pour ne pas prendre un train (comprenne qui pourra cette phrase.) La politesse de ton espoir.

Dans le train, Serge Joncour est devant moi. Ai-je déjà pris le train une seule fois sans lui ? Comment pourrais-je alors savoir à quelle heure aller au wagon-bar ? Le train, c’est son domaine. Pour tout le reste, je prends en charge. C’est un homme qui composte. Pour la huitième fois, il réécoute le match d’hier dans son oreillette. Comme pour un livre, il souligne les meilleurs passages, et me démontre la poésie de l’Equipe. C’est beau de recomposer à l’infini. Quelque part, c’est la coupe de son monde.

Ça fait une heure que j’écris ces lignes. Je suis cuit. Où est le temps du blog virevoltant ? C’est la fatigue. À cause des insomnies. Qui a une solution pour me faire dormir, pour que je me déconnecte un instant ? Il n’existe plus une seul mouton dans cette Terre qui n’a pas sauté au-dessus de ma tête. Pire que tout : ne pas dormir ça endort. On flotte. On veut tout quitter. J’ai tour à tour été joyeux et dépressif cette semaine. Il n’y a que la vérité qui compte.

08/10/2007




Les pouvoirs d’Alain M.


Oui c ’est vrai, je suis bien désolé, mais je délaisse un peu notre blog en ce moment. Les histoires vont de plus en plus vite. Déjà moins d’un an ensemble, et je ne fais plus d’efforts. Pourtant, j’y croyais beaucoup, au début, à notre histoire. Je courais tous les lundis vers vous avec la frénésie de mes premières bouclettes. Et puis ce week- end, je me suis fait taper sur les doigts par Alain Mabanckou dont il faut aller voir le blog (sa relation avec son blog me semble plus épanouissante, c’est un fidèle). Il faut dire que c’est un blog horizontal. Il l’entretient avec tant de régularité (il faut dire aussi qu’il dort peu (alors que moi j’ai besoin de 16 heures de sommeil par nuit). Et finalement grâce à Alain, je me réveille subitement. Il y a toujours un moment dans notre vie où nous avons besoin d’un Alain Mabanckou. Pourrait-il me remotiver pour mon prochain roman ? Pourrait-il me permettre de passer encore un tour sur le Prix Femina ? Pourrait-il m’aider à rédiger mes portraits pour l’émission de cinéma sur TPS, ce nouveau travail qui me prend du temps ? Pourrait-il me prescrire un peu de Lexomil ? Pourrait-il permettre à la nouvelle émission de Paul Amar d’avoir beaucoup de succès ? Pourrait-il me trouver une femme de ménage qui soit aussi baby-sitter et secrétaire de rédaction ? Pourrait-il aller faire un passeport pour mon fils ? Et puis aller aussi à la réunion des parents d’élève samedi prochain ? Pourrait-il aller chez le coiffeur à ma place ? Et au sport aussi ? Pourrait-il lire son dernier livre, car je n’ai toujours pas lu « Lettre à Jimmy »…. Allez Alain, juste un petit effort, pour aider un auteur qui se noie dans un verre (cassé) d’eau.

25/09/2007




XIIIe, traquenards et sentiments


Mes chers amis, je crois que je suis maso. Déjà qu’une rentrée littéraire, c’est difficile, mais quelle mouche suisse m’a piqué pour que j’aille faire une signature à Deauville ? En plein festival du film américain. Comment ai-je pu penser un seul instant que les gens allaient s’intéresser à ma petite prose faussement dépressive alors que Brad Pitt était dans la ville ! Oui, tenez-vous bien, je suis passé après Michael Douglas, Matt Damon, Georges Clooney et Brad Pitt. Je me demande si je ne suis pas en train de devenir le Ringo Starr de la littérature. Ce qui n’empêcha pas ce moment de douce humiliation (une habitude de la vie d’écrivain) d’être fort sympathique. Enfin, c’est assez fou de voir Deauville sous les flash et la frénésie champagne, alors qu’en mai dernier, pour le salon du livre, c’était ambiance soupe. Je me suis surpris à un rêve : et si on inversait ? Et si Brad Pitt faisait une signature avec peu de monde, et moi, j’arrivais dans la folie extatique des jeunes et vieilles filles ? « David ! ! » « David, s’il vous plaît ? ! »… « Oh quel livre ! ! »… Et les femmes s’évanouiraient sur mon passage merveilleux, en compagnie de ma Angelina à moi, la star du Télérama de cette semaine…

Cessons de rêver. Je n’ai pas à me plaindre. Mes livres sont publiés, j’ai des lecteurs qui achètent mes livres sans qu’on les force. Et je suis invité à la télévision pour parler de mon travail. Encore une fois, j’ai raté mon passage à « Vol de Nuit ». Cela devient une habitude, le crash de ce vol. Je ne sais pas pourquoi. Poivre est toujours sympathique, il met à l’aise ses invités, mais il n’y a rien à faire : je m’embrouille, je suis confus, je ne sais plus que dire. L’animateur est persuadé que c’est une stratégie pour faire le malin et l’original. Mais vous croyez que c’est facile que de passer pour un analphabète à la télé ? De toutes façons, tout ça c’est de la faute de Patrick Besson ! Tiens je vais le charger ! Après tout, je doute vraiment d’être sur la liste du Renaudot. Quand j’avais eu le Prix Roger-Nimier, il m’avait dit : « tu crois vraiment que j’allais voter pour un écrivain qui habite dans le 13ème arrondissement ? ». Comme je n’ai pas déménagé, je suis toujours en état de Val de Grace. Donc, ce cher Patrick Besson, me dit : « Je reviens du Congo. Je t’ai vu parler de ton livre sur I-Télé. Ils ont passé ton interview huit fois dans la journée. Autant dire que je connais par cœur ton speech… ne me dis pas que tu vas répéter la même chose ici ? ». Et voilà comment je me suis fait avoir. Le méchant m’a déstabilisé. Pendant que je parlais, je me disais : « Besson va se dire que je répète tout le temps les mêmes trucs ! ». Je suis vraiment con de me soucier de l’avis de Besson. Est-ce qu’il s’en soucie lui de la vie des autres ? A un moment, j’ai parlé d’une anecdote à la FNAC, et j’ai senti son petit sourire : « Ah, ça y est, il nous refait le coup de la FNAC… ». Trop fort ce Besson pour saper mon nouveau look. A sa place, si je voulais me faire pardonner, je me mettrais sur la liste du Prix Renaudot.

Enfin, un grand bienvenue à la librairie Gibert qui vient d’ouvrir… en bas de chez moi !

06/09/2007




C'est l'histoire de Totor...


Mes amis, me voilà de retour ! Je me sens un peu rouillé du blog. Il faut que je retrouve mes marques, il faut que je retrouve ce qui fit jadis le succès de mes saillies mythiques. Tout d’abord, j’aimerais remercier ceux qui ont laissé des commentaires pendant l’été, merci mille fois. Quand je recevrai mon Nobel, je saurai me souvenir de votre petit post qui a sûrement contribué à l’édifice de ma renommée suédoise.

Oui, c’est la rentrée. Et me voilà à nouveau dans le grand bain de cette frénésie. Je ne peux m’empêcher de penser sans cesse à cette phrase de Karine Tuil, que je cite encore (essayez : on se sent bien quand on cite Karine Tuil) : « Etre écrivain, c’est chercher son nom sur la liste ». C’est exactement ce que je fais. Tiens, c’est pas mal, je suis dans la sélection de Paris Match, Madame Figaro, Le Parisien…. Mais pourquoi ne suis-je pas dans Le Figaro ? Oh quelle angoisse, quelle insomnie du Figaro. Ces listes, ces listes… bon, je m’en sors pas mal, c’est vrai. Mais moins bien qu’Olivier Adam. Franchement, qu’est-ce qu’il a de plus que moi ? C’est la barbe, c’est ça ? Si c’est la barbe, vous me le dites. Ça ne pose pas de problème. Je la fais pousser tout de suite. Bon, c’est vrai que je n’ai pas une pilosité suractive, alors c’est possible que ça marche surtout pour la rentrée 2008.

J’ai commencé à m’activer pour mon livre. J’étais au Cap Ferret pour faire une signature chez Alice Médiastore. Je n’avais pas compris que la signature était précédée d’une petite ballade en mer. J’avais mis mes plus belles chaussures, et j’étais sûrement ridicule. Mais c’est bien d’être ridicule quand on est écrivain. Je trouve même que c’est la qualité qui devrait être indissociable de l’écriture. Certains ne le savent même pas. Le soir, j’ai fait un débat avec Anne Wiazemski (au passage, je donne une information : elle recherche un éleveur de loutres), et Valentine Goby. L’animateur a réussi l’exploit de rendre cohérent un débat avec trois livres aussi différents (ils sont forts ces Belges). A un moment, nous avons parlé de Proust (l’air de la mer m’aurait-il rendu intelligent ?), et j’ai dit que Céline avait résumé ainsi A la recherche du temps perdu : « 3000 pages pour savoir que Totor encule Tatave ». A la fin du débat, une petite vieille a pris le micro pour me dire : « J’ai bien aimé tout ce que vous avez dit, mais je n’ai pas bien compris, à propos de la citation de Céline… qui encule qui ?»

Après le Cap Ferret, j’ai rejoint la Forêt des livres organisée par le Gonzague Saint Bris. Gonzague Saint Bris, je crois que malgré tout mon talent (incontestable), je n’arriverais pas à le décrire. Je pourrais dire que là-bas, c’est lui le salon du livre. Et j’adore y aller, car c’est quelqu’un que j’apprécie. J’ai reçu le prix de la Rentrée. Tout n’est pas perdu alors… Mais il s’est passé une chose étrange. Alors que mon livre, Qui se souvient de David Foenkinos ?, parle d’un futur où l’on m’aurait oublié, mon carton de livres s’est perdu quelque part ! Ainsi, je n’avais pas mes livres sur place (tristesses de mes fans, et hésitations suicidaires…). Je me suis dit que je n’aurais jamais du écrire cette fiction catastrophe du futur, que j’allais me porter la poisse ainsi, et que tout allait arriver comme c’est écrit…

Je voudrais aussi dire que pendant ces vacances, comme chaque année, j’ai participé aux mythiques Nocturnes littéraires organisées par le non moins mythique Pierre Defendini (que je ferai un jour tourner au cinéma ). Parfois, je me demande si je n’écris pas juste pour ça, pour ces moments, pour me retrouver avec Serge Joncour au petit déjeuner de l’Holiday Inn de Toulon. Et vers dix heures, on se fait une petite promenade au bord de l’autoroute, à la boutique Esso. C’est la boutique Esso la mieux fournie de France. On y trouve de tout, et même de la ratatouille Martin. On achète Aujourd’hui en France, et il n’y a rien besoin de plus. Tout est là.

27/08/2007




2007, c'est l'année Foenkinos!


Me voilà de retour ! Même pas mort ! N’en déplaise à mes ennemis : les 799 autres écrivains de la rentrée littéraire. Car oui, je publie fin août. Et ça y est, je suis en tenue de combat. Prêt à enchaîner les interviews comme un petit chevalier de mon œuvre. J’ai déjà de très bon retours (stratégie numéro un : faire de l’intox, pour déprimer la concurrence) : une stagiaire rousse au Nouvel Obs, qui bosse directement avec l’assistante de Jérôme Garcin, aime beaucoup mes livres, et a placé les épreuves de mon roman en 18ème position dans la pile des épreuves à lire en priorité. Je vous le dis : ça s’annonce très très bien (stratégie numéro 2 : s’auto-persuader que tout va bien se passer). Qui se souvient de David Foenkinos ? est un livre en passe de devenir mémorable.

Chaque jour dans ma boite aux lettres, je reçois les livres de mes ennemis : je suis infiltré de l’intérieur. Je passe mes journées à les critiquer (stratégie numéro 3 : se convaincre qu’on est le meilleur). Heureusement, aucun livre n’a le bon nombre de pages. Un très bon livre, de nos jours, c’est un livre qui fait 247 pages. De toutes façons, l’essentiel pour tous, c’est que personne n’écrase tout le monde. A l’heure qu’il est, je regarde à droite, je regarde à gauche, toujours pas Littell en vue. Faudrait pas qu’il nous refasse le coup tous les ans, celui-là. Bienveillant, rien du tout ! Il a vraiment occupé la rentrée littéraire de l’année dernière : on aurait dit une armée de pages réduisant à néant les autres. Chaque année, c’est toujours pareil. Il y a toujours un petit malin qui sort du lot : un Houellebecq, une Angot, un Beigbeder. Allez, militons ensemble : 2007, c’est l’année Foenkinos (stratégie numéro 4 : il faut lancer son slogan). Bon, ça ne rime pas trop. Je ne sais pas, mais subitement, je suis atteint d’angoisse. La dépression contamine mes cheveux. Ah… je n’y crois plus. Je sens que mon livre va passer à la trappe (stratégie numéro 5 : faire croire aux autres qu’on est un peu sensible… comme ça, ils baissent la garde, et hop ! On les coince entre les deux étages du Flore).

Je me demande si trop de stratégie ne tue pas la stratégie. Quand on sort un livre, le mieux est d’écrire un autre livre. C’est uniquement pour éviter l’angoisse de la publication d’un livre que les auteurs deviennent graphomanes. Car, franchement, qu’est-ce qui peut nous pousser à écrire des romans ? Je suis en train de lire le prochain roman de Patrick Besson. Immense admiration pour Patrick Besson (stratégie numéro 6 : flatter un membre éminent du Prix Renaudot). Il chronique dans tous les journaux et gagne sûrement très bien sa vie. Il a obtenu des grands prix littéraires, le Renaudot et l’Académie je crois, alors franchement qu’est-ce qui peut le pousser à écrire ? La nécessité ? Non, c’est fini, la nécessité. On ne nécessite plus maintenant. On subit. Alors quoi ? Je vais y réfléchir à ce qui nous pousse dans le dos (les mains d’une femme ?). Je vais réfléchir à beaucoup de choses, c’est promis ; et je reviendrais avec de beaux concepts sur la vie, et des conseils pour éviter la dépression qui nous guette. Il est temps de prendre des vacances, et je vais surtout me reposer de moi...

PS : il n’est pas exclu que, pendant l’été, subitement pris par une pulsion bloggeuse, ou subitement traversé par une pensée qu’il me serait hautement insoutenable de ne garder que pour moi, je ne m’en revienne pas vers vous avec joie, émotion, et petite larme dans les mots...

PS 2 : c’est juste une façon de vous poussez à cliquer sur livreshebdo.fr de temps en temps… quel esprit d’entreprise, tout de même…

27/06/2007




Le dernier blog?


Ah ! Mes petits chatons, j’ai bien honte de vous avoir délaissé lundi dernier. Et autant vous le dire tout de suite : je ne pourrais pas rédiger de blog lundi prochain. Alors je coupe la poire de la semaine en deux, et ce vendredi, j’écris deux lundis. Etrange concept, j’admets. Mais puisque tout le monde dit tout le temps « qu’il n’y a plus de saisons », je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas dire « qu’il n’y a plus de jours ». Pourquoi ce vendredi ne serait-il pas un peu un lundi ? Et ce n’est pas si fou que ça : certains jours, le vendredi a une tête de lundi. Ca se voit vraiment que ce n’est pas un salarié qui vous parle. Enfin si, je suis un salarié du vide.

Cette semaine, je fus bousculé par des impératifs (tentative de justification). Et notamment les ultimes moments passés à corriger les épreuves de mon futur chef d’œuvre. Jusqu’à la dernière seconde, j’ai relu mon roman, à m’en dégoûter presque. Enfin non ! Je ne me dégoûte pas de ce que j’écris, voyons. Je me suis enivré tant que j’ai pu. J’ai beaucoup hésité à rajouter des virgules, ou des points virgule. Virgule ou point-virgule, that is the question. Et tout ça est bien ridicule : que peut bien compter une virgule dans un océan de 700 romans à la rentrée littéraire ? Souvent, pendant ces moments de relecture, j’ai été frappé par la vacuité d’une telle entreprise. Quand je vois le programme des maisons d’éditions, je me demande surtout qui ne publie pas. Un jour, je suis certain qu’un écrivain sera l’événement de la rentrée littéraire juste parce qu’il ne publie pas. Prix Goncourt du meilleur roman non publié.

