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19
Nov
[Par la bande]

Mélanges (1)

Hachette et Google viennent donc d'annoncer qu'ils avaient signé un protocole d'accord « destiné à fixer les conditions de la numérisation, par Google, des œuvres en langue française indisponibles à la vente dont les droits sont contrôlés par Hachette Livre ». Fort bien. On apprenait, par ailleurs, il y a quelques semaines, que Google se livrait à des expériences « de conduite automobile sans conducteur » par l'intermédiaire de véhicules ultra-technologisés conçus par la firme de Mountain View. Le rapport entre les deux ? Aucun. Et c'est bien ce qui m'inquiète. L'analyste et conseiller américain en nouvelles technologies Rob Enderle (bon, il s'est souvent trompé, notamment à propos d'Apple, parce qu'il les déteste, mais il a conseillé Google et donc, on peut supposer qu'il sait de quoi il parle) expliquait récemment que « Google est inondé d'argent et finance plusieurs projets qui ne sont pas directement liés à son champ d'activité principal ». La conception de véhicules en est un. La distribution électrique un autre. Etc. On a déjà un hyper-président. On va de plus en plus vers le règne de l'hyper-compagnie, façon Big Brother, qui contrôlera nos lectures, aussi bien que notre permis à points, et qui pourra nous couper le courant quand ça lui chantera. Je sais pas vous, mais moi, ça me fait peur. Ah oui ! Et j'ai lu, aussi, que dans ses procédures de recrutement Google posait des questions pour le moins insolites. Du genre : « Combien de balles de golf peut contenir un bus scolaire ? » ou « Combien y a-t-il d'accordeurs de piano dans le monde ? » Bon, la formule va faire hurler, mais je trouve ces procédés limite fascisant.

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Connaissez-vous le site Bibliobs, émanation du Nouvel Obs ? Oui, j'imagine. Un site très bien fait, au demeurant, mais qui a sans doute vocation à exporter notre vie littéraire à l'international. Or, à l'international, on parle anglais, c'est bien connu. Sur Bibliobs, un article n'est pas lu, il est read. Et les lecteurs n'ont pas la possibilité d'ajouter leurs commentaires, mais leurs comments. A l'heure où j'écris ces lignes, le point de vue de Michel Onfray, « Pitié pour Derrida », avait généré 6 396 reads et 16 comments. Le plus drôle, c'est que ça fait un moment que ça dure. Personne n'a donc protesté ? Etiemble, reviens ! Ils sont devenus fous...

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Et Danielle Steel ? J'imagine que vous la connaissez également, au moins de nom. Elle est régulièrement abonnée aux meilleures ventes de Livres Hebdo (cette semaine encore : en 30e position pour Au jour le jour, aux Presses de la Cité). Mais savez-vous qu'une partie, seulement, de son œuvre, a été traduite en France ? 69 livres. Bon, c'est beaucoup, me direz-vous. Surtout si vous détestez la littérature à l'eau de rose. Mais c'est peu, comparé aux 102 livres qu'elle a déjà publiés aux USA. Et aux lecteurs de Time, à qui elle répondait récemment, dans un forum, elle a expliqué qu'elle aimerait bien « en écrire une centaine d'autres ». Les libraires lui disent déjà merci.

Et à la question de savoir « que pensez-vous de ceux qui disent que vous faites de la littérature commerciale ? », elle a eu cette réponse sublime : « Shakespeare est plus important que tout ce que j'ai écrit. Mais quand je vais me coucher, le soir, avec l'envie de lire quelque chose, je ne lis pas Shakespeare. Je lis des auteurs comme moi, et je suis prête à parier que la plupart des gens font de même. » En voilà une qui ne pratique pas la langue de bois.

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Dans mon précédent billet, j'évoquais la figure de Tao Lin, ce jeune écrivain américain « branché » qui promet de faire fureur. Et je précisais qu'il n'était pas encore traduit en France. Plus pour longtemps : Marion Mazauric m'apprend qu'elle a acquis ses droits. Les livres de Tao Lin paraîtront donc Au Diable Vauvert. Bonne nouvelle. Et je suis bien content de savoir que Marion lit ce blog. Avec Juliette Joste, j'ai au moins deux lectrices ! Le début d'un fan club ? Laissez-moi rêver...
Il me semble que la répulsion que vous ressentez à propos de Google vous entraîne à des considérations à l'emporte-pièce. L'activité livre et édition de Google rencontre un succès inédit en raison même de sa capacité à indexer dans son moteur de recherche une grande partie du contenu.
Devenu le premier spécialiste de la numérisation en mode texte et dominant outrageusement l'activité de recherche d'information sur internet, Google est un acteur absolument incontournable pour lacer des activités économiques culturelles et en premier lieu l'édition.
Peut-être voyons-nous enfin la possibilité de s'affranchir du ministère de la Culture dont l'absence de politique et les actions ont littéralement conduit le livre français à un déclin sans précédent.
La crise de l'édition due à la baisse des ventes, les lecteurs consacrant de moins en moins d'argent à l'achat de livre, processus qui a démarré au début des années 80 et qui s'amplifie chaque année, nécessite une réorganisation de fond en comble de tout le secteur de l'édition.
Malgré les actions de l'Etat, la création littéraire s'est tarie et les auteurs n'ont plus les moyens de leur projets. Personne n'investit plus dans la nouveauté.
La politique de soutien du livre par des subventions est échec.
La mise en perfusion par les aides d'Etat ou des collectivités d'un secteur économique en difficulté n'a jamais empêché son déclin inéluctable.
Commentaires Posté par : Égide | 19 novembre 2010 à 23:26:17
Et une troisième fan en la personne de Catherine Meyer qui aime ce ton impertinent et en même temps plutôt tendre, cet esprit affûté qui me permet d'apprendre toutes sortes d'info amusantes, édifiantes ou terrifiantes.
Pour parler Bibliobs, "Keep on writing Daniel !"
Commentaires Posté par : catherine meyer | 22 novembre 2010 à 08:54:37
Au moins 3 lecteurs.
Commentaires Posté par : Kermarec | 22 novembre 2010 à 10:23:37
Hachette fait plus fort que Le Nouvel Obs avec une communauté de lecteurs qui s'appelle... Myboox. L'usage de l'anglais est surprenant s'agissant du livre, quant à l'orthographe, admettons qu'il soit désuet de relever les erreurs dans ce domaine, mais quid du référencement sur Google (on y revient)? J'aimerais comprendre le concept marketing...
Commentaires Posté par : juliette joste | 22 novembre 2010 à 14:42:14

auteur

 
Daniel GarciaDaniel Garcia, L'actualité du livre et de l'édition ne se limite pas aux rubriques, ni aux magazines spécialisés. Ce blog essaiera de traquer les mille et une façons de parler du livre aujourd'hui, ou de la manière dont le livre existe (encore) dans notre univers multimédia(tique).

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