Je sais que, depuis le premier paragraphe de ce blog, le suspens est insoutenable : mais pourquoi donc ne vais-je pas pouvoir rédiger mon blog lundi prochain ? En fait, je pars en Israël pour la première fois de ma vie. Je suis vraiment heureux de ce voyage, surtout pour aller au Mur des Lamentations : vous ne pouvez pas imaginer mon bonheur, je vais enfin pouvoir me lamenter quelque part. Souvent, je me lamente un peu partout ; je suis un SDF de la lamentation. Alors là, quel bonheur de pouvoir un peu poser mes valises de drame (ceci est uniquement de l’humour). Je suis invité en compagnie d’une délégation d’écrivains, à l’initiative de Karine Tuil. Pendant une semaine, nous allons rencontrer des auteurs et intellectuels palestiniens et israéliens. Accessoirement, nous allons aussi tenter de rester vivants. Tout le monde me met en garde ! Et moi qui n’avais pas du tout peur de ce voyage, me voilà commençant à réaliser le risque. Mon ami Serge Joncour vient de m’envoyer un texto : « tu as prévu quelle couleur pour ton gilet pare-balles ? ». Tu parles d’un ami. J’espère que tout va bien se passer. Enfin, je dis ça surtout pour vous. Que feriez-vous sans se blog ?

15/06/2007




Confidences (pas) trop intimes


Depuis trois jours, je me sens dans une ambiance Fabrice Luchini. Son spectacle dure davantage que deux heures. Je l’avais déjà vu deux fois, et je me souviens d’une représentation où il était passé de Céline à une digression monumentale (pendant au moins trois quarts d’heure) sur Jean-Claude Bourret. Sa femme (celle de Luchini, pas celle de Jean-Claude Bourret (tiens, je me dis que cela doit être quelque chose de vivre avec Jean-Claude, je tenterais bien l’expérience pendant une journée, on parlerait ovnis et utopies d’un retour de La Cinq) m’a gentiment proposé de venir le voir. C’était l’avant-dernière de son spectacle Carte Blanche, consacré notamment à Barthes et Valéry. Comme un leitmotiv comique, il ne cessait d’ailleurs de répéter qu’il n’en pouvait plus de faire ce spectacle, vivement que ça se termine, répétait-il, comme si on le dérangeait. Ce qui en soi est une superbe idée : souffler sur son public, le juger, et même le critiquer. Barthes, Valéry donc, Molière et Flaubert aussi, mais surtout Luchini : les autres, c’est toujours une façon de parler de soi (j’admets que ce n’est pas mon meilleur aphorisme (mais parfois il faut savoir écrire de mauvaises phrases pour mettre en valeur les bonnes (hum…))). Il évoqua entre autres le tournage de Perceval, la plus grande folie de Rohmer, sûrement une idée qui a du le foudroyer par une nuit de pleine lune. Dans cette évocation, un morceau de bravoure : parler le vieux français avec un accent pied-noir.

Derrière moi, dans la salle, je retrouvais Isabelle Carré. Une actrice que j’admire définitivement, et que j’avais rencontrée quand j’avais écrit un portrait d’elle dans le JDD (que cette phrase est lourde (il faut savoir écrire des phrases lourdes…)). J’étais donc pris en sandwich d’admiration. Le grand passage du spectacle fut l’évocation de sa rencontre avec Roland Barthes. Il évoqua le mythe que fut cet homme. Tous les zombies du Palace enchaînaient avec une after suprême : son cours au Collège de France. Et Luchini, devant un amphithéâtre ébahi, avait obtenu le numéro du gourou. Et le voilà, balbutiant, reçu chez le grand maître. Par cette métaphore, il nous expliqua son émotion : «c’est exactement comme si Arlette Laguiller rencontrait Trostki». Puis il obtint du génie, cette révélation foudroyante : « je suis basque ». Tout le reste n’est que littérature.

J’avais eu la chance de rencontrer déjà Luchini, et notamment sur le tournage du prochain film de Cédric Klapich (ouhlala, comme je suis people), et je suis donc allé le voir après en loges. En fait, je n’osais pas trop, mais j’ai croisé Alain Ichou, son attaché de presse. Nous avons acheté de nouvelles lunettes tous les deux, quasiment au même moment ; et l’on ne peut rien refuser à un collègue de la lunette. En loges, il y avait la réalisatrice Anne Fontaine et Hugues Aufray (deux antipodes du thermomètre). Il y avait aussi une très belle fille : dans l’émotion du moment, j’oubliais qu’elle était venue avec moi. « Ah Foenkinos, que tu es beau ! » me dit-il en me touchant le nez. Finalement, il me demanda ce que j’avais pensé du spectacle, quelle angoisse suprême. Tout le monde me regardait, et j’ai bafouillé : « je ne peux pas trop parler, c’est exactement comme si Arlette Laguiller rencontrait Trotski ».

Luchini revient fin octobre sur scène, il faut absolument le voir au moins une fois sur scène. De toutes façons, il n’y a rien à perdre. Il ne cesse de répéter que son spectacle est gagnant-gagnant. Personne n’est écarté du chemin. Même les retardataires ont le droit à un résumé du début. Nous sommes dans l’ère de la bienveillance, dit-il. Et c’est tellement vrai, nous nous aimons tellement, n’est-ce pas ?

04/06/2007




99 Roubles


Dans Livres Hebdo, les avis étaient partagés sur le nouveau livre de Beigbeder. Je peux comprendre les deux points de vue : je suis le François Bayrou de la critique. Même si je penche nettement du côté de ceux qui aiment. Je crois même que c’est mon roman préféré de Beigbeder. Peut-être parce qu’il me touche particulièrement. Pour tout vous dire, ce que je fais tout le temps finalement, j’étais en Russie en septembre pour une petite tournée moscovite ; et je suis passé juste après lui. Il avait laissé là-bas une traînée de poudre (aucune allusion à la coke). Vraiment, j’ai passé une semaine à donner mon avis : « nous aimons beaucoup vos livres, hum… hum…mais que pensez-vous de Beigbeder ? ». C’est bien simple, de ce voyage j’ai appris une chose : avoir un avis sur Beigbeder. Et ce n’est pas rien, pour quelqu’un comme moi qui n’a aucun avis sur rien. A part l’essentiel : les cheveux féminins.

Bon, je sens déjà que je vais un peu trop digresser. Pendant ce voyage, les rumeurs les plus folles sur le cyclone Beigbeder me tombaient dessus. Ce blog étant tout public (il est notamment très lu chez la ménagère de moins de six ans), je fais la version soft : il aurait sniffé du sel, il aurait bu de la vodka dans sa chaussure. A l’étranger, on peut tout faire. On peut se créer un personnage de toutes pièces. Mais là, j’étais bien étriqué dans le rôle du suiveur. Merci beaucoup Beigbeder. J’étais un peu comme un Vincent Delerm qui ferait la seconde partie de Marylin Manson. J’avais l’air d’un fils de bonne famille, buvant du lait fraise à la paille, et pire que tout : même pas névrosé.

Dans «Au secours, pardon », en tant qu’initié au mirage, j’ai reconnu certains lieux. J’ai repensé à tant de choses qui se promènent encore sur ma peau. Quelle est l’histoire ? On retrouve le héros de 99 francs, Oscar, qui est devenu chasseur de la plus belle tête du monde. Son but : trouver le nouveau visage de L’Idéal. Mais il faut se dépêcher : la beauté dure trois ans. C’est un métier très complexe, car il faut faire attention aux « boudins masqués ». Oscar est une sorte de héros de notre temps superficiel. La beauté ne se révèle plus instinctivement, elle est cachée dans l’artifice. Thomas Mann ne pourrait plus écrire « La mort à Venise » aujourd’hui : Tadeusz passerait son temps à faire des pompes, et à se mettre du mascara pour exalter son côté androgyne. Non, c’est faux car Oscar découvre Léna. Une apparition. Cela aurait été un bon titre pour ce roman : « La mort à Saint Pétersbourg ». Il y a cette phrase en exergue du film du Visconti : « celui qui contemple la beauté est déjà prédestiné à la mort ». Notre pauvre Oscar s’apprête donc à mourir car il dit de Léna : « en la voyant on se sentait provisoire, fugitif, vieux, inconsolable ». C’est sublime, et c’est beaucoup pour une seule femme, surtout quand elle n’a que 14 ans. Il la qualifie de gérontophile. Subitement, je pense : et si Lolita n’était pas un livre de pédophile mais de gérontophile ?

Quelque part, et cela pourrait faire un pitch façon Beigbeder : c’est l’histoire d’un chercheur qui se perd. Ou encore : l’histoire d’un chercheur qui se cherche. En tout cas, Oscar est en pleine quête de toutes les quêtes. Ce qui est étonnant pour un passif primaire. Ce roman est un aller-retour permanent entre le crime et le châtiment, version moderne : le péché et la culpabilité, la noyade (au secours) et la tentation de se sauver par le rachat (pardon mon prêtre)… mais que peut-on racheter quand on a que 99 roubles ? On s’accroche désespérement à la religion, mais que peut comprendre un homme qui n’a pas la même sexualité que nous ?

Ce roman est à l’image parfaite de ce que vit Oscar : des digressions, des monologues, des absurdités, et des fulgurances. Cabossé, inégal, et incroyablement brillant. La forme colle physiquement au fond. Des aphorismes et des formules en tous sens. Au hasard : « j’ai quitté ma femme parce qu’elle avait le même âge que moi », « à présent seuls quelques mètres séparent la Pravda de Prada », « c’est tellement compliqué d’être libre », « c’est incroyable le don que j’ai pour rendre laides les plus jolies femmes »… c’est un livre que j’ai souligné excessivement, et c’est ainsi que je mesure mon plaisir.

Beigbeder pourrait aussi dire que son roman est un guide pratique, car il donne la technique pour draguer des russes : il faut pleurer en déclamant du Tourgueniev.

C’est un roman de septembre qui sort en juin et qui est décomposé en quatre saisons. Il faut bien se fier à quelque chose, au temps découpé. Car il n’y a plus de repère, c’est un livre sur la folie, sur la nécessité aussi de la folie. Au début du roman, il y a une phrase exceptionnelle : « j’aimerais vous raconter comment j’ai compris que la tristesse est nécessaire ». C’est peut-être cela le grand paradoxe : on cherche la tristesse dans le bonheur. Aucun pays ne représente davantage ce grand écart, cette fièvre entre l’idiotie et le génie, et ces beautés excessives qui confinent parfois à la laideur. Je sais une chose : aller en Russie, c’est voir droit dans les yeux la possibilité de se perdre. C’est le roman d’un homme qui a trouvé la géographie de sa névrose, et ce n’est pas rien : c’est même majeur.

Ps : je sais que cette chronique est foutraque, pas claire, mal organisée, au secours pardon.

29/05/2007




Blanche, Amandine, Géraldine…


J’ai vu peu de fois Blanche de Richemont dans ma vie, et toujours, j’en conserve un souvenir merveilleux. La première fois, c’était à Saint-Etienne, au « Terminus » (drôle de nom pour une première rencontre). Grâce aux nocturnes mythiques de Pierre Defendini, nous nous sommes retrouvés sur les routes du Sud. Et puis le temps a passé. Heureusement que nous écrivons des livres pour nous retrouver. Après Eloge du désert, elle vient de publier Eloge du désir aux Presses de la Renaissance. Ne serait-elle pas une monomaniaque de l’éloge… le prochain ? Eloge de l’éloge. Blanche part pendant des mois, dans des conditions extrêmes, dans le désert. Vous imaginez : moi qui ne supporte pas de faire deux changements dans le métro, elle est un peu mon Jacques Villeret de La soupe aux choux. Mon Dieu, ce n’est pas la plus belle référence à faire à une femme. Il faut vite que je retombe sur mes pattes d’homme qui sait parler aux femmes.

Après des mois dans le désert, quand Blanche revient à Paris, elle essaye de rattraper en un soir le temps qu’elle a passé à ne pas être féminine. Alors, toute en rouge, maquillée, elle résume sa féminité dans un condensé hypnotique. Serge Joncour m’a écrit un mail pour m’en parler. Ce n’est pas rien. Habituellement, une robe rouge, cela vaut un texto avec Serge. Ce soir-là, elle était radieuse. Et c’est alors qu’elle m’a dit qu’il fallait que je lise son chapitre intitulé « chasteté ». Est-ce une façon inconsciente d’équilibrer le rouge ? Mais pourquoi me propose t-elle de lire plus particulièrement ce chapitre ? Ai-je l’air si épanoui sexuellement que ça ? Non, ce n’est pas possible. Je sors bientôt un livre, et j’ai déjà pris ma tête de frustré sexuel (règle numéro 1 pour vendre des livres). Est-ce à cause de la présence à mes côtés d’Angelina Julie ? Donc, je m’exécute, et je lis : « oser l’abstinence pour que l’acte d’amour ne soit pas mécanique ». Mais, en fait, elle me prend pour un sex-symbol, ah ! Le genre d’homme qui ne s’abstient que par choix. Comment oublier que l’on devient écrivain uniquement parce que les femmes nous ont poussé à l’abstinence forcée ? A quelques baisers près, je ne serais pas devenu écrivain. Si j’avais été épanoui sexuellement, je serai devenu comptable.

Ceci étant dit, c’est un sujet qui passionne tous les scorpions, puisqu’ils sont un mélange de lumière et d’ombre. « Pour ce centrer, il faut se décentrer » : c’est toute ma vie. Bravo Blanche. C’est vraiment un livre fort, très personnel. J’aime cette phrase : « Nous avons parfois rien à perdre à tout perdre ». Blanche évoque des parcelles intimes qui justifient tellement le désir du désir. « Dans cette traversée du désert, une seule certitude : vivre plus fort. Rendre à la vie ce coup de poing qu’elle m’avait donnée ». Ne faut-il pas souffrir pour comprendre réellement le désir, la quête intime du désir ?

A cette signature, j’ai rencontré Amandine et Géraldine. J’ai toujours rêvé d’écrire une phrase comme celle-ci. Et je les remercie d’être venues au monde, et accessoirement à cette soirée, deux belles sœurs unies par des pétales de fleurs rouges. Géraldine tient une boutique de pyjama pour enfants, 19 rue Las Cases à Paris. Allez la voir de ma part avec un bouquet de pivoines, et elle vous fera 10%. Eh oui, ce blog, c’est aussi une possibilité d’avoir des réductions un peu partout, et c’est cadeau pour vous. Et Amandine Cornette de Saint Cyr vient de publier Bonne à rien chez Anne Carrière. Il faut aller voir son pied, sur la quatrième de couverture. Il mérite d’entrer dans la Pléiade. C’est un roman pétillant, sorte de Bridget Jones version travail. La scène où elle commente son CV est vraiment drôle. L’héroïne d’Amandine est à la superficialité ce que je suis à la fausse mollesse (comprenne qui pourra). Elle veut devenir célèbre. Elle serait presque le genre de femme qui préfère qu’on lui fasse des déclarations d’impôts, et non d’amour (c’est fou le nombre de jeux de mots que je compile dans ce blog. C’est fou d’être aussi doué pour les mots (je me rends compte subitement que j’alterne dans mes chroniques une humeur dépressive, et une humeur où je me glorifie… je dois bien exister quelque part entre ces deux rives, mais où ? (Tiens, je pourrais donner des noms de codes à mes humeurs : la rive Géraldine, et la rive Amandine…)))… Le mieux c’est qu’Amandine vous parle de son livre : elle fait une signature ce jeudi 24 mai, 22 avenue Matignon à partir de 18h… allez-y de ma part, elle vous fera aussi 10%…

Moi, j’aimerais bien qu’on me fasse 10% sur les trois prochains jours. Que les journées ne durent que 21h20 au lieu de 24h…

***

Trois vœux :

Amandine Cornette de Saint Cyr :

1) Devenir insomniaque comme Néron. Ca m’éviterait de compter mes heures de sommeil, comme une avare.

2) Devenir prête à tout, ça me soignerait peut-être de ma léthargie (de mon bonarienisme).

3) Quand on aura exaucé les deux du haut, je commencerais à penser au troisième.

Blanche de Richemont :

1/ Avoir une petite maison face à la mer (on a toujours besoin d’un refuge de beauté pour se laver du monde!)

2/ Vivre de voyage et d'écriture

3/ Connaître jusqu’à la fin de ma vie l’ivresse de l’amour et du vin (les deux donnent parfois la gueule de bois. Mais vivre intensément a un prix !!!)

21/05/2007




Ch. f. enceinte avec options pour rester sobre


Je tente le concept de la chronique improvisée. Jusqu’ici, cela ne s’était peut-être pas toujours vu, mais ce blog était le fruit d’une mure réflexion intellectuelle. Enfin, je me dévoile. Enfin, j’avoue que les mots que vous avez à cet instant sous vos yeux (un peu fatigués, qu’avez-vous fait d’indécent ces derniers jours ? (et hop, une petite digression discrète au passage (mine de rien, tout en douceur (et hop, la digression de la digression, comme un collier de perles, je vous endors jusqu’à la fin de cette chronique…)))) sont insufflés par une sorte d’inspiration qui se rapproche d’une de mes phobies : la peur du vide. Dans le silence, c’est toujours moi qui parle. Je me sens en permanence responsable du silence des autres, c’est grave docteur ?

Je suis en train de lire le prochain livre de Beigbeder, Au Secours Pardon qui sort le 12 juin prochain (date anniversaire de mon premier amour ; elle aura 33 ans, je n’en reviens pas…), car je reçois les livres en service de presse (mon côté star internationale). Je parlerai de ce livre dans une prochaine chronique. Tiens, c’est un concept, ça aussi : annoncer mes prochaines chroniques. Faire une chronique-sommaire. Je suis tellement bon en concept, que je me demande parfois si je n’en suis pas un moi-même. Le concept du bloggeur semi-dépressif. Revenons à notre mouton Beigbedeir. Dans L’amour dure 3 ans, il y a cette pensée à laquelle je pense souvent : « 30 ans, c’est trop vieux pour être jeune, et trop jeune pour être vieux ». Du haut de mes 32 ans je la trouve parfaitement juste. Je nage entre deux vies et deux époques, et je commence à me tourner vers mon passé avec le sentiment de mes jours futurs.

Et c’est exactement ce que j’ai ressenti aussi en allant à Saumur ce week-end, pour le salon du Livre et du Vin. Je sais que Louise va encore dire que je fais trop de salons, mais je dois préciser une chose : je ne fais rien le reste de la semaine, je suis un honnête père de Victor, qui prépare avec amour des bâtonnets de colin et du riz un peu trop gluant… alors franchement, j’ai bien le droit à quelques escapades, non ? C’était la dernière pour un moment. Surtout si Louise (encore elle !) m’invite dans sa librairie, il faut que je me repose quelques décennies avant. En fait, ce blog, c’est juste un moyen pour moi de rencontrer des libraires qui vont vendre mes livres. Je suis vraiment trop fort en stratégie (surtout, quand je comprends six mois après ce que peut m’apporter ce que je fais…). Donc Saumur, oui, je suis un fidèle, depuis que j’ai eu le prix de la ville pour mon roman « Entre les oreilles ». Prix qui récompensait un livre vantant l’hédonisme. C’est tout moi, ça. Je vante l’hédonisme. Saumur, c’est un salon où il vaut mieux être en bonne santé. Dès le samedi matin, dans le train, on nous explique que le café n’existe pas. Blanc, rouge ou rosé sont les trois couleurs du week-end (la version alcoolique de Kieslowski)… et il n’est pas rare de vomir dès l’arrivée. Ceci étant dit, vous me connaissez, je suis un petit rebelle. Alors j’ai tenté le concept de salon Livre et Vin, mais sans le vin. Tenter de rester sobre, de ne pas boire une goutte d’alcool là-bas, relève d’un exploit surhumain. Donc, parfaitement à ma portée. Ceci étant dit, j’ai été parfaitement aidé cette année, car j’y étais avec mon amie Audrey Diwan qui est enceinte de six mois. Je remercie donc au passage le père de cet enfant qui m’a évité un mal de tête dimanche matin (comme quoi, on ne pense pas toujours aux effets secondaires…). Je me rends compte d’une chose : ma vie serait tellement plus calme, si j’avais toujours une femme enceinte près de moi. Ca doit bien se louer quelque part, une femme enceinte de poche. Si possible avec options : sans nausée, et sans crise neurasthénique. Décidément, il n’est vraiment pas exclu que j’aie un jour un deuxième enfant.

***

Les trois vœux de Thomas Clément :

1) Me mettre enfin au boulot pour mon deuxième roman (pour que je crame un voeu pour ça, c'est vraiment que c'est pas gagné)

2) Que TF1 accepte de virer Cauet pour programmer mon talk show people/culture à la place.

3) Que David Foenkinos accepte d'être l'invité de mon Talk Show.

14/05/2007




L'amour flou


Mes chers amis, je sais que c’est avec une certaine émotion que vous me retrouvez aujourd’hui, puisque vous étiez totalement désespérés à l’idée que je vous quitte. Je le sais, je sens les vibrations intimes entre nous, et je m’excuse encore pour ma faiblesse de lundi dernier. Que peut pousser un écrivain aussi stakhanoviste que moi à ne pas rédiger son blog du lundi matin ? Franchement, je vous le demande. Difficile d’écrire quand le corps tangue. Pour écrire, il faut réserver l’ennui du reste, s’extirper des palpitations de sa vie. Avez-vous remarqué que je viens de vous noyer dans une phrase conceptuelle et parfaitement floue (ma méthode d’embrouille) ?

Je reviens de Deauville où j’étais invité au salon du livre consacré au Jazz. En tant que romancier qui a lamentablement raté une carrière de jazzman, j’étais parfaitement le cœur de cible. Salon simple, convivial, humain, deux jours de bonne humeur légère, comme une bulle. Un détail important : le code d’entrée de l’hôtel était le 1418. J’ai décidé de ne vous donner que des informations essentielles dans ce blog maintenant. J’étais aussi invité pour animer un débat sur les liens entre Polar et Jazz. Bon, cela reste entre nous. On arrondit ses débuts de mois, comme on peut. En fait, j’aime bien l’idée de faire parler les autres. Je ne suis finalement pas encore enseveli sous l’égocentrisme, malgré les hordes de commentaires émoustillés qui ponctuent en permanence ce blog en passe de devenir mythique. Je ne peux pas citer toute cette brochette de gens chabadababa rencontrés sur place. Ou alors, je transforme ce blog en liste de noms (douteux). Juste dire une chose sur l’organisation. Ils ont eu une très bonne idée : l’aller-retour en bus. Quand on monte dedans, on a trente ans. Quand on redescend, on en a quinze. J’avais l’impression de sortir d’une colonie de vacances, et que mes parents seraient là pour venir me chercher. Dans le bus, Thomas Clément nous a montré le meilleur de ses vidéos. C’était hilarant vraiment. Et avec tant de cheveux lisses. Allez faire un tour chez lui : http://clement.blogs.com/ , mais revenez vite me voir.

Quelques jours avant, je suis passé chez Gallimard pour rencontrer les représentants. Pour la première fois, j’ai tenté de résumer mon prochain roman. Il faut vraiment que je travaille ma capacité à parler de mon œuvre (mais qu’ai-je donc voulu dire page 122 ?). Et puis, il faut que je change de look aussi. S’entourer d’une météorite ne peut avoir d’autre conséquence. Une météorite du presque qui est aussi une relookeuse internationale. A l’heure qu’il est, elle relooke une chaîne de télévision (surtout au niveau du bas de l’écran). Ainsi, je vais changer de lunettes, je voulais vous l’annoncer en exclusivité mondiale (quand je pense qu’au départ de la rédaction de cette chronique, je voulais vous parler du texte d’Hannah Arendt sur Walter Benjamin ; suis-je perpétuellement voué à une lente dégradation entre mes ambitions initiales et leurs accomplissements ?). Je sais que ce scoop ne vous laisse pas indifférent. Voilà vous en savez beaucoup sur moi maintenant, que voulez-vous que je vous dise, c’est l’amour flou.

***

Les trois vœux de Karine Tuil :

1 - Que le prochain roman de David Foenkinos figure sur les listes de tous les prix littéraires en septembre 2007.

2 - Que David Foenkinos obtienne le prix Goncourt en novembre 2008.

3 - Que les livres de David Foenkinos soient traduits en Molvanie.

07/05/2007




Révolution mandarine


Mes chers yeux amis, je reviens épuisé de mon séjour en Ukraine. Il faut dire que j’ai une petite nature. Non, ce n’est pas la vérité : il faudrait qu’un jour j’arrête de coller à l’image de l’écrivain chétif. Je suis un sportif redoutable. Et j’ai passé une succession de nuits quasi blanches, sans la moindre encombre. Bon j’admets que j’ai évité la vodka, malgré la horde d’alcooliques anonymes qui me suivait en permanence. J’étais invité, ainsi que Florian Zeller, par l’Institut Français dans le cadre du Printemps Français : une manifestation culturelle colossale, organisée par une équipe dynamique, pour ne pas dire mythique. Ils vont sûrement finir sur les rotules, au sens propre. Je les remercie encore et les embrasse d’ici (j’ai quand même le droit d’utiliser ce blog à des fins personnelles).

Kiev était en ébullition. Ce qui ne m’a pas vraiment aidé pour faire des siestes. Je veux bien qu’ils fassent la révolution, qu’ils protestent, mais tout de même, mon sommeil est plus important, non ? J’étais dans un hôtel donnant sur la place principale où tout le monde se réunissait (certains manifestants étaient payés pour tenir un drapeau toute la journée (ça doit être un bon job ça : ne pas être content)), et quand je prenais l’air sur le balcon, j’avais l’impression que tous attendaient que je fasse une déclaration. Vous imaginez : « oui, c’est bien moi ! Je ferai une conférence à l’université demain ! Un peu de patience ! ». Ne serais-je pas devenu un peu mégalomane ? Il faut dire qu’il y a de quoi : faire une télévision à Kharkov, c’est le début de la gloire. Dans la multitude de choses insolites, je me souviendrais toute ma vie d’une image magique : les deux cameraman jouaient aux échecs pendant les coupures pubs. On aurait dit deux polonais.

Que j’aime les pays de l’Est, que j’aime l’Ukraine. A chaque fois, je mets du temps à m’en remettre. Ca me donne envie d’aller donner des cours de français dans un Institut ou une Université ! Comment raconter dans un blog la poésie de certaines questions, la difficulté d’avoir un visa, les longs cheveux lisses, la moquette dans les trains de nuit, les pétales de fleurs dans une étoffe parfumée, le poker local où l’on peut acheter une sixième carte, les distributeurs de billets qui ne donnent pas d’argent, une représentation théâtrale exceptionnelle où personne n’applaudit, des taxis qui font trois fois le tour du pâté de maison pour justifier l’arnaque du prix, les étudiantes qui font des cadeaux après les conférences et qui parlent de leur thèse sur Pascal Quignard, les journalistes qui se demandent si l’on aime Alexandre Dumas, leur joie d’avoir obtenu l’organisation de la Coupe d’Europe de Football en 2012, les cigarettes si peu chères, la mauvaise techno dans tous les lieux publics, la possibilité d’acheter des hiboux dans la rue… comment dire tout ça ?

***

Les trois vœux d'Hafid Aggoune :

1. Une vraie fête du livre à Paris, comme Limoges et Saint-Etienne.

2. Que « Premières heures au paradis », mon prochain roman chez Denoël, soit adapté par David Lynch.

3. Que Stéphane Foenkinos appelle la jeune, belle et talentueuse comédienne Brigitte Lo Cicéro, et la révèle au public pour son premier grand rôle.

23/04/2007




Excuses princières


Avant toute chose, je voudrais m’excuser d’avoir blessé certaines personnes qui me sont chères. Il se trouve que j’ai écris l’expression « ensemble, c’est rien ». Dans une lointaine chronique, j’avais joué à modifier des titres de livres. On y trouvait « l’amour dure 99 francs » ou encore « Et si c’était faux ». C’était purement potache, je l’admets. Et on y trouvait aussi «ensemble, c’est rien ». J’ai peut-être un humour étrange, mais il m’est arrivé d’appeler ce livre ainsi. Sans le moindre jugement de valeur sur ce roman. Mais vraiment aucun. Dans mon esprit, c’était tellement évident. Et je me suis rendu compte que, pris hors contexte, cela pouvait avoir une réelle violence. On pouvait croire que je réduisais à néant par ce jeu de mots le livre ou le film. Jamais, jamais, jamais, je ne pourrais dire qu’une œuvre n’est rien. Jamais. Je sais trop ce que sait. Et vous avez pu le voir dans ce blog, je ne dis jamais rien de négatif sur un livre ou un sentiment (on me le reproche parfois !) ; je suis dans la vie, et l’enthousiasme. C’est sûrement la limite de mon humour de ne pas avoir vu à quel point cela pouvait blesser. Alors que c’était évident que cette expression, en tant que tel, pouvait heurter. Ce n’était évidemment pas intentionnel, et je m’en excuse sincèrement.

Difficile d’enchaîner avec ma chronique. Je voulais vous parler de Monaco, et du Forum Cinéma et Littérature, duquel je reviens. J’étais invité pour lire « Le potentiel érotique de ma femme » qui sera bientôt adapté au cinéma par Laetitia Colombani. Je n’ai pas osé leur dire que je savais écrire, mais pas lire. Mais finalement, j’ai fait beaucoup de choses, et je me suis trouvé comme un poisson riche dans l’eau monégasque. J’ai même remis le prix d’interprétation féminine à Marie-José Croze. Vous imaginez ? Elle a été obligée de me regarder pendant au moins trente secondes. Ce n’est pas rien dans la vie d’un homme dépressif, en totale fébrilité d’un point de vue (simultanément) capillaire et humoristique. Je pourrais vous raconter beaucoup de choses, mais je fais court, car je pars en Ukraine. Ah, quel Vip je fais ! C’est ça de confier un blog à une star internationale de mon envergure.

Pendant ce festival, j’ai pu également rencontrer Vincy Thomas, le modérateur de ce blog que vous avez sous vos yeux fatigués. C’est tout de même étrange de se dire qu’il y a vraiment des gens derrière les mails qu’on reçoit. Ce garçon était une entité un peu abstraite pour moi, comme un film d’Alain Resnais vu dans un avion. Alors, vous pensez, cela m’a fait tout drôle. C’est que nous collaborons activement. Souvent même, il trouve les titres de cette chronique dont vous raffolez. C’était une des belles rencontres amicales de ce festival. Il y en eût quelques autres, ce fut joyeux. Ensemble, c’est tout.

***

Les trois vœux de Jessica Nelson :

1) Evidemment, obtenir mille voeux supplémentaires.

2) Avoir le don d'ubiquité.

3) Me souvenir en détail de tous les livres que j'ai lu et lirai.

16/04/2007




Wake me up...


Lundi de Pâques. J’aimerai bien être à Genève aujourd’hui. Mais je suis chez moi, avec mon fils, qui regarde en boucle « La panthère rose ». Depuis des semaines, il ne décroche pas. Pourquoi les enfants sont-ils si monomaniaques ? Le secret de ce dessin animé, c’est la musique, c’est l’air le plus envoûtant qui soit. On dirait qu’il a été composé par Sarkozy. Mon fils est hypnotisé de l’oreille. Il y a bien un moment où je vais, tout de même, devoir organiser la journée. Guignol ? Achat de Trottinette ? Petit tour à la foire du trône, pour lui montrer ce qu’est le grand 8 (j’ai essayé de lui expliquer, mais le concept du train à l’envers, il vaut mieux le voir)… Planétarium ? Si vous avez des idées, je suis preneur. Il faut bien que ce blog me serve à quelque chose tout de même. Qu’il devienne une sorte de plateforme interactive (surtout de mon côté) dans le but d’améliorer ma vie. Ceux qui lisent ce blog sont forcément quelque peu altruistes. Je dis ça, mais moi aussi j’aime bien aider et faire en sorte que notre échange soit vivant. Louise demandait quand sortirait le prochain livre de Jaenada, et hop, par miracle, il répondait dans la journée (hum… quel incroyable hasard…). Tous les plus grands écrivains (et notamment ceux qui ont du temps libre) seraient-ils rivés en permanence sur mes mots ? Oui, ça doit être cela. Et ils s’inspirent même de mes silences. Que j’aime être utile. Je précise, à tout hasard, que je peux aussi donner la recette de la moussaka, ou donner quelques cours de guitare. En cas de grande forme : je suis capable de faire un mélange des deux : la moussaka en ré mineur. Vos désirs sont désordres, mes amis.

Bon d’accord, j’avoue : je suis un peu mou de l’inspiration aujourd’hui. Serais-je devenu insensible ? Vite, il faut faire quelque chose. Heureusement j'ai vu le « Come back », que j’ai trouvé parfaitement typique, mais si bien écrit. Hugh Grant en parodie d’Andrew Ridgley , l’oublié de Wham, c’est savoureux. Ceci étant dit, je dis tout ça, mais j’ai arrêté d’être doué en critique cinématographique depuis le 12 octobre 2004.

Bonnes fêtes mes lapins en chocolat.

***

Les trois vœux de Philippe Jaenada :

1. Que mon fils ait une bonne vie, quelle qu'elle soit.

2. Que ma femme puisse voyager partout dans le monde, et qu'elle ait envie de baiser en rentrant.

3. Qu'on ait le droit de continuer à fumer dans les bars.

Voilà, bon, rien de très original ni de très drôle, hein, mais quand on a une fée sous la main, on rigole pas.

10/04/2007




Une apparition


Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je me sens dans les années 70 en ce moment. A part peut-être au niveau du look où je me maintiens dans un style parfaitement intemporel, pour ne pas dire confus. Le soir de l’inauguration du salon du livre de Paris, je suis resté dans mon lit, à revoir « La Sirène du Mississippi ». J’ai enfin compris ce film, je veux dire profondément, intensément. Et c’est étrange comme sensation, pour quelqu’un comme moi qui flotte sur les œuvres. J’ai compris Marion, le personnage interprété par Catherine Deneuve. Peut-être que je comprends les Marion, finalement. J’ai compris sa folie. Quelle actrice. Faut-il être amoureuse d’un metteur en scène pour éblouir ainsi ? Après cette soirée, François Truffaut est revenu en moi ; Antoine Doinel, en permanence au-dessus de ma tête dans mes errances, aussi. J’ai surtout repensé à « L’amour en fuite », dernier volet du cycle. Celui où Doinel est écrivain, et publie « Les Salades de l’amour », roman où il passe en revue les histoires d’amour de sa vie. Toute la semaine, j’ai écouté la chanson d’Alain Souchon qui colle parfaitement à la douceur de cette époque, à la façon dont Truffaut filme les femmes, à la nostalgie déjà présente dans le présent : « Toute ma vie, c’est courir après des choses qui sauvent / Des jeunes filles parfumées, des bouquets de pleurs, des roses… / On se quitte, il n’y a rien qu’on explique, c’est l’amour en fuite… » Que j’aime cette chanson, écoutez la avec moi.

Alors, me voilà dans les années 70. Bon d’accord, je vous vois venir. Il y a une incohérence notoire : comment puis-je me croire dans les années 70 et rédiger un blog ? Mais je ne suis pas sans ressources : qui vous dit que je ne vais pas envoyer mon texte par pneumatique à Livres Hebdo ? Ah ! Ou alors je vais le dicter à une secrétaire rousse (les années 70, c’est la grande époque des secrétaires rousses qui se font les ongles vers 16h15), en appelant Odéon 32-48. Quelque part, c’est ma petite enfance qui s’y retrouve. Ce temps où je ne m’étais pas encore révélé d’un point de vue capillaire (parenthèse : les années 70, c’est aussi la grande époque du cheveu ; aucune époque n’a été aussi cheveu : un enfer pour les chauves, un paradis pour les moustachus et les rois de la rouflaquette…). Je veux dire, personne ne pouvait prévoir un tel emballement au niveau de la frisette. Ce temps où déjà je dédicaçais à la crèche ma tétine NRF. Et ce temps où Delphine Seyrig était une apparition. En voilà encore une héroïne truffaldienne. On se souvient de Doinel balbutiant devant elle un « Monsieur » sublime… peut-on être davantage troublé par une femme qu’en l’appelant « monsieur » ? Si l’on n’est pas au bois de Boulogne, cela demeure le plus beau des ravissements. J’ai lu, en adéquation avec ma période, le très émouvant roman-essai de François Poirié sur Delphine Seyrig qui vient de paraître chez Actes Sud : « Comme une apparition ». On se souvient d’Antoine Doinel survolté : « Mais cette femme… mais… c’est une apparition ! ». Quelqu’un qui est capable de voir « India Song » dix-huit fois ne peut pas écrire un mauvais livre. Il cite Duras qui disait à propos de Seyrig qu’elle était une inconnue célèbre. Par petites touches, François Poirié saisit le mythe de cette actrice dont nos oreilles ne pourront jamais oublier la voix. Avec en parallèle ses propres blessures, il s’en dégage une forte émotion qui me pousse à une banalité : quelle tristesse de voir tout ce qui s’envole. L’amour en fuite décidément, et je tente de le rattraper aussi : ai-je eu une apparition?

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Les trois vœux de Jean-Baptiste Gendarme :

1) Le potentiel érotique de David Foenkinos.

2) De me donner l'aisance d'écrire des phrases définitives.

3) La possibilité d'annuler mes deux premiers vœux pour en proposer un quatrième.

02/04/2007




Chronique mégalomane


Lire, lire, encore lire : mais pourquoi donc ai-je accepté d’être jury du concours de nouvelles de Sciences-Po ? Ont-ils fait exprès, en battant le record de participation cette année ? Et, à peine fini, je dois lire les nouvelles du Prix du Jeune Ecrivain, animé par le personnage Marc Sebbah, que je vous conseille à tous de rencontrer. Son enthousiasme fait qu’on pourrait le suivre au bout du monde, et pourquoi pas même à Toulouse. Donc je croule sous les mots de tous les écrivains en herbe. Cela me replonge dans cette époque où j’écrivais aussi des nouvelles, dans le but de perdre ces mêmes concours. Me voilà maintenant auteur. Tiens, la phrase qui va suivre est une petite autosatisfaction : hier, j’ai appris que j’allais être traduit en anglais. Le rêve... lentement j’envahis le monde, et vous qui m’admirez, vous avez maintenant des concurrents internationaux dans votre admiration (ne faudrait-il pas organiser un petit concours mondial du meilleur lecteur de Foenkinos ?). Je sais, ça vous impressionne. Quoique, ceux qui vont sur un site comme Livreshebdo.fr n’ont pas froid aux yeux ; je veux dire, ce n’est tout de même pas rien, de surfer, de cliquer, de s’engager d’une telle manière. Il y en a qui vont sur Lemonde.fr, ou Lenouvelobs.fr, mais qui n’ont pas les capacités pour aller jusque là.

Puisque Louise, une fidèle parmi les fidèles de ce blog (puisse Louise se cloner), me demande pour mon titre, je vais révéler mes dernières orientations. Gallimard me presse. Je précise : pour Gallimard, presser c’est passer un coup de fil toutes les trois semaines. Après des semaines passées avec « L’idée Alice », titre que beaucoup ont trouvé mou (c’est un peu mon François Bayrou du titre), j’ai proposé : « Qui se souvient de David Foenkinos ? ». Titre que je trouve risqué, mais je vais devoir vite trancher maintenant. On peut le trouver mégalo, j’espère juste qu’on y verra davantage une parodie. Ne suis-je pas en permanence une parodie de moi-même ?

Un bug informatique a fait que je n’étais pas annoncé dans le programme du Salon du Livre (enfin, je dis bug informatique, mais je penche fortement pour une conspiration internationale basée à Saint Germain des Prés, ayant pour but d’affaiblir mon évident potentiel de popularité érotique), il s’est donc passé la chose inévitable : j’ai fait un bide (ça reste entre nous). Bien sûr, il y avait quelques passants très émus à l’idée de me voir, alors qu’ils ne s’étaient pas préparé à ce choc : subitement, sans s’être entraîné physiquement du neurone, ils ont eu une conversation d’un rare niveau de densité intellectuel. Mon lectorat fanatique qui se mobilise activement à chacune de mes apparitions n’a pas pu venir à moi, ce n’est que partie remise, mes petits chéris. Dans le vide absolu, alors que je touillais mon café, une journaliste de l’émission « Esprits Libres » m’a demandé, avec une caméra fixée sur ma décomposition faciale, ce qu’était pour moi la littérature. La littérature pour moi… heu… enfin… vous savez… hum… comme dirait Victor Proust… heu… et vous, ça se passe bien votre journée ?

Voilà quelques nouvelles de mon front qui commence à se rider, et vous, j’espère que vous allez bien ?

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Trois vœux (en texte) de Serge Joncour :

Les trois vœux que je demanderais à une fée d'exhausser...? Et bien, en premier, qu'elle me prête les clefs de son appartement histoire d'aller écrire un peu ailleurs que chez moi. Deuxième vœux, qu'elle m'accompagne. Et troisième vœux, qu'une fois chez elle elle nous déshabille.

26/03/2007




Mon nom est De Personne


Je parle trop de livres dans ce blog. Et pas assez de moi, c’est vrai. Je frustre mon lectorat d’anecdotes croustillantes sur mon corps. On dirait que je ne fais que ça : lire. On dirait surtout que je vis une période molle… en fait, oui, ma vie se bayrouïse. Heureusement, quelques voyages m’attendent : Ukraine, Bulgarie…et plus exotique, samedi prochain, Porte de Versailles. De là à dire que je suis aux frontières d’une petite déprime, il n’y a qu’un œil. Ah ! Le souvenir de ma jeunesse virevoltante (je précise : période post acné) me titille : ces années où j’étais serveur dans un salon de thé avec beaucoup de vieilles dames, et étudiant en lettres à la Sorbonne avec beaucoup de jeunes filles. Non, ne mythifions pas le passé ! En y repensant, c’était sinistre. Je courais après des ombres qui ne me voyaient pas. Et cette Flore qui m’a fait beaucoup souffrir, où est-elle maintenant ? Dans quelle faune ? Dans l’amphithéâtre, nous n’étions que quatre garçons. Alors comment ne pas repérer Nicolas d’Estienne d’Orves, dit Néo ? En plus, il portait un nœud papillon. Plus tard, nous nous sommes retrouvés dans l’édition, et nous sommes devenus amis. Enfin, jusqu’à maintenant. Franchement, trop c’est trop. J’ai fini « Les Bienveillantes » il y a deux jours (et encore mon nègre m’a aidé à le lire… oui, je sais, c’est assez stupéfiant, mais j’ai un nègre pour lire) après six mois d’un lourd combat contre mes avant-bras, et voilà que ce petit Néo qui, jadis, à la grande époque de notre amitié, écrivait des nouvelles, publie un livre de 524 pages. Ce n’est pas possible ! Il faut que je pense à me trouver des amis qui n’écrivent pas (problème : tout le monde écrit ; conséquence : les écrivains deviennent personne).

A l’époque où je voulais écrire un roman sur la collaboration, plus ou moins inspiré de Brasillach, Néo m’avait invité chez lui : j’avais pu découvrir des documents exceptionnels. C’est un grand spécialiste. Et son roman fourmille d’anecdotes méconnues, donc passionnantes. Il nous plonge au cœur d’une ambition nazie : celle de créer une race supérieure, ou des femmes pures enfanteraient des enfants « racialement valables ». Et ceci, bien avant la Seconde Guerre Mondiale. Anaïs, une jeune journaliste, va enquêter sur une série de meurtres commis il y a une dizaine d’années. Néo a mis plus de deux ans à écrire « Les Orphelins du Mal », publié chez XO, alors on comprend pourquoi il s’est mis dans la peau d’une jeune fille. C’est un roman palpitant, l’intrigue est menée comme ces séries américaines, sur plusieurs fronts et périodes en même temps. C’est une prouesse, et l’on s’interroge : combien de post-it ont été nécessaires à l’élaboration de ce roman ?

Question d’enchaînement, j’en profite pour parler aussi du livre de Tatiana de Rosnay, « Elle s’appelait Sarah », publié chez Héloïse d’Ormesson. Tiens, c’est étonnant, les deux écrivains dont je parle aujourd’hui ont un « de » dans leurs noms et évoquent les années 40 : je suis un champion semi-érotique de la thématique littéraire. Tatiana, tout comme Néo, est aussi une amie. Mon Dieu ! Plus personne ne va lire ce blog ! On va crier au complot. Ma défense : ce n’est tout de même pas de ma faute si je suis très sympathique, avec un physique avantageux (surtout au niveau capillaire), et si j’ai beaucoup d’amis. Le livre de Tatiana est un phénomène ; avant même sa sortie française, beaucoup de pays en ont acquis les droits. Ecrit en anglais, et traduit par Agnès Michaud, ce roman revient sur la tragédie du Vel d’Hiv. Roman poignant, aux frontières de l’insoutenable, c’est un livre qui devrait être lu par tous les lycéens. Elle réussit un tour de force : allier romanesque et précision des faits. Après ce livre, on marche dans Paris, avec du sang dans l’air.

Merci à tous les deux, et merci aussi à moi (on se remonte le moral comme on peut).

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Trois vœux de :

Nicolas d’Estienne d’Orves :

1/ Que tous mes vœux se réalisent, sans limitation de date ni de folie.

2/ Que cette malédiction puisse s'arrêter sur commande.

3/ que les vœux 1 et 2 soient exaucés sur le champs.

Tatiana de Rosnay :

1/ Que mes enfants trouvent leur voie et soient heureux.

2/ Que la planète arrête de se réchauffer à cause de nos bêtises.

3/Que la paix règne partout et pour toujours.

19/03/2007




Pourquoi mon chien ?


Ce n’est pas que je veuille donner des conseils (quoique, nous sommes le 12 mars aujourd’hui, et j’ai toujours aimé donner des conseils le 12 mars), mais si j’étais éditeur, je rééditerai « Pourquoi les coiffeurs » ? de Charles Nemes, paru aux Editions Balland, avant leur dépôt de bilan. Quelle angoisse pour un écrivain : la faillite de son éditeur. Je conserve de ce roman un souvenir merveilleux. Il s’agissait pour moi d’un de ses livres qu’on achète plusieurs fois, et qu’on offre à des amis (oui, j’avais des amis à l’époque… que sont-ils devenus d’ailleurs ? J’aimerais bien les revoir, au moins pour savoir s’ils ont encore des cheveux…). Après avoir lu ce roman, je me suis souvenu que Charles Nemes était aussi le réalisateur d’un film que j’avais beaucoup aimé. Pour tout dire : je l’avais vu dans des conditions particulières de ma vie, pendant ma convalescence, après ma longue maladie d’adolescent (non, je ne cherche pas à jouer le mythe de l’écrivain malade dans sa jeunesse, c’est vrai). Ce film est « La fiancée qui venait du froid ». A ce moment de ma vie, chaque respiration comptait dans ma vie, j’avais l’impression d’être un survivant. Je me souviens avoir pleuré avant la diffusion de ce film, et qu’il m’avait réconforté. Cela ne s’oublie pas.

Son dernier livre, « Un chien dans la gorge », paru chez Lattès, est un livre-choral. On y trouve une multitude de personnages aux frontières d’un certain surréel. A commencer par leurs prénoms. Celui qu’on peut considérer comme le héros se prénomme Cloud. Son hobbie est d’aller aux enterrements : quand on flotte autant dans la vie c’est peut-être la seule façon de se sentir vivant. Comme son nom l’indique, c’est un homme tempéré, à la vie molle, à la création molle, et qui, bien symboliquement, imite la voix de son meilleur ami, célèbre animateur de radio, véritable « narcissique du raisonnement » ayant perdu la voix. D’ailleurs, les auditeurs préfèrent l’imitation à l’original : serions-nous tous meilleurs en vivant la vie d’un autre ?

Cloud est un personnage fascinant. Car il est assez rare : c’est une sorte de looser (le mot est un peu fort) dont on pourrait vouloir la vie. C’est tout le talent des paradoxes chez Nemes. Cela tient surtout à l’élégance. Jamais un mot plus haut qu’un autre, une façon de ne jamais se plaindre : « leur pratique érotique fut ainsi banale et intense pendant plusieurs années, jusqu’au premier test de grossesse positif qu’elle rapporta de la salle de bains, trophée de plastique qui annonçait la fin de leur vie sexuelle ». Avec une telle mesure, la vie n’est jamais vraiment décevante. Dans les livres de Nemes, on partage l’addition en quatre après avoir mangé sans appétit, on éprouve des capacités à être intimidé et le tout forme une belle tristesse, presque romantique. On y trouve un personnage qui court toute sa vie après une femme ; celle-là même qui, pourtant, a des urgences érotiques. Et Dieu dans tout ça ? Il est présent à travers deux femmes : l’une fâchée, l’autre bigote. Comme un équilibre permanent. C’est un roman qu’on aurait pu appeler : la modération. Avec un bandeau : à lire sans modération. Mais Nemes aime trop le mot chien, puisque son premier roman avait ce titre génial : « Je hais mon chien ». Lâcher les chiens, c’est se libérer des contraintes, écrit-il. Alors voilà, ce roman est une promenade dans le domaine des contraintes, dans cette vie où il faut rester joignable. Le livre de Houellebecq, « la possibilité d’une île » est cité de part en part, car cela reste notre ambition moderne de rejoindre un bout de terre sans attaches. Allez, mon petit Cloud, repose en paix maintenant.

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Trois vœux de Charles Nemes (en texte) :

Je regarde la fée qui attend, patiente, mes trois vœux. Elle est gracieuse, menue, un rien inattentive. On ne doit pas pouvoir lui demander la paix dans le monde ou le vaccin antisida, à cette Viviane-là. Je me résous à des souhaits plus modestes, plus personnels, plus égoïstes. Tant mieux, me dis-je en secret. « Alors, chère fée, voici mes vœux : voir un de mes livres trouver le chemin d’un public enfin nombreux, retrouver la capacité de tomber amoureux comme à trente ans… » — là, je me rends compte que je suis allé trop vite, il y a tant d’autres choses que je désire ; j’enchaîne : « enfin, obtenir une réserve inépuisable de vœux. » Elle grimace et disparaît. Je reste seul, le cœur battant, avec mon dernier roman et l’impression d’avoir été trop gourmand. Vraiment ?

P.S. : pour notre jeu concours de la semaine dernière, il s’agissait bien sûr de la philosophe d’origine roumaine : Anne Roumanof.

12/03/2007




ParenThèses


J’ai été jeune moi aussi. J’ai été un jeune homme ignorant tout du succès international que je connais maintenant (si vous ne me croyez pas, partez en Roumanie cet été). C’est difficile à imaginer je sais, mais il fut un temps où j’ai fait des stages dans les maisons d’édition, où j’ai collé des enveloppes en ruminant mon bac +presque 4, où j’ai fait des relances téléphoniques en repensant à ma maîtrise sur Flaubert (étude comparée entre Madame Bovary et la Tentation de Saint Antoine (ma théorie étant la suivante : il s’agit du même livre (oui, c’était un temps où je faisais des théories))). Mon premier stage était aux Editions Lattès : magnifique souvenir. Après ce stage, j’ai même été standardiste pendant un été : rien de mieux pour comprendre une maison d’édition. C’était leur époque d’avant Da Vinci Code (le téléphone était donc à cadrans). Pendant mon stage j’ai connu, au service de presse, Colette Manne et Laurent Payet. Si la première est une amie chère, j’ai moins vu le second ces dernières années. Mais tous deux ont marqué vraiment mes premiers instants dans le monde de l’édition. Laurent Payet a quitté Lattès pour s’occuper de Chevènement, à la grande époque de celui-ci. Avec Laurent Payet, Chevènement était le troisième homme. Sans Laurent Payet, Chevènement n’est plus un événement. Laurent s’occupe à nouveau de livres, dont cette collection « Indigne » chez Denoël, dirigée par Clara Dupont-Monod chez Denoël. J’aime bien ce nom. Si j’étais une femme, j’aimerais bien m’appeler Clara Dupond-Monod. Je la vois parfois chez Pascale Clark sur Canal Plus, et c’est vrai qu’elle a une certaine capacité à s’indigner. Ceci étant dit, les gens qui s’indignent m’épatent. Moi qui ne m’indigne jamais contre rien, qui suis une sorte de lâche névrotique, ça me fascine cette excitation organisée de façon professionnelle. C’est vrai que ma semaine de vacance passée avec un Bayrouïste pur jus n’a sûrement pas du arranger les choses.

Le dernier livre en date de cette collection est « A bout de couple » de Catherine Castro, journaliste à Marie-Claire. Premier point : une femme qui croise régulièrement Tina Kieffer ne peut pas écrire un mauvais livre. Je sais, je suis le seul à pouvoir comprendre cette phrase. Mais j’ai revu hier Tina Kieffer sur le canapé rouge de Michel Drucker dans Vivement Dimanche, et j’ai enfin aimé un dimanche dans ma vie. Donc, le livre de Catherine Castro est une charge magistrale contre le couple. Elle désamorce les critiques évidentes : à savoir que seule une femme aigrie ou peu épanouie sensuellement (euphémisme) peut écrire ce type de livre hargneux. Car, voilà un livre énergique. On sait déjà tout sur le pour et le contre du couple, mais quand on est en couple c’est toujours violent d’imaginer cet Eldorado de la liberté qu’elle nous décrit. C’est le livre à offrir, non pas aux couples, mais à tous les célibataires. C’est une bible qui leur fera renoncer immédiatement à leur abonnement à Meetic. Parenthèse : que les pubs pour Meetic sont chics, des femmes avec des mèches sur un fond bleu pastel, de la pure propagande pour le célibat. Le livre de Catherine Castro est assez passionnant, car elle décortique tout ce qui nous écrase, tout ce qui nous pousse au renoncement, à savoir le couple. Etre en couple, c’est paradoxalement, entrer dans les ordres. Tiens, je viens de faire un aphorisme, c’est bon signe pour la semaine. Son essai regorge de bonnes formules : « le sexe domestique est à l’érotisme ce que le thermostat est au radiateur ». Et puis, il y a cette expression : « l’amour fonctionnaire ». Le livre aurait du s’appeler ainsi, il me semble. Car c’est le vrai sujet du livre. L’angoisse des corps qui se raccrochent à ce qui leur est du. Le couple est socialiste. Ouh la, un deuxième aphorisme ! Il faut que je fasse attention : un claquage est si vite arrivée. Cet essai passionné est à lire aussi pour la justesse des références cinématographiques choisies. L’auteur nous reparle du chef d’œuvre de Stanley Donen, « Voyage à Deux », ce magnifique film de la décomposition d’un couple. C’est d’ailleurs peut-être contre ça qu’il faut s’indigner, la brutalité de la vie amoureuse : la lassitude.

Thématique oblige, je parcoure aussi le livre d’Anne Roumanoff paru chez JaiLu. J’avais prévenu que ce blog serait un grand écart. Près de moi, deux livres : « De l’inconvénient d’être né », et «Le couple, petits délices de la vie à deux ». Franchement, ça se vaut. Un petit quizz au hasard : « La femme veut toujours changer l’homme. L’homme veut toujours changer de femme. » Alors ? ? Alors ? Cioran ou Roumanoff ?… Réponse au prochain épisode…

***

Les trois vœux de Catherine Castro :

1 : trouver dans ma boîte aux lettres un exemplaire de « Les écrivains en personne » de Madeleine Chapsal (si, si), un livre épuisé, qui contient entre autres la dernière interview de Céline.

2 : Etre coincée dans un ascenseur en panne avec Jean-Paul Dubois.

3. Faire dérailler la mort qui s’est une fois de plus trompée de cible.

05/03/2007




Névrose de la vie parallèle.


Je ne sais pas pourquoi, mais je pense toujours aux perdants. C’est une réflexion post-soirée des Cesar. Il s’agit presque d’une aspiration par le vide. Au lieu d’écouter le discours du lauréat, je ne cesse d’imaginer les discours potentiels des autres nominés (qu’on n’entendra donc jamais). Je me focalise sur ce qui n’existe pas. Quelque part, c’est une névrose assumée de la vie parallèle. C’est pareil en football : je supporte le PSG, mais je n’aime pas l’idée de voir l’O.M. perdre. En politique, cela va de même : pour cette campagne électorale, ma seule pensée va au futur grand perdant. Je sais que le soir du deuxième tour, même si l’élection va dans le sens de mes convictions, j’aurai le sentiment réel du quinquennat qu’on ne connaîtra pas, et une focalisation sur le visage de l’échec. Quelque part, Bayrou symbolise ce fantasme de ne décevoir personne. Il est l’idée qu’on n’aime pas tant que ça les luttes : c’est l’homme des fatigués ; souvent, quand je dors, j’hésite entre la droite et la gauche, je me tourne d’un côté puis de l’autre, sans cesse : je voterai pour le candidat qui me dira de quel côté dormir.

Pendant la remise des Cesar, j’ai vu deux de mes camarades écrivains : Olivier Adam, et Clémence Boulouque. Le premier était nominé pour l’adaptation de son livre Je vais bien, ne t’en fais pas, superbe film porté par des acteurs d’une rare justesse. Deux d’entre eux ont été récompensés, et ce fut les deux grands moments de la cérémonie. Mélanie Laurent nous a plongé dans l’émotion amoureuse en le partageant avec Julien Boisselier (attention à ne pas trop nous arroser de votre bonheur). Et Kad Mérad qui est mon acteur fétiche actuel (je l’ai adoré dans un film que personne n’a vu (c’est peut-être pour compenser que je l’ai vu plusieurs fois) : J’invente rien… un film où il joue un inadapté social qui revit aux yeux des autres en inventant « la poignette », un bout de bois qui permet à ceux qui font les courses de ne pas se cisailler les doigts avec un sac plastique… bon d’accord, c’est un sujet pour moi)… Et donc Olivier Adam était nominé pour l’adaptation de son roman. Beau hasard : alors que je pensais à sa présence aux Cesar le soir-même, je l’ai croisé dans la rue. Il était tout angoissé (l’idée du costume ?). Il m’avoua ne plus trop aimer son livre, mais être content de l’adaptation. Je pensais sincèrement qu’il aurait le Cesar, mais que peut-on faire face à D.H.Laurence (déjà, face à une Laurence tout court, c’est dur.) ? Je ne sais pas s’il était déçu de ne pas l’avoir, ou soulagé de ne pas avoir à monter sur scène. De toutes façons, une soirée aux Cesar ne vaut que pour son placement dans la salle : près de quelle actrice était-il ?

Clémence Boulouque était présente, mais le documentaire de William Karel, La fille du juge, film fort, intense, insoutenable, a été battu par le potache Dans la peau de Jacques Chirac qui est une compilation sans grand intérêt de toutes les images d’archives de Chirac qu’on connaît déjà tous. C’est assez peu compréhensible, mais après tout, dans un palmarès où Isabelle Mergault a eu le Cesar du premier film, tout est possible (il me semblait que 13 était assuré de l’avoir.) Et incroyable ironie : l’histoire de la fille du juge Boulouque battue par Chirac. On se croirait de retour dans les années 80. Déjà que Chirac a frôlé le prix Nobel, faudrait pas pousser trop loin tout de même. J’ai l’impression que les gens vont de plus en plus l’aimer. A ce rythme-là, il n’est pas exclu qu’il se représente en 2012. C’est mon sentiment du jour. Certes, j’écris un dimanche matin, et Emilie Simon adoucit mon cerveau. Et je suis fatigué, car j’ai tourné toute la nuit sur mon oreiller.

3 vœux de :
Clémence Boulouque :
1/ La fin du conflit israélo-palestinien.
2/ Que les régimes de cette région cessent donc d’instrumentaliser cette région (soit dit en passant, si mon vœux se réalise, ils vont être bien embêtés pour détourner l’attention de leur population de leurs vrais problèmes).
3/ Que les méchants crabes cessent de manger les bonnes personnes (ça c’était si la fée pouvait me ramener l’autre fée qui est partie cette semaine : Brigitte Benderitter).

26/02/2007




Triolisme


Jusqu’ici, des éditions Léo Scheer, je n’avais lu que le livre de Claude Berri. Mais là, comment résister à leur étrange rentrée de janvier ? Trois jeunes filles, dont on voit les visages sur les bandeaux. Comme un tir groupé de la sensualité littéraire. Je me demande si ce concept ne nuit pas au contenu. On a toujours stupidement tendance à penser que la beauté nuit à la qualité, et qu’on pense forcément à un coup marketing. Alors trois belles filles d’un coup vous imaginez, c’est un bombardement. Faut-il être moche pour écrire de bons livres ? Je me regarde dans la glace : la réponse est non. Revenons au cliché : puisque tout est une question d’image, le fait d’être publié par Léo Scheer, éditeur rare, équilibre tout. Et il suffit de lire quelques lignes de ces romans pour oublier (presque) le bandeau.

Pardon Natashka Moreau, mais je n’ai pas lu votre « Royaume minuscule », mais ayant aimé vos compagnes de cette trilogie, je ne doute pas une seule seconde de la qualité. Par professionnalisme indiscutable, je prends une phrase au hasard : « Burt Lancaster me donne un coup de main ». Bon, il faut vraiment que je vous lise. Mais franchement, je ne peux pas lire plus de deux livres par semaine : un par œil par semaine. J’ai commencé par celui de Céline Straniero : « Petite joueuse ». Sachez que j’ai connu cette fille il y a quelques années, et qu’elle errait dans les idées et les projets comme une fée. Publier un livre a au moins ce mérite : retrouver les gens qu’on a perdu de vue. Moi même, j’ai retrouvé toute une ribambelle de Foenkinos récemment. Le livre de Céline est l’histoire d’un duo, puis d’un trio de voleuses. Ce que j’aime particulièrement, c’est l’héroïne, et sa façon de faire en permanence des commentaires : « Je parle mal face à deux personnes qui s’aiment, je ne peux pas m’offrir à deux personnes qui font très bien l’amour sans moi », ou « je ris en avance pour toutes les fois où j’ai pleuré trop tard ». C’est une fille qui vit comme dans ces rêves où les objets fuient sans cesse, ce qui est le comble pour une voleuse. En fait, « petite joueuse », est l’histoire d’une fille qui n’a rien de spécial et qui se focalise sur une fille qui a toutes les apparences d’une fille spéciale… alors que la vraie fille qui a quelque chose de spécial est la première car elle a une façon très spéciale de ne rien avoir de spécial… est-ce clair ? Et elle l’avoue : « ce n’est pas moi tout ce rien ». Non, ce n’est pas toi, chère héroïne aux belles choses intérieures.

Enfin, le troisième livre est celui de Chiara Zocchi. Vous avez bien lu son nom : CHIARA ZOCCHI. Très connue en Italie, et reconnue pour son roman Olga, que se passe-t-il avec «Volare » ? Pourquoi tout le monde n’est-il pas en train de le lire ? Je suis plutôt quelqu’un de positif, vous le savez bien, et bientôt j’espère que nous partirons tous en vacances avec des valises rouges, et j’aime parler des livres que j’aime. Mais là, c’est un impératif. En lisant, je pensais que l’auteur avait été inspiré par Gombrowicz. Mais pas du tout. Pourtant, il y a toute la folie et la fantaisie de l’Est dans ce roman. Où l’héroïne vit avec son faux amour qui passe son temps à fairefairefaire. Jusqu’au moment où elle tombe amoureuse de monsieur blanc. Vient alors le temps des trois envols, avant la chute en Suisse. Voilà un pitch, non ? Pas un millimètre n’est pas flamboyant et poétique chez cette italienne. Vous lisez la quatrième de couverture : « Attention ce livre ne convient pas aux personnes allergiques aux phrases de ce type : Je descends l’escalier. C’est même l’escalier qui monte sous moi. ». Et c’est une succession sans fin de virtuosité. Je comprends maintenant pourquoi je fais ce blog : pour lire Chiara Zocchi. Encore une phrase au hasard de la beauté : « Par chance, j’ai un mal de gorge qui me distrait de ma solitude ». Si vous ne lisez pas ce livre, je reforme les Brigades rouges. Ou mieux encore : les Brigades blanches avec un petit point rouge…

***

3 vœux de Céline Straniero :

1/ Aider mes amis à souffler leur 300 bougies.

2/ Sanctionner le monologue.

3/ Garder le swing.

3 vœux de Chiara Zocchi :

1/ Etre heureuse même si je n’obtiendrai pas ce que je désire.

2/ Publier mon disque.

3/ Faire 1m65, car maintenant je suis 1m64.

15/02/2007




Hygiène de l'écrivain


Je n’ai pas grand chose à raconter de ma vie d’écrivain. C’est peut-être pour ça qu’on devient écrivain : pour pouvoir dignement ne rien faire. A tout moment, on peut dire qu’on réfléchit. C’est la vocation idéale pour tous ceux qui cherchent des excuses, la vocation des coupables. Je me sens mou, et je mange essentiellement des soupes. Je n’ai pas trop envie de mâcher. J’achète aussi des steaks hachés. Manger un steak haché, c’est prendre de l’avance. Je me demande ce que fait Martin Page en ce moment (aucune envie de faire un effort dans les transitions, aujourd’hui). Il est entré d’une manière fracassante en littérature avec un livre devenu quasiment un classique : Comment je suis devenu stupide. Météorite de fantaisie et de poésie, ce livre avait réjoui beaucoup de monde. Servi aussi par un très bon titre, et je suis bien placé pour savoir que ça compte (j’ai vendu 20 fois plus du Potentiel érotique de ma femme que de Entre les oreilles, alors que, je peux l’avouer maintenant, c’est le même livre : j’avais juste changé le titre.). Mais Martin Page n’a pas la place qu’il mériterait aujourd’hui. Ces livres récents n’ont pas eu le succès du premier, et c’est parfaitement injuste. D’un point de vue littéraire, je trouve que ses livres sont de plus en plus inventifs, et travaillés. Martin Page est un écrivain en mouvement ; après son premier succès, il aurait pu le décliner. Comment je suis devenu stupide aurait pu devenir son hygiène de l’assassin. Son problème : il aime les fruits murs.

Il publie actuellement deux livres. Le premier est De la pluie (chez Ramsay). Au moment où je reçois le livre, il pleut des cordes ( il est très fort ce Martin Page (ou est-ce son éditrice Anna Pavlovitch qui maîtrise sûrement les éléments du ciel )). Je me demande ce qui se serait passé si Martin Page avait écrit un traité sur le suicide. Il aurait pu le faire, c’est un thème qui revient souvent dans ses romans. Il faut absolument relire le début de On s’habitue aux fins du monde pour savoir que faire si on se retrouve sur un pont avec un suicidaire. C’est l’une des plus belles scènes de ses romans. Et donc, dans « de la pluie » (finalement, vous allez voir, je ne suis pas si mauvais en transition), il y a cette phrase : « on dit : la pluie tombe. Et personne ne voit le drame derrière cette banale constatation. Est-ce un accident ou un suicide ? ». Seul Martin Page peut voir un suicide dans ce jet kamikaze en provenance du ciel . Tout le livre fourmille de pensées décalées sur la pluie, et c’est un texte qu’on aurait du sortir pour l’été. C’est le livre de l’été prochain. Un autre petit exemple : « Quand il ne pleut pas, l’amour se fait rare. Personne ne s’y trompe : on va à Ibiza pour coucher, pas pour aimer ».

Il publie aussi un roman pour la jeunesse (Le garçon de toutes les couleurs à L’école des Loisirs), mais c’est comme les dessins animés Pixar : tout le monde peut le lire. C’est vraiment réjouissant. On y retrouve toute sa fantaisie. Les parents de l’héroïne, Clémence, sont cambrioleurs : elle ne les voient jamais. Elle passe son temps avec un fantôme-ambassadeur du Groenland. Ce personnage est un délice : il est le seul fantôme capable d’être hypocondriaque. Tous deux s’inquiètent de la particularité de Simon, un nouveau venu dans l’école : des taches de couleurs apparaissent régulièrement sur lui. Derrière la fantaisie se cache sûrement quelque chose de plus brutal. Et c’est tout Martin Page qu’on retrouve aussi là, dans l’éternel refuge de l’imagination. Encore une phrase que j’adore : « pour se calmer, il changea de cravate ». Voilà… je n’ai pas de chute à cette chronique. Pour en trouver une, il faut lire De la pluie ...

* * *

Trois vœux de Martin Page :

1/ Supprimer les étages 2, 3, 4 et 5 de mon immeuble.

2/ Qu’un jour par semaine (le mercredi serait parfait), le monde perde ses couleurs pour ressembler à un vieux film en noir et blanc.

3/ Que Marc Vilrouge ne soit pas mort le 16 janvier, que d’autres meurent à sa place (j’ai des idées) ; que l’on se partage sa mort, qu’on la divise pour la diluer jusqu’à ce qu’elle disparaisse

12/02/2007




Effectivement


Dans l’un des mes films préférés, Domicile conjugal, Antoine Doinel écrit un livre, mais n’a pas encore de titre. Un de ses voisins lui demande : « Est-ce qu’il y a des tambours dans votre roman ? –Non. Est-ce qu’il y a des trompettes ? – Non. Eh bien voilà, vous devriez l’appeler « sans tambours ni trompettes ». Pendant quelques jours, j’ai voulu appeler mon livre ainsi. Puis ce fut le tour de à la recherche de mon idée perdue, puis de l’idée Alice, puis de la postérité amoureuse, puis de assis dans l’âge adulte, et actuellement j’ai simplement opté pour Alice. Mais j’ai un peu peur, à cause de Alice Adsl. J’ai peur qu’on me fasse des « ouh ouh » dans les émissions.

C’est si vite arrivé de nos jours un commentaire pertinent sur un livre. Quand je suis passé chez Ardisson, c’était vers la fin, cela faisait quatre heures qu’ils enregistraient, les invités tombaient, Michel Boujenah frôlait le suicide ou la conversion. Et je suis arrivé avec mon roman, et mes balbutiements. Je n’ai jamais réussi à être palpitant, et autour de moi j’ai senti un festival de paupières lourdes. Autre problème majeur : je fus victime du syndrome foudroyant du tic verbal. Subitement, je n’ai cessé d’employer le mot « effectivement ». Allez savoir pourquoi. Une vraie pulsion d’effectivement. J’ai dû le placer 75 fois ; effectivement, il me semble qu’effectivement on peut effectivement dire cela, effectivement. Certains ont cru à une sorte de happening de l’effectivement, une prestation dictée par Sophie Calle. Après avoir endormi tout le monde, heureusement que le blind test est arrivé. Et là, je me suis dit : tu dois être bon au blind test, car maintenant, c’est comme ça qu’on juge la qualité d’un texte. Et je dois dire que je fus à peu près bon. J’ai pu enfin voir l’œil de Thierry Ardisson pétiller, de la considération même pour mon talent. De nos jours, pour être un bon écrivain, il faut juste connaître Franz Ferdinand.

Pourquoi est-ce que je raconte tout ça ? Ah oui, à cause d’Alice. Et puis aussi en pensant à Claire Castillon. Il y a quelques jours, je l’ai vue dans l’émission de Laurent Ruquier (bien sûr qu’il faut y aller, bien sûr qu’un écrivain a envie d’être lu), mais franchement je n’ai jamais vu un aussi grand décalage entre un texte et une émission où l’on parle des livres. Je trouve ses dernières nouvelles vraiment fabuleuses, elles me semblent encore plus fortes que les précédentes. Son recueil, on n’empêche pas un petit cœur d’aimer (mais qu’est-ce qu’ils ont tous à avoir de si bon titres en ce moment? Moins je trouve le mien, plus les autres s’excitent) est d’une grande élégance. Il n’y a pas un mot de trop. Il faudrait les écouter. On y retrouve toujours une certaine violence, mais elle est souvent atténuée par une douceur lumineuse, comme s’il pouvait exister une nostalgie des blessures. Elle donne envie de partir en vacances avec quelqu’un qui mord. C’est dans ces extrêmes qu’elle puise aussi son humour : la troisième nouvelle est un dialogue entre un homme et une femme ; il ne cesse de parler de ses hésitations professionnelles. Et tous deux sont dans un mouvement qu’on ne comprend pas. L’homme est obnubilé par son nombril, jusqu’au moment où on lui demande de s’occuper du nombril de sa femme, car elle vient d’accoucher. C’est vraiment une idée fabuleuse. Les chutes de ses nouvelles donnent envie de relire le texte, à la lumière de leur fin révélée.

Comme cette chronique est d’une cohérence limpide, je reviens sur le fait que Claire Castillon était chez Ruquier. On y faisait des petites blagues sur le fait que les présentateurs actuels du 20h étaient sexy. On gloussait en oubliant le travail et l’univers d’un écrivain. Et j’ai beaucoup aimé sa réaction. Presque immobile, attendant que cela se passe, elle ressemblait à l’une de ses héroïnes. Elle passait à la télé comme on aurait pu être sur un quai de gare. On n’empêche pas un bon écrivain d’être un bon écrivain.

Trois vœux de Claire Castillon : 1/ Avoir deux ailes. 2/ Avoir la faculté de me téléporter. 3/ Immortaliser mon chien.

05/02/2007




Dewaere sinon rien.


On doit se dire parfois que le suicide est la forme la plus persistante de l’actualité. Bien sûr, Patrick Dewaere était un immense acteur, et j’ai seulement le regret de ne pas l’avoir vu dans une grande comédie. Puisqu’il se partageait les rôles avec Depardieu dans les années 70, je ferme les yeux et je l’imagine dans « La chèvre ». Est-ce que cela l’aurait sauvé ? Il déclarait qu’il ne serait jamais vieux. Ses proches ont toujours dit que le mal de vivre était sa vie. J’ai vu la nouvelle émission sur France 2, « un jour, une heure » animée par Laurent Delahousse et consacrée au suicide de Dewaere. L’émission est à peu de choses près la même que « Faites entrez l’accusé » ( le blouson en cuir d’Hondelatte en moins (c’est incroyable cette émission, j’ai vu celle sur Rezala ; franchement est-ce qu’il avait besoin de marcher sous la pluie au bord d’une voie ferrée pour commenter ce fait-divers ? ils vont la baptiser « faites entrez la pneumonie » si ça continue)). Et donc cette émission sur Dewaere était vraiment à charge contre Elsa, sa dernière compagne. Il est clairement dit qu’il s’est suicidé après l’avoir eue au téléphone. Et le frère de Dewaere avoue regretter de lui avoir présenté cette femme. Faîtes entrez l’accusée. Ils auraient aussi pu appeler sa mère. Etouffé par l’impératrice du clan Maurin, Dewaere était un Michael Jackson. Christophe Paviot dans son dernier roman chez Hachettes Littératures, « Devenir mort », cite en exergue cette incroyable phrase de Dewaere : « la famille, c’est le début du racisme ». Paviot fait partie des auteurs du recueil « Bordel » qui est consacré à l’acteur. Stéphane Million, le grand orchestrateur de cette belle revue, a le sens des hommages rouges. Il a organisé une soirée au Baron. Moi qui sors peu, surtout depuis que j’ai entendu Olivia de Lamberterie (la responsable de la pages livres du magazine Elle) dire qu’Eric Holder était un vrai écrivain parce qu’il n’allait pas dans les cocktails, je m’ennuie fermement chez moi en me regardant dans la glace pour guetter l’apparition du grand écrivain sur mon visage. Cette fois-ci, j’ai bien fait d’y aller. On y trouvait des auteurs du recueil, et notamment Thomas Bouvatier qui se promenait avec deux verres à la main (vous comprenez le rébus ?). Jérôme Attal s’est assis pour chanter, on se serait cru avec un ami dans une maison de campagne. Et Mareva Galanter est venue chanter avec lui ; là je me serais cru dans aucun moment qui ne me rappelle ma vie réelle. Beigbedeir était là mais sans Laura Smet (je trouvais qu’ils avaient de beaux cheveux tous les deux, c’était la plus belle union capillaire qu’il m’ait été donné de voir (je m’étais retrouvé un jour derrière eux au théâtre)), et j’étais un peu ridicule de ne pas être au courant des derniers mouvements ; j’ai toujours un gin-fizz de retard sur le foie des autres.

* * *

J’ai demandé à trois auteurs de la revue de répondre à la question des trois vœux :

Jérôme Attal : 1/ Je voudrais que les femmes ne comprennent pas à titre posthume ce que j’avais à leur dire. 2/ Je souhaiterais que Milan Kundera avoue que le véritable titre était « l’insoutenable légèreté de l’être féminin » mais qu’il a coupé le dernier mot parce que ce sont surtout les femmes qui lisent (et qui ont le dernier mot). 3/ Je voudrais qu’Ada, le personnage de Vladimir Nabokov, mette ses deux bras enfin autour de moi et vienne me sauver du manque de saveur des choses.

Louis Lanher : 1/ Que Serge Joncour arrête d’emballer des filles dans les mêmes soirées que moi. 2/ Qu’une ex de Serge Joncour ait son premier orgasme avec moi. 3/ Que Serge Joncour fasse un peu plus tourner.

Bénédicte Martin : 1/ Plus de romantisme (dans le nouveau roman, au téléphone, dans les transports en commun). 2/ Plus de poésie (dans les bibliothèques, dans les soirées, chez mon mec). 3/ Plus de compassion (chez l’éditeur, chez le lecteur, chez le banquier).

A la semaine prochaine, mes chers ami(e)s qui ont du temps libre…

29/01/2007




Vive Buchet-Chastel !


Merci pour votre commentaire Louise, et promis, je lis vite Dubois pour en dire Dubien. Je suis un garçon sage et coopératif. C’est un blog de lecture participative. Mais attention, je peux aussi mettre des cartons jaunes. «Tous les matins je me lève », c’est vraiment un bon titre. Moi qui suis à la recherche d’un titre, ça me déprime et j’ai envie de me recoucher. Je resterai alors au lit, pour lire trois romans publiés par les éditions Buchet-Chastel. Ce qui compte pour moi dans un roman, c’est l’objet. Et avec un livre Buchet-Chastel, on se sent bien. Voilà un livre avec qui on pourrait partir en vacances (même sur un bateau avec un skipper norvégien). Le papier est agréable, la mise en page presque érotique. Depuis quelques années, c’est vraiment une maison d’édition qui m’impressionne par son catalogue. Je passe les merveilles étrangères (j’ai près de moi la correspondance Durrell/Miller), et la nouvelle collection dirigée par Xavier Houssin qui ressuscite des bijoux comme les lettres d’Henri Barbusse à sa femme. Et tant de choses encore comme les Cahiers dessinés. Mais restons concentrés sur la littérature française. On y trouve des auteurs que j’aime (je ne peux pas tous les citer) : mais cela va de Mercedes Deambrosis (chez qui j’aimerai vivre, et je ne dis pas ça parce que j’ai vu la photo de ses filles) à Joël Egloff, en passant par Caroline Sers, Bruno Tessarech, Thomas Paris, Marie-Hélène Lafon, Phlippe Laffite et Xavier Houssin. Tous les auteurs Buchet-Chastel ont un étrange point commun : la douceur. Je me demande parfois s’ils ne les font pas boire, rue des canettes (quel comique je fais). A chaque fois que je croise un spécimen Buchet dans un salon, je le retrouve toujours avec un sourire de parfaite bienveillance sur le visage. Presque une béatitude. Y-a-t-il d’étranges stages zens organisés par l’attachée de presse Diane Du Périer et l’éditrice Pascale Gautier ?

Les trois auteurs de cette rentrée de janvier ne dérogent pas à cette règle. Philippe Ségur (immense Philippe Ségur !) a la tête la plus gentille de toutes les têtes d’écrivains. Son dernier roman, « Ecrivain (en 10 leçons) » est virtuose. Ce n’est pas vraiment la peine de parler de ses livres, il suffit d’ouvrir la première page, et tout est dit : « Ma vocation d’écrivain est une conséquence directe de mon échec dans la carrière de super-héros ». Comment ne pas lire un livre qui commence ainsi ? Il y a aussi Cookie Allez qui publie « Sans sucre ajoutés ». Il faut vraiment le faire : s’appeler Cookie et publier un tel titre. Princesse de l’antinomie. Comme toujours, chez Cookie, c’est loufoque, et c’est doux. L’histoire d’un anti-héros propre sur lui qui ne peut devenir que ce qu’il dégage : un bouc-émissaire, en proie aux excitations absurdes des politiques d’une petite ville. Démesure des ambitions dans un verre d’eau. Le titre de gloire de notre héros est la lutte contre les chewing gum. C’est un maniaque à la folie douce. J’aime les expressions de Cookie : elle dit que c’est un homme qui « se tient compagnie à lui-même ». Cela aurait été un bon titre ( tiens je peux peut-être le prendre pour moi ?). Et enfin, on retrouve Fabienne Jacob avec un texte fort : « Les louves ». C’est la version charnelle du passe-murailles. Adèle voit les corps, « la plupart des gens, je leur devine tout ». Voilà un avantage dont on se passerait bien. Ce texte est une errance troublante avec les yeux de cette femme qui peut être toutes les femmes. Connaître les corps, c’est se déposséder du sien. Emaillé d’aphorismes, c’est un roman très dense : « les enfants qui ne se sont jamais ennuyés de leur vie n’ont nulle matrice, nul périmètre d’où puisse jaillir un don ». Je comprends avec cette phrase pourquoi ma mère me laissait des mercredis entiers à tourner en rond.

Voilà quelques impressions peu professionnelles sur ses trois romans que j’ai aimés. Il y a deux mois, les éditions Buchet-Chastel ont publié un livre exceptionnel : un recueil des trois vœux émis par les plus grands jazzmen. La grande mécène Pannonica de Koenigswarter, qui a notamment recueilli Theolonius Monk à la fin de sa vie, a demandé à tous les musiciens quels seraient leurs trois vœux si une fée pouvait les réaliser. J’aimerai bien reprendre cette idée, et demander chaque semaine à un ou deux écrivains de répondre à cette question. Je commence par les auteurs cités. Voici donc leurs réponses :

Fabienne Jacob : 1/ qu’ils viennent les bons soirs de juin avec leurs odeurs d’herbe coupée et de terre chaude. 2/ Que Pierre Michon continue à écrire de beaux livres. 3/ Continuer à donner des coups de pied dans tous les 4x4 des nouveaux riches de la terre entière.

Cookie Allez : 1/ Qu’elle consente à m’offrir de temps en temps, sur simple demande une visite guidée dans la cervelle et dans le cœur des hommes que j’aime et/ou qui m’intéressent à quelque titre que ce soit. Parce que j’ai l’envie congénitale et chronique de comprendre comment tout ça marche. 2/ Qu’elle me conserve le désir et la capacité d’écrire jusqu’à mon dernier souffle. 3/ Et qu’elle aide l’humanité à appliquer cet excellent mot d’ordre inventé il y a un peu plus de 2000 ans : « Aimez vous les uns les autres ».

Philippe Ségur : 1/   Un voyage en ascenseur dans une tour de Manhattan. 2/ Une rencontre fortuite avec Nicole Kidman en cours de route.  3/ Une panne générale et définitive d'électricité. 

Et, en ce qui me concerne, un de mes vœux serait de vous retrouver lundi prochain…

22/01/2007




La ballade du possible


J’avais déjà parlé du livre de Karine Tuil dans Livres Hebdo, alors il me reste maintenant 552 livres à lire de la rentrée de janvier. Accompagnant la nouveauté «Le passage de la nuit », Belfond republie une nouvelle édition de « La ballade de l’impossible » de Murakami ; si à chaque nouveauté, on ajoute un classique revisité, alors on ne va pas s’en sortir. C’est un auteur que j’ai le sentiment d’aimer, sans trop savoir pourquoi, même si « Kakfa sur le rivage », son dernier livre, m’a ennuyé. Je crois que c’est la mollesse que j’aime chez lui. Fragile comme il est, il ne doit pas digérer les sushis. Le narrateur est toujours amoureux d’une fille qui disparaît, et il s’enfonce dans une nostalgie même pas fiévreuse (pas étonnant qu’il aime le jazz, et surtout Bill Evans, le blanc du jazz). Souvent, ces filles sont abîmées : elles boitent ou elles ont un secret. Parfois même, pour les livres les plus excitants : elles boitent et elles ont un secret. Apothéose : leur secret explique pourquoi elles boitent. Les livres de Murakami ressemblent à ces rêves insupportables où l’on court après un rien inaccessible. Son écriture est une drogue douce qui fait de plus en plus d’adeptes : je vois que son nouveau livre est déjà dans les meilleures ventes. J’attends qu’il en ressorte pour le lire (esprit de contradiction primaire). Et je lis donc ce roman que beaucoup considèrent comme son chef-d’œuvre, sûrement parce que c’est celui qui l’a fait connaître : « La ballade de l’impossible ». Jusqu’ici, pour moi, la ballade de l’impossible consistait à trouver un café Internet à Toulon. Maintenant, elle m’évoquera cette histoire d’un homme à la recherche d’une fille aimée dans sa jeunesse, et disparue. Je me sens bien dans cette lecture : aimer une muette doit ressembler à cet état.

Avant, j’ai lu le livre d’Anne Wiazemski qui raconte l’année de ses 17 ans. Celle où elle a tourné dans « Au hasard Balthazar » de Bresson. Jeune fille de bonne famille, douce et silencieuse : le rêve de tout écrivain qui rêve de se faire entretenir. Dans « Jeune fille » (Gallimard), on a l’impression d’un homme immense qui tente de maîtriser une sensualité balbutiante. Tentatives incessantes, presque violentes dans leur force quotidienne, harcelantes. Je me souviens d’une phrase dans « La possibilité d’une île » (mon roman préféré de Houellebecq, même s’il est de bon ton de dire que son meilleur livre est « Extension du domaine de la lutte » ) où est écrit à peu près (je n’ai pas retrouvé le passage) : « l’ambition des réalisateurs est de coucher avec les actrices ; certains films, si médiocres, ne paraissent pas avoir eu d’autres ambitions ». Quand on voit certains navets avec de belles femmes, on se pose vraiment la question. Plus les génies vieillissent, plus ils ont besoin de jeunes filles. C’est la fonction d’Anne, être la nouvelle muse du vampire-créateur. Ce roman permet aussi de se replonger dans cette période où le grand maître s’activait : la vision d’un artiste capable de ne pas dormir, torturé par l’hésitation cruciale de sa bande-son : Debussy ou pas Debussy ? Personne n’ose le déranger, c’est un Dieu dans son royaume, son pouvoir est immense, mais rien ne peut forcer une jeune fille à vous embrasser. Le génie a la limite de son âge. Forcément, Anne préfère un sous-fifre beau, même pas vraiment hétérosexuel. Ce livre est palpitant : on voudrait en savoir plus, continuer l’histoire, surtout quand l’auteur ouvre sur son futur, et évoque sa première rencontre fugitive avec Jean-Luc Godard. Livre au cœur du sensible, avec le sentiment troublant qu’il faut perdre quelque chose pour commencer à vivre.

J’ai lu aussi le livre d’Arnaud Cathrine, « La Disparition de Richard Taylor » paru chez Verticales. C’est une remarquable succession de monologues féminins qui composent le portrait d’un homme disparu. On lit le roman comme un puzzle, dans lequel il faut recomposer l’effritement du trentenaire. Ce moment de l’homme où il ne peut être satisfait de sa vie, ce moment où il est confronté à toutes les variations. Ce livre est la ballade du possible.

Ps : Ne voyez pas dans cette chronique autour du mot « possible » une tentative discrète de rendre hommage au nouveau slogan de Sarkozy : « tout devient possible ».

Ps2 : Quelle idée d’écrire un « ps » sur l’ « ump ».

15/01/2007




A la recherche d'un has-been


D'un point de vue numérologique, j'entre en année 2. C'est une année sentimentale, on verra bien. Ma voyante m'a prédit surtout une année riche en surprises. Pour l'instant, je dois dire qu'elle a vu juste : hier, j'ai croisé quelqu'un qui avait lu entièrement « Les Bienveillantes ».

Cette année, je vais entrer dans la modernité avec ce blog. Régulièrement je lis celui (excellent) de Didier Jacob, et il avoue avoir plus de réactions quand il est méchant. Il n'a pas tort. Mais comment faire pour être méchant quand on ne veut pas se faire d'ennemis ? Il faut taper sur des has-been ? Quelqu'un pourrait-il me fournir une petite liste d'écrivains ou de journalistes avec lesquels je ne risquerai rien ? Ca doit bien exister quelque part, quelqu'un qui ne connaît personne, et qui marine dans son jus médiocre. Le problème, c'est que souvent, ces écrivains vivotant dans le vide sont bons… Ah si tiens ! J'en ai trouvé un : Philippe Ronpourt. Avec lui, je ne risque rien. Plus personne ne veut le publier. C'est une sorte de cires-pompes qui a vécu sous subvention nationale pendant des années, à se goinfrer de missions Stendhal, à dilapider l'argent des dépressifs. Un vrai parasite littéraire. Mais pourquoi parler de lui ? Je vais lui donner de l'importance, et certains vont même vouloir lire ces livres. Cela me fait penser au film de Philippe Harel, « Le vélo de Ghislain Lambert », où Benoît Poelvoorde est un cycliste tellement mauvais qu'il en devient la vedette des médias. Ca ne marcherait pas en littérature : comment distinguer un mauvais livre d'un autre mauvais livre ? Une image me vient : des écrivains lâchés en pleine ascension d'un col, et le meilleur d'entre eux parvenant le premier au sommet. Le talent, comme une course. Et, au contrôle anti-dopage, on se rendrait compte que certains écrivent trop vite.

En surfant, j'ai vu qu'un futur admirateur de mon futur roman me comparait, après lecture de ce blog, à Steevy. Franchement, ça faisait longtemps que je n'avais pas reçu un tel compliment. J'ai toujours senti en moi une influence steevy-esque, que ce jeune homme a enfin reconnu. J'en avais marre de tous ces critiques qui rêvaient des influences de Marcel Aymé ou Jean-Philippe Toussaint. Ceci étant dit, je me suis rendu compte que ce blog était lu, et que je devais m'appliquer un peu tout de même. J'espère juste que ce jeune homme admet qu'il y a une différence entre un roman et un blog. J'avoue honteusement : je ne passe pas huit heures par phrase ici. Cela ne veut pas dire non plus que je prends notre intimité de toile à la légère. Nous sommes juste une belle rencontre d'été. Comme le dernier film de Pascal Thomas : « Le grand appartement ». Fantaisie foutraque, délirante, qui paraît parfois ne pas avoir de scénario. Avec des dialogues sublimes, des digressions. Vraiment, je vous conseille ce film. C'est une apnée dans l'univers de plus en plus formaté (par le financement pas les chaînes télévisées) du cinéma français. C'est magique qu'aujourd'hui un film comme ça ait pu être tourné. Laetitia Casta y est fabuleuse, le film rayonne d'elle, nous sommes dans son tourbillon même si son personnage a des poils sous les bras.

08/01/2007




De Guitry à Guitry


Il y a quelques jours, je marchais gentiment, avec cette grâce qu’on me reconnaît dans le mouvement du genou, quand je suis tombé nez à nez avec Quatre ans d’occupation de Sacha Guitry. C’est un livre dans lequel il explique son rôle pendant la seconde guerre mondiale, et tente de se justifier face aux attaques. Une édition originale aux éditions de l’Elan : je me suis donc arrêté. L’idée de mon projet de roman sur Brasillach m’a alors chatouillé à nouveau le cerveau. Guitry a cette image de collaborateur et comme beaucoup, sans savoir l’exacte vérité, j’étais emmitouflé dans les fameux clichés disant, entre autres, qu’il avait continué à jouer devant les allemands. Ce livre est celui d’un homme emprisonné, en pleine excitation de l’épuration. Véritable pestiféré, plus personne n’ose publiquement prononcer son nom. Il cite l’exemple du fils de Tristan Bernard, le poète Juif qu’il a sauvé de la déportation, qui omet de préciser à la radio son rôle. Après la guerre, on nage dans l’oubli et l’ingratitude selon Guitry qui évoque tout ce qu’il a fait pour aider les autres, à quel point il ne s’est jamais plié aux exigences allemandes. Son plaidoyer est limpide, remarquable, touchant. C’est sa plus belle pièce, celle où il défend son honneur : « il n’est pas courant qu’un simple citoyen demande à l’ennemi le rapatriement d’un prisonnier de guerre – et il est pour le moins étonnant qu’il l’obtienne. Certes, il ne saurait être question de ranger ce citoyen parmi les héros, mais il m’apparaît qu’une petite place à part pouvait lui être faite – et pas nécessairement à Fresnes ». Point par point, Guitry nous convainc du bien-fondé de ses actes : il a préféré rester à Paris, et se rendre utile. Il explique qu’on cherche à lui faire payer «quarante ans de bonheur et de réussite ». Surtout, les vengeances viennent de son milieu : « il aurait fallu confier l’épuration des gens de lettres aux médecins, celles des architectes aux acteurs, etc… », c’est sûrement juste, il fallait séparer les épurés. Au bout de plusieurs mois d’emprisonnement, rien ne fut retenu contre Guitry.

Je m’apprête donc à entrer en 2007 dans une ambiance de 1945. Ca promet pour les prochains mois. Et c’est assez étrange ce qui s’est produit ; alors que je venais de finir ce livre, j’ai trouvé chez moi le premier roman d’Aurore Guitry, sa petite nièce. Y aurait-il un fantôme Guitry qui s’épuiserait chez moi ? L’étrangeté n’est pas d’avoir reçu ce roman car j’en reçois pour mes chroniques dans Muteen ou DS. Mais ce livre est édité chez Calmann-Lévy. Et je n’ai jamais reçu avant un roman publié par Calmann-Lévy. Celui-là tombait parfaitement à pic de Guitry. L’attachée de presse, une certaine Florence Morin, a eu une bonne intuition. Je voudrais bien savoir pourquoi Florence Morin m’a envoyé ce livre ? Je lis sur l’argumentaire de presse qu’Aurore Guitry est metteur en scène de théâtre. Ca commence mal. Les gens du théâtre m’angoissent. Ne me demandez jamais de passer mes vacances à Avignon. Mais Aurore est aussi traductrice. Si seulement elle pouvait être traductrice d’allemand, ça équilibrerait le théâtre. En ouvrant son livre, je trouve sa dédicace : «Lisez moi, s’il vous plaît ». Voilà une dédicace vraiment forte, je trouve. Comme je fais toujours ce qu’on me dit de faire, je lis le livre. C’est un livre dense, qu’on aurait pu appeler Rien de grave si le titre n’était pas déjà « enjustiné ». Aurore Guitry a le sens du rythme, et des aphorismes, c’est l’essentiel. Le monde de ses personnages se scinde autour de la notion du bruit. Il y a ceux du silence, et ceux qui parlent trop. Immobile, elle voudrait être parfois sourde (au lieu de fuir) ou seule dans sa chambre. C’est le roman fixe d’une mutation. Et la très belle conclusion confirme : « j’ai enlevé mes chaussures ». Enfin, elle va pouvoir marcher, comme Doinel à la fin des 400 Coups qui, pieds nus, entre dans la mer à l’aurore.

02/01/2007




Adieux à Laurent Bonelli


Et dire que j’évoque dans mes romans un amour pur et éthéré de la Suisse, celle d’Albert Cohen et de Patrick Modiano, me voilà bien embêté avec cette affaire d’exil Halliday. Il va maintenant falloir que je reste pauvre pour qu’on ne croit pas que je m’évade vers mon pays rêvé pour des raisons fiscales. Mais vont-ils m’accepter si je suis pauvre ? Insoluble dilemme de l’apparence. Avant, il s’agissait des grands écrivains qui se réfugiaient en Suisse : de Kundera à Thomas Mann, quel génie n’est-il pas passé par ce petit pays, véritable entonnoir culte ? L’air suisse a toujours été propice aux aphorismes. Et maintenant, on enlève des lettres, et on se retrouve avec Prost. Qui sait : Johnny va peut-être nous écrire « La mort à Gstaadt »? Le plus drôle dans cette histoire est l’interview radiophonique de l’idole des (vieux) jeunes. En quelques mots, il a sacrifié un an de stratégie douce. Il a ridiculement tenté de nous faire passer son envie d’avoir envie de devenir belge comme la nécessité ontologique de renouer avec ses racines paternelles. Je ne me souviens plus qui avait magnifiquement titré : « Johnny, au nom du père et du fisc »… Et voilà qu’en un coup d’interview, il a avoué aussi sec, tel un homme rongé par la culpabilité de sa mascarade : « je n’en peux plus ! je m’en fous ! On nous taxe trop !». Et nous qui pensions que la quête paternelle était l’affaire de sa vie. Jade sera donc une petite suisse. Tous les journalistes nous font la liste de ces exilés du Fisc. Je me souviens surtout de Gainsbourg qui, en direct à la télévision, avait brûlé un billet de 500 francs. Somme faramineuse et culte : le Pascal. Il avait voulu le calciner à 70% pour bien montrer à quel point il était taxé. C’était peut-être choquant, mais il était resté en France, lui. Quitter la France pour la Suisse devait lui sembler être d’une autre époque.

Je viens d’apprendre la mort de Laurent Bonelli. Victime d’un cancer foudroyant à l’âge de 39 ans. C’est un vrai choc. Libraire chez Virgin Megastore, c’était un homme d’une grande gentillesse. Et d’une grande culture littéraire : il disait lire un livre par jour. Je me souviens d’une signature au Virgin, où il m’avait invité avec Tania de Montaigne. Nous avons ramé tous les trois dans le vide : il n’y avait personne ! Le sourire figé, il continuait d’animer la rencontre, coûte que coûte. C’était une machine à faire partager ses passions et ses coups de cœurs. Il parlait de ses projets, de ses envies, de son émission sur Pink TV. Où est le rose dans tout ça maintenant ? Noir, c’est noir.

26/12/2006




Amis du monde flou


Après Weyergans et les trois jours chez sa mère, Philippe Jaenada nous offre le récit de ses « trois jours » à l’armée. J’imagine que pour certains, c’est pareil. Le bon Jaenada qui traîne tout son talent dans un mythique baluchon fait partie des écrivains que j’aime à la vie à la mort. Il faut savoir que nous nous sommes connus dans des conditions extrêmes, des conditions qui lient pour toujours le destin de deux écrivains en perdition : le salon de Villeneuve-sur-Lot en ce temps béni de l’automne 2002. A ma connaissance, il n’y a plus de survivants littéraires de cette expérience traumatisante. Nous nous sommes sauvés mutuellement, et avant de dépérir, ultime acte, il a décidé d’acheter un de mes livres. Ca ne s’oublie pas, ça. Ce salon, c’est notre Indochine à nous, la guerre des lâches. Nous n’étions pas armés pour affronter ces lecteurs en ombres, ces sous-politiciens, ces hôtels en bord d’autoroutes à rénover, ces pâtés périmés servis dans des restaurants faussement italiens aux néons agonisants. Ce fut un week-end où ma désespérance aurait pu me conduire dans les bras d’une huître (même avariée), mais j’ai eu le privilège de rencontrer le chameau sauvage en personne. Philippe, c’est un condensé d’humanité dans un monde boursouflé de parenthèses. Son style inimitable (sauf par moi (chut, je suis en train de vous le faire en toute discrétion (semi-érotique))) est une sorte de grâce discrète. Certes, je trouve parfois quelques ralentissements dans l’allégresse, quelques habitudes de l’homme doué dans la mécanique unique, et l’on pense parfois à ces boxeurs fatigués de combattre depuis dix ans tous les points virgules du globe. «Les Brutes », son livre paru chez Scali et illustré par Dupuy et Berberian monte en puissance au fil des pages, avec une angoisse insoutenable en point d’orgue : va-t-il oui ou non se faire réformer ? Va-t-il oui ou non aller en Allemagne ? Ceci étant dit, je me permets une parenthèse jaenadienne : l’Allemagne est le plus beau pays du monde, et Hambourg est le cœur de cette beauté (aucune ironie dans mes propos). Au-delà de cette intrigue palpitante, il faut se délecter impérativement de l’écriture. Un exemple suffit : « Je me suis assis devant un petit homme grisonnant, las, à la peau calcaire, qui ressemblait comme deux gouttes de Ricqlès à l’idée qu’on se fait du psychiatre ordinaire de seconde zone (celui qui ne sait pas jouer au golf) ». Merveilles, il y a tant de douceur dans ses « Brutes ».

Entre deux gouttes de Jaenada, je lis la biographie de Romain Gary écrite par Myriam Anissimov et qui vient d’être rééditée par Folio. Admirable travail, et je me sens épuisé pour l’auteur (d’une manière générale, je me sens épuisé par tout livre qui dépasse les 80 pages). Le livre fourmille de détails. Je me souviens de l’énervement de Nancy Huston (dont on pensait le visage hermétique à tout froissement) sur le plateau de Guillaume Durand. Selon elle, Anissimov avait « enjuivé » Gary, en exagérant le rôle du judaïsme dans sa vie. C’est tout le problème : je suis plongé au cœur d’un livre de 1000 pages, et je me dis qu’il faudrait en lire d’autres sur Gary pour avoir un avis juste. Non seulement, il a eu plusieurs vies d’écrivains, mais maintenant, il va user plusieurs vies de biographes. A quand une biographie d’Emile Ajar ?

Si on ne se reparle pas d’ici là, Joyeux Noël mes amis du monde flou…

18/12/2006




Cadeau


Noël approche mais, avant l’arrivée du milliardaire catholique, du barbu qui tombe du ciel (ça fait penser aux kamikazes, non ?), c’est l’anniversaire de mon fils. Un réel dilemme se pose à moi : comment faire un cadeau qui sorte de l’ordinaire alors que je lui fais des cadeaux tout le temps ? N’aurais-je pas du le sevrer depuis mi-octobre ? Cette réflexion vous donne un précis état des lieux de mes pensées actuelles. Ayant fini une version de mon roman, et n’ayant plus beaucoup d’amis, je végète depuis deux jours dans un désœuvrement que j’avais rêvé et qui, maintenant advenu, me paraît nettement moins excitant. Mon emploi du temps est souvent comme un rendez-vous décevant. Je défriche quelques vieux projets, notamment un sur la Bible (ce qui me paraît être un trop gros morceau pour cette période). Et j’ai retrouvé quelques notes sur un projet de parodies. Je voulais écrire une nouvelle et la décliner « à la manière de ». Les titres seraient : « Ensemble, c’est rien », ou « L’amour dure 99 francs », etc… Mais je me sens la flemme : pour parodier les autres, il faut au moins savoir qui l’on est.

Avant que Livres Hebdo ne me propose de tenir cette parodie de blog, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’il s’agissait. En professionnel reconnu de tous, j’ai surfé sur la toile ces derniers jours pour lire d’autres blogs. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à lire sur une page web. Alors pourquoi suis-je en train d’écrire quelque chose que je serai le dernier à lire ? Réponse : parce qu’on me l’a demandé, et que je suis un garçon gentil et obéissant. Pour finir de m’achever, j’ai lu qu’il existait, actuellement en France, un million de blogs. Il y a de quoi se sentir petit dans ce million. C’est sûrement la leçon principale qu’on peut en tirer : faire un blog, c’est comprendre ce que doit ressentir un chinois. Mais je trouve un point positif à tout ça : quand on sort un livre à la rentrée littéraire, on se retrouve au milieu de 600 livres. Alors franchement, lors de ma prochaine publication à la rentrée, je pourrai hausser les épaules en disant : « Même pas peur. Moi, Monsieur, je fais un blog au milieu d’un million de blogueurs, alors c’est pas une petite rentrée de rien du tout qui va me faire peur… oui, Monsieur » (j’aime bien m’adresser à un Monsieur imaginaire quand je tente de faire le fier).

Voilà un enchaînement tout en douceur : j’ai lu la Une du Figaro Littéraire : « Que reste t-il de la rentrée littéraire ? ». Une pleine page pour nous dire que la rentrée, c’est une loterie à six vainqueurs. Ils ont exhumé un premier roman paru au Seuil, et dont personne (ou presque) n’a parlé. C’était le titre de gloire de ce roman. Comme le soldat inconnu. Il faudrait remettre un prix au livre passé le plus inaperçu de la rentrée. Ou alors, il faudrait recommencer en janvier la rentrée de septembre, comme une seconde chance pour les oubliés. Certains pourraient ainsi passer une vie littéraire à publier le même livre, un jour sans fin de l’anonymat.

13/12/2006




D'Allemagne...


Je suis en Allemagne à cet instant où j’écris ces lignes. Après une belle tournée qui débuta à Munich, logé au Munchen Palace, me voilà dans un Mercure en banlieue d’une petite ville que personne ne connaît. Mes voyages ressemblent finalement à ma vie : une sorte de désillusion permanente, de gentil déclin. J’ai lu des passages de mon roman En cas de bonheur, et je me suis senti dans l’in-utero de la postérité. Beaucoup de rencontres, beaucoup de visages. A Francfort, le directeur de l’institut français a récemment eu une attaque cérébrale. Il se déplace maintenant avec beaucoup de difficulté. Sa femme brésilienne l’aide du mieux qu’elle peut. C’est un couple d’une rare densité. Ils parlaient de leur futur voyage au Brésil comme la recherche du temps perdu. Le mythe de leur rencontre. J’adore l’Allemagne, c’est un pays qui me coupe en deux de bonheur ; j’adore l’Allemagne, je ne cesse de répéter que l’allemand est la langue la plus érotique qui soit. Mais peut-être que ce que j’ai retenu de ce voyage, c’est le visage fragile de ce couple.

J’avais pris mon ordinateur, mais j’ai laissé ma batterie dans la chambre d’hôtel du bonheur à Munich. J’ai donc voyagé avec un portable sans vie, lourd et inutile. Et moi qui voulais écrire et travailler dans les trains allemands. Mon éditeur me l’a envoyée ici, pour le dernier jour de mon séjour. Peut-être que je n’aurais pas lu ce que j’ai lu si j’avais écris (ma vie). Dans le Canard Enchaîné, j’ai repéré cette phrase à propos de la candidature de Nicolas Sarkozy : « cela fait quatre ans qu’il y pense en nous rasant ». J’adore. Et surtout j’ai pris le livre de Mathias Malzieu, « Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi ». A vrai dire, je l’ai pris surtout pour des raisons pratiques, il est parfaitement léger. L’auteur est le chanteur du groupe Dyonisos. Je ne connais pas ce groupe ; vous me direz, je ne suis pas une référence. Je n’écoute plus grand chose depuis Stella McCartney. Et ce livre fut une belle révélation, il était comme une bouée de secours contre l’ennui. Ensemble nous avons vécu de beaux moments. Je ne me souviens pas de la sortie de ce livre en édition grand format : a-t-il eu du succès ? Des articles ? Je ne sais pas vraiment : je ne lis la presse littéraire que quand je sors un livre. A part les chroniques de Patrick Besson (parenthèse : je me demande le nombre de personne qui achètent Le Point ou le Figaro Magazine, juste pour sa chronique ; il faudrait quantifier son impact réel, je suis certain qu’il est considérable). Donc, revenons à notre cher Mathias. C’est l’histoire d’un deuil qui est surmonté par la présence insurmontable d’un géant de 4 mètres 50. C’est l’histoire d’un rêve pour quelqu’un qui ne peut plus dormir. Le héros tente de dormir en prenant des «assomnifères ». Voilà un mot qui méritait d’être inventé. Ce livre en fourmille. Le héros veut mener une action « don quichottement » contre les horloges. Le lendemain matin, après le deuil, il y a « de l’anesthésie sur les tartines ». C’est vraiment une écriture inventive : une écriture du matin après une nuit agitée ; ou une écriture du soir après une journée épuisante. A vous de choisir.

A mon retour, j’apprends la mort de Claude Jade à 58 ans. C’est un vrai choc. J’aimais Claude Jade, elle représentait un degré supérieur de féminité. Dans mon roman Le potentiel érotique de ma femme, certaines attitudes de l’héroïne sont inspirées de celle que Truffaut surnommait Peggy Sage. Son côté anglais et sa douceur suisse. Il y a deux ans, je l’ai rencontrée à un salon du livre ; elle venait de publier ses souvenirs. Je suis resté ridicule devant elle, et je regrette maintenant de ne pas lui avoir parlé davantage. Elle m’avait entendue l’évoquer à la télévision. C’était si étrange de la voir, alors que je n’avais d’elle qu’une vision de sa jeunesse cinématographique. Elle était alors une effraction de mes rêves. Et je pense aussi souvent à Jean-Pierre Léaud qu’on croise dans la rue, vers le cimetière Montparnasse, titubant. Les baisers sont définitivement envolés.

04/12/2006




Une vie avec...


A la demande générale, soit quatre personnes, je continue à vous communiquer mes pensées passionnantes, par l’intermédiaire de ce blog. La chronique « un mois » avec David Foenkinos se transforme en « une vie » avec David Foenkinos. Il vous faudra du souffle, et de l’aisance dans la souris, pour pouvoir assurer le rythme que je vais vous imposer. Mon but : être le Richard Virenque du blog. Tiens, à propos (art négligé de la digression en continuité), je l’ai rencontré l’année dernière au salon du livre où il dédicaçait son livre publié aux Editions Privat. J’avais le choix entre lui et Kundera, mais une rencontre avec Virenque, ça ne se refuse pas. Son livre repose dans ma bibliothèque tout contre Vialatte et Vian. J’adore surtout la couverture où on le voit en plein effort, dégoulinant de sueur sportive. Il paraissait très épanoui à l’idée d’avoir arrêté la compétition, et de sourire toute la journée à des gens qui l’adorent mais qui n’achètent pas son livre. Quand on a autant grimacé, le sourire repose. Mais pourquoi donc commencer ce blog, à tendance relativement littéraire, par Richard Virenque. Y aurait-il un lien sous-jacent que seuls les intellectuels du mail seraient capables de percevoir ? A vrai dire, c’est une façon d’annoncer que mon blog sera ouvert à tous types de livres. Il sera parfaitement représentatif de l’édition française, et le prochain livre d’Armande Altaï sera traité d’égale avec celui de Le Clezio. Personne ne restera à l’écart, je suis un rassembleur, un amateur du grand écart. Au cinéma, par exemple, je trouve qu’il y a du génie chez Max Pécas. Intituler un film « on se calme et on boit frais à Saint Tropez », c’est franchement inégalable. J’aimerai bien faire un jour une thèse sur l’influence de Max Pécas dans l’œuvre de Tarkovski. Ou, dans le même registre, celle de Pierre Bellemare chez Simenon.

Dans ce blog, je serai aussi capable de coups de gueule ; même si, il est vrai, je suis relativement lâche. Et surtout : mon but n’est certainement pas de me brouiller avec quiconque. C’est que je compte avoir le Goncourt un jour. Peu importe lequel d’ailleurs : Edmond ou Jules, l’un des deux fera parfaitement l’affaire. Digression au passage : il paraît que le Goncourt s’achète sur E-bay, c’est vrai ? Aujourd’hui, je m’insurge contre les nouvelles couvertures du Seuil. Peut-on faire plus laid ? Surtout le vert pomme de la littérature étrangère. Quasiment tous les échos sont unanimes : il y a une véritable foule d’ahuris consternés. Maintenant, avec le Renaudot de Mabanckou, faire marche arrière dans le rouge sera compliqué. Quand on a une identité aussi forte, je ne comprends pas qu’on puisse la modifier. C’est exactement comme si je me faisais défriser les cheveux. Qui achèterait alors mes livres ?

Je pars faire une petite tournée en Allemagne, et je vous donne des nouvelles à mon retour. Je vais voyager léger. Avec un petit livre formidable qui sort en janvier aux Editions Liana Lévi (oui, j’ai les livres en avance ! car je suis le chroniqueur littéraire du magazine pour jeunes filles : Muteen. Ca, c’est un plan de carrière, non ?). Donc, ce petit livre s’intitule « comment lui dire adieu », et l’auteur, Cécile Slanka (c’est un nom d’écrivain, à quand le roman ?) imagine toutes les façons de rompre. A la manière d’un exercice de style à la Queneau, elle enchaîne les possibilités. Quelques exemples. La façon trash : « tu trouveras dans ce bocal, ce qui aurait pu devenir notre fils ». La version ambiguë : « ma belle salope, devine qui te quitte. Pierre ou Patrick ? ». Et, un dernier pour la route allemande, la version obéissante : « puisque tu me demandes sans cesse de rompre avec le quotidien. ». Je sens que ce livre va avoir du succès. A bientôt mes amis.

27/11/2006



auteur

 
David FoenkinosDavid Foenkinos, David Foenkinos est l'auteur, entre autres, du "Potentiel érotique de ma femme" (Folio) et "Nos séparations" (Gallimard). Son nouveau roman "La délicatesse" (Gallimard) vient de paraître.

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